Affichage des articles dont le libellé est ukraine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ukraine. Afficher tous les articles

jeudi 24 février 2022

Déclaration de Poutine

 Déclaration de Poutine

Moscou, Kremlin, 24 février 2022 – 06:00 (heure de Moscou)

V. Poutine

Chers citoyens de Russie ! Chers amis !

            Aujourd'hui, je pense qu'il est à nouveau nécessaire de revenir sur les événements tragiques qui se déroulent dans le Donbass et sur les questions essentielles pour assurer la sécurité de la Russie même.

            Je commencerai par ce que j'ai dit dans mon discours du 21 février de cette année. Je parle de quelque chose qui nous préoccupe particulièrement, des menaces fondamentales qui, d’années en années, étape par étape, sont créées de manière flagrante et sans cérémonie, année après année, par des politiciens irresponsables de l'Ouest contre notre pays. Je fais référence à l'expansion du bloc de l'OTAN vers l'Est, qui rapproche son infrastructure militaire des frontières de la Russie.

            Il est bien connu que, depuis 30 ans, nous essayons avec constance et patience de parvenir à un accord avec les principaux pays de l'OTAN sur les principes d'une sécurité égale et indivisible en Europe. En réponse à nos propositions, nous nous sommes constamment heurtés soit à des tromperies et à des mensonges cyniques, soit à des tentatives de pression et de chantage, alors que dans le même, l'Alliance de l'Atlantique Nord, malgré toutes nos protestations et nos préoccupations, ne cesse de s'étendre. La machine de guerre est en marche et, je le répète, s'approche au plus près de nos frontières.

            Pourquoi tout cela arrive-t-il ? Pourquoi cette façon insolente de [nous] parler depuis une position d'exclusivité, d'infaillibilité et de permissivité ? D'où vient cette attitude indifférente et dédaigneuse à l'égard de nos intérêts et de nos demandes parfaitement légitimes ?

            La réponse est claire, [pour nous] tout est clair et évident. L'Union soviétique s'est affaiblie à la fin des années 1980 avant de s'effondrer complètement. Toute la suite des événements qui se sont alors déroulés est aujourd’hui une bonne leçon pour nous ; elle a montré de manière convaincante que la paralysie du pouvoir et de la volonté est le premier pas vers une dégradation total et une disparition complète. Il a suffi que nous perdions un temps notre confiance, et voilà le résultat, , l'équilibre des forces dans le monde a été rompu.

            Cela a conduit au fait que les traités et les accords précédents, ne sont plus dans les faits appliqués. Les tentatives de persuasion et les demandes ne servent à rien. Tout ce qui ne convient pas aux Puissants, à ceux qui ont le pouvoir, est déclaré archaïque, obsolète et inutile. Et vice versa : tout ce qui leur semble avantageux est présenté comme la vérité ultime, à faire passer à tout prix, sans ménagement, par tous les moyens. Les contradicteurs sont brisés.

            Ce dont je parle maintenant ne concerne pas seulement la Russie, et ces préoccupations ne sont pas seulement les nôtres. Cela concerne l'ensemble du système des relations internationales, et parfois même les alliés des États-Unis eux-mêmes. Après l'effondrement de l'URSS, une redistribution du monde a effectivement commencé, et les normes établies du droit international - et les principales, fondamentales - adoptées à la fin de la Seconde Guerre mondiale et ont largement consolidé ses résultats - ont commencé à gêner ceux qui se sont déclarés vainqueurs de la guerre froide.

            Bien sûr, dans la vie pratique, dans les relations internationales et dans les règles qui les régissent, il faut tenir compte des changements de la situation mondiale et de l'équilibre des forces. Toutefois, cela devait être fait de manière professionnelle, sans heurts, avec patience, en tenant compte et en respectant les intérêts de tous les pays et en comprenant sa propre responsabilité.

 

            Mais non - un état d'euphorie né de leur supériorité absolue, une sorte d'absolutisme moderne, qui plus est, sur fond de faible niveau de culture générale et d'arrogance de ceux qui ont préparé, adopté et fait passer les décisions qui n'étaient profitables que pour eux-mêmes. La situation a commencé à évoluer d'une manière différente.

            Il n'est pas nécessaire d'aller bien loin pour trouver des exemples. Premièrement, sans aucune autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, ils ont mené une opération militaire sanglante contre Belgrade, en utilisant des avions et des missiles en plein cœur de l'Europe. Plusieurs semaines de bombardements continus ont été effectués sur des villes et des infrastructures indispensables à la vie. Nous devons rappeler ces faits, car certains collègues occidentaux n'aiment pas se souvenir de ces événements, et lorsque nous en parlons, ils préfèrent pointer du doigt non pas les normes du droit international, mais des circonstances, qu'ils interprètent comme bon leur semble.

            Puis vint le tour de l'Irak, de la Libye et de la Syrie. Le recours illégitime à la force militaire contre la Libye et la perversion de toutes les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies sur la question libyenne ont conduit à la destruction totale de l'État [libyen], à la création d'un immense foyer de terrorisme international et à la plongée du pays dans un désastre humanitaire et dans l'abîme d'une longue guerre civile qui se poursuit encore. La tragédie qui a condamné des centaines de milliers, des millions de personnes non seulement en Libye, mais dans toute la région, a créé une migration massive de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient vers l'Europe.

            Un sort similaire était réservé à la Syrie. L'action militaire de la coalition occidentale dans ce pays, sans le consentement du gouvernement syrien et sans l'autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, n'est rien d'autre qu'une agression, une intervention.

            Mais l'invasion de l'Irak occupe également une place de choix dans cette liste, bien entendu sans aucune base juridique. Le prétexte était que les États-Unis disposaient prétendument d'informations fiables sur la présence d'armes de destruction massive en Irak. Pour le prouver publiquement, devant le monde entier, le Secrétaire d'État américain a secoué un genre de tube contenant une poudre blanche, assurant à tout le monde qu'il s'agissait d’une arme chimique développée en Irak. Et puis il s'est avéré que c'était une manipulation, du bluff : il n'y avait pas d'armes chimiques en Irak. Incroyable, étonnant, mais les faits restent les faits. Des mensonges ont été proférés au plus haut niveau de l'État et du haut de la tribune de l'ONU. Le résultat a été d'énormes pertes humaines, des destructions et une incroyable poussée de terrorisme.

