vendredi 5 juillet 2013

Monopoly des bases militaires

Monopoly des bases militaires : vers un ordre nouveau ?

Par Alexandre Latsa
jeudi 4 juillet
 

La semaine dernière, une info plus que surprenante est apparue dans le mainstream médiatique russe, affirmant que la Russie avait retiré son personnel militaire de la base Syrienne de Tartous, et que les bateaux de la flotte russe de Méditerranée se ravitaillaient désormais au Liban. De plus, d’après une rumeur, la Russie aurait  pris la décision de fermer son ambassade en Syrie.

Ces mesures d’urgence auraient été prises, selon les sources citées par notamment le journal russe Vedomosti (créé en 1999 suite à une initiative conjointe du Financial Times et du Wall Street Journal) afin de ne pas mettre en danger le personnel russe de la base navale de Tartous alors que la Syrie ferait face à une intensification de la guerre civile. L’information aurait été confirmée par l’hebdomadaire russe VPK, spécialisé dans la défense, dont la source aurait affirmé que cette décision était due à la « la brusque escalade du conflit en Syrie et à la recherche de ports plus sûrs ».
Ces nouvelles ont beaucoup surpris les commentateurs qui suivent la situation Syrienne, alors que sur le terrain l’évolution de la situation militaire semble depuis quelques semaines être en faveur du pouvoir en place. Sur le front diplomatique, la coalition des « Amis de la Syrie » reste unie politiquement et déterminée au départ de Bachar el-Assad, mais l’opposition syrienne semble morcelée, fragilisée et de plus en plus dépassée par ses éléments les plus radicaux, notamment proches de la mouvance salafiste. Cette dernière trouve aujourd’hui ses soutiens dans les monarchies du Golfe, Arabie Saoudite et Qatar en tête, et bien sur auprès des États-Unis. Peu à peu une image a émergé de cette situation très complexe : l’Amérique poursuit son soutien historique actif (Afghanistan, Bosnie, Kosovo...) à l’islam sunnite en contribuant à la guerre menée par Doha, Riyad et Istanbul contre le croissant chiite, un croissant chiite qui au passage paraît plus que favorable aux intérêts russes et à une présence russe au Moyen-Orient.

Trois jours après ces « nouvelles » du retrait russe de Syrie, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a en personne qualifié de « rumeurs » ces informations, en ironisant au passage sur le fait de savoir si elles émanaient du Guardian ou d’Al-Jazzera mais en les qualifiant comme « s’inscrivant dans une série de provocations et de spéculations dont le but serait la préparation de  l’opinion publique à admettre les efforts en faveur du changement du régime en Syrie ». À propos de Tartous en Syrie, Sergueï Lavrov a rappelé que « l’évacuation de ce point logistique était exclue, aussi bien que l’évacuation de son personnel, (…) actuellement composé uniquement de civils, les militaires n’y étant plus basés depuis longtemps ».

Alors que la guerre médiatique sur la Syrie semble s’accentuer à quelques semaines de la conférence internationale « Genève 2 », la Russie ne semble pas sur le point d’opérer un retrait de la région, ni de Méditerranée, bien au contraire. Les lecteurs de RIA Novosti se souviennent qu’il y a quelques mois j’avais esquissé la probabilité (bien incertaine à l’époque) que Chypre devienne tôt ou tard une base militaire russe au cœur de la méditerranée orientale et à l’intérieur de l’Europe.

La semaine dernière la presse Chypriote a laissé filtrer des bruits d’un possible accord militaire russo-chypriote donnant le droit à la flotte russe d’utiliser le port de Limassol (la ville russe de l’île) et aux avions russes d’utiliser la base militaire aérienne Andreas Papandreou à Paphos. Cet accord, s’il se confirmait (et ce alors que le président chypriote devrait se rendre prochainement en Russie), accentuerait considérablement non seulement la présence russe dans la zone mais aussi et surtout sa capacité de projection au Moyen-Orient, et dans ce cas à proximité de la Syrie.

Dans le même temps la Russie a annoncé le déploiement en 2015 d’une base militaire russe en Biélorussie, dans la ville de Lida, proche de la frontière polonaise, c’est-à-dire à la frontière de l’espace contrôlé  par l’Alliance atlantique. La base, qui jouera un rôle essentiel dans le dispositif militaire sécuritaire de l’union russo-biélorusse, aura pour objectif la protection de l’espace aérien biélorusse.

Au même moment, un drôle de chassé croisé s’est opéré entre Russes et Américains au Kirghizstan. Les autorités du pays ont voté à une écrasante majorité la loi prévoyant la fermeture de la base américaine de Manas, ouverte en 2001, étant donné la décision de Washington d’achever vers 2014 le retrait d’Afghanistan de l’essentiel de la Force internationale d’assistance à la sécurité. Les États-Unis auront jusqu’au 11 juillet 2014 pour évacuer les avions ravitailleurs et les quelque hommes encore  présents sur cet aéroport international, qui fait office de base militaire.

Presque simultanément, le vice-ministre russe de la Défense, Anatoli Antonov, a annoncé que la Russie avait, elle, par contre, décidé de renforcer sa base aérienne au Kirghizstan, une décision également liée au prochain retrait des forces de la coalition internationale de l’Afghanistan fin 2014. Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou s’est également rendu sur place pour rencontrer le président kirghiz Almazbek Atambaev, et lui annoncer qu’à la fin de l’année 2013 Moscou commencerait à livrer des armes et du matériel militaire au Kirghizstan.

