mardi 23 juillet 2013

Bientôt, plus d’obstacle au nouveau Sykes-Picot



« SOUS NOS YEUX »

Bientôt, plus d’obstacle au nouveau Sykes-Picot

par Thierry Meyssan




Vous avez sûrement observé le changement de ton de la presse atlantiste sur la question syrienne. Les « rebelles », ces « héros de la Liberté », se sont soudain mués en terroristes fanatiques qui s’entre-déchirent. Pour Thierry Meyssan, il n’y a rien de nouveau sous le soleil : Washington a simplement abandonné l’idée de renverser Bachar el-Assad et se dirige vers la tenue de la conférence de Genève II. Prochaine étape : la perte d’influence française dans la région.


RÉSEAU VOLTAIRE | 22 JUILLET 2013 
http://www.voltairenet.org/article179494.html#nh1 

 
Le secrétaire d’État, John Kerry, abandonne ses alliés. Il n’y aura pas de livraison d’armes décisives aux « rebelles » en Syrie. Bachar el-Assad ne sera pas renversé. Les promesses des États-Unis n’engageaient que ceux qui y ont cru. @ Département d’État 

Le 13 juin dernier, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis annonçait que la ligne rouge avait été franchie : ainsi que le montraient les preuves accumulées par les Français et les Britanniques, la Syrie de Bachar el-Assad avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. On allait voir ce que l’on allait voir… Sans attendre, le nouveau commandement joint des Forces terrestres de l’Otan était activé à Izmir (Turquie). La guerre était imminente.


Un mois plus tard, la détermination occidentale a disparue. La presse atlantiste découvre avec effroi que l’opposition armée en Syrie est composée de fanatiques haïs par la grande majorité des Syriens, ce que nous ne cessons de dire depuis deux ans. Tandis que, sur place, l’Armée syrienne libre et le Front Al-Nosra, au lieu de combattre contre les troupes de Damas, se livrent l’un à l’autre une guerre sans merci.


Que s’est-il donc passé qui a pu transformer la guerre de « libération » de la Syrie en ce vaste désordre ? En réalité, aucun des enjeux n’a changé en un mois : l’Armée arabe syrienne n’a jamais utilisé d’armes chimiques contre les « rebelles » ; et ceux-ci ne se sont pas « radicalisés ». Par contre, le plan US que j’exposais, le premier, en novembre dernier, se met lentement en place. L’étape du jour, c’est le lâchage de l’opposition armée.


Tout ceci nous confirme l’essoufflement de l’impérialisme anglo-saxon. L’application sur le terrain des décisions prises à Washington s’effectue avec une extrême lenteur. Ce processus met en évidence l’aveuglement des médias occidentaux qui ignorent ces décisions prises jusqu’à ce qu’elles se traduisent en actes. Incapables d’analyser le monde tel qu’il est, ils persistent à relayer et à crédibiliser la « communication politique ».


Ainsi, ce que j’écrivais [1 <http://www.voltairenet.org/article179494.html#nb1
> ], et qui était qualifié de « théorie du complot » par la presse dominante, devient une évidence pour elle, dix mois plus tard. Eric Schmitt écrit pudiquement dans le New York Times que « les plans de l’administration US sont bien plus limités qu’elle ne le déclarait en public et en privé » [2 <http://www.voltairenet.org/article179494.html#nb2
> ]. Tandis que David Ignatius titre crument dans leWashington Post : « Les rebelles syriens ont été plaqués par Washington » [3 <http://www.voltairenet.org/article179494.html#nb3
> ]. Ils attendaient des armes anti-char et ils reçurent des mortiers de 120 millimètres. On leur avait promis des avions, et ils reçurent des kalachnikovs. Des armes arrivent en nombre, mais pas pour renverser Bachar el-Assad, pour qu’ils se tuent entre eux et qu’il n’en reste aucun.


Et pour qu’il n’y ait pas de doute : le directeur de la CIA, John Brennan, et le vice-président, Joe Biden, ont convaincu à huis clos le Congrès qu’il ne fallait pas envoyer d’armes décisives en Syrie. Tandis qu’à Londres, la Chambre des Communes s’est engouffrée dans la brèche. Et qu’à Paris, Alain Marsaud et Jacques Myard —pour d’autres raisons— tentent d’embarquer l’Assemblée nationale dans le même refus occidental de continuer à soutenir les « rebelles ».


Sans aucun état d’âme, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui déplorait en décembre l’inscription par les États-Unis du Front Al-Nosra sur leur liste des organisations terroristes « parce qu’ils font du bon boulot sur le terrain » (sic), a lui-même demandé à l’ONU de l’inscrire sur la liste internationale des organisations terroristes. Et Manuel Valls, le ministre français de l’Intérieur, a déclaré sur France2 que les Français qui combattent en Syrie aux côtés de ses anciens alliés islamistes seraient arrêtés et jugés à leur retour en France.


La conférence de Genève II, dont on parle depuis un an, se précise. Les principaux obstacles venaient de la Coalition nationale qui, soutenue par le Qatar, exigeait la capitulation préalable de Bachar el-Assad, et des Franco-Britanniques qui refusaient de voir l’Arabie saoudite et l’Iran à la table des négociations.


L’ayatollah Khamenei a retiré du jeu le président Ahmadinejad et son directeur de cabinet Meshaie, hommes de foi et anti-cléricaux forcenés, pour les remplacer par le cheikh Rouhani, un religieux très pragmatique. Dès son installation comme nouveau président iranien, fin août, ce dernier devrait accepter de participer à la négociation. De leur côté, les Anglo-Saxons ont retiré du jeu le Qatar, ce micro-État gazier qui leur servait à camoufler l’alliance entre l’OTAN et les Frères musulmans. Ils ont confié la gestion des « rebelles » en Syrie à la seule Arabie saoudite, tout en discréditant ces « rebelles » internationaux dans leur presse. Avec ou sans le roi Abdallah, Riyad devrait également accepter la négociation.


