lundi 19 octobre 2020

Le principe de « sécession remède »

Nikol Pachinian, demande l’application du principe de « sécession remède »


Le 16 octobre, le premier ministre Nikol Pachinian a publié un message sur sa page Facebook, qui est passé inaperçu du grand public, mais qui revêt une certaine importance puisqu’il souligne l’intention des autorités arméniennes de faire évoluer la base juridique en faveur de la reconnaissance internationale de l’indépendance de l’Artsakh. Le paragraphe est court mais résume bien la ligne de conduite à adopter :
« Le principe de « sécession remède » qui est une expression moderne du droit à l’autodétermination d’un peuple, octroie aux groupes et aux peuples le droit de faire sécession d’un état, lorsqu’on est en présence de discrimination, d’atteinte à grande échelle des droits de l’homme ou de risque de génocide, tout comme il exclut le rattachement à un état si cela est susceptible d’entraîner les conséquences énoncées plus haut. C’est ce principe qui doit être à la base de notre approche dans le règlement du conflit du Karabagh ; l’emploi de terroristes mercenaires dans la guerre actuelle et le comportement terroriste de la Turquie et de l’Azerbaïdjan offrent une véritable opportunité pour atteindre une telle compréhension internationale. Nous devons concentrer le potentiel de tous les Arméniens à la résolution de cette question ».
Comme aucun traité international ne justifie le droit à l’autodétermination pour un peuple en dehors d’une situation de décolonisation, le principe de « sécession remède » pourrait apparaître comme un avatar contemporain du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Théodore Christakis, le définit en ces termes : 
« Une communauté infra-étatique victime d’oppressions et de violations massives de droits de l’homme de la part de l’État englobant et qui se trouve dans l’impossibilité d’exercer son droit à l’autodétermination interne, peut recourir sous certaines conditions à la sécession comme ultimum remedium  ». 
Ce n’est pas un droit coutumier puisqu’il n’apparait dans aucun texte officiel de droit international ; il s’agirait donc d’une solution occasionnelle et exceptionnelle que la communauté internationale peut utiliser dans le but de légaliser le droit à la sécession, comme ultime recours, en cas de besoin urgent si un peuple est en danger, à condition qu’il y ait des preuves de violations graves et massives de la part de l’État englobant. Le premier exemple d’application réussie de ce principe de « sécession remède » est celui de la création de l’État du Bangladesh, et le cas plus récent est la sécession du Kosovo, lorsque la communauté internationale a chapeauté ce processus de sécession pour éviter des massacres. Même si les autorités compétentes en droit international refusent d’en faire un droit, le principe de « sécession remède » a permis au Kosovo de devenir un état indépendant en 2008, reconnu par de nombreux pays. 
En conclusion, la communauté internationale refuse l’idée de faire du droit de sécession un droit coutumier mais elle réserve le principe de « sécession remède » à des situations urgentes et exceptionnelles.

samedi 17 octobre 2020

La victimisation, l’autre virus qui frappe la France

 La victimisation, l’autre virus qui frappe la France 



Alors que de nombreux pays européens prennent des mesures pour freiner la diffusion de la Covid-19, la France semble atteinte depuis quelques années par un autre virus : celui de la victimisation. Sournois, il  se propage dans toutes les couches de la société sous l’action de super contaminateurs. Ce virus attaque insidieusement les défenses de la Nation en faisant douter les Français d’eux-mêmes jusqu’à la repentance, voire la soumission. Il se transmet essentiellement par les médias sous la forme de dérives sémantiques, d’accusations anachroniques et de revendications infondées.

Héros

Un jardin de Paris porte dorénavant le nom du colonel Beltrame. Le libellé de la plaque commémorative comporte des mots surprenants : « victime de son héroïsme ». Non, le colonel Beltrame n’est pas une victime mais bien un héros. Il a rempli sa mission jusqu’au sacrifice de sa vie comme seuls les héros savent le faire. Ce n’est pas son héroïsme qui l’a tué mais un terroriste islamiste que le texte de cette plaque ne désigne pas. Cette inscription  portant une telle omission est-elle l’acte délibéré d’un complice ou d’un idiot ? Pourquoi ne pas avoir précisé l’idéologie totalitaire qui a guidé le geste du meurtrier ?

La mémoire du colonel Beltrame appartient à la France. Il est mort en France et pour la France, en luttant en l’occurrence au corps-à-corps contre le même ennemi que celui qu’affrontent nos soldats au Sahel. Pourquoi ne s’est-il pas vu attribuer le titre de « Mort pour la France » ? Honteux !
Mais son geste à Trèbes est gravé à jamais dans le livre d’or de l’héroïsme français. Il participe à la grandeur de notre patrie et suscite l’admiration  de nos compatriotes.

