mardi 1 juin 2021

De Clovis à Macron

De Clovis à Macron : vie et fin d’une nation?

Nos politiques actuels montrent d’évidentes ambitions personnelles. Elles sont cependant bien trop étriquées et mensongères pour qu’elles se développent en une ambition pour la France et soient ainsi utiles au pays, face aux dangers qui grondent. La réalisation d’une véritable ambition politique individuelle devrait s’appuyer sur la réussite de la collectivité qui a élu l’ambitieux. Si elle se trouve seulement satisfaite par un succès privé, elle n’est qu’égoïsme, forfanterie et malheureusement tromperie de ceux qui, en tant qu’ensemble solidaire, pour tout ou partie, ont cru ou supposé ingénument que ce désir de réussite personnelle servirait la nation. Ces gens, bavards et sans échine, corrupteurs et faux, ne laisseront pas leur nom dans l’histoire. Au mieux, dans une quelconque note de bas de page, un historien futur, évoquant la période que nous vivons, les citera comme les insignifiants personnages d’un marécage politique, prélude boueux à la grande résilience française. C’est en tout cas la perspective espérée et motivante qui doit animer les citoyens si nous ne voulons pas qu’un autre historien, dans une autre dimension, écrive, en anglo-saxon, un ouvrage de 350 pages, faisant référence à un ancien pays, au titre probable suivant : «De Clovis à Macron : vie et fin d’une nation.»

Pour diriger une puissance aussi ancienne et sensuelle que la France, il faut entretenir une relation charnelle avec elle. Son histoire est un héritage global avec ses bons et mauvais épisodes. Les uns sont indissociables des autres tant les aspects sombres, par contraste, donnent de la lumière aux pages glorieuses. Nous ne pouvons faire le tri car nul ne peut se revêtir du contexte de telle ou telle époque. Ils participent tous à la France d’aujourd’hui et à sa grandeur. Ils dirigent son avenir et génération après génération ils nous obligent.

D’aucuns me diront que seul le peuple est souverain et que ses dirigeants sont ceux qu’il a souhaités. En sommes-nous sûrs? Je crois, hélas, que toutes sortes de manipulations, rendues possibles de nos jours par une technologie soumise aux financiers méprisants, à une organisation internationale hostile aux nations, et à une caste qui leur est intimement liée, ont permis l’établissement d’une démocratie virtuelle, à moins que ce ne soit une dictature masquée. De plus le politique est un professionnel au long parcours ce qui le contraint à acquérir une mentalité conforme à des règles lentement établies, une sorte d’endoctrinement ou de structuration de l’esprit. Quelle que soit son adhésion idéologique, il s’impose, injustement, comme un indispensable spécialiste. Nous confions donc notre État à des gens dont la politique est devenue le métier. Je ne nie pas qu’une certaine expérience puisse être utile et que quelques-uns soient à leur place, mais l’intelligence, la vision des rapports humains, la réflexion, le sens des autres, la vertu, l’amour de la France, la culture, se trouvent plus aisément, ailleurs, que dans ce milieu. Il y a, au demeurant, un détournement, de l’expression populaire d’autant plus évidente que les partis de militants n’existent plus. Ils recueillaient, à leur façon, la pensée des citoyens et, de ce fait, offraient à leurs responsables un mandat légitime pour parler au nom d’une partie du peuple. Cette organisation militante s’est effondrée. Nous sommes confrontés à un hiatus entre les positions des politiciens et l’opinion véritable d’un peuple privé de cette possibilité de faire émerger ses sentiments et de s’enthousiasmer pour une cause véritable. La politique devrait redevenir l’affaire de tous. Elle ne peut être la propriété d’un groupe fixant à ses membres des comportements au travers de longues dérives. Ce clan finit par ne proposer au peuple que des souhaits sous influence, habillés, selon le bord affiché, de fausses différences. Ou encore il ne fait que relayer les exigences aberrantes des minorités agissantes et menaçantes, qu’il fait siennes, car elles lui paraissent utiles pour faire croire à la prise en compte de volontés citoyennes. L’absurde et l’ubuesque sont ainsi, exposés en lieu et place de la vertu et de la raison.

Le constat est d’évidence : il n’y a plus guère cette indispensable porosité entre le peuple et ses représentants, soumis obligatoirement au carcan des appareils partisans pervertis. À moins d’un homme charismatique créateur de sa part d’histoire, les politiques d’aujourd’hui les plus en vue n’ont pas la dimension leur permettant de répondre aux périls qui menacent la France. Ils proviennent tous de la routine d’une situation de paix, menés par des gestionnaires prétentieux aux principes flexibles. Ils ne sauraient imaginer affronter une guerre de religion, une crise existentielle, qui pourtant pointe à l’horizon de nos jours. Chez ces professionnels il y a une large part d’amateurisme!

Ils sont inadaptés au dangereux futur immédiat. Alors que faire? Des élections présidentielles approchent qui seront beaucoup plus déterminantes pour l’avenir du pays que les précédentes. Cependant aucun des candidats potentiels ne semble répondre aux puissantes obligations qui seront celles du futur chef de l’État. Si rien n’est fait pour modifier cette absurde conséquence d’un système dévoyé, la France courra à la catastrophe. Il faudrait donc inverser le processus actuel faisant que les partis choisissent de soutenir un des leurs sans que ce candidat désigné ait eu la moindre onction populaire préalable. Les citoyens sont totalement étrangers à ces choix. Il leur est simplement demandé d’adhérer à une personnalité choisie dans ce microcosme de l’entre-soi. Or nous constatons que les Français sont, dans une immense majorité, d’accord sur les aspects fondamentaux d’une politique nationale reposant principalement sur la sécurité et la souveraineté qu’aucune des personnalités sélectionnées aujourd’hui n’affirme vouloir véritablement défendre, bec et ongles ou contre vents et marées, selon la formule qui vous plaira.