Fausse surprise : à la demande pressante du secrétaire d’État John Kerry, l’Autorité palestinienne a accepté de reprendre les négociations avec Israël, même si celui-ci poursuit la colonisation des Territoires.


Sauf revirements inattendus en Égypte ou en Tunisie, il ne devrait donc plus y avoir, d’ici deux à trois mois, d’obstacles majeurs à la tenue de Genève II, le « nouveau Sykes-Picot » élargi ; du nom des accords secrets par lesquels la France et le Royaume-Uni se partagèrent le Proche-Orient durant la Première Guerre mondiale. Au cours de cette conférence, les États-Unis et la Russie se répartiront l’Afrique du Nord et le Levant, au détriment de la France, en divisant la région en zones sous-traitées par les Saoudiens (sunnites) ou les Iraniens (chiites).


Après avoir contraint l’émir du Qatar à abdiquer et avoir abandonné les « rebelles » en Syrie, Washington va donc retirer son influence régionale à sa fidèle alliée, la France, qui aura sali ses mains durant deux ans pour rien. C’est la loi cynique de l’impérialisme.




[1 <http://www.voltairenet.org/article179494.html#nh1] « Obama II : la purge et le pacte <http://www.voltairenet.org/article176644.html> », Réseau Voltaire, 27 novembre 2012. 
« L’ASL continue de briller comme une étoile morte <http://www.voltairenet.org/article176985.html», 
Réseau Voltaire, 26 décembre 2012. 
« Obama et Poutine vont-ils se partager le Proche-Orient ? <http://www.voltairenet.org/article177546.html», Odnako (Fédération de Russie), 26 janvier 2013.

[2 <http://www.voltairenet.org/article179494.html#nh2
> ] “No Quick Impact in U.S. Arms Plan for Syria Rebels <http://www.nytimes.com/2013/07/15/world/middleeast/no-quick-impact-in-us-arms-plan-for-syria-rebels.html
> ”, par Mark Mazzetti, Eric Schmitt et Erin Banco, The New York Times, 14 juillet 2013

[3 <http://www.voltairenet.org/article179494.html#nh3
> ] “Syrian rebels get ‘the jilt’ from Washington <http://www.washingtonpost.com/opinions/david-ignatius-syrian-rebels-get-the-jilt-from-washington/2013/07/17/e6a2d2f2-ee74-11e2-bed3-b9b6fe264871_story.html
> ”, par David Ignatius, The Washington Post, 18 juillet 2013.

Erdogan Succeeds in Antagonizing Both Arabs and Jews

Erdogan Succeeds in Antagonizing Both Arabs and Jews 
By Harut Sassounian 
Publisher, The California Courier 


After brutally quelling massive domestic protests against his increasingly despotic rule, Prime Minister Recep Tayyip Erdogan is now facing another serious problem: His unexpected ‘success’ in uniting Arabs and Jews against him! 
The Turkish Prime Minister had already antagonized Israel and Syria with his hostile actions and statements. In recent days, he also managed to offend millions of Egyptians by rejecting their new government after Pres. Morsy was deposed by the military. Despite Erdogan’s professed objection to the overthrow of Egypt’s ‘democratically elected President,’ it is evident that he is far more concerned about saving his own neck, fearing a similar takeover by the historically coup-prone Turkish military. 
Last week, Aleppo University stripped Erdogan of his honorary doctorate in international relations, awarded to him in 2009, when Syria and Turkey were enjoying a short-lived love feast. Khodr Orfaly, President of the University, accused Erdogan of instigating “plots against the Syrian people" and using "arbitrary" violence against protesters in Turkey. 
After losing an Arab award, the Turkish Prime Minister may next be deprived of the “Profiles in Courage” prize given to him by the American Jewish Congress (AJC) in 2004 for “promoting peace between cultures.” In an article published last month in the Jewish “Commentary” magazine, Michael Rubin urged the AJC to revoke its award, describing Erdogan as “Hamas’s leading cheerleader, a promoter of terrorism, and a force for instability in the region. Rubin further asserted that “Erdogan already had a history of embracing rabid anti-Semitism and harboring conspiracy theories during his tenure as Istanbul’s mayor.” 
Rubin also criticized Pres. Obama for “toasting Erdogan” and the 135 members of the Congressional Turkey Caucus for running “interference for Turkey’s worst excesses,” including “arbitrary arrests, police violence, launching tear gas into hotels and consulates, attacking the free press, launching anti-Semitic diatribes, and ordering the arrest of medical personnel.” Rubin questioned the motives of these House members and wondered whether they “enjoy the wining and dining Turkish authorities arrange on trips to Istanbul or Ankara as a reward for membership” in the Turkey Caucus. He urged the members of Congress to “suspend if not resign their membership.” 
Rubin strongly advised the American Jewish Congress and other Jewish organizations to “base awards on lifetime achievement, not only wishful thinking. The risk of bestowing legitimacy on platforms that run contrary to the AJCongress’ mission is otherwise too great. The AJCongress’ award to Erdogan not only did not stop Erdogan’s anti-Semitism, but rather it for too long provided cover for it. Perhaps the organization can now mitigate the damage it has caused -- and also deflate Erdogan’s buffoonery -- by publicly revoking its award.” 
Regrettably, Rubin is nine years too late in criticizing AJC’s honoring of Erdogan. Back in 2004, within days of the award ceremony, I wrote a column critical of AJC and its President Jack Rosen who had absurdly announced that his organization was honoring Erdogan as leader of “a model Moslem country.” 
Now that the whole world has seen Erdogan’s true colors under the façade of leading “a model Moslem country,” many others need to reconsider the awards they had lavishly heaped on this undeserving leader. 
For example, the Anti-Defamation League (ADL) should revoke its prestigious “Courage to Care Award” presented to Erdogan in 2005. On that ‘happy’ occasion, the Prime Minister pointed out to Abraham Foxman, ADL’s National Director, Turkey’s “close relationship with Israel,” and pledged “zero tolerance” for “anti-Semitic diatribes.” 
Here are some other honors given to Erdogan that should be rescinded: 
State Medals: 
-- Russian state medal from Pres. Vladimir Putin (June 1, 2006) 
-- Crystal Hermes Award from German Chancellor Angela Merkel (April 15, 2007) 
-- Nishan-e-Pakistan, the highest civilian award of Pakistan (Oct. 26, 2009)  -- King Faisal International Prize for "Service to Islam" (Jan. 12, 2010)  
-- Georgia's Order of Golden Fleece (May 17, 2010) 
-- Libyan President Muammar Qaddafi’s International Prize for Human Rights (Nov. 29, 2010)
-- Kuwait’s "Outstanding Personality in the Islamic World Award" (Jan. 11, 2011) 
Honorary Doctorates: 
-- St. John's University, New York (Jan. 26, 2004)
-- European University of Madrid (May 18, 2010)
-- Moscow State University (March 16, 2011) 
-- Shanghai International Studies University (Apr. 11, 2012)
-- University of Algiers (July 5, 2013) 
Honorary Citizenship:
-- South Korea (February 2004)
-- Iran (February 2009)
-- Kosovo (November 2010) 
All those who have honored Erdogan have simply dishonored themselves. The sooner they revoke their accolades, the sooner they will redeem themselves from their disgraceful acts.