Victimes

Depuis les attentats de 2015, le président Hollande a décidé d’attribuer une médaille aux « victimes du terrorisme ». Sur la poitrine des récipiendaires, elle se place juste après celles des deux ordres nationaux mais avant celles de la Valeur militaire et de la médaille pour actes de courage et de dévouement, c'est-à-dire des décorations qui récompensent des gestes volontaires et exemplaires et, assez souvent, héroïques. Pourquoi ?  L’explication qui en est donnée est ubuesque : simplement parce que cette décoration est attribuée au nom du président de la République et non du ministre des Armées ou de l’Intérieur comme les deux autres. Le pire est peut-être que cette situation, incompréhensible et aisément modifiable, perdure malgré des demandes réitérées d’associations et notamment de l’ASAF.

Hors-la-loi

Puisque le statut de victime est placé si haut de nos jours en France, il n’est pas étonnant alors que les médias s’intéressent souvent davantage aux victimes qu’aux héros. Il est vrai que, de plus en plus souvent, le voyou ou le hors-la-loi, blessé au cours d’un contrôle ou d’une arrestation par la Police ou la Gendarmerie, se présente comme une victime cherchant à gommer le crime ou le délit qu’il vient de commettre, désignant ainsi les membres des forces de sécurité  qui l’ont neutralisé comme des agresseurs. Cette inversion des rôles est proprement stupéfiante et nombre de médias rentrent complaisamment dans ce jeu dangereux de la confusion.

Otage

Faut-il que le président de la République et le ministre des Affaires étrangères aient beaucoup à gagner sur le plan médiatique pour se déplacer et accueillir madame Pétronin de retour du Mali. Détenue pendant quatre ans dans des conditions convenables selon ses propres déclarations, elle souhaite retourner  au Mali. Si nous sommes heureux pour son fils qui s’est démené pour sa libération, notre septuagénaire voilée descendant allègrement la passerelle du Falcon à Villacoublay  n’est en rien une victime suscitant une quelconque compassion.

Suite aux propos tenus par madame Pétronin, le Président a choisi de ne pas parler pour ne pas rentrer dans le jeu très ambigu de cette Franco-suisse atteinte au dernier degré du syndrome de Stockholm. La France a-t-elle pu être écartée des négociations entre les autorités politiques maliennes et certains groupes rebelles ? Nul ne le sait ; mais à quel prix les 200 djihadistes libérés par les autorités maliennes seront-ils  à nouveau mis hors d’état de nuire par les soldats français ? Là est la vraie question.

On doit aussi s’interroger sur le silence de cette otage au sujet des soldats français qui combattent, souffrent et meurent depuis huit ans dans cette région pour éliminer ceux qu’elle refuse d’appeler les terroristes islamistes : ces hommes qui ne connaissent que l’égorgement, la prise d’otages et les massacres aveugles de civils désarmés au Sahel comme en France et qu’elle qualifie de « soldats luttant pour leur liberté ». Notre pays doit-il laisser la nationalité française à cette Franco-suisse qui souhaite retourner au Mali, alors que la France y est toujours en guerre contre ceux dont elle dit comprendre la lutte ?

Pseudo victimes

Enfin, quelques Français ou Africains vivant en France, appartenant à ce qu’il est convenu d’appeler les minorités visibles, affirment être indirectement des victimes de la colonisation et de l’esclavage et s’estiment donc  en droit de demander des réparations à la France. Mais en quoi ces hommes et femmes sont-ils des victimes, eux qui vivent dans un pays si généreux dont ils ont tout reçu ?

Pourquoi ces hommes et ces femmes ne s’identifient-ils pas plutôt à leurs ancêtres qui se sont battus souvent avec héroïsme pour la France pendant les deux guerres mondiales ? Veulent-ils vraiment épouser la France et devenir Français ?

Un virus mortel

Face à cette pollution mortelle, nous devons réagir. Il faut mener une guerre non seulement contre les terroristes islamistes mais aussi s’opposer à cette menace sournoise qui ronge nos convictions, déstabilise nos références et fragilise notre cohésion. Face à cette guerre psychologique et subversive mêlant désinformation, provocations et menaces qui nous est déclarée, il faut faire face vigoureusement et ensemble, sous peine de voir notre pays, dont les fondations sont sapées quotidiennement, s’effondrer brutalement.

La RÉDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr

 

jeudi 15 octobre 2020

Le rôle de l’État hébreu dans les coulisses de la crise arménienne

Le rôle de l’État hébreu dans les coulisses de la crise arménienne

Général (2S) Dominique Delawarde 

15 octobre 2020


Les médias mainstream occidentaux ont beaucoup insisté sur le rôle majeur et indéniable de la Turquie dans la crise opposant l'Arménie à l'Azerbaïdjan, mais ils sont restés extrêmement et étonnamment discrets, voire silencieux sur le rôle tout aussi important, joué, en coulisse, par Israël, et sur son positionnement dans cette affaire.

Ce rôle n'a pourtant pas pu échapper à un géopoliticien ou à un observateur averti.

