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mercredi 25 mai 2022

Arménie : le salut viendra de la Russie

 Arménie : le salut viendra de la Russie

 

Cette opinion peut paraître provocatrice quand les médias tout-puissants matraquent leur propagande à longueur de « journaux » continus. Des médias tout-puissants car les citoyens sont devenus des consommateurs qui avalent la propagande comme on mange une pizza, l’école étant devenue « démocratique » c’est-à-dire à l’écoute des élèves, de leur « diversité ethnique et sexuelle » et donc ne jouant plus son rôle de fabrique de citoyens éduqués et cultivés. J’invite à revoir les conférences de presse de De Gaulle expliquant très pédagogiquement la politique étrangère de la France et à les comparer au niveau affligeant des « journalistes propagandistes » et du personnel politique.

Les médias désormais 1er pouvoir manipulent les élections en disqualifiant les personnalités hostiles à leur idéologie, qu’ils s’appellent Fillon, Trump, Le Pen, Zemmour, Orban ou Poutine. A tel point que Macron n’a même pas besoin de justifier son action des 5 ans passés ni de présenter son programme pour les 5 ans à venir. En 2017, il lui a suffi de se prosterner à Oradour sur Glane et au Mémorial juif, et en 2022, de qualifier d’extrême droite son adversaire.

Ils ont dicté l’attitude ignoble de TOUT l’occident au moment de l’agression turco-musulmane contre l’Arménie à l’automne 2020.

Deux « journalistes » de "Libé" se sont même donnés beaucoup de mal pour trouver des groupuscules identitaires soutenant les Arméniens, motif suffisant pour rendre « nauséabonds » les combattants arméniens qualifiés unanimement de séparatistes. A l’unisson, médias et politiques ont donc jugé que les Arméniens devaient rendre les terres prises illégalement en 1994 pour revenir aux frontières de Staline de 1921 qui avait spolié les Arméniens de l’Artsakh et du Nakhidjevan pour faire plaisir à Ataturk. Ainsi donc les Arméniens se découvrent un nouveau et redoutable ennemi : l’idéologie décoloniale, woke, indigéniste, multiculturaliste (le tiers-monde incluant l’Islam a été opprimé et il convient de réparer les « crimes » commis à son encontre). Cette nouvelle idéologie vient compléter la « lutte pour la liberté et la démocratie », arme redoutable pour diffuser insidieusement le culte de la liberté individuelle avec son corollaire : la culture, le mode de vie et de pensée américains. C’est un pernicieux cheval de Troie pour miner les régimes déclarés ennemis (l’axe du mal) dans lesquels il ne reste plus qu’à attendre des « révolutions » un petit peu aidées par la CIA. Les exemples ne manquent pas. Géorgie, Biélorussie, Ukraine. Naturellement cette méthode ne fonctionne qu’avec des sociétés culturellement perméables. Il est dès lors facile de faire apparaître la Russie comme l’agresseur puisque les peuples ne savent rien de l’histoire, de l’avancée rampante de l’Otan bras armé de l’Empire (pourtant d’après Macron cuvée 2020 en état de mort cérébrale !!!) et que seule comptant l’histoire immédiate, les médias n’ont qu’à la faire avaler au bon peuple comme un Mac Donald !

Pour ce qui est de l’Arménie, c’est ce plan qui est appliqué.

Résultat : après la « révolution » de 2018, le premier ministre Pachinian déclare sans ambages que la démocratie est la colonne vertébrale de l’Arménie, qui lui permettra de vaincre tous les obstacles !

Un peu d’histoire monsieur Pachinian : la très démocratique 1ère République d’Arménie s’est écroulée en 2 mois de combats en novembre 1920 contre la coalition « autocratique » Staline-Ataturk. Les « démocraties » occidentales ne sont pas venues à son secours. S’ensuivit une lente descente aux enfers et nos chères démocraties furent sauvées en 1945 par un affreux totalitarisme qui n’a pas hésité à sacrifier 25 millions de pauvres bougres (dont 300 000 Arméniens, autant que les pertes américaines de toute la guerre !) qui n’avaient d’autre choix que de se faire trouer la paillasse par les MG42 allemandes ou les mitrailleuses du NKVD !

Naturellement, comme cette vérité est gênante, nos falsificateurs de l’histoire tels BHL ou Bayrou minimisent le rôle de l’URSS et proclament que la capitulation allemande est une victoire de « la liberté et de la démocratie » !

Pour venir à bout des monarchies coalisées d’Europe financées par le Royaume Uni, la France a fait appel à un général qui a renversé le très démocratique Directoire.

Plus près de nous, la très démocratique 4ème République s’est avérée incapable de résoudre la crise algérienne et a fait appel à De Gaulle.

C’est cruel mais c’est ainsi : c’est le peu démocratique mais si héroïque et patriote Monte Melkonian qui s’est sacrifié pour que vive l’Arménie…. Et c’est une Arménie débarrassée de la corruption et de la sujétion à Poutine qui a subi le pire désastre de son histoire récente.

Au fait pourquoi les très démocratiques USA et l’Occident ne sont-ils pas intervenus pour la protéger des très autocratiques Turquie et Azerbaïdjan ?