dimanche 21 juillet 2013

L'Union européenne, courroie de transmission de la répression turque ?

L'Union européenne, courroie de transmission de la répression turque ?


Laurent Leylekian
18.07.2013



Si les évènements de Turquie semblent loin d'être terminés, ils ont d’ores et déjà eu le mérite de révéler à ceux qui ne voulaient pas la voir la réalité de ce pays : celle d’un Etat bien loin de la fable irénique de seule-démocratie-laïque-du-monde-musulman que les faiseurs de rêves voulaient nous conter. 


La répression s’y avère féroce et étendue : on recense au moins cinq morts, des cas de torture ont été rapportés, des avocats ont été arrêtés dans l’enceinte du tribunal, sur ordre du Ministère de la santé, des médecins y ont été écroués pour avoir soigné des blessés, le « lobby juif » a été incriminé par le pouvoir et les réseaux sociaux ont été qualifiés de « pire menace pour la société » par le Premier ministre en personne. Dans le même temps, un quotidien pro-gouvernemental a porté plainte contre une journaliste de CNN pour « diffusion de fausses informations » et une journaliste turque de The Economist a été qualifiée de « pute » et de « sale arménienne » tandis que la BBC s’inquiétait très sérieusement du sort de ses correspondants locaux

L’autoritarisme islamique turc ne fait plus politiquement recette 

Certes et comme prévu, le régime, assis sur une large représentativité populaire, a repris la main et Erdogan peut faire mine de pavoiser. Il n’empêche que, sur tous les fronts, le régime a sérieusement pâti de sa propre brutalité. Selon un sondage récent conduit en Turquie, l’AKP au pouvoir s’est aliéné à peu près la moitié de la population tandis que 37% des sondés attribuent à Erdogan lui-même la responsabilité de la crise. De manière tout à fait significative, 46% des personnes interrogés ont désormais « peur de donner leur opinion » sur la question. 
En termes de politique extérieure, le « modèle turc » tant vanté ne fait plus recette : le fait que le roi du Maroc n’ait pas reçu le Premier ministre turc lors de sa visite écourtée de début juin en dit long sur un échec plus large. A l’instar de ses velléités caucasiennes ou balkaniques, les ambitions arabes de la Turquie semblent désormais surdimensionnées au regard de son influence réelle dans la région. Les derniers trépignements de Davutoglu, le Ministre des affaires étrangères, mis devant le fait accompli du coup d’Etat égyptien ne constituent rien d’autre qu’un aveu d’impuissance, si ce n’est l’exsudation d’une peur un peu irrationnelle de la survenue d’un scénario similaire en Turquie. Mais c’est bien sûr la dernière rebuffade de l’Union européenne qui a constitué la sanction la plus patente de la répression akpiste. Certes, le Conseil européen a finalement décidé de ne pas bloquer ouvertement le processus. Mais, sous l’influence de Berlin et de La Haye, l’ouverture hypothétique du chapitre de l’Acquis communautaire sur la coopération régionale à été repoussée à la rentrée, et encore après un rapport à venir de la Commission sur les réformes et les droits de l’Homme en Turquie. D’ici là, l’eau peut d’autant plus couler sous les ponts que de plus en plus d’eurodéputés élèvent leur voix pour mettre un terme à cette mascarade.