Il y a, bien sûr, les discrètes navettes aériennes entre Tel Aviv et Bakou qui, au début d'octobre, ne transportaient pas des oranges, mais de l'armement sophistiqué (notamment des drones et des missiles). Une part non négligeable de l'armement azéri est d'origine israélienne. Il faut rappeler que l'Azerbaïdjan est le premier pourvoyeur de pétrole d'Israël et lui fournit 40% de ses besoins. Ceci suffirait presque à expliquer l'alliance de fait, entre les deux pays, alliance basée sur une sorte d'échange « pétrole contre armement ».

https://www.jpost.com/israel-news/video-shows-azerbaijan-using-israeli-lora-missile-in-conflict-with-armenia-644327


Il y a la relative discrétion des chancelleries et des médias occidentaux - dont on sait qui les contrôle - sur l'ingérence ouverte de la Turquie, pays membre de l'OTAN, contre l'Arménie, pays membre de l'OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective) aux côtés de la Russie. La coalition occidentale a bien protesté du bout des lèvres ; elle a bien appelé «à la retenue» et au «cessez le feu», mais elle a laissé faire la Turquie sans vraiment dénoncer son impérialisme islamiste, désormais tous azimuts (Syrie, Irak, Libye, Méditerranée orientale, Caucase).                                                                                           

Il y a encore la prise de position officielle de Zelenski, premier président juif d'Ukraine, en faveur de l'Azerbaïdjan, et contre l'Arménie. Ce président aurait certainement été plus discret dans son soutien si l'Azerbaïdjan avait été hostile à l'état hébreu.

Il y a enfin cette déclaration de Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro qui nous apprend dans un tweet:   @Malbrunot

 Conflit au Nagorny-Karabakh: au-delà de la station du Mossad basée en Azerbaïdjan pour espionner l'Iran et de la livraison de matériels militaires à Bakou, Israël entraîne les forces de sécurité azéris, confie un diplomate européen, qui fut basé en Azerbaïdjan.

 

       Mais pourquoi l’État hébreu se distingue-t-il aujourd'hui, par sa présence et son action dans cette région du monde aux côtés de la Turquie, de l'Azerbaïdjan et du djihadisme islamiste ?

Avant de tenter de répondre à cette question, il faut se rappeler que l'activisme d'Israël sur la scène internationale n'est pas que régional, mais mondial. Il peut être direct ou indirect. Son empreinte est souvent perceptible et parfaitement identifiable dans la politique étrangère des grands pays occidentaux (USA, UK, FR, Canada, Australie), mais elle l'est aussi dans presque tous les grands événements qui ont affecté l'évolution géopolitique mondiale des dernières décennies: (guerres au Proche et Moyen-Orient, révolutions colorées et/ou changement de pouvoir (ou tentatives) notamment en Amérique du Sud (Brésil, Bolivie, Venezuela, Colombie, Équateur) mais aussi en Europe (Maïdan …) et en Afrique du Nord (printemps arabes, hirak algérien). A noter aussi l'ingérence plus ou moins ouverte dans les élections des grands pays de la coalition occidentale (USA, FR, UK, Canada, Australie) par des financements généreux de sa diaspora visant à promouvoir les candidats qui lui sont favorables et à détruire ceux qui ne le sont pas.

Cet activisme pro-israélien s'exerce par le biais d'une diaspora riche, puissante et organisée. Cette diaspora collectionne les postes d'influence et de pouvoir, plus ou moins «achetés» au fil du temps et des circonstances, au sein des appareils d’État, au sein des médias mainstream, au sein des institutions financières et des GAFAM qu'elle contrôle. Le Mossad n'est pas en reste et fonde l'efficacité de son action sur le système des sayanims, parfaitement décrit par Jacob Cohen dans sa conférence de Lyon. https://www.youtube.com/watch?v=2FYAHjkTyKU

L'action de ces relais et soutiens vise à défendre et à promouvoir les intérêts directs et indirects de l’État hébreu sur la planète entière et à élargir le cercle des pays et des gouvernances qui le soutiennent. Elle vise aussi à affaiblir celles et ceux qui lui sont opposés. Elle est tenace, efficace et s'inscrit dans la durée.

Pour gagner, l’État hébreu, comme le fait aussi très bien l'OTAN, n'hésite jamais à faire des alliances de circonstance, limitées dans l'espace et dans le temps, avec tel ou tel de ses adversaires (Turquie et djihadistes en Syrie par exemple). Ses actions sont souvent « préméditées », « concoctées » et « coordonnées » avec ses correspondants « néoconservateurs » de Washington. Comme partout ailleurs le mensonge d’État et la duplicité sont monnaies courantes...

Pourquoi susciter et/ou mettre de l'huile sur le feu dans un conflit entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie et pourquoi maintenant ?



Trois grands pays de la région, la Russie, la Turquie et l'Iran, sont directement concernés par ce conflit et par ses conséquences potentielles, parce qu'ils sont frontaliers avec l'une des deux parties en conflit, et parfois les deux. Israël, pour sa part, n'est qu'indirectement concerné, mais l'est tout de même, nous le verrons.

