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vendredi 28 février 2020

Frappe syrienne du 27 février sur l'envahisseur turc


Frappe syrienne du 27 février sur l'envahisseur turc : bilan et conséquences




         En début de nuit dernière une frappe aérienne syrienne a frappé un convoi militaire turc qui venait soutenir les djihadistes en lutte contre le gouvernement légal de Damas dans la région d'Idlib. Le bilan est lourd pour la partie turque : 33 morts et 32 blessés reconnus par les autorités d'Ankara, ce qui veut dire, en clair, plus de 100 morts et de 300 blessés, lorsqu'on connaît la tendance à la forte sous-estimation des bilans de leurs propres pertes par les autorités militaires et politiques d'un pays, quel qu'il soit, dans ce genre d'affaire.

       Cette frappe sera abondamment traitée par les politiques et les médias occidentaux avec les habituels commentaires anti-Bachar el Assad, anti-russe et anti-iranien, ce qui nous changera du coronavirus.

       Cette frappe appelle de ma part les observations suivantes :

 1 – Rappel du contexte :

         Les accords de Sotchi prévoyaient de faire de la région d'Idlib, territoire syrien, une zone de désescalade. La Turquie avait pris trois engagements : dissocier les rebelles « modérés » des terroristes d'Al Qaeda et de Daesh, retirer les armes lourdes de la zone, et rouvrir à la circulation les autoroutes internationales M4 et M5 de manière à permettre un retour à une vie plus normale de la population civile syrienne.

         Aucun de ces trois engagements n'a été tenu par les turcs. Après un an de patience, et après avoir subi des agressions quasi-quotidiennes par les terroristes soutenus et armés par Ankara, les syriens et les russes ont perdu patience et ont décidé de rétablir eux-mêmes un environnement plus pacifique et plus « normal » pour les populations civiles. Ils ont donc entamé des opérations militaires visant à remplir les trois engagements que la partie turque n'avait pas tenu.

       Devant les succès de l'armée syrienne, les turcs sont venus au secours des terroristes en péril. Ils ont fourni des armes lourdes, un appui « feu » et ont fini par envahir la zone d'Idlib avec leurs forces armées et à participer au combat, au mépris de la législation internationale et des accords de Sotchi.



2 - La frappe syrienne est donc, dans les logiques onusienne et otanienne, une frappe en légitime défense. Les forces turques ont envahi un pays souverain, membre de l'ONU, sans bien sûr, y avoir été invité par le gouvernement légal, seul représenté à l'ONU. La Syrie n'encoure donc aucune condamnation à l'ONU et l'article 5 de l'OTAN ne peut, en aucun, cas s'appliquer. La Turquie ne peut espérer aucun soutien, autre que moral, de l'OTAN, d'autant que la Russie est présente en Syrie (sur invitation) et y contrôle l'espace aérien.

        Erdogan ne doit se faire aucune illusion. La frappe aérienne a été réalisée avec un feu vert russe. Peut-être même, la force aérospatiale russe y a-t-elle participé.  Cette frappe représente un message très clair de Poutine à Erdogan : « le soutien turc au terrorisme est inacceptable et notre patience a des limites ».

        Erdogan risque de se retrouver bien seul à gérer cette affaire, d'autant qu'il s'est également empêtré en Libye. Poursuivre son appui aux djihadistes d'Idlib sans avoir la maîtrise du ciel peut s'avérer très risqué pour ses troupes au sol, ainsi qu'on vient de le voir. S'engager dans une escalade reviendrait à défier la Russie, l'Iran et l'Irak. Et puis, les occidentaux et l'opposition politique turque, plus puissante que jamais, ne verraient peut-être pas d'un mauvais œil un changement de régime en Turquie. L'OTAN, quant à elle, gesticulera peut-être un peu, bombera le torse, appellera à la retenue, mais ne déclenchera sûrement pas une troisième guerre mondiale pour les beaux yeux d'Erdogan.