Mais l’Union européenne offre ses citoyens à la police turque

On pourrait donc penser que les réticences politiques de l’Union européenne face à l’Etat répressif turc s’accompagnent d’égales réticences en termes de coopération judiciaire et policière. Or il semble que les récriminations de façade des autorités européennes ne se soient accompagné d’aucune mesure concrète limitant la coopération pénale avec Ankara.
Bien au contraire, celle-ci se porte comme un charme : c’est avec un sens peu commun de l’à-propos que, ce 17 mai, Europol – la structure assurant la coopération policière des Etats-membres de l’Union – a publié sur son site le texte d’un « accord sur la coopération entre le bureau de police européen et la République de Turquie ». Ce document, faisant apparemment suite à un antique accord entre le Conseil de l’Union européenne et la Turquie (néanmoins relancé par le Conseil en Juin 2012), poursuit officiellement le noble objectif de lutter contre des « formes sérieuses de criminalité internationale ». Il prévoit notamment des « échanges d’informations techniques et stratégiques d’intérêt mutuel », et toute sorte de séminaires et d’entraînements communs qui permettront assurément aux policiers turcs d’assurer l’actuelle répression avec plus de savoir et de savoir-faire. Mieux encore, dans son chapitre traitant de « l’exécution des requêtes », l’accord prévoit que « la partie requérante prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer une exécution rapide et complète de la requête » et qu’elle « notifiera immédiatement toute circonstance qui empêcherait ou retarderait considérablement son exécution ». 
On peut donc légitimement craindre qu’un tel accord transforme rapidement Europol en force supplétive de la police turque en Europe et permette à Ankara d’y faire régner sa loi. Certes, l’accord en question prend bien soin de stipuler qu’il « n’autorise pas la transmission de données relatives à des individus identifiées ou identifiables ». On remarquera cependant que cette réserve n’est absolument pas due à quelque scrupule éthique lié à la nature de l’Etat turc mais simplement au fait que celui-ci ne s’est pas encore doté d’une loi formelle sur la protection des données. Et on mesurera toute la fragilité de cette réserve lorsqu’on lit dans sa dernière résolution, qu’avec empressement, le Parlement européen – censé représenter et défendre le citoyen de l’Union – « demande à la Turquie d'adopter une loi sur la protection des données, de sorte qu'un accord de coopération puisse être conclu avec Europol et que la coopération judiciaire avec Eurojust ainsi qu'avec les États membres de l'Union européenne puisse se poursuivre » et « estime que le détachement d'un agent de police de liaison auprès d'Europol contribuerait à améliorer la coopération bilatérale ». Il paraît qu’autrefois La Boétie a écrit un discours mémorable sur la servitude volontaire….

Les Etats européens suivent les consignes de Bruxelles qui obéit à Ankara

Au même paragraphe 55 de cette résolution, le Parlement européen « demande aux États membres, en étroite coordination avec […] Europol, de renforcer la coopération avec la Turquie dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée ». Car il est vrai qu’en matière de droit pénal, et plus largement en matière de « liberté, de sécurité et de justice », Bruxelles partage sa compétence avec celle des Etats-membres à travers ce que l’on appelait avant le Traité de Lisbonne (2007) le Troisième Pilier. Pour parler clairement, les décisions y sont adoptées selon une procédure de codécision du Parlement européen et du Conseil votant à la majorité qualifiée. Les Etats ont donc leur mot à dire et, en matière de coopération policière avec la Turquie, ce mot est souvent un grand « oui, encore ».
Ainsi, en janvier dernier, la Belgique a fièrement annoncé le renforcement de sa coopération judiciaire et policière avec la Turquie. Signe de l’importance accordée par le Royaume à cet évènement, la signature de l’accord s’est tenu au Palais d’Egmont en présence de Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, Annemie Turtelboom, Ministre de la Justice et Joëlle Milquet, Ministre de l’Intérieur et de leurs homologues turcs. Un accord qui semble avoir eu des conséquences immédiates comme l’atteste la dernière mésaventure vécue par un citoyen belge, Bahar Kimyongür.

Aujourd’hui Bahar Kimyongür ; demain Pierre Dupont ?

Bahar Kimyongür est directeur bruxellois de l'Institut international pour la paix, la justice et les droits de l'homme. Mais il présente plusieurs caractéristiques qui – mises bout à bout – font de lui un terroriste aux seuls yeux de l’Etat turc. C’est en effet un activiste de gauche et, quand bien même il est né en Belgique et a toujours été citoyen belge, sa famille est originaire de Turquie. 
Ayant par le passé tracté pour le DHKP-C, une formation marxiste-léniniste, et manifesté contre la venue d’un ministre turc au Parlement européen, il fut littéralement piégé en 2006. Alors parti assisté à une conférence aux Pays-Bas, il fut arrêté par la police néerlandaise et menacé d’extradition en Turquie. A l’époque déjà, les mouvements gauchistes avaient soupçonné les autorités belges – qui ne peuvent légalement pas extrader un de leurs propres ressortissants – d’avoir monté un coup pour sous-traiter l’affaire à leurs homologues néerlandais. La presse avait rapporté les propos cyniques et désinvoltes du ministre de la Justice de l’époque, Laurette Onkelinx, qui avait déclaré que M. Kimyongür, « a choisi de se rendre en Hollande, permettez-moi de noter que personne ne l’a obligé ». On aurait pu espérer que les charges fantaisistes imaginées par la Turquie et relayées par l’exécutif belge contre M. Kimyongür aient depuis lors été levées puisque l’affaire se termina, en 2010, par un lamentable fiasco judiciaire après que la Turquie seule se soit acharnée à porter l’affaire en troisième cassation.
Eh bien non ! Parti paisiblement en famille visiter la mosquée de Cordoue ce 17 juin, M. Kimyongür s’est vu brutalement arrêté par la police espagnole dont se demande comment elle a pu repérer un si dangereux activiste sans indications tierces. Et c’est à nouveau d’extradition vers la Turquie que fut menacé ce citoyen européen. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’Ankara – qui était pourtant fort occupé à réprimer ses propres citoyens – avait néanmoins secrètement et très opportunément relancé auprès d’Interpol le mandat d’arrêt international le concernant. M. Kimyongür n’a finalement pu être libéré sous caution qu’après une très forte mobilisation de ses sympathisants et après qu’ils aient notamment révélé et les rencontres de Mme Milquet – celle-là même qui a signé le renforcement de la coopération policière avec la Turquie en janvier – avec un responsable du renseignement turc, et ses propos laudateurs sur le « démocrate » Erdogan, en pleine répression du parc Gezi. On peut rester dubitatif quant aux dénégations de l’intéressée, confrontée aux accusations de M. Kimyongür, lorsqu’on sait qu’elle fréquentait volontiers voici dix ans des représentants d’organisations belgo-turques d’extrême-droite qui, eux, ne risquent apparemment pas d’être extradés.

Moi président, ça sera comme avant ?