C’est que la liberté et la démocratie ne sont qu’une des armes, un paravent pour la domination mondiale. L’essentiel est ailleurs.

Le Royaume-Uni, et désormais le monde anglo-saxon ont veillé à ce qu’aucun Etat ne devienne hégémonique en Europe car cela signifierait une menace mortelle pour l’Empire.

Après la conquête de l’Empire maritime face aux Hollandais, aux Espagnols, aux Portugais, aux Français, les Anglais ont œuvré pour détruire successivement l’Empire d’Autriche, le royaume puis l’empire français.

Dès la défaite de Napoléon, le nouvel ennemi devint la Russie.  Les Anglais - notamment Disraeli en 1878- ont défendu bec et ongles l’Empire ottoman contre l’expansion russe quitte à sacrifier les chrétiens d’Orient.  Ils ont du sang arménien sur les mains. Le Sultan les a récompensés en leur faisant cadeau de Chypre en 1880.  Qui a dit que le crime ne paie pas… Bien plus tard, avec la constance qui caractérise la politique étrangère britannique, Chamberlain refusa la main tendue de Staline en 1938-39 pour contrer Hitler, et obligea le 1er au pacte germano-soviétique.

Aujourd’hui, l’ennemi est toujours la Russie. Pour le vaincre, tous les moyens sont bons. Faut-il faire les yeux doux à l’islamiste Erdogan en abandonnant les Arméniens et les Kurdes ?  Armer les moudjahidine afghans ou les islamistes « démocrates » syriens ? Fomenter des « révolutions de velours » partout où c’est possible, recourir à la force brutale ailleurs (Irak, Libye, Syrie) et faire accepter la guerre par le recours à des fakes news ? Faire une alliance avec le Maroc contre l’Algérie ? Déstabiliser l’Asie centrale ? Féliciter l’Arménie pour ses avancées « démocratiques » et remercier l’Azerbaïdjan pour le concours apporté au contournement des flux énergétiques fossiles russes ? Cerise sur le gâteau amer : encourager la réconciliation arméno-turque c’est-à-dire l’entente entre le loup et l’agneau, chemin le plus rapide pour la disparition de l’Arménie ?  Contain & restrain

Car la force de la démocratie américaine c’est d’abord sa puissance militaire, c’est 12 porte-avions lourds de 100 000 t et 12 porte-hélicoptères de 40 000 t !

Voici à titre d’exemple une carte – très exacte- même si le titre est ironique- des bases entourant l’Iran !


Alors Monsieur Pachinian, quelle démocratie ? Les menaces multiformes qui pèsent sur l’Arménie ne peuvent être résolues par ce slogan !  Les Arméniens ne se mobiliseront pas pour la démocratie.

Rappelons-nous l’appel du Comité de Salut Public : la Patrie ou la mort !

Rappelons-nous aussi, ironie de l’histoire, que les 5 principautés arméniennes d’Artsakh (Karabagh) demandèrent vers 1725 au pas très démocratique tsar d’être leur souverain en remplacement des khans perses musulmans.

Aujourd’hui plus que jamais, le salut viendra de la Russie !

Le rattachement de l’Arménie et de l’Artsakh à la Fédération de Russie, en tant que République fédérée, pourrait être la solution pour la survie de la nation arménienne.


Mooshegh Abrahamian

 Le 23/05/2022

 

 

 

 

jeudi 19 novembre 2020

Revue Europe & Orient n°31

Entre Civilisation et Barbarie

E&O n°31 - EAN 9782376040446, Éditions Sigest, 12 €

Les abonnés la recevront dès le 7 décembre 2020
Disponible dans les librairies en ligne à partir du 15 décembre 2020

https://www.lalibrairie.com/
Fnac.com, Decitre.fr, Amazon.fr


Sommaire

Virus et anticorps de la démocratie et du totalitarisme                                                     

Henry Cuny

Les leçons d’une guerre                                                                                                   

Varoujan Sirapian

Artsakh : la défaite des valeurs démocratiques                                                              

Laurent Leylekian

Le dernier rempart de la civilisation                                                                             

Charalambos Petinos

Le conflit Arménie/Azerbaïdjan                                                                              

Éric Denécé

La victoire ou l’exode                                                                                                        

Gérard Guerguerian

Israël-Azerbaïdjan : l’axe du mal !                                                                                         

Étienne Pellot

Le Haut-Karabakh et la gouvernance internationale                                                      

Guillaume Berlat

La Grèce face au coronavirus                                                                                          

Christophe Chiclet

L’Affaire Navalny                                                                                                           

Héléna Perroud

L’expérience arménienne: une leçon pour l’Europe?                                                                   

Laurent Leylekian

Où va la Turquie d’Erdogan?  