            D'une manière générale, il semble que presque partout, dans de nombreuses régions du monde, là où l'Occident vient établir son ordre, il y laisse des blessures sanglantes, non cicatrisantes, les plaies du terrorisme international et de l'extrémisme. Tous les exemples ci-dessus sont les plus flagrants, mais loin d'être les seuls exemples de mépris du droit international.

            Cela inclut la promesse faite à notre pays de ne pas étendre l'OTAN d'un pouce vers l'Est. Une fois encore, ils nous ont trompé ou, dans le langage populaire, tout simplement arnaqué. Oui, on entend souvent dire que la politique est un sale métier. Peut-être, mais pas aussi sale que cela, pas à ce point quand même. Après tout, un tel comportement de pipeur de dés est non seulement contraire aux principes des relations internationales, mais surtout aux normes de moralité et d'éthique généralement acceptées. Où sont la justice et la vérité ici ? Rien que des mensonges et de l'hypocrisie.

            D'ailleurs, les politiciens, les analystes politiques et les journalistes américains eux-mêmes écrivent et disent que ces dernières années qu'un véritable "Empire du mensonge" a été créé aux des États-Unis. Il est difficile de ne pas être d'accord avec cela - c'est vrai. Mais, disons-le : les États-Unis restent quand même un grand pays, une puissance à la base d’un système.

            Tous ses satellites ne se contentent pas de l'approuver docilement, d’acquiescer, de reprendre en cœur [ses positions] à chaque occasion, mais aussi de copier son comportement et acceptent avec enthousiasme les règles qu'ils leur proposent. Avec raison, on peut dire avec certitude que l'ensemble du soi-disant bloc occidental, formé par les États-Unis à son image et à sa ressemblance, est ce même "Empire du mensonge".

            Quant à notre pays, après l'effondrement de l'URSS, malgré l'ouverture sans précédent de la nouvelle Russie moderne et sa volonté de travailler honnêtement avec les États-Unis et d'autres partenaires occidentaux, dans des conditions de désarmement réellement unilatéral, ils [l’Ouest] ont immédiatement essayé de nous enfoncer, de nous achever et de nous détruire pour de bon. C'est exactement ce qui s'est passé dans les années 90 et au début des années 2000, lorsque le soi-disant Occident collectif a soutenu activement le séparatisme et les bandes de mercenaires dans le sud de la Russie. Quels sacrifices et quelles pertes cela nous a coûté, quelles épreuves nous avons dû traverser avant de pouvoir enfin de définitivement briser les reins du terrorisme international dans le Caucase. Nous nous en souvenons et ne l'oublierons jamais.

            En fait, jusqu'à récemment, les tentatives de nous utiliser dans leurs intérêts, de détruire nos valeurs traditionnelles et de nous imposer leurs pseudo-valeurs, qui nous rongeraient, nous, notre peuple, de l'intérieur n'ont pas cessé. Ces attitudes ils les imposent déjà agressivement dans leurs pays et elles mènent directement à la dégradation et à la dégénérescence, car elles sont contraires à la nature humaine elle-même. Cela n'arrivera pas [ici], cela n'a jamais marché pour personne. Cela ne marchera pas non plus maintenant.

            En dépit de tout cela, en décembre 2021, nous avons tenté une nouvelle fois de parvenir à un accord avec les États-Unis et leurs alliés sur les principes de la sécurité en Europe et au non-élargissement de l'OTAN. Tout a été en vain. La position des États-Unis n'a pas changé. Ils ne considèrent pas qu'il est nécessaire de parvenir à un accord avec la Russie sur cette question essentielle pour nous, ils poursuivent leurs propres objectifs et ne tiennent aucun compte de nos intérêts.

            Et bien sûr, dans cette situation, nous nous posons la question : que faire ensuite, à quoi s'attendre ? L'histoire nous apprend qu'en 1940 et au début de 1941, l'Union soviétique a tenté d'empêcher ou, du moins, de retarder le déclenchement de la guerre. Pour ce faire, il faut notamment essayer littéralement jusqu'à la dernière minute de ne pas provoquer un agresseur potentiel, ne pas prendre voir de reporter les mesures les plus nécessaires et les plus évidentes pour se préparer à repousser une attaque inévitable. Et les mesures qui ont finalement été prises étaient désastreusement tardives.

            En conséquence, le pays n'était pas préparé à faire face à l'invasion de l'Allemagne nazie, qui a attaqué notre Patrie sans déclaration de guerre le 22 juin 1941. L'ennemi a été arrêté puis écrasé, mais à un coût colossal. La tentative de plaire à l'agresseur à la veille de la Grande Guerre patriotique a été une erreur qui a coûté cher à notre peuple. Au cours des premiers mois de combat, nous avons perdu de vastes territoires stratégiquement importants et des millions de personnes. Nous ne ferons pas une telle erreur une deuxième fois, nous n'en avons pas le droit.

            Ceux qui aspirent à la domination du monde déclarent publiquement, en toute impunité et, je le souligne, sans aucune justification, que nous, la Russie, sommes leur ennemi. En effet, ils disposent aujourd'hui d’importantes capacités financières, scientifiques, technologiques et militaires. Nous en sommes conscients et évaluons objectivement les menaces qui sonnent constamment à notre adresse dans le domaine de l'économie, ainsi que notre capacité à résister à ce chantage impudent et permanent. Je le répète, nous les évaluons sans illusions et de manière extrêmement réaliste.

            Dans le domaine militaire, la Russie moderne, même après l'effondrement de l'URSS et la perte d'une grande partie de son potentiel, est aujourd'hui l'une des puissances nucléaires les plus importantes du monde et dispose en outre d'avantages certains dans un certain nombre d'armements de pointe. À cet égard, personne ne doit douter qu'une attaque directe contre notre pays entraînerait une défaite et des conséquences désastreuses pour tout agresseur potentiel.