La France est-elle à l’abri de tels cas de figure ? Rien n’est moins sûr. Le 7 octobre 2011, un accord de coopération policière, signé par Claude Guéant à Ankara, prévoit dans le droit fil des lignes directrices européennes « de renforcer la coopération policière technique et opérationnelle entre la France et la Turquie, en particulier dans les domaines de la lutte contre le terrorisme, l'immigration irrégulière et le trafic de stupéfiants ». Bien que datant de la précédente législature, cet accord a été repris à son compte par l’actuel gouvernement puisque, le 1er août 2012, Laurent Fabius a déposé à la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée nationale Un projet de loi portant sur la « coopération avec la Turquie dans le domaine de la sécurité intérieure ».
Le Législateur hésitera peut-être à ratifier un tel accord aux vues des derniers exploits de la police turque sur la place Taksim. Au demeurant, l’étude d’impact du ministère des Affaires étrangères prend bien soin de noter que « l’article 2 contient par ailleurs une clause de sauvegarde permettant à chacune des parties de rejeter une demande de coopération si elle l’estime susceptible de porter atteinte aux droits fondamentaux de la personne, à la souveraineté, à la sécurité ou à l’ordre public de son Etat », que « la Turquie n’étant pas membre de l’Union européenne, elle ne peut se voir transférer des données à caractère personnel que si elle assure un niveau de protection suffisant de la vie privée et des libertés et droits fondamentaux des personnes […] » et que « la CNIL estime que la Turquie ne dispose pas d’une législation adéquate en matière de protection des données à caractère personne ».
Mais on peut craindre que ces finasseries soient finalement bien peu gênantes et que, loi adoptée ou pas, les pratiques de coopération policière demeurent et s’amplifient puisque l’étude révèle que ledit accord a « pour principal objectif d’officialiser des échanges déjà réguliers entre les différents services de police. L’échange portera sur des méthodes de travail, des stratégies de lutte contre la criminalité, des analyses des phénomènes criminels, des échanges de bonnes pratiques. ».

Intelligence-led policing

En vérité, les principales victimes de ces différents accords entre l’Union européenne, ses Etats-membres et la Turquie sont actuellement les militants kurdes, du PKK ou considérés comme tels par Ankara. L’arrestation en octobre 2012 par le SDAT d’un responsable du Congrès National du Kurdistan à Paris, alors qu’il était pourtant en liaison avec d’autres services français témoigne selon les Kurdes d’un alignement progressif de Paris sur les desiderata d’Ankara et notamment sur sa politique d’amalgame ethnique. Désormais, En Europe comme en Turquie, il suffirait d’être Kurde pour être coupable ; ou pour être exécuté comme l’atteste l’assassinat en plein Paris de trois militantes – dont une responsable historique – du PKK, largement relaté par la presse
Outre que la limitation de cette politique aux Kurdes n’excuse rien, elle est aussi bien arbitraire et bien fragile comme le montre belge de M. Kimyongür qui n’est ni turc, ni kurde. Qui nous dit que demain elle ne sera pas employée contre des citoyens turcs ayant fui en Europe la répression qu’ils subissent actuellement dans leur pays ? Et qui nous dit qu’elle ne sera pas aussi employée contre n’importe quel individu ayant simplement une opinion hostile ou même simplement critique envers l’Etat turc ? Dans un article d’une grande lucidité, le chercheur Etienne Copeaux a souligné toute l’illégitimité – sinon l’illégalité – de ces pratiques relevant de l’intelligence-led policing où « l'absence d'infraction ou de délit n'empêche pas la surveillance et l'arrestation, ni même éventuellement la condamnation, puisque les comportements induisent, aux yeux des juges, la possibilité virtuelle de commettre une infraction ». 
Evoquant le sort de militants du DHKP-C arrêtés à Paris, Etienne Copeaux note que « leur procès s'est déroulé comme il se serait déroulé en Turquie : l'absence d'infraction n'ayant aucune importance, il suffisait pour le tribunal de pouvoir établir un soupçon d'appartenance induisant une ‘intention’ de nuire à un Etat étranger. Ainsi le danger est là, chez nous. Il ne concerne d'ailleurs pas seulement les exilés et réfugiés : des Français sympathisants auraient pu être inculpés également. Ce qui est arrivé à des journalistes ou chercheurs turcs pourrait très bien menacer également la liberté de la recherche en France » pour conclure que « l'extrême-droite turque, qui a beaucoup plus de sang sur les mains que l'extrême-gauche, n'est pas considérée comme un mouvement terroriste ; cela nous indique le sens dans lequel vont les choses, en Europe aussi bien qu'en Turquie. »
En clair, en l’absence d’une vigoureuse réaction citoyenne, l’Union européenne et ses Etats-membres s’apprêtent « en toute beauté et en toute jeunesse », à soumettre leurs propres citoyens à la volonté politique, généralement autoritaire et ultranationaliste, d’un Etat étranger.


http://eurotopie.leylekian.eu/2013/07/lunion-europeenne-courroie-de.html

jeudi 18 juillet 2013

Syrie, ça suffit !

« Syrie, ça suffit ! »
Les chrétiens payent "l'aveuglement de la politique occidentale"
Annie Laurent

ROME, 16 juillet 2013 (Zenit.org) - Pour les lecteurs de Zenit, Annie Laurent a mis à jour sa tribune de Radio Espérance du 26 juin dernier et nous la publions avec l'aimable autorisation de Radio Espérance (http://www.radio-esperance.fr).

*** 

Les chrétiens de Syrie continuent de payer cher l’aveuglement et l’obstination de la politique occidentale dans la crise qui secoue leur malheureux pays depuis mars 2011. Les violences qui les visent sont étrangères à la lutte contre le régime de Bachar El-Assad. Leurs auteurs sont surtout des combattants islamistes étrangers qui arrivent par milliers en Syrie pour pratiquer le djihad, la guerre sainte, avec le soutien actif du monde sunnite, notamment les riches monarchies arabes comme l’émirat de Qatar et l’Arabie-Séoudite.