Charalambos Petinos

Poutine « achève » le Sultan !                                                                                            

Pars Today

Sale temps pour le «sultan »                                                                                              

José-Manuel Lamarque

Turquie : un discours de génocide                                                                         

Hamit Bozarslan

Il y a 100 ans, la Turquie viole le traité de Sèvres                                                                 

Henri Temple

Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh                                                                                           

Henry Cuny

In memoriam…                                                                                                                  

Jean Dorian

L’Arménie, haut lieu sacré de la Bible                                                                              

Tony S. Kahve

La reconnaissance de la République d’Artsakh                                                            

Hovhannès Guevorkian

La fin de l’hégémonie américaine                                                              

Alain Corvez

Les raisons inavouées de l’élan français vers le Liban                                           

Walid Charara

Les institutions au service des peuples                                                                           

Valérie Bugault

La répression en Médicocratie                                                                                       

Juan Corresco

L’église catholique et le culte musulman                                                                   

Annie Laurent

Prenons de l’altitude !                                                                                                

Stéphanie Bignon

 



mardi 27 octobre 2020

Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh

 Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh 



Depuis la fin de l’Union Soviétique, l’opposition de deux principes du droit international, celui de l’intégrité territoriale des États et celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, brandis ad nauseam l’un contre l’autre, ont coûté des dizaines de milliers de morts tant du côté arménien que du côté azerbaïdjanais. On sait hélas que l’un comme l’autre souffrent de nombreuses exceptions de par le monde, tant du fait de l’artificialité de certaines frontières (notamment celles issues du machiavélisme de Staline) que de l’oppression de nombreuses minorités dans les pays qui ignorent la démocratie.

Peut-être la problématique réduite à ces deux termes est-elle mal posée : elle est en tout cas aujourd’hui dépassée. Un dirigeant qui revendique comme sien un territoire endosse automatiquement comme sienne la population qui y vit. C’est donc, si l’on s’en tient à sa rhétorique, contre une partie de sa propre population qu’il utilise les armes les plus sophistiquées – pour certaines, telles les bombes à sous-munitions, interdites par le droit international – pour tuer et détruire vies, infrastructures, habitat. De ce point de vue, chaque frappe en terre karabakhtsie mine la position de son auteur, transformant la guerre en nettoyage ethnique. Quand, de surcroît, on confie à une puissance extérieure – dont à ce jour une trentaine de parlements nationaux dans le monde ont reconnu que l’histoire avait été entachée par un génocide – la direction des opérations et qui fait appel elle-même à des jihadistes professionnels du crime, on voit s’avancer le spectre d’une répétition de l’histoire : Archag Tchobanian avait déjà, en son temps, dénoncé le silence coupable des grandes puissances…

Les arguties juridiques ne sont plus de mise aujourd’hui. Depuis le début des années 90, les Nations Unies ont reconnu l’existence du devoir d’assistance humanitaire. Le Conseil de Sécurité, où siègent les trois pays coprésidents du Groupe de Minsk et auquel il revient de constater l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression, doit décider, sans plus tarder, des mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales.

Les problèmes géopolitiques posés par ce conflit dépassent de loin l’étendue des terres montagneuses du Haut-Karabakh, pareille à celle d’un département français. Ils impactent, outre ses acteurs, nombre de pays environnants mais aussi, quoique de façon dérobée, le vivre ensemble pacifique entre chrétiens et musulmans qui tient tant à cœur à notre pays.

 

Henry Cuny
Président d’honneur de l’Institut Tchobanian

 

dimanche 10 avril 2016

La lettre des parlementaires français

La lettre mensongère de parlementaires

Les limites de cynisme et de mensonge effronté ont été franchies par une lettre adressée au président de la République François Hollande, datée du 6 avril, alors même que les corps des victimes civils, sauvagement mutilés par les bachibouzouks d’Aliev n’ont pas encore été enterrés. Lettre cosignée par J.-F. Mancel, J. Bignon et R. Dati. 

Lettre publiée sur le site azéri Azertag.az


Le 6 avril 2016
Monsieur le Président,

Le 2 avril, l’Arménie a rompu le cessez le feu au Haut-Karabakh en ouvrant un feu intensif d'armes lourdes le long de la ligne de contact faisant plusieurs victimes civiles et en blessant grièvement d'autres.*
Suite à cette escalade de violence inédite le gouvernement azerbaïdjanais a pris les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de la population civile dans ses frontières internationalement reconnues, arrêter les provocations dont il était victime et éviter de nouveaux actes d'agression.
Dès le 3 avril l'Azerbaïdjan a décidé unilatéralement de cesser le feu pour mettre fin à cette situation tragique montrant ainsi, une fois de plus, sa volonté de résoudre ce conflit par la voie pacifique.
Le 5 Avril l'Arménie l'a suivi.
Ce nouvel affrontement meurtrier faisant des victimes innocentes doit conduire la communauté internationale, tout particulièrement le groupe de Minsk, à prendre conscience que le statu quo n'est plus possible.
Nous connaissons les efforts qui ont été les vôtres, dans la ligne permanente de notre politique étrangère, pour aboutir à un règlement pacifique, juste et durable de ce conflit.
C'est pourquoi, Monsieur le Président, nous nous adressons à vous.
Comme vous le savez, les bases fondamentales d'un règlement du conflit ont été définies dans les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies N° 822 (1993), 853 (1993), 874 (1993) et 884 (1993) et la résolution N° 62/243 (2008) de l'Assemblée générale de l’ONU, qui restent, malheureusement, lettres mortes à cause du refus de les appliquer de la République d'Arménie.
Or, la présence illégale des forces armées de l'Arménie dans les territoires occupés de l'Azerbaïdjan demeure la cause principale de cette escalade et continue de constituer une menace dangereuse pour la paix et la stabilité dans la région.
S'y ajoute le changement radical des caractéristiques démographiques, culturelles, physiques des territoires occupés et le transfert de colons arméniens visant purement et simplement leur annexion.
Il est donc impératif et urgent que la communauté internationale, en particulier les Etats qui co-président le Groupe de Minsk de l'OSCE réagissent dans les plus brefs délais pour imposer un cessez-le-feu définitif et l'application des résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. Seul le respect du droit international permettra d'instaurer la paix et la justice dans cette partie du monde.
Nous espérons Monsieur le Président que vous aurez à cœur d'apporter, au nom de la France, votre indispensable contribution à cette juste cause et nous vous prions de bien vouloir accepter l’assurance de notre très haute considération.