Par ailleurs, cette région du Caucase est également une « zone de friction » entre des alliances qui ne s'apprécient pas vraiment : La coalition occidentale et l'OTAN dont la Turquie et Israël jouent la partition, l'OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective) dont la Russie et l'Arménie sont membres, et l'OCS (Organisation de Coopération de Shangaï) à laquelle la Russie et l'Iran sont liés (pour l'Iran, comme membre observateur et aspirant candidat depuis 15 ans).

Pour compliquer le tout, le Premier ministre arménien en fonction, Nikol Pashinian, a cru bon de devoir afficher sa préférence pour l'Occident dès sa prise de fonction et de prendre ses distances avec Moscou, ce qui met son pays en position délicate pour réclamer aujourd'hui l'aide de la Russie.

Le déclenchement de la crise actuelle est, selon moi, une opération qui dépasse largement le cadre étroit d'un conflit territorial entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Il s'agit d'une opération de plus - après Maïdan en Ukraine, après la tentative de révolution colorée en Biélorussie et après les affaires Skripal et Navalny - visant à mettre la pression sur la Russie, mais aussi sur l'Iran, en les mettant dans l'embarras, voire, en les poussant à la faute.

Il est clair que toute intervention rapide et musclée de la Russie dans ce conflit aurait été immédiatement condamnée par la « communauté internationale autoproclamée » - c'est à dire par l'OTAN - et suivie de l'habituel train de sanctions anti-russes, par les USA, servilement suivis par ses vassaux européens. Il ne faut pas oublier qu'aujourd'hui, mettre un terme au gazoduc North Stream II reste un objectif majeur pour les USA.

L'absence d'une ferme réaction des occidentaux dans la crise du Caucase est, en elle- même, révélatrice sur quatre points :

1 – La défense de l'Arménie n'est pas une priorité pour la coalition occidentale. Monsieur Nikol Pashinyan, premier ministre arménien, s'est donc trompé de cheval en misant sur l'Occident pour la défense de son pays. La coalition occidentale laisse souvent tomber ses alliés de circonstance comme ils l'ont fait pour les Kurdes en Syrie…

2 – En atermoyant et en laissant venir une réaction russe qu'elle espère pouvoir sanctionner en mettant définitivement fin au North Stream II, la coalition occidentale montre, une fois de plus, sa duplicité et son cynisme. Peu lui importe l'Arménie…

3 – En créant un foyer d'infection djihadiste aux frontières de la Russie et de l'Iran, la coalition israélo-occidentale montre, une fois de plus, qu'elle est prête à pactiser avec le diable et à l'instrumentaliser pour parvenir à ses fins, en l'occurrence l'affaiblissement de ses adversaires russes et iraniens.   

4 – En laissant agir la Turquie et Israël sans réaction, la coalition occidentale reconnaît implicitement, derrière des discours trompeurs, que ces deux pays agissent à son profit.

Le quotidien israélien « The Jerusalem Post » a abordé dans un article récent les affrontements entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie non sans laisser éclater la joie israélienne de voir le Caucase devenir un nouveau foyer de crise potentiellement susceptible d'avoir un impact considérable sur le Moyen-Orient. L'impact recherché par Israël est toujours le même : alléger les pressions et les actions iraniennes et russes sur le théâtre syrien en ouvrant un « nouveau front de préoccupations » aux frontières de ces deux pays.

En conclusion, quatre points méritent d'être soulignés, à ce stade de la crise,

1 – Monsieur Pashinian, Premier ministre arménien, a fait une erreur d'appréciation en misant sur un camp occidental qui s'avère moins fiable que prévu pour défendre l'intérêt de son pays. Il devra, peut-être, in fine, faire des concessions douloureuses et pourrait bien y perdre son emploi lors des prochaines élections.

2 – Monsieur Aliev, président d'un Azerbaïdjan majoritairement chiite, regrettera peut-être un jour d'avoir introduit sur son sol des djihadistes sunnites pour combattre l'Arménie. Il regrettera peut-être aussi l'instrumentalisation dont il est l'objet par la Turquie et Israël, chevaux de Troie de l'OTAN. Ses voisins russes et iraniens ne lui pardonneront pas facilement.

3 – La Russie, dont la gouvernance et la diplomatie ne sont pas nées de la dernière pluie, n’est toujours pas tombée, tête baissée, dans le piège de l'intervention immédiate et musclée qui pourrait, après la tragi-comédie « Navalny », sonner le glas du North Stream II. Elle interviendra, tôt ou tard, lorsque le bon moment sera venu. Les différents protagonistes directs et indirects ne perdront rien pour attendre.

4 - Israël et l'Occident otanien auront-ils gagné quelque chose à poursuivre leurs actions de harcèlement aux frontières de la Russie et de l'Iran en instrumentalisant l'Azerbaïdjan et en cherchant à détacher l'Arménie de l'OTSC dans le cadre de la stratégie d'extension à l'Est qu'ils poursuivent depuis trente ans ? Rien n'est moins sûr. L'avenir nous le dira.