Alors que la militarisation de l’espace eurasiatique semble s’accélérer sous contrôle de la Russie, ce retrait des troupes américaines d’Asie centrale marque une nouvelle étape de la lutte d’influence entre les États-Unis et la Russie en Asie centrale pour le contrôle du heartland. Comme prévu en décembre dernier, la Bataille pour l’Eurasie semble s’accélérer.
Pour Vadim Koziouline, du Centre PIR :

« La rupture de l’accord avec Washington (sous pression russe) est probablement la plus grande victoire de Moscou en termes d’influence dans cette région d’importance stratégique depuis le début de l’opération antiterroriste des USA en Afghanistan. »
Pourtant, d’autres analystes sont beaucoup plus négatifs quand à cette supposée victoire russe que semble être le retrait américain d’Asie centrale. Pour le quotidien Nezavissimaïa Gazeta, les experts militaires russes sont unanimes : l’islamisation de l’Asie centrale est en cours et « les mouvements terroristes afghans sont en grande partie rejoints par des jeunes tadjiks, ouzbeks et kirghizes, plus tard identifiés par les services secrets comme leaders d’organisations islamistes à Saint-Pétersbourg et dans d’autres grandes villes russes (…). Bref, les Russes doivent réellement se préparer à une guerre sur leur territoire. »

mercredi 3 juillet 2013

Qui est Snowden ?

Qui est Edward Snowden ?
 
Le journaliste Glenn Greenwald relate ici sa première rencontre avec Edward Snowden dans un hôtel de Hong Kong. Et sa surprise en voyant cet homme si jeune et si convaincu par l’absolue nécessité qu’il devait porter à la connaissance du monde les documents officiels témoins d’un univers politique effrayant qui étaient en sa possession, si déterminé malgré les risques qu’il encourait.