Jean-François Mancel, Député
Jérôme Bignon, Sénateur
Rachida Dati, Ancien ministre, Député européen.


* Déjà la première phrase de cette lettre est un mensonge ce qui rend le reste irrecevable. Soit ces parlementaires sont ignorants des faits, auquel cas on peut les informer, soit ils sont au service des intérêts azéris, auquel cas le débat devient inutile. (NDLR)




http://azertag.az/fr/xeber/france-941680

lundi 4 avril 2016

Députés, exprimez-vous !

Députés, 
vous ne pouvez pas rester silencieux !


Après l'agression azérie sur la population civile du Haut-Karabagh et des crimes de guerre les députés de la nation qui font partie du groupe d'amitié France-Azerbaïdjan doivent s'exprimer. Leurs silences les rends complices !

Les soldats azéris ont massacré 3 personnes âgés arméniennes et leurs ont coupé les oreilles.



Sanctions internationales réclamées contre Bakou

Nagorny-Karabakh: le président du cercle d'amitié France-Karabakh réclame des "sanctions internationales" contre Bakou


 
Paris, 3 avr 2016 (AFP) -

François Rochebloine, député UDI et président du cercle d'amitié France-Karabakh, a appelé dimanche à des sanctions internationales contre l'Azerbaïdjan, après les affrontements au Nagorny-Karabakh, les plus meurtriers depuis la fin de la guerre en 1994.

Jugeant que "les actions offensives menées par Bakou constituent une violation du cessez-le-feu d'une gravité inédite", y compris avec des victimes civiles, cet élu centriste a exprimé, dans un communiqué, la "légitime colère" du cercle d'amitié, son soutien aux autorités du Haut-Karabakh et son "soulagement que les mesures défensives aient efficacement permis de stopper net ces attaques".

Le cercle d'amitié "condamne avec la dernière fermeté ces attaques qui démontrent l'absence de volonté du pouvoir azerbaïdjanais d'atteindre une paix juste et définitive avec la République du Haut-Karabakh".

"Ces attaques surviennent alors même qu'Ilham Aliev donnait hier de perfides assurances de bonne volonté au secrétaire d'Etat américain John Kerry. La France -et les autres puissances coprésidentes du groupe de Minsk de l'OSCE- doivent prendre toute la mesure de ce que cela signifie: cela signifie que la parole de l'Azerbaïdjan ne vaut rien et que seule compte la volonté belliqueuse du clan au pouvoir", selon M. Rochebloine.

"Face à ces nouvelles démonstrations de la menace que fait peser l'Azerbaïdjan sur la paix et la sécurité régionale", le cercle d'amitié appelle "la communauté internationale à mettre en place un régime de sanctions à l'encontre du pouvoir de Bakou".

L'Azerbaïdjan a annoncé dimanche un "cessez-le-feu unilatéral" mais conditionnel au Nagorny-Karabakh. Ce cessez-le-feu est "un piège", a dénoncé de son côté le porte-parole du ministère arménien de la Défense, Artsrun Hovhannisian.

samedi 15 novembre 2014

Aliev veut-il la guerre ?



Aliev veut-il la guerre ?