Mais les islamistes armés et endoctrinés viennent aussi de pays voisins tels que la Turquie, l’Irak, la Jordanie, l’Egypte et le Liban (au pays du Cèdre s’activent aussi des groupes sunnites radicaux) ainsi que de contrées plus éloignées, comme l’Afghanistan, le Pakistan, la Tchétchénie, la Libye, et même l’Europe. Beaucoup de ces extrémistes agissent sous l’étiquette d’un mouvement affilié à l’organisation terroriste El Qaïda, en l’occurrence le Jabat El Nosra, nom qui signifie « le Front des Partisans de la victoire ».

D’autres appartiennent à l’Armée syrienne libre dont le combat n’est officiellement motivé que par la chute du président Assad. Or, ils ont à leur actif plusieurs destructions, profanations et pillages d’églises et de monastères. Peut-être cherchent-ils ainsi à « punir » les chrétiens pour leur refus de participer à une rébellion violente. 

L’entreprise de ces militants qui veulent purifier l’espace proche-oriental de toute présence non islamique est facilitée par la vulnérabilité des chrétiens, ceux-ci n’étant pas armés et ne bénéficiant d’aucune protection, ni locale ni internationale. Il faudra faire un jour le bilan des souffrances qu’ils endurent à cause de leur foi et de leur identité chrétienne. En attendant, voici un aperçu des dernières agressions dont ils ont été victimes. 

Au début du mois de juin, l’armée régulière syrienne a repris le contrôle de Qousseir, localité proche de la frontière libanaise. Cette victoire a permis de constater que les 3 000 chrétiens qui coexistaient auparavant avec les musulmans dans cette ville de 30 000 habitants ont tous été contraints de quitter leurs foyers sous la menace des djihadistes, maîtres des lieux depuis plus d’un an. Ces derniers ont aussi profané et saccagé plusieurs édifices chrétiens, notamment le monastère grec-orthodoxe Saint-Elie. La plupart des icônes et des statues de l’église ont été détruites ou mutilées, signe d’une action planifiée. 

Le 19 juin, à Deir Ez-Zor, important centre urbain du nord-est, des terroristes ont mis le feu à une église syriaque contre laquelle ils avaient déjà lancé une voiture piégée. Il ne reste rien du sanctuaire. 

Et puis, le dimanche 23 juin, à Gassanié, ville située sur les rives de l’Oronte, dans le nord-ouest de la Syrie, un religieux franciscain, François de l’Enfant-Jésus Mourad, âgé de 49 ans, a été assassiné dans le couvent relevant de la Custodie de Terre Sainte dont le siège est à Jérusalem. Le Père Mourad s’y était réfugié après l’attaque à l’arme lourde d’un autre monastère de la même localité, dédié à saint Siméon le Stylite, monastère qu’il avait lui-même construit pour le compte de l’Eglise syriaque-catholique dont il était issu. Comme bien d’autres fidèles d’Eglises orientales, le Père Mourad était devenu latin en entrant chez les franciscains - jusqu’en juillet 2012, il allait célébrer la messe dominicale au Carmel d’Alep - mais il restait attaché à son rite d’origine.

En apprenant la mort du prêtre, Mgr Jacques Hindo, titulaire de l’archéparchie syriaque-catholique de Hassaké, dont dépend Gassanié, a déclaré à l’agence Fides : « Toute l’histoire des chrétiens du Moyen-Orient est marquée et rendue féconde par le sang des martyrs des nombreuses persécutions. Ces derniers temps, le Père Mourad m’avait fait parvenir un certain nombre de messages dans lesquels il se montrait conscient de vivre dans une situation dangereuse et où il offrait sa vie pour la paix en Syrie et dans le monde entier ». 

Enfin, on est toujours sans la moindre nouvelle des deux évêques titulaires des sièges métropolitains grec-orthodoxe et syriaque-orthodoxe d’Alep, Mgr Paul Yazigi et Mgr Jean Ibrahim, enlevés ensemble le 22 avril dernier. Sur place, l’absence de revendication et de demande de rançon est perçue comme un mauvais signe. 

Dans un éditorial courageux publié lundi 24 juin dans la Lettre de l’Aide à l’Eglise en Détresse, le directeur de cette institution, Marc Fromager, se demande pourquoi la France s’aligne sur les États-Unis et les pays sunnites en acceptant la livraison d’armes à la rébellion. Il rappelle que notre pays, « de par ses liens historiques avec la Syrie et les chrétiens d’Orient, avait une double responsabilité et donc des devoirs particuliers sur ce dossier ». Après la Syrie, souligne-t-il, « comment ne pas entrevoir la dislocation du Liban ? Là aussi, est-ce la disparition des chrétiens que l’on cherche ? » Je m’associe au cri indigné de Marc Fromager : « Syrie, ça suffit ! » 


* Lire aussi "Vous avez dit : Printemps arabe ?" de Général François CANN, Ed. Sigest, 2013