Glenn Greenwald explique lors d’une conférence (*) comment les révélations d’Edward Snowden sur la NSA ont non seulement exposé les Etats-Unis sur la surveillance des citoyens et des institutions du monde entier, mais aborde aussi la corruption et le pourrissement moral de l’establishment du journalisme dans ce pays. Il a également livré à l’auditoire le message qu’il ne fallait pas craindre le “climat de peur” que le gouvernement américain souhaite imposer à ceux qui osent défier son pouvoir.
Ce qui suit est la transcription de son discours au cours duquel il a rendu hommage à Jeremy Scahill qui venait de le présenter à l’auditoire.
Qui est Edward Snowden ?
… J’ai été contacté par Edward Snowden il y a de ça plusieurs mois. Il m’a contacté par mails. Il ne disait pas son nom. Il ne disait pas grand chose. Il disait simplement qu’il avait des documents qu’il pensait pourraient m‘intéresser ce qui devait devenir par la suite le plus grand euphémisme de la décennie. Mais il ne me disait pas grand chose le concernant et plusieurs mois ont passé parce que nous parlions d’un système de code et d’autres choses et ce n’est que lorsqu’il est arrivé à Hong Kong avec les documents qu’on a commencé à avoir des discussions substantielles à propos de lui, de ce qu’il faisait et quel genre de documents il avait. Et j’ai passé de nombreuses heures à discuter en ligne avec lui à Hong Kong mais j’ignorais, son nom. Je ne connaissais rien de son parcours, son âge, ni même où il travaillait. Et il essayait de me faire venir à Hong Kong pour lui parler et avant que je fasse ça, faire la moitié du tour du monde en avion, je voulais des garanties que ça en valait vraiment la peine, qu’il y avait une substance derrière ce qu’il disait. Donc il m’a envoyé un hors d’oeuvre, comme lorsque vous avez un chien, vous lui présentez un biscuit sous le nez pour le faire aller là où vous voulez qu’il aille. C’est ce qu’il a fait pour m’amener à Hong Kong.
Ces documents, même si ce n’était qu’un petit échantillon, étaient les choses les plus extraordinaires que j’avais jamais vues. Je me souviens qu’après avoir lu les deux premières pages, j’étais littéralement étourdi, étourdi par une sorte d’extase et d’euphorie par rapport à ce qu’il avait en sa possession. Et comme la plupart d’entre nous lorsque nous communiquons exclusivement en ligne avec quelqu’un, j’ai commencé à former une sorte d’impression mentale de qui il était. J’étais plutôt certain qu’il était plus âgé, voire même la soixantaine. Qu’il était comme un cadre bureaucrate à l’intérieur d’une des agences d’état de la sécurité nationale, plutôt grisonnant et approchant la fin de sa carrière. Et la raison pour laquelle je pensais cela c’est qu’il avait à l’évidence un accès assez haut placé à des documents top secrets. Il avait aussi une vision incroyablement pénétrante et mûrement réfléchie sur la nature de l’appareil de sécurité nationale ainsi que sur sa propre relation avec cet appareil si bien que je me suis dit que ça voulait dire qu’il avait dû réfléchir à tout cela et interagir avec ces éléments sur une période de nombreuses années. Mais la vraie raison pour laquelle je pensais qu’il avait cet âge, approchant de la retraite, peut-être même approchant la fin de sa vie, c’est qu’il soulignait, et ce dès nos premiers contacts, le fait qu’il savait pertinemment que ce qu’il faisait allait pour l’essentiel bouleverser sa vie et probablement la détruire. Qu’il y avait de grandes chances, voire même inévitables, qu’il atterrisse probablement en prison, si ce n’est pire. Ou du moins, qu’il devrait fuir pour le reste de sa vie l’état le plus puissant du monde. Je n’y ai pas pensé consciemment, mais je pense que j’ai tacitement assumé que quiconque envisageait de faire un sacrifice de sa vie de cette ampleur était probablement quelqu’un qui avait pas mal souffert et était proche de la fin pour accumuler autant de bravoure.
Quand je suis arrivé à Hong Kong et que je l’ai rencontré pour la première fois, je me suis trouvé désorienté et dans une confusion complète comme jamais je ne l’avais été dans ma vie. Non seulement il n’avait pas soixante-cinq ans, il avait vingt-neuf ans et l’air beaucoup plus jeune. Donc, lorsque nous sommes allés dans sa chambre d’hôtel pour commencer à lui poser des questions (Laura Poitras, la caméraman, et moi-même) ce que je voulais comprendre par dessus tout était ce qui l’avait poussé à faire ce choix extraordinaire ; d’une part parce que je ne voulais pas faire partie d’un évènement qui allait détruire la vie de quelqu’un, si cette personne n’était pas complètement lucide et rationnelle vis à vis de la décision qu’elle était en train de prendre ; mais aussi parce que je voulais vraiment comprendre, juste par curiosité personnelle, ce qui poussait quelqu’un qui a toute la vie devant lui, qui vivait en couple depuis un certain temps dans un cadre des plus agréables à Hawaï, avec un emploi stable et relativement bien payé, à tout jeter ainsi pour devenir instantanément un fugitif et un individu qui allait probablement passer le reste de sa vie dans une cage.
Plus je lui parlais, plus je comprenais et plus j’étais dépassé et plus cela devenait une expérience formatrice pour moi et pour le reste de ma vie parce que ce qu’il me disait encore et toujours, de plusieurs façons, et toujours avec une attitude si pure et passionnée que je n’ai jamais douté un seul instant de son authenticité, est qu’il y avait dans la vie des choses plus importantes que le confort matériel, que la stabilité d’un emploi, ou bien que juste essayer de prolonger sa vie le plus longtemps possible. Ce qu’il n’a eu de cesse de me dire, c’est qu’il ne jugeait pas sa vie à l’aune de ce qu’il pensait de lui mais par les actions qu’il prenait à la poursuite de ces convictions. Lorsque je lui ai demandé comment il en était arrivé au point de vouloir prendre le risque qu’il savait qu’il prenait, il m’a répondu qu’il cherchait depuis longtemps un chef de file, quelqu’un qui arriverait et réglerait ces problèmes. Et puis un jour, il s’est aperçue que ça ne servait à rien d’attendre, qu’être un chef de file, c’est s’engager soi-même d’abord et donner l’exemple aux autres.
Ce qu’il disait au final, c’est qu’il ne voulait pas vivre dans un monde où le gouvernement US se permettait ces extraordinaires envahissements pour construire un système ayant pour objectif la destruction de toute vie privée individuelle, qu’il ne voulait pas vivre dans un tel monde, et qu’il ne pouvait, en bonne conscience, juste regarder et permettre que cela se passe ainsi, sachant qu’il avait le pouvoir d’aider à ce que cela s’arrête.
La chose la plus frappante pour moi - qui suis resté onze jours consécutifs avec lui alors qu’il était un inconnu parce que nous n’avions pas encore divulgué son identité - était de le voir suivre imperturbable les débats sur CNN, NBC ou MSNBC, ou les autres chaines du monde entier, regarder ce qu’il avait essayé de provoquer par les actions qu’il avait prises, de le voir alors même qu’on le qualifiait l’homme le plus recherché au monde, et que les officiels de Washington l’appelaient un traître et voulaient sa tête. Ce qui me paraissait ahurissant et continue à l’être encore maintenant, c’est qu’il n’y avait en lui aucun soupçon de remords, de regrets, ou de peur. Que c’était une personne complètement en paix avec le choix qu’elle avait fait parce que ce choix était tellement important.
Je me suis senti infiniment inspiré d’être à côté de quelqu’un qui comme lui avait atteint un tel degré de tranquillité parce qu’il était tellement convaincu d’avoir fait ce qui était juste ; et son courage, sa passion m’influencèrent au point que j’ai alors juré que quoi que je fasse après de cette histoire, j’allais dédier ma vie à rendre justice à l’incroyable acte de sacrifice personnel qu’Edward Snowden avait accompli. Et cette énergie, je le constatais alors, a influencé tout le monde au Guardian, qui est une entreprise médiatique d’importance. Ceci alors même que je suis la dernière personne à faire l’éloge d’une entreprise médiatique, et surtout pour celle avec qui je travaille. Pourtant j’ai vu depuis quatre semaines, les rédacteurs du Guardian, les rédacteurs en chef qui ont dirigé le Guardian depuis des années, s’engager dans un journalisme intrépide et courageux en ignorant jour après jour le climat de terreur et les menaces d’un gouvernement US, disant : nous allons continuer à publier toute information que nous pensons devoir publier pour le bien commun.
Si vous parlez à Edward Snowden et vous lui demandez, comme je l’ai fait, ce qu’il l’a inspiré, il vous parle d’autres individus qui se sont engagés courageusement dans une situation similaire, comme Bradley Manning ou ce vendeur tunisien qui s’est immolé et a déclenché une des plus grandes révolutions démocratiques de ces quatre ou cinq derniers siècles.
Ce dont j’ai commencé à me rendre compte à propos de tout cela, c’est deux choses. Premièrement, le courage est contagieux. Si vous faites un acte courageux en tant qu’individu, vous changerez littéralement le monde, parce que vous allez affecter les gens de votre entourage immédiat qui ensuite affecteront d’autres puis ceux-là encore d’autres. Vous ne devriez jamais douter de votre capacité à changer les choses. L’autre chose dont je me suis rendu compte, ce que vous êtes en tant qu’individu ou ce que représentent, en terme de pouvoir, les institutions que vous défiez, tout cela n’a aucune importance. M. Snowden n’a jamais eu son bac. Ses parents travaillent pour le gouvernement fédéral. Il a grandi dans un milieu modeste de la classe moyenne au sein d’une communauté militaire en Virginie. Il a rejoint l’Armée US parce qu’il pensait que la guerre en Irak était noble.
C’est quelqu’un qui a zéro privilège, zéro pouvoir, zéro position, zéro prestige, et pourtant, lui tout seul, a littéralement changé le monde… une des choses que j’ai réalisées assez tôt est que non seulement lui mais aussi toutes les personnes qui auraient à faire quelque chose dans la publication de ces articles, nous allions être attaqués et diabolisés de la manière que Jeremy a décrite. On voit toutes sortes d’attaques sur lui qui sont absurdes et contraires à la réalité. On entend des affirmations de la part de psychologues de salon du genre qu’il serait narcissique. Je ne suis même pas sûr qu’ils sachent ce que cela veut dire, mais c’est devenu le scénario qu’ils récitent tous.
C’est quelqu’un qui aurait pu vendre ces documents à des services de renseignement pour des millions et passer le reste de sa vie secrètement enrichi au delà des rêves les plus fous et il n’a rien fait de tout cela. Au contraire, il s’est exposé et est devenu une cible pour le bien de nous tous. Ou alors les commentateurs essaient de remettre en question ses motivations et disent que c’est quelqu’un qui cherche la célébrité, ou une “pute pour la célébrité” qui est leur phrase préférée en ce moment.
J’ai passé ces trois dernières semaines à me faire harceler par les plus ridicules stars des médias des US qui sont complètement désespérés de ne pouvoir obtenir un entretien avec Edward Snowden. Il aurait pu être une des personnes les plus célèbres au monde. Il est bien plus du genre reclus que “pute pour la célébrité”. Il a refusé toutes ces propositions d’entretien parce que sa vraie motivation pour faire ce qu’il a fait est exactement ce qu’il a dit, c’est, non pas se rendre célèbre, mais rendre compte aux gens des Etats-Unis et du monde de ce qui est en train de leur être fait en secret par le gouvernement US.