J’écrivais, dans un ouvrage paru en mars 2017[1], Il est nécessaire d’inverser les règles de fonctionnement de la vie politique pour une plus grande démocratie et une meilleure adhésion du peuple. Il faut aller du peuple vers une structure souple et associative, à la suite d’un homme ou de quelques-uns, porteurs d’une philosophie politique et non plus laisser ces entreprises politiques existantes, établir une dictature sur la pensée et le choix des responsables… Des mouvements sont nés récemment autour d’une idée ou d’une éthique. La «manif pour tous», «les veilleurs»… et quelques autres. Ils témoignent de cette volonté populaire de s’exprimer en s’affranchissant des partis traditionnels. Ce système a fonctionné, dans le lointain passé, avec la rédaction des cahiers de doléances. Aujourd’hui, j’ajouterais le mouvement des «Gilets jaunes», mais aussi la «lettre – dite – des généraux». Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées, sans organisation préexistante, dans un but déterminé. Il est certain que les réseaux sociaux, remplaçant les cafés du commerce, ont seuls permis de tels rassemblements. La démocratie revivifiée pourrait partir de ce nouveau média.

Quelques-uns pourraient ainsi lancer sur ces réseaux la base d’une ligne directrice pour la France, susciter le rassemblement de personnes dans plusieurs lieux du territoire qui éliraient des délégués acceptant de rencontrer d’autres délégués et ainsi de suite jusqu’à une réunion ultime désignant leur candidat. Ce procédé valable pour une élection présidentielle pourrait se décliner pour quelques autres élections selon un mode adapté. En développant cette idée, je me suis rendu compte que les soviets, en Russie, avaient procédé d’un principe voisin. Je ne suis pourtant pas communiste (à moins que face au totalitarisme financier et ultra capitaliste, le patriote, plutôt bonapartiste, admirateur de Foch de Lyautey et de Clemenceau, et parfois gaulliste, que je suis, ne le devienne…) Le principe n’est donc pas utopique, quand bien même nos esprits, structurés à la fois par des décennies d’un système électoral banal laissant quelques ambitieux proposer leur candidature, et par une prétention à ne voir la démocratie ne fonctionner que par cette unique méthode. Je rappelle le dernier alinéa de l’article 2 de la constitution sur lequel je vais revenir : «Le principe (de la République) est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple». Je constate que ce beau principe est biaisé. L’article 1 n’est pas mieux appliqué spécifiant, dans un second et récent alinéa que : «La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales.»

Je ne me fais cependant aucune illusion. Une telle modification si elle venait à être envisagée se heurterait à de multiples obstacles dont le principal serait une opposition d’un système ancien se sentant menacé.

Mais supposons pour la beauté du rêve que les Français réussissent à élire un président selon leurs vœux profonds et une assemblée nationale conforme, enfin, aux souhaits réels des citoyens. Le nouveau chef de l’État devrait dès son intronisation, agir par le symbole. Le symbole révèle les ressorts les plus cachés de l’action en anticipant le temps futur; bien davantage que le langage, il exprime le fond d’une pensée et la volonté de mise en œuvre d’une action. Il s’adresse à l’inconscient et provoque des résonances en reliant l’individuel au collectif. Il engage, il ne ment pas…

Je verrais donc, dans le premier trimestre suivant l’élection du président de la grande résilience nationale, le nouveau chef de l’État prendre quelques mesures éclairantes sur l’avenir. Après le symbole initial du dépôt d’une gerbe sous l’Arc de Triomphe, au pied du soldat inconnu et sous le regard attentif des gloires militaires de la France, suivraient des décisions manifestant ses intentions.

Il ferait ainsi ôter la bannière européenne sur tous les bâtiments officiels où elle fait une ombre dérangeante au drapeau français, en contradiction avec l’article 2 de la constitution stipulant que «  L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.»

  Pour la même raison, et au nom du droit des Français à la compréhension, il interdirait l’utilisation de toute autre langue que la nôtre sur notre sol, dans nos productions écrites et matérielles et par nos représentants civils et militaires à l’étranger et imposerait aux produits importés d’être présentés exclusivement dans notre langue. Cet article 2, décidément, le prévoit aussi : «La langue de la République est le français.»

Il réaffirmerait notre indépendance et rappellerait les officiers en poste au sein de l’OTAN et reviendrait à la supériorité du droit français sur toute autre norme. Dans une même continuité, il mettrait fin à la participation française aux organismes judiciaires européens risquant de soumettre des Français, voire l’action de la France, à des juges étrangers. Il rappellerait l’intégrité de l’ensemble du territoire national et demanderait la mise en œuvre d’une étude pour l’intégration définitive des territoires d’outre-mer – Nouvelle-Calédonie et Polynésie – à l’ensemble français.

Il ferait son tout premier voyage officiel, en Russie, puis visiterait les pays africains francophones.

Il ferait revoir nettement à la hausse le budget de la Défense et exigerait des mesures pour rétablir la souveraineté totale de notre production d’armement.