mardi 16 juillet 2013

Armenia Demands Lands from Turkey

In Major Policy Shift, 
Armenia Demands Lands from Turkey 

By Harut Sassounian 
Publisher, The California Courier 
July 18, 2013

Ever since independence in 1991, Armenia’s leaders have been reluctant to make any concrete demands from Turkey beyond recognition of the Armenian Genocide. 
Only in recent years, Armenian officials have begun to speak about “the elimination of the consequences of the genocide,” without specifying the ‘consequences’ and the means for their ‘elimination.’ 
Earlier this month, however, a major shift was announced in Armenia’s foreign policy vis-à-vis Turkey, when Aghvan Hovsepyan, the Prosecutor General of Armenia, called for the return of historic Armenian territories at an international conference of Armenian lawyers in Yerevan. This is the first time that a high-ranking Armenian government official has made such a public demand from Turkey. 
In a lengthy and comprehensive speech, Hovsepyan stated that the recognition of the Armenian Genocide by various countries is simply a moral and emotional issue. Calling for a switch to “the legal field,” the Prosecutor General indicated that “to eliminate the consequences of the Armenian Genocide” Turkey must “pay compensation to heirs of the Armenian Genocide, return to the Armenian Church the miraculously still standing Armenian churches and properties in Turkey, and give back the ‘lost territories’ to the Republic of Armenia.” 
Prosecutor General Hovsepyan insisted that unless Armenians adopt this bold approach, they will not accomplish any concrete results in the next one hundred years, just as they did not in the last one hundred years. He proposed a thorough legal review of all international agreements regulating Armenia-Turkey relations, from the Berlin Treaty of 1878 to the signed but not ratified protocols of 2009. He also declared that the region of Nakhichevan is “an inseparable part of Armenia, albeit occupied by Azerbaijan.” Hovsepyan urged the assembled lawyers from around the world to prepare the legal case for territorial demands from Azerbaijan and Turkey and present it to the Armenian government for eventual submission to the International Court of Justice (World Court). 
Statements made by a prosecutor general usually do not carry much weight in international affairs, if it were not for the fact that several other high-ranking officials, including Pres. Serzh Sargsyan, President of the Constitutional Court Gagik Haroutyunyan, Minister of Diaspora Hranush Hakobyan, Armenia’s Minister of Justice Hrair Tovmasyan, and Minister of Justice of Artsakh (Karabagh) Ararat Tanielyan, also made remarks on restitutive justice at the lawyers’ conference. It was clear that the Prosecutor General was the designated spokesman of the Armenian government to articulate its new tougher line toward Turkey in advance of the Genocide Centennial. 
Pres. Sargsyan, using more circumspect language than the Prosecutor General, told the lawyers’ conclave: “The international recognition and condemnation of the Armenian Genocide, and elimination of its consequences will always remain a salient issue. As long as the Armenian State is in existence, all efforts to deny and send into oblivion this historical reality will be doomed. This greatest crime against humanity must be recognized and condemned once and for all, and first of all, by Turkey itself.” 
In keeping with the government’s new policy orientation, Constitutional Court President Gagik Haroutyunyan announced that a special committee will be formed to prepare the legal documentation necessary for the pursuit of Armenian Genocide claims. 
At the conclusion of the conference, the participants issued a joint statement asserting that the priority for Armenian lawyers is not proving the self-evident facts of the Genocide, but preparing a comprehensive legal document “to remedy the consequences of the Armenian Genocide.” 
This is a welcome development in terms of arriving at a consensus between the Armenian government and the Diaspora on the objectives to be pursued for the 100th anniversary of the Armenian Genocide. 
However, in order to move beyond mere emotionally inspiring statements, the Armenian leaders must take two immediate steps: 
1) Withdraw the Armenian government’s signature from the counter-productive Armenia-Turkey Protocols. On the eve of the Genocide Centennial, it would be inconceivable to move forward with fruitless efforts to improve relations with Turkey, while preparing to file a lawsuit for restitution. 
2) Form a team of international law experts to begin structuring the legal case against Turkey in the World Court and/or the European Court of Human Rights. 
While skeptics may not take seriously the recent policy pronouncements of the Armenian authorities, the Turkish Foreign Ministry has no such doubts. Last week, Ankara denounced the Armenian territorial demands, announcing angrily that “nobody can dare to claim territory from Turkey!”

mercredi 10 juillet 2013

Billet de très mauvaise humeur...

Billet de très mauvaise humeur...

par Gilbert Sinoué


publié sur blog de E&O le 10.07.2013
  Voilà que, depuis quelques jours, la Presse Internationale, nous bassine avec l’expression «coup d’État». Quarante-huit heures, que les diplomates (dont on connaît l’esprit visionnaire), poussent des cris d’orfraies en évoquant la déposition de M. Morsi « président élu démocratiquement ».

« Coup d’État ! » crie la planète. « Coup d’État ! » 

La Turquie de Monsieur Erdogan condamne. Y aurait-il un lien avec les événements récents de la place Taksim ? Non bien sûr. La Russie « appelle à la retenue », l'UE « désapprouve l'intervention militaire », l'Allemagne la considère « dangereuse » M. Obama, de plus en plus amnésique depuis son brillant discours du Caire du 4 juin 2009, se dit très « préoccupé ». Le Quai d’Orsay, s’est contenté de « prendre acte ». Le ministres des Affaires étrangères britannique, qui a oublié que le ridicule tue, nous dit : « Le Royaume-Uni ne voit pas dans les interventions militaires un moyen de régler des conflits dans un système démocratique. » Bien sûr, la douce Angleterre n’a jamais usé d’un processus aussi brutal, ni aux Malouines, ni en Palestine, ni en Inde, ni en Égypte, ni en Irak, et sûrement pas en Afrique du Sud, quand elle massacrait allègrement les Boers et les Zoulous, ni ailleurs dans le monde. 

Bref… je pose une question : de qui se moque-t-on ? À quoi jouent nos chers « démocrates » ? Ont-ils jamais appris la véritable définition du coup d’État ? Elle est pourtant claire et sans équivoque: « Prise du pouvoir de façon violente et illégale » ou encore « renversement du pouvoir par une personne investie d'une autorité, de façon illégale et brutale. » 

Est-ce donc ce qui s’est passé en Égypte le 3 juillet 2013 ? N’a-t-on pas vu un peuple en marche comme jamais dans l’histoire, exiger le départ d’un dirigeant qu’il jugeait d’une incompétence nobélisable, doublé d’un pyromane ? N’a-t-on pas vu que c’était le peuple et lui seul qui faisait son « coup d’État », et non les chefs militaires, ces derniers n’ayant agi que pour empêcher un bain de sang.