La raison pour laquelle les gens comme Edward Snowden sont toujours diabolisées, la raison pour laquelle il est important de leur attribuer une maladie psychologique, comme ils l’ont fait avec Bradley Manning, comme ils essaient de faire avec tous les « déclencheurs d’alerte », comme ils l’ont fait avec Daniel Ellsberg, c’est parce qu’ils savent précisément que le courage est contagieux. 
Et qu’il va être un exemple pour d’autres gens qui vont venir donner l’alerte sur le devant de la scène en ce qui concerne la tromperie, l’illégalité et la corruption des choses qu’ils font dans l’ombre. Ils ont besoin de faire un exemple négatif pour que cela ne se reproduise pas et c’est la raison pour laquelle les gens comme Edward Snowden sont diabolises et attaqués et c’est pourquoi c’est à chacun de nous qu’il revient de le défendre pour le maintenir comme le noble exemple qu’il est et pour qu’il ait une juste reconnaissance. Voilà les choses sur lesquelles j’ai personnellement ouvert les yeux dans cette affaire et je suis sûr que je n’ai pas encore réfléchi à toutes les implications et je continuerai à le faire. Mais j’ai une certitude c’est que cette expérience sera une expérience formatrice pour moi et pour des millions de gens dans le monde entier et par bien des manières.

(*) Conférence transmise via Skype à Chicago le 28 juin 2013

mardi 2 juillet 2013

La charia ne nourrit pas son peuple

ÉGYPTE • La charia ne nourrit pas son peuple
 
Cri de colère du Prix Nobel de la paix, l’Egyptien Mohamed El-Baradei, contre l’état de déliquescence de son pays et l’incompétence des dirigeants islamistes.

Foreign Policy
Mohammed El-Baradei
1 juillet 2013
Deux ans après la révolution qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir, l’Egypte est un Etat en déliquescence. Selon l’indice des Etats en faillite, nous sommes passés de la 45e place, un an avant la chute du dictateur, à la 31e. Je n’ai pas regardé où nous en étions dernièrement parce que je n’ai pas envie de déprimer davantage. Mais les preuves de cette aggravation sont autour de nous.

Nous assistons aujourd’hui à une érosion de l’autorité de l’Etat égyptien. Il est censé assurer la sécurité et la justice. Mais l’Etat de droit est en voie de désintégration. En 2012, les meurtres ont augmenté de 130 %, les vols de 350 % et les enlèvements de 145 %, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Des gens se font lyncher en public sous les yeux de passants qui s’arrêtent pour prendre des photos. Nous sommes au XXIe siècle, pas pendant la Révolution française. Résultat, les gens pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Et naturellement cette situation crée beaucoup de peur et d’angoisse. On ne peut pas demander à l’économie égyptienne de fonctionner normalement dans ces conditions. Egyptiens ou étrangers, ceux qui ont de l’argent n’investissent pas. Lorsque l’Etat de droit n’est plus respecté, lorsque les institutions ne fonctionnent plus et que vous ne savez pas ce qui peut se passer le lendemain, il est naturel de rester prudent.