Par Varoujan Sirapian
Éditorial - Europe et Orient n°19
15.11.2014

Mercredi, le 12 novembre 2014, les forces armées azéries ont abattu un hélicoptère de l’armée de la République du Karabagh, qui effectuait un vol d’entraînement à proximité de la Ligne de Contact entre le Karabagh et l’Azerbaïdjan. L’hélicoptère est tombé sur le territoire du Karabagh, près d’Agdam. Alors que les Karabaghtsi voulaient secourir les trois militaires passagers de l’hélicoptère, dont l’un semblait encore vivant, les Azéris les ont empêchés par des tirs d’armes automatiques.
Lors des incidents du mois d’août, lorsque des Azéris voulurent pénétrer le territoire du Karabagh et qu’ils furent repoussés par les Arméniens, il y eut au total une vingtaine de morts de part et d’autre, suscitant ainsi une certaine tension dans la région.
La dernière réunion en octobre à Paris entre les deux présidents, Serge Sargsian et Ilham Aliev à l’invitation du président François Hollande n’avait abouti à rien. Depuis des années le discours belliqueux d’Aliev, qui à chaque occasion déclare que l’Azerbaïdjan reprendra le Karabagh par la force, n’a malheureusement pas rencontré une véritable protestation de la part des représentants du Groupe de Minsk, co-présidé par la Russie, les États-Unis et la France. 
L'Arménie et le Haut-Karabagh
 Ce dernier incident est un véritable acte de guerre. L’hélicoptère de l’armée du Karabagh abattu n’était pas armé et participait à des manœuvres communes d’entraînement avec l’armée de la République d’Arménie. Les calculs des spécialistes qui ont visionné une vidéo montrant l’impact du missile puis la chute de l’hélicoptère ont permis d’établir grâce à la vitesse du missile ayant abattu l’hélicoptère, le laps du temps entre l’impact et la perception du son de l’explosion que l’hélicoptère était environ à 2 km à l’intérieur du territoire du Karabagh, en prenant pour point de référence la Ligne de Contact entre Karabagh et Azerbaïdjan.
Sans attendre le résultat de l’enquête, le ministère de la Défense azéri a publié un communiqué prétendant que « l’hélicoptère attaquait des positions azéries ». Sans perdre de temps, les autorités azéries ont aussitôt décoré le militaire ayant abattu l’hélicoptère. Cela rappelle de mauvais souvenirs aux Arméniens quand, en août 2012, le président azéri Aliev après avoir obtenu l’extradition, avait accueilli comme un héros et décoré R. Safarov, le meurtrier à la hache d’un militaire arménien dans son sommeil.
Mais le pire c’est la passivité des politiques. Le communiqué insipide et laconique publié par le Groupe de Minsk après ce dernier incident du 12 novembre - un authentique acte de guerre - au cours duquel trois militaires arméniens ont perdu la vie, est un exemple de langue de bois diplomatique :
« Les Co-présidents de Groupe de Minsk, les Ambassadeurs Igor Popov de la Fédération de Russie, James Warlick des États-Unis et Pierre Andrieu de la France, expriment leur sérieuse préoccupation concernant l’hélicoptère abattu près de la Ligne de Contact et les violences récentes. Nous regrettons les pertes de vie et exprimons nos condoléances aux familles », dit la déclaration de Groupe de Minsk.
Remarquez que ni le nom d’Azerbaïdjan ni le nom du Karabagh ne sont cités dans cette phrase. Le lecteur lambda ne saura pas de quelle Ligne de Contact on parle. On ne sait pas non plus qui est l’agresseur et qui est la victime. Quant aux « préoccupations sérieuses » les familles des victimes n’en ont cure.
Poursuivons : « … Nous faisons fortement appel aux deux côtés pour éviter les comportements qui intensifieraient la tension le long de la Ligne de Contact et la Frontière d'Arménie-Azerbaïdjan… »
Le lecteur non spécialiste aura l’impression que les deux côtés sont responsables de l'accroissement de la tension. Or depuis 1994, date de la signature de cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’agresseur a été toujours l’Azerbaïdjan, le Karabagh ne faisant que se défendre et répondre aux provocations.
« Nous rappelons aux Présidents de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan leurs responsabilités quant au respect du cessez-le-feu afin d’honorer les engagements qu’ils ont pris à Sotchi, Newport et Paris en vue de trouver une résolution pacifique au conflit. […] », conclut la déclaration.
Ce rappel devrait s’adresser uniquement à M. Ilham Aliev. À moins d’être hermétiques aux médias et aux réseaux sociaux, les co-présidents du groupe de Minsk ne peuvent pas ne pas connaître les déclarations répétitives et belliqueuses du président azéri de ces dernières années. Sans parler du discours de la haine, dispensé jusqu’à dans les écoles azéries, destiné à formater, dès le plus jeune âge, les nouvelles générations avec une mentalité antiarménienne. Comme cela se fait en Turquie, dit au passage.
Quelles sont les vraies raisons du discours de plus en plus agressif et des actes de provocation de plus en plus fréquents du président azéri ? Si on analyse de près la situation de l’Azerbaïdjan on s’aperçoit que le régime dictatorial du clan Aliev, à la tête du pays depuis plus de 40 ans, est à bout de souffle.