            Cependant, la technologie, y compris celle de la défense, évolue rapidement. Le leadership dans ce domaine a changé et changera de mains [souvent]. Mais l’aménagement militaire des territoires adjacents à nos frontières, si nous le permettons, se poursuivra durant des décennies, peut-être même pour toujours, et constituera une menace toujours plus grande et totalement inacceptable pour la Russie.

            Aujourd'hui déjà, alors que l'OTAN s'étend vers l'Est, la situation de notre pays empire et devient chaque année plus dangereuse. De plus, ces derniers jours, les dirigeants de l'OTAN ont explicitement parlé de la nécessité d'accélérer, de forcer l'infrastructure de l'alliance jusqu'aux frontières de la Russie. En d'autres termes, ils renforcent leur position. Nous ne pouvons plus nous contenter de regarder ce qui se passe. Ce serait complètement irresponsable de notre part.

            La poursuite de l'expansion de l'infrastructure de l'Alliance de l'Atlantique Nord et l’aménagement militaire du territoire de l'Ukraine sont inacceptables pour nous. Le problème, bien sûr, n'est pas l'organisation de l'OTAN elle-même - elle n'est qu'un instrument de la politique étrangère américaine. Le problème, c'est que sur les territoires qui nous sont adjacents - je tiens à le préciser, nos territoires historiques - se crée une "anti-Russie" ennemie, placée sous un contrôle extérieur total, qui est intensivement colonisée par les forces armées des pays de l'OTAN et qui est gavée des armes les plus modernes.

            Pour les États-Unis et leurs alliés, il s'agit d'une politique dite d'endiguement de la Russie, d’un dividende géopolitique évident. Pour notre pays, c'est en fin de compte une question de vie ou de mort, la question de notre avenir historique en tant que Nation. Et ce n'est pas une exagération - c'est tout simplement comme ça. Il s'agit d'une menace réelle, non seulement pour nos intérêts, mais aussi pour l'existence même de notre État, pour sa souveraineté. C'est la ligne rouge qui a été évoquée à plusieurs reprises. Ils l'ont franchi.

            Dans ce contexte, [revenons sur] la situation à Donbass. Nous constatons que les forces qui ont réalisé un coup d'État en Ukraine en 2014, se sont emparées du pouvoir et l'ont conservé au moyen de procédures électorales essentiellement décoratives, ont définitivement refusé de résoudre le conflit de manière pacifique. Pendant huit ans, huit infiniment longues années, nous avons tout fait pour que la situation soit résolue par des moyens pacifiques et politiques. En vain.

            Comme je l'ai dit dans mon allocution précédente, il est impossible de regarder ce qui se passe là-bas sans compassion. Il n'était tout simplement plus possible de le tolérer. Il faut arrêter immédiatement ce cauchemar - le génocide contre les millions de personnes vivant là-bas. Ceux-ci n'espèrent plus que [dans l’aide de] la Russie, ils n'espèrent plus qu’en vous et moi. Ce sont ces aspirations, ces sentiments et cette douleur des gens qui nous ont poussés à prendre la décision de reconnaître les Républiques populaires de Donbass.

            Ce qu'il me semble important de souligner. Les principaux pays de l'OTAN, afin d'atteindre leurs propres objectifs, soutiennent en Ukraine les ultra-nationalistes et les néonazis, qui, à leur tour, ne pardonneront jamais aux habitants de Crimée et de Sébastopol leur libre choix de se réunifier à la Russie.

            Ils [les ultra-nationalistes et les néonazis] tenterons, bien évidemment, de s’infiltrer en Crimée, comme ils l'ont fait dans le Donbass, pour y faire la guerre et tuer des gens sans défense.

            Tout cela comme l’on fait bandes punitives des nationalistes ukrainiens, les supplétifs d'Hitler pendant la Grande Guerre patriotique. Ils déclarent aussi ouvertement qu'ils revendiquent un certain nombre d'autres territoires de la Russie.

            L'ensemble du déroulement des événements et l'analyse des informations qui nous parviennent montrent que l'affrontement entre la Russie et ces forces est inévitable. Ce n'est qu'une question de temps : ils se préparent et attendent le moment opportun. Maintenant, ils revendiquent également la possession d'armes nucléaires. Nous ne permettrons pas que cela se produise.

            Comme je l'ai dit précédemment, la Russie a accepté les nouvelles réalités géopolitiques après l'effondrement de l'URSS. Nous respectons et continuerons à respecter tous les pays nouvellement formés dans l'espace post-soviétique. Nous respectons et continuerons à respecter leur souveraineté, et un exemple de cela est l'aide que nous avons apportée au Kazakhstan, qui a été confronté à des événements tragiques et à des défis pour son statut d'État et son intégrité. Mais la Russie ne peut se sentir en sécurité, ne peut se développer, ne peut exister avec une menace constante émanant du territoire de l'actuelle Ukraine.

            Permettez-moi de vous rappeler qu'en 2000-2005, nous avons riposté militairement aux terroristes dans le Caucase, défendu l'intégrité de notre État et préservé la Russie. En 2014, nous avons soutenu la population de Crimée et de Sébastopol. En 2015, nous avons utilisé nos forces armées pour mettre une barrière fiable aux infiltrations de terroristes depuis la Syrie vers la Russie. Il n'y avait pas d'autre moyen pour nous de nous défendre.

            La même chose se produit maintenant. Vous et moi n'avons simplement pas eu d'autre possibilité de défendre la Russie, notre peuple, que celle que nous serons forcés d'utiliser aujourd'hui. Les circonstances nous obligent à agir de manière décisive et immédiate. Les Républiques populaires de Donbass ont demandé l'aide de la Russie.

            À cet égard, conformément à l'article 51 de la partie 7 de la Charte des Nations unies, avec l'autorisation du Conseil de la Fédération de Russie et conformément aux traités d'amitié et d'assistance mutuelle avec les Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk ratifiés par l'Assemblée fédérale le 22 février de cette année, j'ai pris la décision de mener une opération militaire spéciale.

