mardi 12 juin 2018

E&O-26 : Fables Géopolitiques

E&O-26 : Fables Géopolitiques


EAN 9782376040125, Ed. Sigest, 136p, 12 €
Juin 2018


 
Sommaire EO-26

Réflexion sur la place de la langue française  - Henry Cuny
Arménie : une analyse dans une tasse de thé - Varoujan Sirapian
La fable de la « menace nucléaire iranienne » - Bruno Guigue
Le plan secret des États-Unis visant Damas a été déjoué - Elijah J. Magnier
L’après-impérialisme - Bouthaïna Chaabane
Huit faux drapeaux qui ont marqué l’histoire - Irina Dmitrieva
Frappes contre la Syrie. Préméditées ou motivées ? - Mounir Abi
Quels liens unissent Sebastian Kurz et les réseaux Soros ? - Pierre-Antoine Plaquevent
Missiles étasuniens en Europe, le retour - Manlio Dinucci
L’avertissement nucléaire de Poutine - Manlio Dinucci
Nucléaire iranien : « La sortie des États-Unis est une chance pour la France » - Caroline Galactéros
Graves tensions gréco-turques - Christophe Chiclet
Turkey is Most Frequent Violator of European Convention on Human Rights - Harut Sassounian
La Sainte-Firme - Armand Sammelian
The Battle of Sardarapat and its Aftermath - Edmond Azadian
Trump déclare la guerre économique à l’Europe - Jean-Michel Vernochet
À un jet de pierre d’Armageddon - George Galloway
Nucléaire iranien : les chances de riposte européenne - Hervé Juvin
Palestine et ses ennemis  - Alain Corvez
Les banques internationales contre les États - Valérie Bugault
MARVEL – Ses origines politiques et son univers ésotérique - Youssef Hindi
La chasteté ou le chaos ? - Stéphanie Bignon
Italie : qui sont les vrais barbares ? - Henri Temple
Les cinq leçons de Carl Schmitt pour la Russie - Alexandre Douguine
Théorie des Graphes, théorie des Jeux et Neurologie - Nikos Lygeros

mardi 1 mai 2018

Sardarabad : saison 2



Sardarabad : saison 2

Varoujan Sirapian
directeur de E&O
Erevan, 1er mai 2018



A la veille de mon retour en France, j’ai laissé tout de côté pour sortir dans la rue ce 1er mai, pour être parmi les manifestants, très nombreux autour de la place de la République d’Erevan, dans les rues adjacentes, réunis dans l’attente de l’élection du candidat du peuple, Nikol Pachinian, au poste du Premier ministre.

La foule a commencé à se réunir autour de Laplace de la République à partir de 9h. A la fin de la journée il y avait plus de 150000 personnes.
Plus de 100000 personnes, d’Erevan mais aussi venues des régions, unies, plein d’espoir, fiers de leur lutte qui dure depuis deux semaines, dont la première victoire s’est concrétisée avec la démission de l’éphémère Premier ministre et ex-président Serge Sargsyan. 

Alors que le parti Républicain avait annoncé de ne pas présenter un candidat à l’élection du nouveau premier ministre, alors que les deux partis de la coalition Arménie Prospère et la FRA avaient annoncé qu’ils allaient voter pour Nikol Pachinian, ce dernier n’était pas du tout convaincu que la partie était gagnée d’avance. 

Résistance du parti républicain

Il avait raison. Les débats qui ont commencé dans l’enceinte du parlement à 12h avec le discours de l’unique candidat se sont éternisés avec 26 députés inscrits pour poser des questions, dont la majorité appartenait au Parti Républicain. Il était évident que le parti au pouvoir avait décidé de jouer la montre et user aussi bien le candidat que les manifestants.  

Nikol Pachinian, "le candidat du peuple" lors de son discours d'ouverture au Parlement
A 20h45, après le discours de clôture de Nikol Pachinian on a procédé au vote sans possibilité d’abstention. En 30 secondes le verdict est tombé : 45 pour, 56 contre. Les députés des partis Yelk, Arménie Prospère et la FRA ont voté pour. La totalité des députés de la PRA contre. Le candidat n’est pas élu. RDV dans 7 jours. Si encore une fois il n’y a pas d’élu le parlement s’autodissoudra pour aller à de nouvelles élections. Ce que ne veut pas Nikol Pachinian, puisque aucune élection n’aura de légitimité selon lui si elle est organisée par l’actuel régime.
Les députés du Parti républicain avaient la mine des prévenus sur les bancs des accusés

Arménie rentre dans une zone de turbulence.  

Il y a cent ans en mai 1918 Arménie a failli disparaître à Sardarabad. L'armée turque était décidée d’éradiquer ce qui restait de l’Arménie historique (suite au génocide de 1915-1917). Dans un dernier sursaut les Arméniens, le couteau sous la gorge, mal équipés et en sous nombre, ont battu l’armée turque contre toute attente.

Aujourd’hui, l’Arménie est en danger de disparition à cause d’une gouvernance oligarchique depuis une vingtaine d’année, qui pousse la population à émigrer en masse.
Nous sommes peut-être à la veille d’un autre Sardarabad, cette fois contre des ennemis intérieurs.

lundi 23 avril 2018

L’ère après Homo sovieticus


L’ère après Homo sovieticus





Le mardi 17 avril dans l’après-midi, quand je me suis assis sur un banc près du ministère des Affaires étrangères pour observer et écouter les manifestants qui conspuaient le nouvellement élu Premier ministre, Serge Sargsyan, je n’imaginais pas que celui-ci présenterait sa démission une semaine après.