Il déclarerait solennellement que la France est fière de son histoire et n’a pas à la fractionner ni à se repentir de ce qui déplait à certains Français marginaux et étrangers. Il ferait supprimer l’appellation «Loi mémorielle» et la remplacerait par l’expression «affirmation solennelle» sans vraie valeur juridique, car l’histoire, science des faits passés, ne se décrète pas. Il ajouterait que la France reconnait la supériorité du droit des nations sur celui des individus.

Il engagerait une réforme de l’Éducation nationale reposant sur la recherche d’une connaissance de base pour tous et sur la sélection des élèves, en donnant comme axe éducatif l’enseignement du Français, des sciences, de l’histoire et de la géographie. Il éloignerait les parents des établissements d’enseignement.

Il lancerait la création d’un organisme pour l’exploitation des richesses recelées par les 11 millions de km2 du domaine maritime national, à l’image du CEA en son temps, et engagerait un développement nouveau de la filière nucléaire.

Et surtout, en matière de sécurité, il établirait un contrôle aux frontières. Il donnerait l’ordre de revoir les conditions d’ouverture du feu pour les forces de l’ordre en les rendant plus simples. Demanderait l’organisation d’un referendum sur le rétablissement de la peine de mort dans certains cas et ferait mettre en œuvre une politique de rapatriement des émigrés dans leur pays d’origine et ferait réétudier toutes les aides sociales qui leur sont destinées. Il engagerait une réforme en profondeur du système judiciaire. Il exigerait des binationaux un choix. Il affirmerait que l’islam n’est pas une religion compatible avec la laïcité ni avec la civilisation française et inviterait les musulmans à en tirer les conséquences. Il ferait aussi abolir, par le nouveau parlement, toute la législation portant atteinte à la dignité et à la normalité de la famille…

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Il est certain que toutes ces mesures essentiellement symboliques engageraient l’avenir et obligeraient à une politique fondamentalement nouvelle. Elles apparaitraient comme les prémices d’une renaissance de la France. Nul doute qu’un tel chef de l’État, entamant son mandat avec de telles indications symboliques, maintiendrait l’adhésion sans faille du peuple qui l’aurait élu car, avide d’espoir, il serait dès lors assuré d’un avenir pour la France conforme à la trajectoire de son histoire.

Henri ROURE



[1] Grandeur ou servitude ? Essai sur l’avenir de la France. Éditions ED2A, mars 2017, 157 pages.

mardi 18 mai 2021

Je résisterai

 Je résisterai

Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance

Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas

Je travaillerai peut-être à la carrière comme porte faix, balayeur des rues

Je chercherai peut-être dans le crottin des grains

Je resterai peut-être nu et affamé

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu'à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai.


Je résisterai

Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre

Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison

Tu pilleras peut-être l'héritage de mes ancêtres

Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres

Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens

Tu dresseras peut-être sur notre village l'épouvantail de la terreur

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu'à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai.


Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie

Tu me priveras peut-être de la tendresse de ma mère

Tu falsifieras peut-être mon histoire

Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis

Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs

Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes

O ennemi du soleil

Je jure que je ne marchanderai pas

Et jusqu'à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai.


Samih al-Qâsim 

(1939/2014)


jeudi 22 avril 2021

Why Won't Israel Recognize the Armenian Genocide?

Why Won't Israel Recognize the Armenian Genocide? 

It's Not Just About Turkey


Biden is preparing to recognize the Armenian genocide. So why is Israel, founded in the wake of genocide, holding out? How far does Israel's decision really rest on the state of relations with Ankara and Erdogan?


Dr. Eldad Ben Aharon

Apr. 22, 2021 11:18 AM

https://www.haaretz.com/


There’s been growing attention given to Israel’s policy on the Armenian genocide over the last two decades. Scholars, practitioners, journalists, activists and the general public are trying to map the different reasons and grievances framing Israel’s firm position: not to recognize the Armenian genocide.

Conventional wisdom points to dictums such as "Israeli relations with Turkey are too important" or that "Israel prefers Azerbaijan to the Armenians."

However, those reasons are too sweeping to explain a more complex phenomenon: which of Israel’s state institutions refuse recognition, and why.

I would argue that it is quite understandable why both consecutive Israeli governments, and the wider political and cultural spectrum represented in Israel’s parliament, the Knesset, hold what appears to be a wholly pragmatic stance despite it being counter-intuitive to normative and liberal democratic considerations, including the specific historical experience of the Jewish people.

-Why does the Knesset fail to pass the Armenian genocide bill time and time again, and how static or fluid is this stance for the future? And what impact does the growing legislative and normative trend of Western countries recognizing the genocide have on Israel's considerations, with the Biden administration as the latest example?

First of all: What does "recognition of the Armenian genocide" actually mean? In academic circles, despite the lack of a widely accepted cross-disciplinary definition, the term ‘recognition’ is generally understood  as a normative expression of the acknowledgement of a valuable human need: in this case, the understanding that the Ottoman Armenians experienced a genocide in 1915 and the countering of historical revisionism and denialism.

The legislative act of recognition contributes not only to commemoration, and to preserving Armenian historical heritage, but can also trigger an officially-sanctioned Memorial Day, even a state-backed national commemorative museum. This step is of critical importance to Armenian diaspora communities. Thus, the struggle for recognition is significant for three parties: the Armenians, the Turks (who oppose it), and the countries debating whether to recognize the Armenian genocide.