            Son but est de protéger les personnes qui ont été soumises à des abus, à un génocide par le régime de Kiev pendant huit ans. Et à cette fin, nous chercherons à démilitariser et à dénazifier l'Ukraine, à traduire en justice ceux qui ont commis de nombreux crimes sanglants contre des civils, y compris des citoyens de la Fédération de Russie.

            Dans le même temps, nos plans n'incluent pas l'occupation de territoires ukrainiens. Nous n'avons pas l'intention d'imposer quoi que ce soit à qui que ce soit par la force. Dans le même temps, nous entendons de plus en plus souvent ces derniers temps à l'Ouest que les documents signés par le régime totalitaire soviétique, qui consacrent les résultats de la Seconde Guerre mondiale, ne devraient plus être appliqués. Quelle pourrait être la réponse à cette question ?

            L'issue de la Seconde Guerre mondiale est sacrée, tout comme les sacrifices consentis par notre peuple sur l'autel de la victoire sur le nazisme. Mais cela ne contredit pas les hautes valeurs des droits de l'homme et des libertés, fondées sur les réalités des décennies d'après-guerre. Elle n'annule pas non plus le droit des nations à l'autodétermination consacré par l'article premier de la Charte des Nations unies.

           

            Permettez-moi de vous rappeler que ni lors de la fondation de l'URSS ni après la Seconde Guerre mondiale, personne n'a jamais demandé aux habitants des territoires qui constituent l'actuelle Ukraine la manière dont ils voulaient organiser leur vie. Notre politique est fondée sur la liberté, la liberté de choix pour chacun de déterminer son propre avenir et celui de ses enfants. Et nous pensons qu'il est important que tous les peuples vivant sur le territoire de l'Ukraine actuelle, tous ceux qui le souhaitent, puissent exercer ce droit - le droit de choisir.

            À cet égard, je lance également un appel aux citoyens de l'Ukraine. En 2014, la Russie avait l'obligation de protéger les habitants de Crimée et de Sébastopol contre ceux que vous appelez vous-même des "nazillons". Les habitants de Crimée et de Sébastopol ont fait le choix d'être avec leur Patrie historique, avec la Russie, et nous l'avons soutenu. Encore une fois, nous ne pouvions tout simplement pas faire autrement.

            Les événements d'aujourd'hui ne visent pas à porter atteinte aux intérêts de l'Ukraine et du peuple ukrainien. Il s'agit de protéger la Russie elle-même contre ceux qui ont pris l'Ukraine en otage et tentent de l'utiliser contre notre pays et son peuple.

            Encore une fois, nos actions relèvent de l'autodéfense contre les menaces que l’on fait peser sur nous et contre une calamité encore plus grande que celle qui se produit aujourd'hui. Aussi difficile que cela soit, je vous demande de le comprendre et j'appelle à la coopération pour que nous puissions tourner cette page tragique le plus tôt possible et avancer ensemble, sans permettre à quiconque de s'immiscer dans nos affaires, dans nos relations, mais en les construisant de manière indépendante, afin de créer les conditions nécessaires pour surmonter tous les problèmes et, malgré les frontières étatiques, nous renforcer de l'intérieur en tant qu'entité unie. Je crois en cela - c'est notre avenir.

 

Je dois également m'adresser aux militaires des forces armées de l'Ukraine.

 

            Chers camarades ! Vos pères, grands-pères, arrière-grands-pères ont à leur époque combattu les nazis, en défendant notre Patrie commune, ce n’est pas pour qu’aujourd’hui les néonazis prennent le pouvoir en Ukraine. Vous avez prêté serment au peuple ukrainien, et non à la junte antipopulaire, qui vole l'Ukraine et maltraite ce même peuple.

            N'exécutez pas les ordres criminels [de cette junte]. Je vous appelle à déposer les armes immédiatement et à rentrer chez vous. Soyons clairs : tous les membres de l'armée ukrainienne qui se plieront à cette exigence pourront quitter la zone de guerre sans entrave et retourner auprès de leurs familles.

            Permettez-moi d'insister une fois de plus : toute la responsabilité d'une éventuelle effusion de sang reposera entièrement sur la conscience du régime au pouvoir sur le territoire de l'Ukraine.

            Maintenant, quelques mots importants, très importants pour ceux qui pourraient être tentés de l'extérieur d'interférer dans les événements qui se déroulent. Quiconque tente d'interférer avec nous, et encore moins de mettre en danger notre pays et notre peuple, doit savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et vous conduira à des conséquences auxquelles vous n'avez jamais été confrontés dans votre histoire. Nous sommes prêts à faire face à tout développement d'événements. Toutes les décisions nécessaires ont été prises à cet égard. J'espère que je serai entendu.

           

Chers citoyens de Russie !

            Le bien-être, l'existence même d'États et de peuples entiers, leur succès et leur viabilité trouvent toujours leur origine dans le puissant système de racines de leurs cultures et de leurs valeurs, dans l'expérience et les traditions de leurs ancêtres, et ils dépendent bien sûr de leur capacité à s'adapter rapidement à une vie en constante évolution, de la cohésion de la société, de sa volonté de se consolider, de rassembler toutes les forces pour aller de l'avant.

            On a toujours besoin de forces - toujours - mais les forces peuvent être de différentes qualités. La politique de "l'Empire du mensonge" à laquelle j'ai fait référence au début de mon discours est basée avant tout sur la force brute et directe. Dans de tels cas, nous disons : "Vous avez la force, vous n'avez pas besoin d'intelligence".

            Mais vous et moi savons que la vraie force réside dans la justice et la vérité, qui sont de notre côté. Et si cela est vrai, alors il est difficile de ne pas convenir que la force et la volonté de combattre sont le fondement de l'indépendance et de la souveraineté, le fondement nécessaire sur lequel seul on peut construire son avenir, son foyer, sa famille, sa Patrie.

Chers compatriotes !

            Je suis sûr que les soldats et les officiers des forces armées russes qui sont loyaux envers leur pays rempliront leur devoir avec professionnalisme et courage. Je ne doute pas que tous les niveaux de pouvoir et les spécialistes responsables de la stabilité de notre économie, du système financier et de la sphère sociale, ainsi que les dirigeants de nos entreprises et de l'ensemble du monde des affaires russe travailleront de manière harmonieuse et efficace. Je compte sur la position consolidée et patriotique de tous les partis parlementaires et des forces publiques.