Quant à la solution du problème territorial, source du conflit déclenché par l'Azerbaïdjan-contre l'Arménie, elle réside probablement dans l'application de l'article 8 du Décalogue de l’Acte final d’Helsinki voté le 1e août 1975 qui régit les relations internationales entre les États participants. Cet article évoque clairement « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ».

Lorsqu’une volonté de quitter un ensemble étatique est validé par un, voire plusieurs référendums à plus de 90%, et lorsque cette sécession a été effective durant 34 ans, sans conflit majeur - ce qui est le cas pour la république d'Artsakh (Haut-Karabakh)-,  il semble légitime que la communauté internationale puisse prendre en compte la volonté des peuples et d’accepter de reconnaître ce fait en dotant ces nouveaux états d’une structure juridique particulière leur garantissant une paix sous protection internationale.

On me rétorquera que l'article 3 du même décalogue d'Helsinki rappelle l'intangibilité des frontières. Il s'agira donc, pour la communauté internationale, de déterminer si le droit des peuples à disposer d'eux même doit primer, ou non, sur l'intangibilité des frontières, après 34 ans de séparation totale et effective de vie commune entre deux parties d'un même État.

Cette décision, lorsqu'elle sera prise, ne devrait pas être sans conséquences jurisprudentielles sur le futur du Kosovo, de la Crimée, ou de la Palestine occupée.

Pour ceux qui souhaitent élargir et diversifier leurs connaissances sur ce sujet sensible, je suggère la lecture de deux articles intéressants :

- un article de Jean Pierre Arrignon, historien byzantiniste et spécialiste de la Russie

https://blogjparrignon.net/asc2i/la-guerre-du-nagornii-karabakh/


- un éditorial d'Eric Denécé, patron du CF2R (Centre Français de Recherche sur le Renseignement sous le titre: « Le conflit Arménie/Azerbaïdjan au Haut-Karabakh relancé par la Turquie ».

https://cf2r.org/editorial/le-conflit-armenie-azerbaidjan-au-haut-karabakh-relance-par-la-turquie/

 


lundi 12 octobre 2020

LA COMMUNAUTE ARMENIENNE DE TURQUIE 
SOUS HAUTE PRESSION


Céline Pierre-Magnani, La Libre Belgique, 12 octobre 2020


Dans la vitrine de ce bijoutier arménien du célèbre Grand Bazar d’Istanbul, la multitude de pendentifs en forme de colombe blanche pourrait faire figure de programme politique. Depuis le début des hostilités entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan le dimanche 27 septembre dans la région du Haut-Karabagh, le conflit a enflammé la Turquie et les Arméniens de Turquie. Le cessez-le-feu conclu samedi 10 octobre ne les rassure que provisoirement tant la situation a un air de déjà-vu.

"Je ne veux plus parler pour la communauté. Cela ne nous attire que des ennuis. Je n’ai plus aucun espoir d’amélioration de toute façon", soupire le commerçant, las, au fond de sa boutique. "À quoi bon se battre ? Personne ne l’emporte contre des moulins à vent", lâche-t-il en baissant les yeux. Ici, dans le dédale des rues, nombre de commerçants d’origine arménienne partagent son avis. Pour vivre en paix en Turquie, il y a deux sujets à ne pas aborder : la politique et la religion. Alors, pour les minorités, la discrétion est de mise.

Union nationale derrière l’Azerbaïdjan

À l’exception du parti pro-kurde du HDP (Parti démocratique des peuples), l’ensemble de la classe politique a apporté son soutien à l’Azerbaïdjan, un élan panturquiste revendiqué (la coalition gouvernementale considère le peuple azerbaïdjanais comme le prolongement de la nation turque dans le Caucase). Des convois de véhicules affichant le drapeau de l’Azerbaïdjan ont défilé ces derniers jours aux abords de bâtiments arméniens et grecs à Istanbul en un signe de défi. Des manifestations belliqueuses contre lesquelles seules quelques voix osent s’élever.

"Depuis que le conflit a commencé, voici deux semaines que l’ensemble des médias, la classe politique, la société turque ont recours à un discours hostile contre les Arméniens", déplore Yetvart Danzikyan, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire arménien Agos. "Bien évidemment, cette situation est particulièrement compliquée pour les Arméniens qui vivent en Turquie. Ils se sentent étouffés, oppressés. Nous sommes sur nos gardes en permanence, comme s’il pouvait nous arriver quelque chose à tout moment", conclut-il.

L’assassinat du journaliste arménien Hrant Dink (assassiné en 2007 par des réseaux ultranationalistes) est gravé dans toutes les mémoires et la communauté craint pour la sécurité des figures qui osent s’opposer aux conflits dans l’espace public.

"Dès que la guerre a commencé, j’ai fait un appel à la paix, mais le pouvoir ne veut pas que les discours pacifistes se répandent", explique Garo Paylan, député HDP d’origine arménienne, que La Libre Belgique a pu rencontrer au siège du parti au centre d’Istanbul. "J’ai été la cible de discours de haine dans les journaux proches du pouvoir. Ils me menacent, m’accusent de trahir la nation. Je suis dans le viseur.