It is also a step that endorses the values of liberal democracy, by affirming core values such as the protection of human rights, justice and the protection of minorities against discrimination and violence. It also boosts international institutions dedicated to those values, such as the Internal Criminal Court and the UN’s Responsibility to Protect, a 2005 commitment to prevent genocide, war crimes, ethnic cleansing and crimes against humanity.

So, if recognition is a normative step that bolsters liberal democracy, there doesn’t seem an obvious obstacle for Israel. But there are two further, major, factors: Turkey, and the Holocaust.

Despite the cold diplomatic winds blowing between Ankara and Jerusalem for a number of years now, Israel maintains significant economic and strategic ties with Turkey. But if we examine the recognition policy of other states with far deeper engagement with Turkey, we see that there is no longer such an immutable correlation between ties with Ankara and genocide recognition - and the contrast with Israel becomes even more striking.

Take, for example, the legislatures of three NATO members: the United States, Germany, and the Netherlands. Just like Israel, they have been Ankara’s traditional allies since the early 1950s, and just like Israel, they were reluctant to recognize the Armenian genocide for more than 40 years. Their key reason was not to imperil Turkey’s key strategic role in the NATO alliance.

But between 2016 and 2019, something changed: the parliaments of all three countries formally recognized,  the Armenian genocide. And their status quo-defying decisions were neither hesitant nor ad hoc.

What had happened? The core trigger was a statement made by Turkish President Recep Tayyip Erdogan. 

Then-Turkish Prime Minister Recep Tayyip Erdogan making his 2014 statement on the Armenian memorial day, calling the massacres by Ottoman Turks 'our shared pain' and offering his 'condolences'

Then-Turkish Prime Minister Recep Tayyip Erdogan making his 2014 statement on the Armenian memorial day, calling the massacres by Ottoman Turks 'our shared pain' and offering his 'condolences'Credit: AP

On 23 April 2014, the 99th anniversary of the genocide, Erdogan noted the deaths of the Ottoman Armenians who had perished alongside millions of people of "all religions and ethnicities" in 1915, describing the tragedy as "our shared pain."

Although Turkey’s president was finally acknowledging some basic historical facts, and offered his condolences to the Armenians, his message was really a sophisticated form of denial. There was no genocide, and the Ottomans’ successor state, Turkey, had nothing to apologize for.

But despite the obfuscation, his speech opened the door for some countries who wanted to alter their position. Ironically, Erdogan had effectively normalized the process of Armenian genocide recognition.

Armenian-Americans march in protest through the Little Armenia neighborhood of Hollywood, California demanding recognition by Turkey on the 103rd anniversary of the 1915 Armenian genocide, April 24, 2018.

Armenian-Americans march in protest through the Little Armenia neighborhood of Hollywood, California demanding recognition by Turkey on the 103rd anniversary of the 1915 Armenian genocide, April 24, 2Credit: AFP

There were other factors, too, that broke the recognition taboo. There was the crumbling relations between Turkey and its three allies, and the the related progressive weakening of NATO. The process of introspection and eventual acknowledgement of those countries’ own role in the perpetuation of Turkey’s denial. And growing scrutiny of Erdogan’s policies, especially towards the Kurds. For the Biden administration, it is a fulfillment of the promise to re-prioritize human rights in U.S. foreign policy. Hence, the recognition legislated by Germany, the Netherlands and the United States were a form of normative statement.

So what of Israel? Every April 2th, since 1989, the left-wing Meretz party has attempted and failed to pass the Armenian genocide bill through the Knesset. Erdogan’s 2014 statement made no significant change to their fortunes.

Knesset member and Meretz party head Tamar Zandberg introduces a bill to recognize the Armenian genocide, in 2018

Knesset member and Meretz party head Tamar Zandberg introduces a bill to recognize the Armenian genocide, in 2018Credit: Yitzhak Harari/Spokesman

In May 2018, Turkey expelled Israel’s ambassador, Eitan Na'eh, in the wake of the deaths of  61 Palestinians by the IDF in protests following Donald Trump’s recognition of  Jerusalem as the capital of Israel. Erdoğan’s harsh rhetoric included the accusation that the "terrorist state" of Israel was itself perpetrating "genocide" against the Palestinians. But even this crisis didn’t move the dial in the Knesset.

So if changing geopolitical circumstances impacted the three NATO allies, why did it not affect Israel? Because there’s a basic, fixed issue, far less influenced by outside parties and events, but one that uniquely influences Israeli policy in regard to recognition of the Armenian genocide: the memory of the Holocaust as "unique."

In Israel, there is a commitment to "never again," a watchword in Israeli society, politics, and diplomacy ever since the birth of the State of Israel. But it has been embraced in its particularist form: "never again" to Jewish vulnerability in the face of murderous antisemitism, rather than the "never again to anyone," the form in which it is widely understood in, for example, the liberal American Jewish community.

That same particularism works retroactively, too. Analogies to the Holocaust are often slammed as the "trivialization" of Jewish suffering. That anathema to "sharing" the idea of being genocide victims, or the fear of competing genocide commemorations, has a specific locus.

The date of Israel’s Holocaust Remembrance Day is observed according to the Hebrew calendar, but it generally falls in the second half of April or early May. If the Knesset recognized the Armenian genocide, its April 24 Memorial Day would fall in close proximity, actualizing the threat of "competition" over genocide commemorations.