            Après tout, comme cela a toujours été le cas dans l'histoire, le destin de la Russie est entre les bonnes mains de notre peuple multiethnique. Cela signifie que les décisions que nous avons prises seront mises en œuvre, que nos objectifs seront atteints et que la sécurité de notre patrie sera garantie de manière fiable.

            J’ai confiance en votre soutien et en la force invincible que nous donne l'amour de notre Patrie.

 

Texte original en russe : http://kremlin.ru/events/president/news/67843

Entretien avec Hélène Carrère d'Encausse

Entretien avec avec Hélène Carrère d'Encausse 

sur la crise ukrainienne 

par Pascal Boniface (IRIS)  

Une analyse lucide qui change des clichés répétés en boucle sur nos médias



mardi 9 juin 2015

Ukraine se prépare pour déclencher la guerre avec la Transnistrie

« Svobodnaïa Pressa » a appris les détails de la provocation qui est préparée par les services spéciaux de l’Ukraine pour déclencher la guerre avec la Transnistrie

5 juin 2015




Dans la région d’Odessa se prépare une provocation à grande échelle qui doit servir de prétexte à l’invasion par l’armée ukrainienne de la République moldave de Transnistrie (TMR). Le SBU a commencé à recruter des jeunes marginalisés pour mettre en scène la « capture » de la ville de Kotovsk, à 20 km de la frontière avec l’Etat non reconnu. Selon le scenario des services de sécurité ukrainiens, les jeunes embauchés pour de l’argent doivent se faire passer pour des « terroristes » de Transnistrie ou des citoyens d’Odessa qui sont mécontents de la nomination du gouverneur de la région, Mikhaïl Saakachvili. L’important dans cette opération spéciale est de créer une image plausible pour les médias du monde entier sur l’attentat à la souveraineté de l’Ukraine par les militants pro-russes. La campagne de propagande à grande échelle doit justifier aux yeux de l’opinion publique occidentale l’entrée des troupes ukrainiennes en TMR.
 
– Le SBU veut simuler une « révolte populaire », surtout depuis la nomination de Saakachvili qui suscite le mécontentement général – a expliqué le président de la commission de suivi de Novorossia Vladimir Rogov. – Les services spéciaux ont offert aux jeunes de cinq à six mille hryvnia par jour pour qu’ils se tiennent sur des barricades à Kotovsk, une ville avec une population de 50 mille personnes. Le SBU promet des garanties de sécurité complètes pour les participants. La seule condition pour ne pas être inquiétés par les autorités est de ne pas ôter les cagoules et de tirer avec les armes distribuées seulement en l’air. Les services de renseignement de l’Ukraine ont choisi de recruter principalement des sportifs au chômage. Il est clair que pour eux cinq mille hryvnia par jour est une somme énorme. Bien que presque personne ne verra la couleur de l’argent. Dans le cas du scénario les jeunes seront probablement éliminés. Et il est possible que l’on trouvera sur eux des documents des Forces aéroportées russes, ou du GRU. Peut-être que les provocateurs de Kotovsk proclameront l’établissement de la République populaire d’Odessa, ce qui donnera le signal d’une répression à grande échelle. Mais la principale chose sera l’occasion d’attaquer la Transnistrie et d’entraîner la Russie dans un conflit militaire.
 
Indirectement, ce scénario est confirmé par le fait que le 4 Juin, la Rada suprême de l’Ukraine a adopté une loi sur le taux d’admission des militaires étrangers dans le pays. Il est confirmé aussi par le fait que de Melitopol et Nikolayev les troupes sont transférées dès maintenant vers la région d’Odessa, directement sur la frontière avec la Transnistrie. Il est à noter que depuis le début de cette année a été observé un travail intense dans le port Ilyichevsk pour le mettre en état de recevoir des cargaisons. Tout au long de mai, le port a reçu un grand nombre de containers qui ne sont pas inspectés par les douanes …

http://svpressa.ru/war21/article/124212/histoireetsociete <https://histoireetsociete.wordpress.com/2015/06/05/lattaque-sur-tiraspol-commencera-a-kotovsk/>

lundi 11 août 2014

Sanctions russes : l’autopunition européenne

Sanctions russes : l’autopunition européenne

Jusqu'où faudra-t-il démolir nos économies pour complaire à l’hybris expansionniste de "l’hyperclasse euraméricaine" ?



Jean-Michel Vernochet 

http://www.bvoltaire.fr/jeanmichelvernochet/sanctions-russes-lautopunition-europeenne,98140?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=51a10e81c1-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-51a10e81c1-30423713&mc_cid=51a10e81c1&mc_eid=07647d7ef9


L’Europe – enfin, ce qu’il convient de nommer ainsi –, cette hydre informe et sans tête pensante, a-t-elle décidé de se punir elle-même pour avoir tenté de suborner l’Ukraine, encouragé la crise du Maïdan, l’éviction de Ianoukovitch et l’actuelle guerre civile du Donbass ? La sagesse eût pourtant voulu que l’on s’efforçât de calmer le jeu. Au lieu de ça, après le retour de la Crimée à sa terre d’origine (de grâce, cessons de parler d’annexion), la surenchère verbale et militaire n’a cessé d’aller crescendo. Ainsi les sanctions de niveau trois qui nous font entrer de plain-pied dans la guerre économique. Au demeurant, une arme à terrible double tranchant.
Editions Sigest, 2014.