Une campagne de soutien au député a été lancée sur les réseaux sociaux sous le hashtag #GaroPaylaN’estPasSeul  pour contrebalancer les discours de haine diffusés dans l’espace public.

Vaine pression internationale

Bien que la communauté arménienne de Turquie ne compte pas plus de 60 000 âmes, elle continue de générer des crispations dans le champ politique. L’État turc refuse de qualifier de "génocide" les massacres de 1915 qui ont conduit à l’assassinat de plus d’un million d’Arméniens (l’évaluation du nombre de victimes fait l’objet de débats entre historiens). Les pressions internationales pour la reconnaissance du génocide nourrissent un discours nationaliste qui voit ces tentatives comme une volonté de déstabiliser le pays et accuse les Arméniens d’être des ennemis de l’intérieur.

Des agents de police ont été placés devant les églises et écoles arméniennes pour prévenir les débordements. Mais Garo Paylan ne se fait pas d’illusions : 

"Je ne pense pas que ce sont les précautions de sécurité de l’État qui nous sauveront. Car les personnes qui mettent en place ces mesures sont les mêmes qui jouent la politique de la haine. La seule chose qui peut nous protéger, c’est de faire cesser cette politique, de miser sur une politique de pacification. Je continuerai à porter la voix de la paix. Quel qu’en soit le prix.


Source : https://www.info-turk.be 


mardi 6 octobre 2020

La lettre qui a déclenchée la lettre ouverte

Une lettre de Varoujan Sirapian au Prof. Yaïr Auron

Le 3 octobre 2020, Varoujan Sirapian, président de l'Institut Tchobanian adressa un email au Prof. Yaïr Auron pour protester contre les ventes d'armes par Israël à l'Azerbaïdjan. 

 

Dear Yaïr, 

I'm in Yerevan and I'm living with this war launched by Azerbaijan againt Artsakh since 6 days. 
It's very hard to see and hear civilians dead or blessed by Azerbaijani arms made in and sold by Israël. 
I have nothing againts Jews as people and individuals and you know it. But I'm very angry and yelling very aloud: 

Shame on Netanyahu, 
Shame on whole Israel's government 

for backing Baku's dictator.

Varoujan Sirapian


Le 5 octobre 2020 paraissait sur le site Institute on the Holocaust and Genocide Jerusalem

An Open Letter regarding the Fighting in Nagorno Karabakh (Artsakh)

Armenian Studies at the Hebrew University

The following represents the personal views of a group of Israeli scholars of Caucasian and associated studies from different institutions of higher learning, and does not reflect the positions of the Hebrew University nor its Armenian Studies Program.

We the undersigned write to express our deep concern with the fighting that has flared up in the region of Nagorno Karabakh (Artsakh). From a reading of independent accounts and analysis we have concluded that this outbreak of violence in the last few days is due solely to aggression of the Republic of Azerbaijan, supported by Turkey and backed up by fighters from elsewhere in the region. This belligerence has been directed towards military and civilian targets in the Republic of Artsakh and its mainly Armenian population, and deserves to be condemned in no uncertain terms. The response of the Republic of Artsakh and the Republic of Armenia is clearly one of defense of population, property and territory, and should enjoy the support of those who cherish the principle of self-determination of peoples.

We call for an end to this aggression, and a cessation of the fighting. The long-term answer to tension in the region is on-going negotiations that will aim to resolve the claims of various ethnic groups, leading to a mutually agreed upon political arrangement. Clearly, violence of any type will not resolve ethnic and other tensions.

It is with dismay that we address the matter of Israeli arms sales to Azerbaijan in recent years, this being one component in the massive armament process in that country. We call upon the Israeli government to cease immediately the sales of arms to Azerbaijan, pending a review of the issue by the government and Knesset. Matters of would-be Realpolitik, as reflected here in arm sales, are not the only basis for foreign policy. Certainly, one needs to question Israel’s role in an armament effort aimed mainly against a people that like the Jewish people suffered genocidal attacks in the twentieth century. We call upon other Israelis to raise their voice on this important issue.

Prof. Reuven Amitai
Prof. Yair Auron
Prof. Israel Charny
Ms. Moran Deitch
Prof. Benjamin Z. Kedar
Mr. Yoav Loeff
Prof. Benny Morris
Dr. Yakir Paz
Prof. Eli Richter
Prof. Donna Shalev
Mr. Marc Sherman
Prof. Michael Stone
Dr. Yana Tcheknanovets
Prof. Dror Zeevi

mardi 1 septembre 2020

Arab World Finally Exposes Erdogan’s Hypocrisy

Arab World Finally Exposes Erdogan’s
Hypocrisy as ‘Defender’ of Palestinians


By Harut Sassounian
Publisher, The California Courier
www.TheCaliforniaCourier.com
01/09/2020

I have written in the past pointing out Turkish President Recep Tayyip Erdogan’s hypocrisy on proclaiming himself as the ‘defender’ of Palestinians, while maintaining a military, diplomatic and economic alliance with Israel.