Armenian Israelis protest outside the Foreign Ministry in Jerusalem against arms sales to Azerbaiijan during the Nagorno-Karabakh conflict last year: Poster reads 'Erdogan, the Turkish Hitler'

Armenian Israelis protest outside the Foreign Ministry in Jerusalem against arms sales to Azerbaiijan during the Nagorno-Karabakh conflict last year: Poster reads 'Erdogan, the Turkish Hitler'Credit: Emil Salman

Despite these significant considerations weighing against recognition, there is still a chance to change Israel’s calculus. The tipping point is less likely to depend on a deterioration of relations with Turkey, or pressure from Azerbaijan, but rather on a strengthening of Israel’s own fractured democratic processes.

That there are problematic checks and balances between Israel’s legislative and executive branches is embodied in the unrestrained power the executive wields over the Knesset.

And because of the peculiarities of Israeli political culture and its unwieldly coalition governments, the executive enforces strict coalitionary discipline for many votes that in other legislatures would be free votes of conscience, or would better reflect the diversity of opinion within political parties.

This is an essential factor in the issue of passing an Armenian genocide bill: because coalition unity takes superiority over the freedom of action of Knesset members, there is very little room for manoeuvre.

With more stable governments giving coalition members more autonomy (a pipe-dream at present) it is likely the Armenian genocide recognition legislation would pass in the plenary, not least if legislators are lobbied by those liberal and younger Israelis who want to amplify the universalistic lessons of the Holocaust. For now, this modest hope will have to suffice.

***

Dr. Eldad Ben Aharon is a Minerva Fellow and Associate Researcher at the Peace Research Institute Frankfurt (PRIF) and a lecturer at Leiden University. His research focuses on Israel's diplomatic history, Turkey’s foreign policy, intelligence history and counter-terrorism, Jewish and Armenian transnationalism and memory of the Holocaust and the Armenian genocide. Twitter: @EldadBenAharon 

Biden Preparing to Declare the "G" word

 Biden Preparing to Declare That Atrocities Against Armenia Were Genocide

The designation for the World War I-era killings would further fray U.S. relations with Turkey, but it is a risk the president appears willing to take to further human rights, officials said.

A ceremony last April in Yerevan, Armenia, commemorated the 105th anniversary of the beginning of the massacre of 1.5 million Armenians by Ottoman forces.
Karen Minasyan/Agence France-Presse — Getty Images

Keep up with the new Washington — get live updates on politics.

WASHINGTON — More than a century after the Ottoman Empire’s killing of an estimated 1.5 million Armenian civilians, President Biden is preparing to declare that the atrocities were an act of genocide, according to officials familiar with the internal debate. The action would signal that the American commitment to human rights outweighs the risk of further fraying the U.S. alliance with Turkey

Mr. Biden is expected to announce the symbolic designation on Saturday, the 106th anniversary of the beginning of what historians call a yearslong and systematic death march that the predecessors of modern Turkey started during World War I. He would be the first sitting American president to do so, although Ronald Reagan made a glancing reference to the Armenian genocide in a 1981 written statement about the Holocaust, and both the House and the Senate approved measures in 2019 to make its recognition a formal matter of U.S. foreign policy.

At least 29 other countries have taken similar steps — mostly in Europe and the Americas, but also Russia and Syria, Turkey’s political adversaries.

A U.S. official with knowledge of the administration’s discussions said Mr. Biden had decided to issue the declaration, and others across the government and in foreign embassies said it was widely expected.

Jen Psaki, the White House press secretary, declined to comment on Wednesday except to note that the administration would have “more to say” on the topic on Saturday.

“The recognition by the United States will be a kind of moral beacon to many countries,” said Foreign Minister Ara Aivazian of Armenia.
/EPA, via Shutterstock

Foreign Minister Ara Aivazian of Armenia said in an interview on Wednesday that “the recognition by the United States will be a kind of moral beacon to many countries.”

“This is not about Armenia and Turkey,” Mr. Aivazian said. “This is about our obligation to recognize and condemn the past, present and future genocide.”

The designation and whether Mr. Biden would issue it have been seen as an early test of his administration’s dealings with the government of President Recep Tayyip Erdogan of Turkey.

The two men have had a somewhat testy relationship in the past, in contrast to the generally warm treatment Mr. Erdogan received from President Donald J. Trump, and the genocide declaration could prompt a backlash from Turkey that risks its cooperation in regional military conflicts or diplomatic efforts. Past American presidents have held back from the declaration for that very reason, and Mr. Biden could still change his mind about issuing it.

While Turkey agrees that World War I-era fighting between the Muslim Ottomans and Christian Armenians resulted in widespread deaths, its leaders have resolutely rejected that the killing campaign that began in 1915 amounted to genocide.

Yet Turkish officials have been bracing for the genocide declaration ever since Mr. Biden committed to it during his presidential campaign, and Foreign Minister Mevlut Cavusoglu warned earlier this week that it would set back the already strained relationship between the two North Atlantic Treaty Organization allies.

“Statements that have no legal binding will have no benefit, but they will harm ties,” Mr. Cavusoglu said in an interview with the Turkish broadcaster Haberturk. “If the United States wants to worsen ties, the decision is theirs.”

The legal definition of genocide was not accepted until 1946, and officials and experts said Mr. Biden’s declaration would not carry any tangible penalties beyond humiliating Turkey and tainting its history with an inevitable comparison to the Holocaust.