Il y avait milliers de personnes, en majorité des jeunes, dans la rue Vasguen Sargsyan, bloquée dans les deux sens entre la place Shahoumian et le Hrabarag (pl. de la République). J’entendais le slogan devenu un hashtag depuis quelques jours, « Kayl ara, merjir Serjin » (Bouge ! Récuse Serge) ou « Miatsek ! » (Rejoignez-nous)

Alors que j’étais assis à peine depuis quelques minutes trois jeunes se sont rapprochés : « Excusez-nous hopar (mot traditionnel pour désigner oncle) on aura besoin de ce banc ». J’ai compris qu’ils allaient l’utiliser pour bloquer la circulation. Je me suis levé. « Excusez-nous encore pour le désagrément » m’ont-ils lancé avant d’emporter le banc à l’angle de la rue Khorenatsi et de la rue Beyrouth.


Ce court échange montrait le comportement de ces jeunes manifestants, très souvent des étudiants ; poli, calme, pratiquant la désobéissance civile sans violence (Ça change de Tolbiac !).    

C’est la force de ce mouvement qui, contre tout attente, a obligé le Premier ministre à jeter l’éponge au bout de 11 jours de manifestations incessantes à Yerevan mais aussi à Gyumri, à Vanadzor et pas plus tard qu’hier, dimanche, dans la région de Martuni, où je me suis trouvé bloqué par un barrage sur la route de retour d’Artsakh vers la capitale.

Le bref face à face, très tendu, entre Serge Sargsyan et Nikol Pachinian, le dimanche 22 avril dans la matinée, à l’hôtel Armenia, et la menace à peine dissimulée du Premier ministre (« N’avez-vous pas retenu la leçon du 1er mars » faisant allusion aux manifestations de 2008 lors de son élection comme président, qui avait fait 10 morts et centaines de blessés) ne présageait pas une issue aussi rapide à cette situation qui s’orientait vers une impasse tant les demandes de Nikol Pachinian apparaissaient radicales, notamment la démission du PM, en plus d’une absence totale de programme.


Le député d’opposition a gagné son pari, l’homme le plus détesté du pays a quitté son poste, le peuple est en liesse ce soir et fête la victoire dans une ambiance fraternelle jamais vu depuis le « mouvement Karabagh » de 1988.

Reste à ne pas gâcher cette énergie et surtout à ne pas décevoir le peuple. Espérons que les Homo sovieticus laisseront la place à une nouvelle génération, tout simplement à des patriotes arméniens ayant en tête qu’une chose : la défense des intérêts de ce jeune pays…    

Varoujan SIRAPIAN
Directeur de Europe&Orient
Erevan, le 23 avril 2018


mardi 13 mars 2018

Rencontres francophones de l'Institut Tchobanian


Institut Tchobanian invite 
3 auteures françaises en Arménie


Réponse de la Syrie à la France



Réponse de la Syrie à la France

 


D’ordre de mon gouvernement et en réponse à la lettre du Représentant permanent de la France datée du 7 février 2018 (S/2018/104), je vous informe de ce qui suit :

La France n’a de cesse de véhiculer au Conseil de sécurité des mensonges et des allégations peu fiables par l’intermédiaire de lettres visant à déformer la réalité et à protéger l’organisation terroriste Front el-Nosra, branche d’Al-Qaida en Syrie inscrite sur la liste des organisations terroristes tenue par le Conseil de sécurité, ainsi que les entités et individus qui lui sont associés. Cela s’inscrit dans le cadre de la politique adoptée par la France depuis le début de la crise en Syrie, puisqu’elle joue un rôle de chef de file dans l’apport de diverses formes d’appui aux organisations terroristes opérant en Syrie, au premier rang desquelles le Front el-Nosra et les groupes terroristes qui lui sont affiliés. Les médias ont prouvé, par l’image et le son, que le Gouvernement français finançait ces organisations, sans parler de la position scandaleuse adoptée par les gouvernements successifs français dans les instances internationales.

La lettre susmentionnée adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de la France le 7 février 2018 montre indéniablement que le Gouvernement en place n’a aucune intention de changer de ligne politique par rapport aux gouvernements précédents et continue de soutenir le terrorisme et de protéger les organisations terroristes. Ce comportement a nui à la réputation de la France dans la région et dans le monde entier et l’a classée parmi les pays qui troquent la vie et la dignité des Syriens contre une poignée de pétrodollars et quelques barils de pétrole.

La République arabe syrienne rejette les positions hostiles de la France, qui visent à exercer une plus grande pression politique et à menacer la souveraineté syrienne de façon agressive. En outre, tant qu’elle soutiendra le terrorisme et que ses mains tremperont dans le sang syrien, la France ne sera pas en mesure de jouer le moindre rôle dans l’instauration de la paix en Syrie et n’aura pas son mot à dire sur les affaires intérieures de ce pays.

La République arabe syrienne engage le Conseil de sécurité à mettre fin aux agissements de la France, qui entament la crédibilité du Conseil, contreviennent à ses résolutions, bafouent la Charte des Nations Unies et permettent aux terroristes d’être entendus, représentés et protégés au sein même du Conseil. En outre, par ces pratiques, la France ne se conforme pas au rôle qui devrait être celui d’un membre permanent du Conseil de sécurité.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre comme document du Conseil de sécurité.

Bachar Ja’afari