D’abord en raison de la personnalité d’Ilham Aliev. Il n’a jamais eu véritablement l’étoffe d’un homme d’État comme l’était son père Haydar Aliev, ex-KGB, membre du Politburo sous Brejnev et vice-premier ministre de l’URSS sous Andropov. Ilham, fils à papa vivant la vie d’un playboy, a tout simplement hérité de la présidence du pays sans être vraiment préparé à son rôle de dirigeant.
Ensuite à cause de l’économie azerbaïdjanaise qui est fortement dépendante de ses exportations pétrolières. Or depuis 2010, année où les exportations ont atteint son niveau maximum, la courbe s’est inversée et les revenus sont maintenant en diminution constante. D’une part comme conséquence de la baisse de la production de brut et d’autre part, de la baisse du prix du baril au niveau mondial. Certes il y a aussi le gaz naturel, mais celui-ci n’est pas aussi rentable que le pétrole. De plus la richesse du pays ne bénéficie pas vraiment à la population. Les somptueux édifices et les palaces ne doivent pas cacher la misère délibérément imposée à la population, notamment aux réfugiés de la guerre de 1993 qui survivent depuis vingt ans dans des conditions inadmissibles.
Enfin la société civile qui, malgré une répression féroce, essaye de s’opposer au régime et de faire entendre sa voix. Malheureusement en Europe et particulièrement en France, la « diplomatie du caviar » aidant, certains politiques (principalement les députés et sénateurs membres des groupes d’amitiés France-Azerbaïdjan), ainsi que les médias officiels, se taisent honteusement sur les internements injustifiés et mauvais traitements infligés aux défenseurs des Droits de l’homme et de l’État de droit, comme Leyla Younous ou le journaliste Seymour Khaziyev pour ne donner que deux exemples. 
Ilham Aliev se sent finalement coincé et essaye de garder un semblant d’unité à l’intérieur de son pays en se focalisant sur un ennemi extérieur, le Karabagh. Adversaire sur lequel il peut tout à loisir concentrer ses attaques verbales et physiques.
L’Azerbaïdjan, dont le seul budget militaire dépasse le budget de l’Arménie tout entière, aurait tort de croire que des armes ultra modernes et des drones suffiront pour acquérir la supériorité au plan militaire sur les Arméniens. Le facteur humain joue plus que les armes pour gagner une guerre, comme ce fut le cas en 1992-1994. Les Arméniens, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, défendront bec et ongles leurs terres. Mes contacts personnels avec la population et les dirigeants du Karabagh m’ont convaincu de ce fait.
En face, les soldats azéris seront-ils motivés pour défendre les acquis du seul clan Aliev ? Avant de jouer le Dr Folamour au Caucase, le président azéri devrait se poser la question de savoir si le déclenchement d’une guerre lui permettrait de gagner des territoires ou au contraire d’en perdre davantage ?! Il devrait méditer la leçon de la guerre de 1993 qui a fait 30 000 morts et 750 000 réfugiés. Par ailleurs l’Arménie étant membre de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC)[1], l’Azerbaïdjan devrait faire attention à ne pas trop aller à contresens de l’alliance qui unit et protège ses États membres.
En réalité les deux pays jouent contre la montre. L’Arménie et le Karabagh doivent soutenir leur population malgré la situation économique difficile créée par un double blocus à ses frontières : l’un à l’Ouest par la Turquie, l’autre à l’Est par l’Azerbaïdjan. Il suffira cependant pour l’Arménie et le petit Karabagh de résister encore une quinzaine d’années. Car à partir de 2030 les ressources pétrolière et gazière de l’Azerbaïdjan vont se tarir. Alors ses alliés d’aujourd’hui, en Europe et au Proche-Orient, n’auront plus intérêt à le soutenir et le roi sera nu.
Pour la paix dans la région, le président azéri doit abandonner son discours menaçant, en finir avec une éducation de la jeunesse basée sur l’arménophobie et utiliser la richesse de son pays pour le bien-être de son peuple au lieu de la dilapider dans de dispendieux, inutiles et dangereux budgets militaires.
L’Arménie n’a cependant pas intérêt à s’engager dans une surenchère suite à cette agression. Ce n’est certainement pas un hasard si le Président Sargsian, qui connaît bien « l’Art de la guerre » du Chinois Sun Tzu, a profité de ce dernier incident pour effectuer, au lendemain de l’incident, une visite éclair au Karabagh, accueilli par Bako Sahakian, président du Karabagh, tous deux en treillis. Visite très symbolique à bord d’un hélicoptère militaire qui a atterri à l’aéroport de Stepanakert pour l’heure inutilisé parce que le despote de Bakou a menacé d’abattre tout avion, même ceux de ligne ! Cela pourrait donc être également une occasion propice pour rouvrir la ligne commerciale aérienne reliant Yerevan à Stepanakert. Il faudrait aussi mettre le Groupe de Minsk devant ses responsabilités en montrant du doigt le grossier non-respect des engagements pris par l’Azerbaïdjan afin de l’isoler un peu plus sur la scène internationale. Comme l’a dit le président Serge Sargsian : « Rien n’est oublié et le temps des dédommagements viendra ». 