“We stand firmly against attempts to pretend that this intentional, organized effort to destroy the Armenian people was anything other than a genocide,” a bipartisan group of 38 senators wrote in a letter to Mr. Biden last month, urging him to make the declaration. “You have correctly stated that American diplomacy and foreign policy must be rooted in our values, including respect for universal rights. Those values require us to acknowledge the truth and do what we can to prevent future genocides and other crimes against humanity.”

Mr. Biden appears intent on showing that his commitment to human rights — a pillar of his administration’s foreign policy — is worth any setback.

The genocide declaration signals that the United States is “willing to take geostrategic hits for our values,” said James F. Jeffrey, a former ambassador to Turkey who served in senior national security posts for the three presidents immediately preceding Mr. Biden.

Mr. Jeffrey, now the Middle East chair at the Wilson Center think tank in Washington, said there was little risk that Turkey would turn toward Russia, Iran or other American adversaries to replace its alliances with the West.

Adem Altan/Agence France-Presse — Getty Images

But, he said, Mr. Erdogan could easily try to stymie or delay specific policies to aggravate the Biden administration, particularly in Syria, where Turkey’s tenuous cease-fire with Russia has allowed for already-narrowing humanitarian access, and in the Black Sea, to which American warships must first pass through the Bosporus and the Dardanelles on support missions to Ukraine.

“It may be harder to get Erdogan to agree to specific policies,” Mr. Jeffrey said.

He also raised the prospect that Turkey could force meticulous reviews to slow non-NATO operations at Incirlik Air Base, a way station for American forces and equipment in the region. Or, Mr. Jeffrey said, Turkey could do something to provoke new sanctions or reimpose ones that have been suspended, like taking military action against Kurdish fighters allied with American forces against the Islamic State in northeast Syria.

Pentagon officials have also noted the value of Turkish forces remaining in Afghanistan after the withdrawal of U.S. and other coalition troops by Sept. 11; Kabul and Ankara have a longstanding relationship that will allow some troops to remain in Afghanistan after the NATO nations leave.

Tensions between Turkey and the United States flared in December, when the Trump administration imposed sanctions against Ankara for its purchase and then test of a Russian missile defense system that Western officials said could expose NATO’s security networks to Moscow. The sanctions were imposed in the final month of Mr. Trump’s presidency, three years after Turkey bought the missile system, and only after Congress required them as part of a military spending bill.

Mr. Trump had pointedly promised to help Armenia last fall during its war against Azerbaijan in the Nagorno-Karabakh region, noting the politically influential Armenian diaspora in the United States. His administration took a more evenhanded approach in trying to broker a peace agreement alongside Russia and France and, ultimately, Armenia surrendered the disputed territory in the conflict with Azerbaijan, which was backed by Turkey.

In the Wednesday interview, Mr. Aivazian, Armenia’s foreign minister, seized on Turkey’s military role in the Nagorno-Karabakh war as an example of what he described as “a source of expanding instability” in the region and the eastern Mediterranean Sea.

He said the genocide designation would serve as a reminder to the rest of the world if malign values are not countered.

“I believe bringing dangerous states to the international order will make our world much more secure,” Mr. Aivazian said. “And we will be witnessing less tragedies, less human losses, once the United States will reaffirm its moral leadership in these turbulent times.”


https://www.nytimes.com/2021/04/21/us/politics/biden-armenia-genocide-turkey.html?smid=tw-share

samedi 6 février 2021

Une bonne analyse, mais…

Une bonne analyse sur l'Arménie, mais…


Par Varoujan Sirapian

Directeur de la revue « Europe et Orient »

7 février 2021

 

 

J’ai écouté avec attention l’interview d’un homme politique diffusée il y a quelques jours sur une chaine de télévision arménienne.

L’homme était interrogé par trois journalistes au sujet de la deuxième guerre d’Artsakh, ces conséquences et la situation politique du pays après le cessez-le-feu signé le 9 novembre 2020.

Il parlait avec aisance, sans élever la voix et sans détour, répondant une par une aux questions posées avec des arguments rationnels. Son analyse était assez cohérente pour arriver in fine à une conclusion : le Premier ministre actuel et son gouvernement ne peuvent pas rester en place et doivent démissionner, ouvrant la voie à de nouvelles élections.

Il a développé sa pensée sur l’état catastrophique, selon lui, de l’Arménie en état de choc après une défaite cuisante avec des pertes humaines et territoriales dramatiques. Depuis l’indépendance de 1991, l’Arménie n’a jamais été aussi fragile et sous la menace d’une disparition.

Pour qu’un pays soit anéanti, ou tout au moins très affaibli, il faut quatre pratiques, a-t-il expliqué :

1.       Diviser (baragdel) la société comme l’ont fait ceux qui ont financé les bolchéviques lors de la Première Guerre mondiale, pour organiser la révolution (sic !) (Rouges / Blancs),

2.       Affaiblir l’armée et les institutions garantissant la sécurité du pays,

3.       Créer une défiance vis-à-vis de la fonction publique,

4.       Ruiner les liens avec des pays alliés.

« Maintenant », dit-il l’homme politique, « posons-nous la question à l’inverse : lequel de ces quatre points n’a pas été appliqué par Pachinian et son équipe ? 

Actuellement on divise les Arméniens entre les « noirs » (opposants) et les « blancs » (pro gouvernement)

L’armée est affaiblie et les Services de Sécurité Nationale (SSN) au lieu de courir derrière la cinquième colonne qui mine notre pays de l’intérieur, pratique une chasse aux sorcières (sadananer) parmi les « anciens » (naghkinner).