Mais où donc va le monde ? Hier, sur RMC dans l’émission d’Éric Brunet, (formidable journaliste au demeurant) j’ai dû livrer combat pendant une heure pour tenter de tordre le cou à cette réaction internationale aussi stupide que dangereuse : « coup d’État. » Lorsque Moubarak fut destitué à quelque chose près dans les mêmes circonstances, a-t-on entendu cette expression, une fois, une seule ? Jamais. Bizarre non ?

Peu importe. Je veux conclure par ceci : Si seulement en 40 le peuple allemand avait eu les c… s du peuple égyptien en destituant un homme « démocratiquement élu », cela nous aurait évité des millions de morts et la Shoah. Mais cet argument, l’Occident ne l’entend sûrement pas. Il ne veut pas l’entendre. 





Gilbert Sinoué, écrivain français né au Caire en 1947. Il est l’auteur, entre autres de: Les nuits du Caire, Arthaud, mai 2013; Le livre du Saphir, Folio, 1997; Inch’Allah. Le souffle du Jasmin (T1), J’ai lu Roman, 2011; Le tome 2 s’intitule, Le cri des pierres, 2011; Un bateau pour l’enfer (Poche 2006) sur le drame du bateau – avec 900 juifs allemands – qui quitta Hambourg en 1939 et ne trouva aucun port d’accueil… et revint à Hambourg.

samedi 6 juillet 2013

Retour en arrière : US still backing Morsi

Ceux qui accusent le renversement du gouvernement "démocratiquement élu" de Morsi par l'armée doivent se demander d'où vient le malaise. Ne peut-on pas considérer que ce coup de balai ne serait que la deuxième phase de la révolution arabe en Egypte ? Si le peuple ne voulait pas de Moubarak, (répression et vie quotidienne dégradée) ne veut peut être pas non plus des Frères musulmans (qui étaient considérés, à tort, comme plus "propre" et soucieux du peuple). Or il s'avère que Morsi est devenu rapidement l'otage des Américains (voir ci-dessous). 
Et si la route vers la démocratie, l'étape ultime, (si on considère que la démocratie est compatible avec l'Islam) passait par ces deux étapes intermédiaires  (renversement de Moubarak d'abord et de Morsi ensuite) ?
(ndlr E&O) 06.07.2013

 

US still backing Morsi as army remains quiescent - Politics - Egypt - Ahram Online

US still backing Morsi as army remains quiescent
Egyptian President Mohamed Morsi can still count on US support but he needs to bow a little lower if he wants to remain in Washington’s good books



Dina Ezzat , Tuesday 29 Jan 2013


http://english.ahram.org.eg/UI/Front/

 
President Mohamed Morsi remains confident that he has the indispensible support of Washington and the Egyptian armed forces – largely if not fully.

A round of talks between Cairo and Washington – some sources suggest it included direct talks between an apprehensive US President Barack Obama and a reassuring President Morsi – concluded that despite the outrage of protestors since the January 25 Revolution anniversary, Morsi’s presidency is weakened but not broken.

“He is still largely in control. Ultimately we think the anger [in Egypt] will calm down – but he will have to give something,” said a Cairo-based Western diplomat.

This view is shared by many foreign diplomats in Egypt: the army is not moving against Morsi – some hasten to add ‘at least not yet’ – and public opinion has not turned enough to see another president fall in less than two years.

Moreover, the call made by a leading member of the National Salvation Front for the West, especially Washington, to put pressure on Morsi, is still being pondered and no serious pressure seems to be building.

According to one informed source in Washington, an expected US State Department statement mildly placing more blame for the current violence on Morsi than on the rest of the political leadership was suspended in favour of a White House statement calling on all leaders to end the violence and pursue dialogue.
The spirit of the statement, the same source says, was largely influenced by the US ambassador to Egypt, who seems to be arguing the case for Morsi even as Washington becomes more sceptical. “It is clear these demonstrations will not bring Morsi down,” the source said.

Overall, Arab diplomats in Washington say the White House is comfortable with the role Morsi and the Muslim Brotherhood are playing on key Middle East issues: Gaza, Hamas, Iran and Syria. “And above this there is a sense of ease with regards to the positive statement Morsi made on the Prophet Mohamed's birthday about equal rights for Coptic Christians and Muslims alike,” said one Washington-based Arab diplomat.

Sources who followed recent talks between Washington, Morsi and the Egyptian army say a few concessions might be offered to contain public outrage.

Meanwhile, sources in the Egyptian opposition say their views on how to exit the current crisis have been solicited by the US embassy in Cairo. Some say these contacts amount to mediation rather than consultation – something a US embassy source declined to confirm, saying it is normal for embassies to talk with political leaders.

This said, an Egyptian military source confirms the US is confident the Egyptian army will stay out of politics. There are certain matters the armed forces “talk frankly about with the presidency but this does not mean the army is at all willing to re-engage in the political process – we are staying out of it,” he said.

A similar assessment is offered by several foreign diplomats in Cairo who essentially agree that Morsi is facing difficulties and that he is also facing pressure from the armed forces on some matters, but things have not reached the point at which the army would ask Morsi to step down.

According to the military source, who spoke to Ahram Online on condition of anonymity, the armed forces are unlikely to repeat the offer it made for a national dialogue last November during the political crisis over the president's constitutional declaration. “Unless we are asked by the presidency we are not intending to offer our help again. The president is dealing with this matter himself.”

A number of public figures and opposition politicians refused the president's invitation to join a national dialogue on the current crisis, presidential sources say.

The same sources suggest further sessions might convene in the next few days – perhaps with broader attendance. None of the sources, however, offer any coherent agenda for the possible outcome of this dialogue.

Some presidential sources have suggested President Morsi might delay a trip to Berlin and Paris scheduled to start on 29 January. Morsi has already cancelled his visit to the African Summit in Addis Ababa on Sunday.