[1] Russie, la Biélorussie, l'Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, et le Tadjikistan.

lundi 21 avril 2014

Le massacre de Maragha


Le massacre de Maragha, une page noire de l'histoire de Mardakert et de l'Artsakh

 

 

Le 10 avril 1992, les forces azéries attaquaient le village de Maragha, dans la région de Mardakert, au nord-est du Karabagh, théâtre des plus violents combats opposant l’armée azérie aux forces d’autodéfense arméniennes. Les Azéris massacrent plus de 50 habitants du village, et en prennent une cinquantaine d’autres en otages, dont on restera sans nouvelles. Maragha, comme beaucoup d’autres localités martyres de l’Artsakh, sont autant de plaidoyers pour le combat livré par les Arméniens pour se libérer de la tutelle de Bakou.

 

 


La région de Mardakert, au nord-est du Karabagh. Appuyée par une vingtaine de blindés, la soldatesque azérie va s'acharner sur les pacifiques villageois arméniens, massacrant plus de 50 d'entre eux, hommes, femmes et enfants. Les Azéris se retirent en prenant en otages 50 autres habitants, dont 9 enfants, qui seront tous portés disparus. Ce n'est que le 22-23 avril 1992 que les rescapés peuvent retourner dans leur village dévasté, pour y enterrer leurs morts. Des organisations internationales de défense des droits de l'homme, comme Helsinki Watch, ou des personnalités comme Caroline Cox, vice-présidente de la Chambre des Lords du Parlement britannique, qui se sont rendus sur les lieux au lendemain de ce massacre, ont témoigné de l'ampleur de la tragédie. Profondément choquée par le spectacle de ces atrocités, Caroline Cox évoquera plus tard cet épisode tragique de l'histoire de l'Artsakh dans son livre intitulé « Le nettoyage ethnique continue » qui est un violent réquisitoire contre les actes de barbarie perpétrés par les Azéris contre la population civile arménienne du Karabagh. 

Un mois plus tard, en mai 1992, la fortune des armes s'inversait en faveur des Arméniens, qui s'emparaient de Chouchi, dont les Azéris avaient fait leur QG, et enregistraient ensuite une série de victoires sur les forces de Bakou, contraintes de signer un cessez-le-feu deux ans plus tard, le 14 mai 1994. Le renversement spectaculaire opéré au printemps 1992 sur le théâtre des opérations militaires du Karabagh en faveur des Arméniens va avoir pour effet de faire tomber hélas quelque peu dans l'oubli le massacre de Maragha.

Un massacre qui vient rappeler que lorsqu'une population est menacée dans son intégrité physique même, comme c'est encore aujourd'hui le cas pour les Arméniens du Karabagh, le principe d'intégrité territoriale s'efface devant le principe souverain du droit à l'autodétermination, du droit d'un peuple à vivre libre et en sécurité.


voir aussi :  


 

vendredi 1 novembre 2013

Russian Troops will Retaliate if Azerbaijan Attacks

Russian Troops in Gyumri will Retaliate if Azerbaijan Attacks



Russian Air Force officers march in Yerevan airfield earlier this month


YEREVAN–Russian troops stationed in Armenia could openly side with it in case of a renewed Armenian-Azerbaijani war for Nagorno-Karabakh, according to their top commander, Colonel Andrey Ruzinsky.


“If Azerbaijan decides to restore jurisdiction over Nagorno-Karabakh by force the [Russian] military base may join in the armed conflict in accordance with the Russian Federation’s obligations within the framework of the Collective Security Treaty Organization (CSTO),” Ruzinksy told the Russian Defense Ministry’s “Krasnaya Zvezda” newspaper in a recent interview.


Ruzinksy answered a question about the mission of the Russian base headquartered in Armenia’s second largest city of Gyumri.

That mission was upgraded by a Russian-Armenian defense agreement signed in 2010. The agreement extended Russia’s basing rights in Armenia until 2044. It also committed Moscow to supplying its South Caucasus ally with more weapons and military hardware.

The Russian base, which numbers between 4,000 and 5,000 soldiers, has since been bolstered with modern weaponry, reportedly including Iskander-M tactical ballistic missiles. The Russian military also plans to deploy combat helicopters there soon. The Russian air force unit in Armenia currently has 16 MiG-29 fighter jets.

Armenian officials and pro-government politicians have claimed before that the 2010 defense pact mandates direct Russian military involvement in the Karabakh conflict if Azerbaijan acts on its threats to reconquer the disputed territory. Russian officials have not explicitly confirmed this in their public statements made until now.

The Russian troops in Armenia hold joint exercises and trainings with Armenian army units on a regular basis. Around a thousand soldiers from the two armies, backed up tanks, helicopters and artillery systems, practiced a joint military operation as recently as in August.

According to Ruzinsky, more such war games are planned for next year. “I believe that we need to further develop our field cooperation, if I may put it way,” he said.

The Russian base commander also revealed to “Krasnaya Zvezda” that a group of his senior officers and their Armenian colleagues recently jointly toured “areas of combat engagement.” “We plan to increase such activities next year,” he said without elaborating.

mercredi 12 septembre 2012

Au nom de ceux qui ne sont plus



A propos du texte de Nicolas Crosnier :
« Pourquoi l’Azerbaïdjan fait du meurtrier d’un Arménien un héros national »
  

(Rue89 – Le nouvel Observateur, 9/09/2012)

http://www.rue89.com/2012/09/09/pourquoi-lazerbaidjan-fait-du-meurtrier-dun-armenien-un-heros-national-235190


par Jean Géronimo
Spécialiste de la Russie*



 

Cette analyse est contestable sur plusieurs points, dont celui de ne pas prendre en compte la dimension psychologique et symbolique, très lourde, pour les arméniens.
Pour une analyse plus complète du drame, replacé dans un cadre plus géopolitique, dix éléments doivent être mentionnés.