Depuis plus de deux ans ils n’ont pas cessé d’avilir les services publics, les institutions, notamment judiciaire, en appelant même la population à bloquer les portes d’entrée des tribunaux.

Et enfin ils ont détérioré nos relations avec nos alliés traditionnels, notamment la Russie et l’Iran. Pendant 27 ans nous étions un allié de la Russie, aujourd’hui nous sommes réduits à un protectorat russe !»

Comment un chef d’État qui a conduit notre pays dans une telle impasse peut-il rester en place ? Qu’est-ce qu’il lui reste comme crédibilité pour négocier quoi qu’il en soit ? »

Tous ceci pourrait paraître acceptables comme arguments. Le seul problème c’était que l’homme interrogé était Robert Kotcharian, deuxième président de la République d’Arménie, considéré le plus corrompu et le plus détesté par la grande majorité des Arméniens.

J’ai écouté l’interview de 1h27 jusqu’au bout pour voir si, à un moment donné, Robert Kotcharian allait parler de, sinon de sa culpabilité, au moins de sa responsabilité dans la gestion oligarchique du pays pendant dix ans (voie suivie par son successeur encore pendant dix ans) situation qui a préparé le terrain à l’arrivée d’un Nikol Pachinian. Rien, pas un mot. Et il ne fallait pas compter sur les trois journalistes de la TV Canal-5 pour poser cette question gênante.

En plus de leur entêtement à n’écouter personne, Nikol Pachinian et son équipe commettent une faute en continuant à rester en place et ce sans aucune expression de regret pour admettre leur défaillance lors de cette guerre et plus généralement leur manquement à transformer les espoirs (et les promesses) de 2018 pour rendre le pays plus vivable. En agissant ainsi bientôt ils vont ressusciter un homme politiquement mort, le rendant presqu’une alternative acceptable pour sortir le pays de la crise. Le comble !

Avec la « révolution » d’avril 2018 les Arméniens se sont endormis sur des rêves et ils se réveillent aujourd’hui sur un paillasson. Espérons que ce réveil douloureux va susciter un élan pour trouver une solution. Cela ne se fera pas avec un claquement de doigts.

L’Arménie seule ne peut pas s’en sortir de ce bourbier. L’implication effective de la diaspora dans la gouvernance politique et économique du pays devient indispensable. Reste à trouver les méthodes acceptables par tous, en bonne intelligence.

mardi 5 janvier 2021

Pour une pensée stratégique arménienne (II)

Pour une pensée stratégique arménienne 

(II et fin)

 

« Un bon plan qu’on peut mettre en œuvre maintenant vaudra toujours mieux qu’un plan parfait qu’on pourra mettre en œuvre la semaine prochaine. » 

George S. Patton

 

Il y a deux façons de réagir à un traumatisme tel que celui occasionné par la deuxième guerre d’Artsakh : soit on baisse les bras, on cherche des boucs émissaires, on maudit « le monde entier qui nous a lâchés », etc., soit on essaye de tirer les leçons de cette défaite, d’abord pour analyser les causes, ensuite trouver des solutions et enfin mettre en œuvre les moyens pour atteindre ces objectifs.

Nous sommes résolument dans cette deuxième perspective.

Analyse

Commençons par ce fait : à la suite de cette deuxième guerre d’Artsakh, clairement attisée par une idéologie génocidaire (idéologie panturquiste qui perdure depuis le début du 20e siècle), en plus des pertes humaines nous avons perdu aussi des terres. Alors posons-nous la question principale :

« Quand des peuples vivent des génocides, certains gagnent des terres, d’autres en perdent. Pourquoi ?»

Pour commencer, il faut se débarrasser d’une idée fausse. Les Arméniens parlent de « pays amis » en oubliant le principe essentiel en géopolitique : « les états n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Il peut exister des amitiés entre les peuples et les Arméniens, certes, en comptent beaucoup, mais d’ «états amis » non. Le contraste entre l’attitude de la France et des Français durant ces 44 jours de guerre (qui en réalité fut une boucherie) est un bon exemple. Alors que la population française, les collectivités territoriales, des associations… se sont mobilisées pour apporter une aide humanitaire aux Arméniens d’Artsakh, la diplomatie de la 6e puissance mondiale, co-présidente du groupe de Minsk, s’est murée dans une neutralité frisant la complicité avec les crimes de guerre commis par l’agresseur à multiples facettes (Turquie, Azerbaïdjan, terroristes islamistes). Par conséquent, les Arméniens peuvent remercier leurs amis français, mais pas la France.

On peut penser ce que l’on veut des autres pays qui sont liés d’une façon ou d’une autre à l’Arménie sur le plan géopolitique ; la Russie, la Turquie, l’Azerbaïdjan, Israël, l’Iran…, chacun de ces États a une pensée stratégique pour défendre ses intérêts et poursuit son agenda. Depuis l’indépendance de l’Arménie, en septembre 1991, force est de constater qu’il n’existe pas de pensée stratégique arménienne.

La Russie : solution ou impasse ?

 

« L’Arménie ne pouvait pas, ne peut pas et ne pourra pas exister sans la Russie. Mais le plus grand problème de l’Arménie reste la Russie.»