En visant désormais les secteurs vitaux de l’économie russe, Bruxelles prend à l’évidence des risques non exactement calculés. Car ce qui paraît habile sur le papier peut avoir de curieuses incidences. Ainsi, les économies russe et européenne étant étroitement liées, le COREPER (Comité des représentants permanents de l’Union européenne) évalue les dommages immédiats consécutifs aux sanctions à 23 milliards d’euros pour l’économie russe, et à près de 40 milliards d’euros pour les pays de la zone euro. Est-ce très judicieux en période de stagnation ? Il est vrai que la différence entre les deux ensembles économiques rend incomparables des pertes du simple au double. Il n’empêche !
Prenons quelques chiffes pour mieux comprendre les enjeux et les non-profits à venir. En 2013, 47 % des obligations émises par la Fédération de Russie l’ont été sur les marchés européens, soit 7,5 milliards d’euros. Le volume des ventes d’équipements militaires entre la Russie et l’Union européenne se monte, bon an mal an, à 3,2 milliards d’euros dont 300 millions d’euros d’importations par la Russie. En outre, l’Union européenne exporte pour 4 milliards d’euros de biens à double usage (militaire et civil), notamment électroniques, et aussi pour 150 millions de matériels sensibles à destination des pétroliers. Quant à la guerre agricole, cela peut prêter à rire, mais elle fera assurément des dégâts. Sont prohibés « lait, fromage, oignons d’Ukraine, pêches de Grèce, prunes de Serbie, pommes et choux de Pologne, viande d’Espagne, poulets nord-américains, tous produits qui contiennent des substances nocives ou sont infectés par des bactéries potentiellement dangereuses ou encore ne respectant pas les normes réglementaires », dixit l’Agence de sécurité alimentaire russe.
Autre exemple. Le 6 août, Moscou annonçait ses propres mesures de rétorsion dans le domaine aérien suite aux restrictions imposées à Dobrolet (Добролёт), filiale économique d’Aeroflot (Аэрофлот). Or, en deux jours seulement, les compagnies aériennes américaines et européennes supportent déjà un manque à gagner de quelque 4,5 milliards de dollars, soit les pertes liées à la baisse de leur cotation en Bourse. Si Aeroflot doit renoncer à 300 millions de dollars cette année, Lufthansa doit, elle, s’attendre à la perte d’un milliard de dollars… par trimestre. Les fins stratèges de la guerre économique n’ont, en effet, apparemment pas tenu compte de l’immensité géographique russe, 1/7 des terres émergées… et en conséquence de sa place dans les échanges mondiaux en tant qu’espace de transit. Prudents, les dirigeants russes n’entendent cependant pas interdire en totalité leur espace aérien, mais renouveler au compte-gouttes certaines autorisations temporaires de vol, en particulier pour les charters de passagers et de marchandises.
En dernier lieu, la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe indique que 1.200 sociétés françaises sont implantées en Russie et 6.000 autres y exportent… Qu’en sera-t-il dans quelques mois, sachant que les sanctions votées par l’Union européenne réduisent notablement l’accès des investisseurs étrangers aux banques d’État. Cela se chiffrera à n’en pas douter par un supplément de chômeurs, 150.000 dit-on. Alors jusqu’où faudra-t-il démolir nos économies pour complaire à l’hybris expansionniste de « l’hyperclasse euraméricaine » ?

jeudi 7 août 2014

L'Ukraine, entre « révolution » et déstabilisation



L'Ukraine, entre « révolution » et déstabilisation : l'erreur occidentale

Jean Geronimo

Article publié dans l'Humanité le 06.08.2014



A la disparition de l'Union soviétique, en décembre 1991, l'Ukraine nouvellement indépendante – mais qui reste organiquement liée à la Russie – est devenue l'enjeu d'une âpre lutte d'influence entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide. Ainsi, sa transition post-communiste est marquée par les tentatives successives de l'Occident sous leadership américain d'y d'étendre son influence, avec des moyens frôlant parfois l'illégalité – comme la « révolution orange » de 2004, qui place un dirigeant pro-américain, Victor Youchenko à la tête de l’État ukrainien. De son coté, Moscou s'efforce de garder un droit de regard sur l'Ukraine, par le biais de la « diplomatie gazière » et de l’intégration de son ex-république à la Communauté des États indépendants (CEI), sous leadership russe.

Revenue en toute légalité dans le giron russe en 2012, avec l'élection du président Victor Ianoukovitch, on pensait alors l'Occident définitivement hors-jeu. Or, l'inconsistance et les revirements multiples du nouveau président pro-russe sur l'Accord d'association et de libre-échange – faussement interprétés comme un rejet de l'Europe – ont donné au bloc occidental sous verrou américain l'occasion inespérée de « revenir dans le jeu » en alimentant la contestation populaire contre un « pouvoir corrompu, aux soldes de Moscou ». Un air de « déjà vu », dans la logique des révolutions néo-libérales – dites, « de couleur » – ayant frappé l'espace post-soviétique dans la décennie 2000, sous l'impulsion d'ONG à financement anglo-saxon, d'opposants et de relais locaux, sponsorisés par la manne dollarisée des « droits de l'homme ». Un nouveau « soft power », dénoncé par Vladimir Poutine.

Un coup d'Etat attisé de l'étranger, aux sources de l'illégitimité kiévienne

Pourtant, dans la mesure où ce coup d’État touchait ses intérêts nationaux, affaiblissait son projet d'Union eurasiatique et mettait en cause sa sécurité, la réaction de l'Etat russe a été, cette fois, d'une toute autre ampleur. Dénonçant l'illégalité du processus politique, catalysé par l'ingérence de forces extérieures et centré sur l'élimination du président Ianoukovitch, Moscou ne pouvait reconnaître le nouveau pouvoir pro-occidental de transition. D'autant plus que ce dernier, sous la pression de groupes nationalistes et extrémistes d'inspiration néo-fasciste, a très vite imposé des mesures anti-russes, dont celles sur le droit des minorités et sur le statut de la langue russe.

Dans ces conditions, la bienveillance russe sur les revendications émancipatrices des régions de l'Est ukrainien et, notamment, de la Crimée « avant-garde révolutionnaire » contre l'illégalité kiévienne, semble justifiée. La légalité du référendum criméen s'appuie d'une part, sur son attachement historique à la Russie et d'autre part, sur la jurisprudence initiée par l'indépendance du Kosovo en 2008 sous pression américaine. En quelque sorte, la maladresse occidentale a offert à V. Poutine l'opportunité historique de « retrouver » la Crimée et, par ce biais, de garantir un accès stratégique aux mers chaudes – à l'instar de la base navale syrienne de Tartou.