Khaled Abu Toameh, an award-winning journalist based in Jerusalem who is a Shillman Journalism Fellow at Gatestone Institute, published a lengthy article on August 25, 2020 on Gatestone Institute’s website, titled: “Arabs and Muslims to Turkey's Erdogan: ‘Why Don't You Protest Against Yourself?’”

Erdogan inherited from Ottoman Sultans the skill of walking a diplomatic tightrope. For centuries, the Ottoman Empire perfected the political art of seeming to be on both sides of conflicting powers. The Sultans sided with France and England against Germany and with Germany against France and England. The same policy is being pursued now by Erdogan, appearing to be on the Palestinian side, while maintaining multi-faceted relations with Israel. Similarly, Turkey is a NATO member, while purchasing advanced missiles from Russia which violates NATO policies. Amazingly, Erdogan is simultaneously the good friend of both Trump and Putin!

This contradictory and dishonest Turkish behavior finally was exposed in the Arab and Islamic world on the occasion of Israel and United Arab Emirates (UAE) normalizing their relations. Erdogan threatened UAE on August 14, 2020, to cut off diplomatic relations and recall Turkey’s Ambassador from the UAE, while Turkey itself maintains normal relations with Israel, where it has an Embassy, and Israel has an Embassy in Ankara!

Many Arabs are now reminding Erdogan that “Turkey was the first Muslim-majority country to recognize the State of Israel. They also remind him of his official visit to Israel in 2005 and the decades of military, strategic and diplomatic cooperation between Turkey and Israel,” Abu Toameh wrote.

Here are several statements that Abu Toameh quoted from Arab and Muslim sources exposing Erdogan’s hypocritical position.

Erdogan is “the official sponsor of terrorist groups in the region. He uses these groups to destabilize the Arab countries, including Syria, Iraq, Libya, and Egypt.... It seems that Erdogan is suffering from schizophrenia that surprises and confuses even his supporters,” wrote Egyptian journalist Adel al-Sanhoury, in youm7.com, on August 21, 2020.

Jordanian writer Noura al-Moteari asked: “Does Erdogan have a mental illness and a dual personality, or does he know for sure that his followers from the oppressed Turkish people and the Muslim Brotherhood follow him with blind loyalty and do not see beyond the end of their noses? How does Erdogan threaten to withdraw his ambassador from Abu Dhabi because of the historic peace agreement with Israel, while the Israeli embassy in Turkey is active?”

Saudi political activist Monther al-Sheikh Mubarak wrote: “I am sure Erdogan needs a psychiatrist. It has been reported that Turkey will serve Israel by transporting Israelis to the UAE at a time when Erdogan is objecting to normalization [with Israel]. There is no cure for stupidity.”

Saudi political activist Abdullah al-Bander said in a video he posted on social media that Erdogan is known for his words more than his actions. “What's funny is that Erdogan was also the first Muslim leader to visit the grave of [Zionism founder Theodor] Herzl in Israel and meet with [then Israeli Prime Minister Ariel] Sharon. Erdogan is trading in the Palestinian cause. Turkey has had relations with Israel for more than 70 years, but it has done nothing good for the Palestinians all these years.”

Saudi writer Rawaf al-Soain also posted a video on social media platforms in which he asked: “Why don't you [Erdogan] withdraw your ambassador from Tel Aviv and expel the Israeli ambassador in Turkey so that we can call you a hero and supporter of the Palestinian cause? By accusing the United Arab Emirates, Erdogan is being silly and despicable.”

The Saudi newspaper Okaz wrote in an editorial: “Erdogan's regime does not miss an opportunity to trade in the Palestinian issue and deceive everyone. Despite Erdogan's hypocrisy, which has become exposed to Arab and Islamic public opinion, his regime continues to play on the feelings of Muslims. The Turkish president appears to be applying double standards by ignoring the presence of his ambassador in Tel Aviv.”

Abu Toameh concluded: “The strong reactions of many Arabs to Erdogan's threat is a sign that they understand that he is a conniving opportunist playing the Arab and Muslim card in an attempt to revive an Islamic caliphate under his rule. Judging from the broader Arab response to Erdogan's threat, the Turkish leader, rather than being perceived as any kind of Caliph, is perceived as a demented demagogue and a sponsor of terrorism.”

In addition, Turkish journalist Burak Bekdil provided the historical background of Turkey’s double-faced approach to diplomacy in an article published by the BESA Center on August 27, 2020.