1) Pour rappel, l’Azerbaïdjan est une des plus sévères dictatures de la zone post-soviétique. Cela permet de mieux « comprendre » la décision de son président. Le président Aliev a été l’ami de Bush, faut-il le rappeler, lequel a qualifié l’Azerbaïdjan de « régime démocratique »… J’ai du mal à adhérer, sincèrement.

2/ Soulignons que le génocide arménien n’a jamais été officiellement reconnu, et en ce sens, les arméniens ne sont pas mieux traités que les autres, comme l’affirme l’auteur. Bien au contraire ! Sinon, ce génocide aurait été - fort justement - reconnu depuis longtemps !!

3/ L’Azerbaïdjan mène un jeu trouble grâce à sa puissance énergétique, utilisée comme arme politique, parfois pour influer sur les négociations internationales et les décisions juridiques. Un « petit pays » certes, mais qui sait se défendre, surtout avec ses dollars (issu de sa rente énergétique) et avec la complicité américaine.

4/ L’Azerbaïdjan (avec la Turquie) est étroitement liée aux projets énergétiques (oléoducs, gazoducs) élaborés par Washington pour contourner la Russie et réduire sa puissance géopolitique. Une sorte de levier stratégique.

5/ L’Azerbaïdjan est définie par Brzezinski comme un « pivot géopolitique », susceptible d’être utilisé au service de la stratégie d’expansion américaine en Eurasie. Cela explique la bienveillance américaine – donc de la gouvernance mondiale et de ses règles informelles – à l’égard de ce « petit pays », qui verrouille sa position stratégique dans la région.

6/ L'Azerbaïdjan a appartenu au GUAM, construction américaine pour contester la domination russe en zone post-soviétique et accélérer son reflux (« roll back ») depuis la fin de la guerre froide. Cette adhésion ne laisse place à aucune ambiguïté sur l’attitude de ce pays face à la Russie et ses alliés.

7/ L’Arménie est un allié fidèle de la Russie, inversement à l’Azerbaïdjan, proche de Washington. Cette affaire touche donc, par ricochets, les intérêts des administrations américaine et russe. Comme une gifle politique inutile, à la Russie.

8/ Le nationalisme, utilisé comme levier identitaire dans l’ancienne zone d’influence soviétique, est structuré contre un ennemi ethnique (parfois russe, parfois arménien...) ou religieux. Dans cette optique, et pour cimenter l’unité politique, tous les coups sont bons (dont les meurtres ethniques).

9/ Le groupe de Minsk a stabilisé une forme de paix entre arméniens et azerbaidjanais et empêché la poursuite d’une guerre meurtrière. Il a donc une fonction politique utile, contrairement aux affirmations de l’auteur regrettant « 20 ans d’échecs ». Plutôt 20 ans de massacres évités.

10/ Les courants et « héros » fascistes antisémites et anti-soviétiques sont aujourd’hui réhabilités en Hongrie, en vue d’y renforcer l’idée nationale (comme dans de nombreux pays de la zone post-soviétique, dont l’Europe de l’Est et les Etats baltes). Troublante coïncidence avec cette sacralisation d’un « héros national » en Azerbaïdjan, visant, dans le même temps, à rompre avec l’héritage soviétique, synonyme de perte d’identité et de soumission au « colonisateur russe ». Une forme de « réécriture de l’histoire », régulièrement dénoncée par V. Poutine.

L’ensemble des 10 éléments mentionnés m’incitent à considérer la libération de Ramil Safarov comme une violation des droits et de la moralité humaine, sous couvert d’arrangements et d’ententes entre différents Etats protégés par Washington. Ententes qui s’expliquent encore mieux par la dimension économique : la Hongrie (et l’Europe) a besoin d’énergies, l’Azerbaïdjan en est riche - et Washington a besoin de ces deux Etats pour des raisons politiques et stratégiques. Une évidence.

Ce qui est inadmissible, est l’inaction de l’Europe et des Etats-Unis, qui ont montré plus de « présence » dans d’autres affaires. Pourtant, c’est un terrible symbole pour le peuple arménien. Et, surtout, une blessure indélébile.

Une justice internationale à géométrie variable, qui n’émeut guère l’opinion internationale, endormie par l’unilatéralité de la vision occidentale sous leadership américain, via des médias sous contrôle. Une information anormalement favorable aux Etats hostiles à la Russie et à ses alliés (dont l’Arménie).

Le plus choquant, est que l’auteur, N. Crosnier, affirme sur la fin de son texte que l’acte (le meurtre) est « justifié », par différentes considérations.

Par respect pour l’humain et la vie, on ne pourra jamais justifier une telle chose.

Au nom de ceux qui ne sont plus.

Et de la justice, s’il en reste.


* Auteur de "La Pensée stratégique russe", publié aux éditions Sigest


Voir aussi : 
http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2809
http://www.alterinfo.net/A-propos-du-texte-de-Nicolas-Crosnier-Pourquoi-l-Azerbaidjan-fait-du-meurtrier-d-un-Armenien-un-heros-national_a81320.html