La Crimée, prétexte au renforcement de l'OTAN et de la ligne anti-russe

Ce faisant, ce « coup gagnant » russe sur l'Echiquier eurasien a donné le prétexte à l'axe euro-atlantique de renforcer la ceinture sécuritaire otanienne en zones baltes et est-européenne au sud de la Russie, dont la volonté de « reconquête impériale » est perçue par le stratège américain Brzezinski, en 2014, comme une « menace majeure » – en quelque sorte, Vladimir Poutine serait une sorte d'« homo-soviéticus », instinctivement hostile envers l'Occident. A terme, cette légitimation politique post-guerre froide de l'OTAN fait craindre à Moscou le resserrement de « l'encerclement », via l'extension de cette dernière à des États post-soviétiques comme la Géorgie et l'Ukraine et, ensuite, l'implantation en leur sein d'unités du bouclier anti-missiles américain – qui neutraliserait, en partie, les forces nucléaires stratégiques de la Russie.




Dans la perception stratégique russe, c'est la poursuite sous une forme rénovée de la politique de « roll back » (reflux) de l'ancienne puissance communiste, conduite depuis la chute de Gorbatchev le 25 décembre 1991. Le 22 juillet 2014, le président Poutine a promis une « réaction adéquate » et l'adaptation rapide de sa stratégie de défense à cette progression injustifiée, à ses frontières, des infrastructures otaniennes. Comme une ultime provocation.

Entre manipulations et impasse politique : l'inconscience occidentale

A l'heure de l'extension puis du pourrissement, désormais incontrôlable, à l'Est ukrainien, de la révolte d'un peuple marginalisé et rejetant un pouvoir anti-russe nationaliste, infiltré par des néo-nazis et partisan d'un ultralibéralisme pro-européen, l'avenir reste très incertain. La crédibilité des dernières élections présidentielles en Ukraine, tenues le 25 mai 2014, semble d'autant plus faible que le processus politique sur lequel elles sont assises a été, en grande partie, manipulé. En outre, le fort taux d'abstention (40%) imputable au boycott d'une partie des électeurs de l'Est, affaiblit la légitimité et la représentativité du nouveau régime dirigé par l'oligarque Piotr Porochenko, sur la base de puissants lobbies.

Sous l'impulsion de ce dernier, la politique répressive contre les « rebelles » de l'Est – étrangement qualifiés de « terroristes » – se transforme désormais en une véritable tuerie punitive. L'ampleur de cette tuerie, passée sous silence par l'Occident, est expliquée par l'asymétrie du rapport de force militaire et l'utilisation par l'armée pro-gouvernementale de l'aviation et des armes lourdes, voire d'armes chimiques interdites. De ce point de vue, l'axe euro-atlantique sous verrou américain porte une lourde responsabilité dans cette impasse politique, occultant l'interdépendance structurelle russo-ukrainienne héritée du soviétisme et, en cela, potentiellement génératrice de chaos socio-économique suite à l'Accord d'association avec l'UE, signé par Porochenko le 27 juin 2014. Visant à détacher l'Ukraine de la domination russe et donc, à finalité géopolitique évidente, cet accord déconnecté des besoins de son peuple est un véritable défi à la rationalité économique. Sans la Russie, pas de salut possible.

Aprés Maïdan, l'émergence d'une fracture géopolitique au cœur de l'Eurasie

Structurellement instrumentalisée par les deux superpuissances, l'Ukraine apparaît au final comme une pièce maîtresse – un Etat « pivot », au sens de Z. Brzezinski – dans le cadre de la Guerre « tiède ». Cette dernière est définie dans mon livre (1) comme la forme actualisée et désidéologisée de la Guerre froide, recentrée sur le contrôle des Etats stratégiques – « pivots » – sur les plans politique et énergétique et opposant, in fine, l'axe euro-atlantique UE-USA (via l'OTAN) à l'axe eurasien sino-russe (via l'OSC (2)). Hérité de l'étrange « révolution » nationale-libérale du Maïdan, grevée par la montée d'une idéologie radicale resurgie d'un troublant passé, le chaos ukrainien apparaît donc comme un coût collatéral de cette Guerre « tiède ».

Cette configuration montre la poursuite, sous une forme certes rénovée, d'une conflictualité bipolaire fondée sur l'opposition d'alliances dominées par les anciens ennemis idéologiques. Une nouvelle fracture géopolitique porteuse de lourdes menaces, au cœur de l'Eurasie. Et maintenant, que faire ?
Grenoble, le 29.07.2014

Jean Geronimo
Docteur en économie,
Spécialiste des questions économiques et géostratégiques russes
Université Pierre Mendès France, Grenoble II

(1) Geronimo J. (2012) « La Pensée stratégique russe – Guerre tiède sur l’Échiquier eurasien : les révolutions arabes, et après ? », préface de J. Sapir, éd. Sigest.
(2) OSC : Organisation de coopération de Shangaï

vendredi 7 mars 2014

Ukraine: " Des comportements à géométrie variable "



Ukraine: «Des comportements à géométrie variable» selon Jean GERONIMO

   
 par  Angelique Schaller
    vendredi 7 mars 2014


Le parlement de Crimée a annoncé un référendum le 16 mars sur le rattachement à Moscou et des militants pro-russes ont défilé.

A contre-courant des analyses sur l’actualité en Ukraine, Jean GERONIMO, économiste spécialiste des questions économiques et géostratégiques russes décrypte les raisons du conflit.

Docteur en économie, Jean Geronimo* est spécialiste des questions économiques et géostratégiques russes à l’Université Pierre Mendès France à Grenoble.




Comment appréciez-vous l’intervention européenne en Ukraine?

C’est un des éléments de la guerre tiède, un concept développé dans mon livre sur la Pensée stratégique russe. Il s’agit de la guerre froide mais actualisée, avec moins d’idéologie, recentrée sur le contrôle des états stratégiques sur plan politique mais aussi énergétique. Ce qui est le cas de l’Ukraine. Je me réfère beaucoup à Zbigniew Brzezinski qui a écrit un ouvrage fondateur en 1997 que je surnomme le livre rouge de la pensée américaine. Il appelle déjà l’Ukraine un pivot géopolitique que les USA ont tout intérêt à contrôler. Or, cet homme a eu et a encore beaucoup d’influence sur la politique américaine, qui consiste non plus à contenir la Russie comme c’était le cas pendant la guerre froide, mais à la faire reculer. Et l’Europe est un outil pour y parvenir. Au même titre que l’Otan.