Résultat, les réserves de devises étrangères sont épuisées, le déficit budgétaire s’élèvera à 12 % du PIB cette année et la monnaie perd de sa valeur. Près d’un quart des jeunes Egyptiens se lèvent le matin et restent désœuvrés toute la journée. Dans tous les domaines, les facteurs économiques fondamentaux sont dans le rouge. Au cours des prochains mois, l’Egypte risque de se trouver en cessation de paiement de sa dette extérieure.

"Ces gens n’ont pas les compétences pour gouverner"

Le gouvernement tente désespérément d’obtenir une ligne de crédit ici ou là, mais ce n’est pas ainsi qu’il relancera l’économie. L’Egypte a besoin d’investissements étrangers, d’une politique économique cohérente, d’institutions efficaces et de main-d’œuvre qualifiée. Le gouvernement égyptien n’a toujours pas réussi à proposer une vision globale, il ne prend que des mesures économiques ponctuelles sans maintenir de cap ferme. En décembre, il a adopté un plan d’austérité pour se conformer aux exigences du Fonds monétaire international (FMI) et l’a suspendu le lendemain. Pendant ce temps, les prix grimpent en flèche et la situation devient intenable, notamment pour près de la moitié de la population qui vit avec moins de deux dollars par jour. Le pouvoir exécutif ne sait tout simplement pas comment diriger le pays. Ces gens n’ont pas les compétences pour gouverner.

Cela fait des mois que l’opposition rappelle au président Morsi que l’Egypte a besoin d’un gouvernement compétent et impartial, au moins jusqu’aux prochaines élections législatives. Nous avons besoin d’une commission pluripartite pour amender la Constitution, dont à peu près tout le monde s’accorde à dire qu’elle ne garantit ni un bon équilibre des pouvoirs, ni les droits et libertés fondamentales. Nous avons besoin d’une coopération politique entre partis établis – y compris ceux de sensibilité islamique – et les Frères musulmans, qui représentent probablement moins de 20 % de la population. Ces recommandations n’ont pas été entendues. Le gouvernement perd également du terrain car, en dépit de ses beaux discours, il s’est révélé incapable de tenir ses promesses. Les gens veulent de la nourriture, des soins, de l’éducation, autant de choses que les Frères musulmans ne leur ont pas apportées. On ne peut pas se nourrir de la charia.

Les Egyptiens disent aujourd’hui quelque chose d’encore impensable hier : ils réclament le retour de l’armée. Nous pourrions également assister à une révolte des pauvres, ce qui serait désastreux. Il y a pire qu’un Etat en déliquescence, et je crains que l’Egypte soit à la veille de le découvrir.

Foreign Policy
Mohammed El-Baradei
1 juillet 2013

La Turquie dénonce le rôle du lobby juif

La Turquie dénonce le rôle du lobby juif dans les manifestations antigouvernementales


ANKARA, 02 juil 2013 (AFP) - Le vice-Premier ministre turc Besir Atalay a accusé la “diaspora juive“ d’avoir participé à l’organisation des manifestations contre le régime islamo-conservateur turc, a rapporté mardi la presse turque. “Les incidents du parc Gezi (à Istanbul) (...) ont été orchestrés par la diaspora juive, qui a été active dans ce domaine“, a dit M. Atalay cité par le quotidien Hürriyet.

M. Atalay a également mis en cause la presse internationale et des “forces étrangères“, dont il n’a pas détaillé la composition, pour avoir participé à la “déstabilisation“ de la Turquie lors de la fronde qui a secoué pendant plus de trois semaines la Turquie.

“La Turquie n’est plus ce qu’elle était auparavant“, a-t-il toutefois souligné, “tout le monde est au courant de ce qui se passe“. Ces dernières semaines, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a, lui, pointé du doigt la responsabilité d’un “lobby financier“ ou d’un “lobby des taux d’intérêt“, accusé d’avoir tiré profit de la contestation en Turquie, un pays émergent et une destination importante des capitaux étrangers.

Plus de 2,5 millions de personnes sont descendues dans la rue dans près de 80 villes du pays pendant les trois semaines qui ont suivi le 31 mai, selon des estimations de la police révélées dans la presse. Ces manifestations dirigées contre M. Erdogan, accusé de dérive autoritaire et de vouloir “islamiser“ la société turque, ont couté la vie à quatre personnes —trois manifestants et un policier— et en ont blessé près de 8.000 autres, selon l’Association des médecins.

U.S. is Deeply Troubled by Erdogan

Despite Lavish Public Praise, 
U.S. is Deeply Troubled by Erdogan 
 
By Harut Sassounian 
Publisher, The California Courier 
 
 
Some months ago I wrote a column titled “Obama is Exploiting Turkish Leaders’ Craving for Flattery,” explaining that the U.S. President is able to persuade Prime Minister Recep Tayyip Erdogan to do his bidding by taking advantage of his weakness for lavish praise! 
 
Those aware of Erdogan’s authoritarian streak -- on full display during the recent brutal attacks on protesters in Istanbul and other Turkish cities -- have been deeply troubled by U.S. officials’ repeated mischaracterization of the Prime Minister’s dictatorial regime as ‘a role model for the Islamic world.’ 
 
The insincerity of such assessments was exposed when WikiLeaks made public thousands of confidential diplomatic cables from the U.S. Embassy in Ankara, indicating that American officials’ real opinion about Erdogan is the exact opposite of what they have been stating in public. 
 
The Embassy dispatches, published by the German magazine Der Spiegel, described the Turkish Prime Minister “as a power-hungry Islamist surrounded by corrupt and incompetent ministers.” In a May 2005 cable, the U.S. Embassy surmised that Erdogan never had a realistic view of the world and believes he was chosen by God to lead Turkey. A knowledgeable source told American officials that “Tayyip believes in God … but does not trust him.” 
 