Bekdil wrote: “Turkey remained neutral during the Arab-Israeli war of 1948. At its conclusion, the then young Turkish republic became the first Muslim country to recognize the infant state of Israel on March 28, 1949. In January 1950, Ankara sent a career diplomat, Seyfullah Esin, to Tel Aviv as the first Turkish chargé d’affaires in Israel. In 1951, Turkey joined the Western bloc of countries that protested Cairo’s decision to deny Israeli ships passage through the Suez Canal. The Mossad [Israel’s Intelligence Agency] opened a station on Turkish soil in the early 1950s. In 1954, Turkish PM Adnan Menderes, while on a visit to the US, called on Arab states to recognize Israel.”

Probably worse than Turkish hypocrisy is the gullibility of Western and Arab nations that have been fooled by Turkish deceits to think that Turkey is their friend and ally.

vendredi 21 août 2020

Turquie : une autre église transformée en mosquée

 L'église Saint-Sauveur-in-Chora transformée en mosquée

Après avoir transformé en mosquée l’ancienne basilique Sainte-Sophie d’Istanbul, le président islamiste turc Recep Tayyip Erdogan a décrété le 20 août 2020 le même sort pour un autre monument célèbre de l’art byzantin: l’église de Saint-Sauveur-in-Chora à Istanbul.

Saint-Sauveur-in-Chora à Istanbul


Connue du grand public sous le nom de Kariye Camii (Mosquée Kariye), musée depuis 1948, l’église de Saint-Sauveur-in-Chora du XIe siècle figure comme Sainte-Sophie sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les islamistes turcs ont déjà retransformé en mosquées diverses églises historiques, comme en 2011 l’église Sainte-Sophie, alors un musée, à Iznik (anciennement Nicée), où se tint en 787 le second Concile de Nicée.

Selon Bulletin de Cath-Info du 6 août 2020, les fines mosaïques et ses fresques de l’église de Saint-Sauveur-in-Chora, datant en grande partie des XIIIe et XIVe siècles, représentent différentes étapes de la vie de Jésus, de Marie, divers saints de l’Eglise et d’importants personnages de l’époque byzantine. Ce monument, bâti au XIe siècle en forme de croix grecque, est considéré comme un des plus beaux exemples d’église byzantine.

Ce monument, situé dans le district stambouliote d’Edirnekapi (anciennement ‘Porte d’Andrinople’) fut un monastère orthodoxe jusqu’au XVème siècle. Cette église abrita, lors du siège par Mehmet II en 1453, une icône de la Vierge censée protéger la capitale byzantine des assaillants ottomans. Mais l’église fut pillée, l’icône détruite, avant d’être transformée plus tard en lieu de culte musulman.

Les superbes mosaïques de Saint-Sauveur-in-Chora furent alors recouvertes de chaux quand l’église fut convertie en mosquée entre 1495 et 1511 par l’eunuque Atik Ali Pacha, grand vizir de Beyazit II, huitième sultan ottoman. Un minaret fut ajouté à l’édifice.

Passée largement inaperçue – sauf en Russie, mais surtout en Grèce voisine, qui veille sur le patrimoine byzantin présent sur sol turc – une décision de novembre 2019 du Conseil d’Etat turc (le Danıştay) réaffectait Saint-Sauveur-in-Chora au culte musulman. Le Danıştay abrogeait ainsi l’ordonnance de 1945 transformant l’ancienne église byzantine en musée.

Chef du parti islamo-conservateur, le Parti de la justice et du développement (AKP), le «sultan» Erdogan porte depuis des années l’ambition de récupérer Sainte-Sophie, qui fut pendant un millénaire la plus grande basilique chrétienne dans le monde et, avant la conquête ottomane, le siège du Patriarcat oecuménique, sachant qu’une telle mesure fortifierait sa base électorale dans les milieux islamistes.

Sans oublier qu’il s’est senti humilié l’an dernier par son pire revers électoral en 17 ans: la défaite de son candidat à la mairie d’Istanbul, l’ancien Premier ministre Binali Yildirim, de l’AKP.

La «prise» de Sainte-Sophie sonne pour Erdogan comme une revanche, lui qui fait vibrer à chaque occasion la fibre nationaliste turque, affirmant que «l’ouverture au culte de la mosquée Sainte-Sophie est une question interne de la Turquie», que c’est «le symbole de la conquête d’Istanbul, là où le sultan ottoman Mehmet II le Conquérant a fait la première prière du vendredi après avoir conquis la ville!»

«Sainte-Sophie et Kariye Camii (monastère de Chora) sont la propriété de la Turquie, et toute décision les concernant relève des affaires intérieures de la Turquie. Les décisions prises ou à prendre ne relèvent pas de la responsabilité des autres pays», a martelé pour sa part Hami Aksoy, porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères.

Il répondait ainsi aux «graves inquiétudes» américaines exprimées dans le rapport 2020 de la Commission des Etats-Unis pour la liberté religieuse dans le monde (USCIRF), qui a placé la Turquie sur sa Liste de surveillance spéciale (SWL). 

Et le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu, cofondateur de l’AKP, de marteler à son tour que Kariye Camii, tout comme Sainte-Sophie, «ce n’est pas l’affaire d’autres pays, c’est une question de souveraineté nationale!»


Source : https://www.info-turk.be