Comment cela se passe-t-il?

L’Europe utilise le soft power. Au nom de valeurs démocratiques, elle va condamner la Russie, financer des ONG défendant les droits de l’homme qui finissent par renverser un pouvoir légitime au profit de dirigeants ultralibéraux et donc pro-américains. On l’a vu en Ukraine en 2003, puis en Georgie, puis au Kirghizistan…Une force de frappe médiatique importante est développée pour conditionner l’opinion publique et renverser un président. C’est ce qui vient de se passer avec Viktor Ianoukovitch qui avait été légalement élu en 2002. Le jour où il a été renversé, il avait accédé à toutes les demandes de l’opposition. Alors pourquoi cette nouvelle attaque? Mon hypothèse est que l’on a réactivé les mouvements extrémistes, qu’ils ont tiré sur les policiers. Bref qu’on a construit politiquement un coup d’état qui aurait pu être évité. Les motivations de respect des droits de l’homme et de corruption invoqués pour démettre un président légitime sont à géométrie variable et ne servent ainsi à démettre personne en Arabie Saoudite, en Turquie, en Azerbaïdjan…

L’Union européenne semble pourtant centrale dans ce dossier puisque les premières manifestations sont liées au refus d’accepter l’accord d’association proposé?

Cet accord était une orientation vers le tout marché, sur le modèle développé en Grèce, avec baisse des dépenses publiques, compression de l’Etat providence qui reste encore important en Ukraine, héritage du système soviétique. Un véritable big bang. Il était donc légitime de ne pas l’accepter tel quel. Mais Viktor Ianoukovitch ne l’a pas refusé, il a demandé des modifications. Son erreur est d’avoir longtemps laissé croire qu’il le signerait et d’avoir demandé des changements au moment même où il se rapprochait de la Russie. Russie qui a d’ailleurs un discours bien différent puisque sa proposition de rapprochement avec l’Ukraine ne se fait pas contre l’Europe. Mais pour en revenir à la question, il n’a jamais refusé l’accord alors que cela a été présenté ainsi. Ce qui me semble une désinformation. Tout comme des fausses informations ont justifié dans le passé l’intervention au Kosovo, en Irak ou en Lybie.

Il y a quand même eu des manifestations de milliers de citoyens?

Sur impulsion de gens financés et formés par l’occident. Le jour où le président a été démis, on a vu des manifestants défiler sous les drapeaux de la division SS Galicie, se référant aux collaborateurs nazis ukrainiens! Après ces manifestations, des membres du parti fasciste Svodboda sont entrés au gouvernement! Et sur tout cela pas un mot de l’Europe ou des États-Unis. Obama va même jusqu’à dire que l’on grossit une chose minuscule. Ce n’est pas minuscule. Cela grossit tous les jours car cette tendance néo-nazi se réveille en Ukraine comme dans tous les pays baltes.

Parmi les manifestants se trouvaient aussi des personnes dénonçant la corruption et politique libérale de Ianoukovitch. Un fait souligné par le parti communiste ukrainien qui, sur la question pro-russe ou pro-européen en appelle à un référendum?

Le pays était effectivement mal géré et Ianoukovitch a voulu jouer sur plusieurs tableaux en même temps, s’appuyant sur l’extrême droite pour faire passer ses réformes, tablant sur l’ultralibéralisme puis opérant un virage à 90°, misant sur l’Europe puis sur la Russie…. On m’a rapporté que si Poutine le considérait comme légitime, il l’estimait décrédibilisé politiquement.

Concernant le référendum, ma conviction est que les pro-russes seraient majoritaires mais ce n’est pas scientifique d’où l’utilisation du conditionnel. Le problème d’un référendum est qu’on ne pourrait plus revenir en arrière. Or, l’interdépendance entre l’économie ukrainienne et russe suppose des années de travail pour parvenir à les séparer sans que la première n’en pâtisse trop.

Que se passera-t-il quand on s’apercevra que les entreprises ukrainiennes ne sont pas compétitives et qu’elles n’ont plus les débouchés russes sachant que 30% des exportations sont destinées à Moscou? Quand la Russie supprimera les tarifs préférentiels sur le gaz qui permettent à l’Ukraine de ne pas plomber sa dette? Des licenciements? Du chômage?

Par ailleurs, le choix européen pourrait enclencher des réactions en chaîne et derrière une éventuelle adhésion à l’Europe, ce serait la question de l’Otan. C’est tout au moins ce qui me semble programmé du point de vue des Américains car une adhésion à l’Otan serait une menace adressée directement à la Russie, à l’opposé de ce qui avait été promis à Gorbatchev. Et ensuite? Le développement du bouclier antimissile de Bush en Ukraine?

Mais Poutine n’est pas non plus un saint, il est aussi extrêmement libéral?

Oui il est libéral, mais pas ultralibéral comme a pu l’être Eltsine. Il fait appel au libéralisme pour rendre l’économie russe performante. Mais c’est un libéralisme orienté dans un pays ou l’état représente encore 35 à 40% du PIB. Le rôle de l’État est donc encore très important.

Il y a quand même l’intervention militaire en Crimée?

Il ne faut pas voir les choses avec les slogans médiatiques que l’on cherche à nous imposer. C’est le retour de l’armée rouge? Mais de quoi parle-t-on! Pourquoi hier les Américains auraient pu intervenir au Panama pour protéger leurs ressortissants et que la Russie ne pourrait le faire en Crimée où la majorité de la population est russe et craint des lois anti-russes déjà programmées à Kiev où les pro-occidentaux sont majoritaires? Pourquoi l’intervention en Crimée serait un déni de souveraineté quand cela ne l’était pas en Irak?


* " La Pensée stratégique russe - Guerre tiède sur l'échiquier eurasien,
Les révolutions arabes, et après ?
 
", Jean Géronimo, Ed. Sigest, 2e édition, 2012.