U.S. diplomats report that the Prime Minister gets almost all his information from Islamist-leaning newspapers, ignoring the input of his own ministers. The Turkish military and intelligence services no longer share with him some of their reports. He trusts no one completely, surrounding himself with “an iron ring of sycophantic (but contemptuous) advisors.” Despite Erdogan’s macho behavior, he is reportedly terrified of losing his grip on power. 
 
Although the Turkish leader declared war on corruption when he first assumed office, informants told U.S. Embassy officials that corruption exists at all levels, even within the Erdogan family. A senior government advisor confidentially told a journalist that the Prime Minister enriched himself from the privatization of a state oil refinery. An Energy Ministry official alleged that Erdogan asked Iranians to sign a gas pipeline deal with a Turkish company owned by an old schoolmate. Furthermore, two American sources claimed that the Prime Minister had eight Swiss bank accounts. Erdogan has denied all such allegations, insisting that his wealth is mostly derived from gifts received at his son’s wedding, and acknowledging that an anonymous Turkish businessman has been paying the expenses of his four children to study in the United States. Such explanations are viewed by the American Embassy as “lame.” 
 
The Embassy’s cables contain many other startling accusations against Erdogan. Informants have told U.S. officials that when his political party’s candidate lost the Trabzon mayoral race, the Prime Minister allegedly funneled millions of dollars from a secret government account to his close friend Faruk Nafiz Ozak whom he had named as head of the local Trabzonspor football club. The money was for hiring top players so that the soccer team’s victories would overshadow the accomplishments of the elected mayor. 
 
According to a cable sent by former U.S. Ambassador Eric Edelman, Erdogan’s appointees lacked “technocratic depth.” While some “appear to be capable of learning on the job, others are incompetent or seem to be pursuing private … interests.” High-ranking Turkish officials have informed the American Embassy in Ankara that they are appalled by the Prime Minister’s staff. Erdogan reportedly appointed as his undersecretary a man exhibiting “incompetence, prejudices and ignorance.” The Women’s Minister Nimet Cubukcu, an advocate of criminalizing adultery, obtained her position because she happened to be a friend of the Prime Minister’s wife. Another minister is accused of “nepotism, links to heroin smuggling, and a predilection for underage girls.” 
 
Foreign Minister Ahmet Davutoglu, highly-praised by U.S. officials in public, also comes under private scrutiny and criticism. According to confidential American Embassy cables, Davutoglu “understands little about politics outside of Ankara.” In fact, U.S. diplomats are alarmed “by his imperialistic tone … and his neo-Ottoman vision.” In a January 2010 dispatch, the American Ambassador reported that Turkey has “Rolls Royce ambitions but Rover resources.” Former Defense Minister Mehmet Gonul was also critical of the Foreign Minister, warning American officials about his “Islamist influence on Erdogan,” and calling him “exceptionally dangerous.” 
 
Having spoiled Erdogan through lavish public praise, despite privately acknowledging his character flaws, U.S. officials must now assume full responsibility for the Prime Minister’s reckless behavior at home and abroad!

Un dialogue "cache-négationnisme" ...

Un dialogue "cache-négationnisme" est forcément voué à l’échec

Hilda Tchoboian

Le dialogue entre Turcs et Arméniens a indiscutablement été, ces dernières années, un des faits marquants de leurs relations dont la nature et le statut ont marqué un tournant. Cependant, aussi spontanées qu’apparaissent ces initiatives, l’observation attentive du discours dominant de ce « dialogue », et l’examen des relations turco-arméniennes depuis plus d’une dizaine d’années, montrent clairement qu’il s’agit d’un processus pensé et maîtrisé par le pouvoir turc. 

Celui-ci a ainsi réussi à déléguer à la société civile le traitement d’une question plus qu’embarrassante, qui encombre depuis une vingtaine d’années ses relations avec les pays occidentaux, et en premier lieu perturbe son adhésion à l’Union européenne. Le processus de dialogue mis en place  vise à désamorcer les revendications légitimes  de reconnaissance et de réparations portées par la collectivité arménienne en Diaspora comme en Arménie.  A la veille de chaque décision internationale touchant les intérêts de la Turquie, une nouvelle initiative de dialogue est initiée par la Turquie. Et à chaque fois, le dialogue turco-arménien a nourri une nouvelle stratégie turque d’évitement du Génocide des Arméniens, sans toutefois remettre en cause la politique étatique négationniste structurée, renforcée et étendue géographiquement.