Tony S. Kahvé

 

Cette affirmation peut paraître paradoxale. Mais en réalité, c'est un vrai dilemme. Comment établir une démocratie en Arménie après la chute de l’empire soviétique tout en restant dépendant de la Russie sur le plan sécuritaire ? Cette guerre l’a démontré encore une fois, l’Arménie (quand nous parlons de l’Arménie, l’Artsakh en fait naturellement partie) ne pourra pas compter sur l’Occident pour sa survie. Les Russes ont imposé leurs conditions avec le cessez-le-feu trilatéral (Arménie-Russie-Azerbaïdjan) signé le 9 novembre, en mettant hors-jeu les deux co-présidents (les États-Unis et la France). La frontière arméno-turque est sous protection russe jusqu’en 2044. Donc l’Arménie est sous le parapluie russe pour sa protection. Or la Russie, héritière de l’empire soviétique, ne permettrait pas que son proche voisinage soit « pollué » par une « démocratie coloriée ». Les exemples de la Géorgie et de l’Ukraine l’ont démontré. Comment faire, de lors, pour se débarrasser d’un régime oligarchique qui a pillé le pays pendant 20-25 ans, causant ainsi une émigration fatale pour la survie même de la nation ? A-t-on une autre solution entre un régime autocratique imposé par la Russie (pour qui la moindre réussite démocratique dans l’un de ses anciens satellites est inacceptable) et une « révolution de velours » (ou « de couleur ») financée par la « galaxie sorosienne » au service des mondialistes cosmopolites ? 

Une pensée stratégique indispensable

Disons-le tout de go : l’unique responsable de cette défaite humiliante et traumatisante est l’État d’Arménie et le peuple arménien (Arménie + diaspora). Après l’indépendance et surtout la première guerre d’Artsakh en 1994, nous nous sommes endormis pendant 29 ans sur des rêves pour nous réveiller un 10 novembre 2020 sur des paillassons.

En 29 ans, l’État a failli en échouant à mettre sur pied un pays solide et prospère. Le peuple a failli en élisant des corrompus à la tête de l’État, en monnayant son vote pour à peine 10 euros !  

Après la signature de ce cessez-le-feu, nous avons moins de 5 ans devant nous. Une réflexion globale s’impose à l’Arménie et aussi à la diaspora.

La diaspora doit définitivement sortir de son rôle de bienfaiteur pour combler sans cesse (et sans avoir droit à la parole) la défaillance d’un pays dont les trois présidences ont démontré leur incapacité d’ériger un pays solide et solidaire ayant la confiance de leurs citoyens. Alors que la Turquie, l’Azerbaïdjan, Iran, Israël… avaient une ligne stratégique pour atteindre leurs objectifs sur le moyen et le long terme, la seule pensée stratégique qu’avaient les dirigeants arméniens depuis l’indépendance consistait à se demander « comment piller le pays pour remplir mes poches et celles de mes proches ». Remplacer Levon par Robert ou ce dernier par Serge pour arriver finalement à Nikol ne résoudra pas le problème soulevé par l’absence de stratégie à moyen et long terme :

1.       Comment réformer l’armée et les équipements militaires pour assurer la sécurité du pays, notamment contre deux voisins dont le discours de haine anti-arménien distillé dès l’école ne laisse aucun doute sur leur intention génocidaire ?

2.       Comment établir un état de droit, avec une Justice indépendante et fiable ?

3.       Comment améliorer la démographie ?

4.       Comment inculquer les notions des devoirs et des droits aux citoyens ?

La liste n’est pas exhaustive.

L’Arménie seule ne peut pas apporter de réponses satisfaisantes pour plusieurs raisons :

1.       Manque de ressources humaines. Difficile de trouver dans une population de 2,5 millions (encore faut-il soustraire de ce nombre les moins de 18 ans et les vieillards) une nouvelle classe de ministres, parlementaires, cadres, fonctionnaires… pour irriguer l’appareil d’état et l’administration avec du sang neuf.

2.       Toute une génération, celle des plus de 30 ans, est encore animée par la mentalité soviétique. Difficile de changer du jour au lendemain.

3.       Manque de capacité financière propre. Un budget d’État faible.

4.       Manque d’intellectuels et de scientifiques dont la plupart ont quitté le pays après l’indépendance et surtout après la tuerie au parlement d’octobre 1999.

5.       Manque d’instituteurs, de professeurs pour améliorer l’éducation, de la maternelle à l’Université.

6.       Etc.

Pour toutes ces raisons, une implication forte de la diaspora dans les affaires internes de l’Arménie est indispensable sur le plan politique, économique et judiciaire, chacun apportant ses compétences et son staff via un programme d’immigration massive. Si l’on veut une Arménie indépendante et sanctuarisée il faut payer le prix. La liberté et la sécurité ont un prix. Et nous ne pourrons compter que sur nous-même. Il y a encore des hommes patriotes en Arménie qui aiment leur pays et veulent le sauver. Ils doivent être accompagnés et épaulés par des Arméniens de la diaspora.

Il faudra trouver les formes pour que cette implication de la diaspora devienne une réalité, quitte à changer la Constitution et trouver le financement pour accompagner un tel projet.

C’est urgent. Le compte à rebours de cinq ans a déjà commencé. Tic-tac, tic-tac…  

 

Varoujan Sirapian

Président-fondateur de l’Institut Tchobanian

3 janvier 2021

 

 

 

 

   

 

 

 

vendredi 18 décembre 2020

Sondage #1 sur Arménie