Du côté arménien les motivations des dialoguistes ne relèvent pas de la réflexion politique mais plutôt des sentiments d’humanité. 0n remarque aussi une certaine lassitude devant l’impasse créée par le négationnisme turc, avec parfois une recherche de nouvelles voies pour se débarrasser d’un fardeau psychologique. En revanche, de nombreux exemples donnent à penser que certains dialoguistes turcs considèrent le dialogue avec les Arméniens comme une négociation, une transaction qui ne peut fonctionner que grâce aux concessions qui s’imposent de manière égale aux deux parties. On le sait, une transaction a le devoir d’aboutir à une solution gagnant/gagnant qui caractérise toute négociation réussie.
Ainsi, pour dialoguer, il faut respecter la dignité et les convictions de l’interlocuteur turc en légitimant l’éducation négationniste qui fait partie de sa formation. Pour preuve, l’ouvrage commun d’Ahmed Insel et de Michel Marian, Dialogue sur le tabou arménien, qui relate  le cas emblématique de l’écrivain Ahmed Insel, intellectuel turc francophone, brillant et médiatique, qui tente d’expliquer son refus du terme « génocide » comme une émanation de son éducation reçue dans une famille kémaliste et nationaliste.
Si, pour certains dialoguistes, l’objectif sous-tendu est de trouver un terrain d’entente sur la réalité même du Génocide, on comprend alors la raison du rejet du terme de « génocide » remplacé par des termes acrobatiques tels que le « G word ». La règle est de substituer à la reconnaissance publique  des termes  qui relèvent du domaine du privé : le texte de la campagne d’excuses auprès des Arméniens en est l’exemple l’édifiant : « Ma conscience ne peut accepter que l’on reste indifférent à la Grande Catastrophe que les Arméniens ottomans ont subie en 1915, et qu’on la nie. Je rejette cette injustice et, pour ma part, je partage les sentiments et les peines de mes sœurs et frères arméniens et je leur demande pardon ».  On ne peut pas nier le courage des initiateurs de cette campagne compte tenu de l’atmosphère délétère bien connue  en Turquie de racisme et de violence généralisée envers les Arméniens. Cependant, les mots surlignés ci-dessus mettent en évidence la volonté délibérée de supprimer le Génocide du domaine publique et politique, ce qui donne à l’ensemble du texte un caractère incompréhensible lorsqu’on évoque la demande de pardon.

Des questions restent alors en suspens :
- Qui doit demander pardon pour un crime d’Etat ?
- Qui a le droit de pardonner dans un cas de crime de génocide ?
Quant au pardon, c’est un concept très ancien. Si l’on doit appeler pardon les gestes de réconciliation par lesquels la  victime accepte de cesser de vouloir se venger, il se retrouve partout où un prix du sang est accepté. On peut distinguer le « pardon-transaction » du « pardon-renoncement  »  pour l’offenseur qui avoue sa faute et se repentit. Le pardon est un don qui délie d’une faute passée. Il libère le futur de la lourdeur du passé.
Ainsi, deux traditions occidentales du pardon se contredisent :
- D’une part, on ne peut pardonner que si le coupable avoue, demande pardon, se repent et donc change. Mais alors celui qui s’expose ainsi est déjà dans une certaine mesure un autre. On ne pardonne donc pas le coupable en tant que tel.
- D’autre part, le pardon s’accorde comme un geste gratuit et généreux, une grâce absolue, sans échange ni contrepartie attendus, sans repentir ni demande de pardon. Il est alors accordé au coupable en tant que coupable. C’est le pardon dans toute sa pureté.
Quel est le statut d’une demande de pardon qui évite soigneusement de nommer les coupables et l’objet du pardon ?
En l’absence de ces précisions qui clarifient et qualifient l’acte, on ne peut classer cette demande dans aucune des deux catégories que les philosophes du pardon nous offrent :
- Le coupable implore le pardon de sa victime et prouve qu’il a changé, ou
- L’acte de pardon gratuit.
En revanche, ce sont les Arméniens qui ont remercié les auteurs turcs qui présentent toutes les caractéristiques du pardon unilatéral, sans contrepartie, en l’absence d’une véritable demande de pardon.

Genèse :

C’est en 2001, à la suite des succès remportés par la diaspora arménienne en 2000 (reconnaissance par le Sénat français, le Parlement italien, le Vatican, premier rapport sur la Turquie du Parlement européen demandant à la Grande Assemblée turque de reconnaître le Génocide, vote avorté in extremis au Sénat américain  par l’intervention du président Clinton), que les services du ministère des Affaires étrangères ont proposé au gouvernement turc, apparemment avec l’aide de conseillers américains, une nouvelle approche pour désamorcer les revendications grandissantes de reconnaissance du Génocide des Arméniens : le dialogue.

Financée par le Département d’Etat américain, présidé par David Philips, est née la Commission de réconciliation turco-arménienne (CRAT), réunissant d’anciens diplomates, des universitaires et personnalités turques et arméniennes d’Arménie et de Diaspora. La Commission préconisait des échanges entre les deux sociétés civiles dans les domaines des médias, de la culture, de l’économie, de l’éducation, du partenariat entre femmes arméniennes et turques, de leaders arméniens et turcs ; seul était exclu le thème du Génocide des Arméniens. Dans la CRAT, comme dans la demande de pardon en 2008, quelques déclarations en marge des initiatives ont confirmé la vision machiavélique de la partie turque.

Ozdem Sanberk, ancien diplomate turc, à propos de la CRAT :  « Aussi longtemps que nous dialoguons avec les Arméniens la question du génocide ne viendra pas à l’ordre du jour du Congrès américain ». Baskin Oran  à propos de la demande de pardon : « Le Premier ministre devrait prier pour notre campagne. Les Parlements du monde entier étaient en train d’adopter des résolutions. Maintenant, ils arrêteront. La Diaspora s’est adoucie. Les médias internationaux commencent à ne plus utiliser le terme de génocide ». (Milliyet 19.12.2008). De plus, plusieurs membres turcs du TARC ont démissionné lorsqu’à la demande des membres arméniens le Centre international pour la Justice transitionnelle (ICTJ) a été saisie sur l’applicabilité de la Convention de 1948 au cas du Génocide des Arméniens.
Si l’on veut lui donner le sens d’une réconciliation, il manque au dialogue turco-arménien au moins deux éléments essentiels qu’on retrouve dans tous les cas précédents de processus de réconciliation dans le monde, de l’Afrique du Sud à l’Argentine, en passant par le Pérou, l’Australie et le Togo : la Vérité /Reconnaissance, et la Justice /réparations. Aujourd’hui, un dialogue « cache-négationnisme », exploité pour les intérêts stratégiques de l’Etat turc est forcément voué à l’échec.
Même si le chemin est long pour la reconnaissance, les intellectuels turcs devraient s’engager dans le sillage des Zarakolu, Sait Çetinoğlu et autre Doğan Özgüden qui prennent des risques importants mais dont la quête de justice inspire confiance.


source : http://www.repairfuture.net/index.php/fr/un-dialogue-cache-negationnisme-est-forcement-voue-a-l-echec

jeudi 27 juin 2013

Quand le voile se lève à Doha !

Quand le voile se lève à Doha ! 

 
Onze pays, qui se sont autoproclamés « Amis » de la Syrie, se sont réunis - samedi - au Qatar pour étudier les voies et moyens « d’intensifier » l’aide à la sédition syrienne.
Onze pays, pas un de moins, pas un de plus. A moins d’une erreur de notre part, ces onze pays ne représentent qu’une mince « fraction » de la communauté internationale regroupée dans les Nations unies (ONU, 194 pays membres à ce jour).

26 juin 2013

Une minorité donc, certes agissante, menée par trois puissances nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne) les monarchies du Golfe à leur tête le Qatar et l’Arabie Saoudite et la Turquie. Des puissances militaires alliées à des puissances financières contre un Etat souverain.
Elles sont à la pointe de l’action contre le gouvernement syrien et le président Al Assad. Les cinq autres nations ne sont que des comparses qui font nombre. A Doha, les « Amis » de la Syrie n’étaient là que pour officialiser la livraison d’armes de guerre à la rébellion syrienne.
Or, avant même le communiqué final établissant la décision d’une « aide militaire » à l’insurrection en Syrie, Louai Mokdad, porte-parole de l’ASL (Armée syrienne libre, formée de déserteurs et de mercenaires), annonçait déjà (vendredi) que celle-ci avait reçu « récemment » de l’étranger « des quantités d’armes modernes » susceptibles de « changer le cours de la bataille ».
Nous avons donc là une coalition qui soutient notoirement une insurrection contre un pays indépendant. Dans cette guerre effarante livrée à la Syrie et son peuple, des forces de la réaction ont misé sur une « opposition » disparate et hétéroclite incapable par elle-même de mettre en danger le régime syrien.
Or, outre la rébellion, officiellement soutenue par des membres permanents du Conseil de sécurité, il y a ces « jihadistes » représentés par le Front Al-Nosra - groupe qui figure sur la liste noire américaine des fractions terroristes - armé et financé par le Qatar et l’Arabie Saoudite.
Le Qatar ne s’en est d’ailleurs jamais caché qui espère l’avènement d’un gouvernement islamiste à sa dévotion à Damas. Gouvernement dont Washington s’accommoderait fort bien, lequel traite déjà avec de tels régimes, qui sont ses principaux alliés au Moyen-Orient.
Donc trêve de faux-fuyants, le sort des Syriens - les seules vraies victimes d’une guerre barbare menée contre leur pays - indiffère totalement ces « Amis » de la Syrie dont l’objectif est de faire tomber l’obstacle que constitue à leurs yeux l’actuel régime syrien, lequel n’entre pas dans le plan de domination du Moyen-Orient.
Or, après un moment de flottement et surprise par les attaques rebelles, l’armée syrienne commence à reprendre ces dernières semaines du terrain face à la rébellion. Cela a bouleversé les schémas établis par les Occidentaux et les monarchies qui s’attendaient à ce que le régime d’Assad tombe comme un fruit mûr.
De fait, vendredi, la langue du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a fourché qui admettait indirectement ce fait, s’exclamant : « (...) Il n’est pas possible d’envisager qu’il y ait tout d’un coup un succès total de Bachar al-Assad. Ce n’est pas du tout dans les prévisions. »
Ce n’est pas dans les prévisions ! Ce sont bien là les mots utilisés par M. Fabius. Ce qui lève un peu le voile sur la prétendue « révolte » du peuple syrien et sur le « véritable » complot suscité contre le pouvoir syrien.
Par la magie des mots tout peut basculer, et l’identité des choses remonter à la surface, donnant du sens à des évènements alors inconcevables.
D’autre part, en visite dimanche à Doha, le président français, François Hollande a indiqué, à l’issue d’un entretien avec l’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, que la France et le Qatar avaient « une approche commune » sur le conflit syrien, visant à aider l’opposition à « améliorer sa position sur le terrain pour parvenir à une solution négociée ». Cela veut dire que M. Hollande, en accord avec l’émir du Qatar estime que la fin justifie les moyens. On ne l’a pas entendu condamner les fatwas, d’Al Qaradhaoui - appelant à l’assassinat du mufti de Damas, Ramadan Al Bouti - ou celles d’Al Arifi autorisant les viols des mineurs par les « jihadistes » qui font régner la terreur en Syrie.
Dans l’imbroglio syrien il est devenu chimérique de séparer le bon grain de l’ivraie, et les « Amis » de la Syrie qui ont fait leur choix aident en fait des barbares et savent bien à quoi s’en tenir quant aux tueries qui endeuillent la Syrie et qui en sont les vrais auteurs.
Doha, aura au moins servi à montrer au monde après deux années de duplicité, le vrai visage des pays qui attisent la guerre en Syrie.

Karim Mohsen
L’Expression (Algérie), 25 Juin 2013.