Général (2S) Dominique Delawarde
28/02/2020

mardi 13 mars 2018

Réponse de la Syrie à la France



Réponse de la Syrie à la France

 


D’ordre de mon gouvernement et en réponse à la lettre du Représentant permanent de la France datée du 7 février 2018 (S/2018/104), je vous informe de ce qui suit :

La France n’a de cesse de véhiculer au Conseil de sécurité des mensonges et des allégations peu fiables par l’intermédiaire de lettres visant à déformer la réalité et à protéger l’organisation terroriste Front el-Nosra, branche d’Al-Qaida en Syrie inscrite sur la liste des organisations terroristes tenue par le Conseil de sécurité, ainsi que les entités et individus qui lui sont associés. Cela s’inscrit dans le cadre de la politique adoptée par la France depuis le début de la crise en Syrie, puisqu’elle joue un rôle de chef de file dans l’apport de diverses formes d’appui aux organisations terroristes opérant en Syrie, au premier rang desquelles le Front el-Nosra et les groupes terroristes qui lui sont affiliés. Les médias ont prouvé, par l’image et le son, que le Gouvernement français finançait ces organisations, sans parler de la position scandaleuse adoptée par les gouvernements successifs français dans les instances internationales.

La lettre susmentionnée adressée au Président du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de la France le 7 février 2018 montre indéniablement que le Gouvernement en place n’a aucune intention de changer de ligne politique par rapport aux gouvernements précédents et continue de soutenir le terrorisme et de protéger les organisations terroristes. Ce comportement a nui à la réputation de la France dans la région et dans le monde entier et l’a classée parmi les pays qui troquent la vie et la dignité des Syriens contre une poignée de pétrodollars et quelques barils de pétrole.

La République arabe syrienne rejette les positions hostiles de la France, qui visent à exercer une plus grande pression politique et à menacer la souveraineté syrienne de façon agressive. En outre, tant qu’elle soutiendra le terrorisme et que ses mains tremperont dans le sang syrien, la France ne sera pas en mesure de jouer le moindre rôle dans l’instauration de la paix en Syrie et n’aura pas son mot à dire sur les affaires intérieures de ce pays.

La République arabe syrienne engage le Conseil de sécurité à mettre fin aux agissements de la France, qui entament la crédibilité du Conseil, contreviennent à ses résolutions, bafouent la Charte des Nations Unies et permettent aux terroristes d’être entendus, représentés et protégés au sein même du Conseil. En outre, par ces pratiques, la France ne se conforme pas au rôle qui devrait être celui d’un membre permanent du Conseil de sécurité.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire distribuer le texte de la présente lettre comme document du Conseil de sécurité.

Bachar Ja’afari

 

dimanche 30 juillet 2017

Réponse de F. Belliot à N. Henin

François Belliot répond à Nicolas Hénin

Ayant pris connaissance d'un tweet de Nicolas Hénin (29.07.2017), au sujet de son livre sur la guerre en Syrie* François Belliot a voulu réagir à celui-qui traitait son ouvrage, pourtant bien documenté et pas contesté à ce jour, de "papier toilette". (M. Hénin a, depuis, supprimé ce tweet. Mais des traces restent).


Ces tweets me replonge dans mes chère études d'il y a quatre ans, et je relis cet interviou du père Paolo de mai 2013, qui avec plus de recul me semble encore plus hallucinante qu'elle m'avait paru à l'époque. Notez les éléments de langage...
http://www.lavie.fr/actualite/monde/paolo-dall-oglio-un-pretre-engage-pour-la-revolution-en-syrie-07-05-2013-39963_5.php
Particularité de Nicolas Hénin, avoir été pris en otage à Racca le 22 juin 2013, un mois avant les tentatives de tractations de Père Paolo avec l'E.I. dans la même ville qui entraîneront son plus que probable assassinat.

Libéré le 18 avril 2014, dans des circonstances confuses, il aurait partagé la geôle de James Foley et croisé Mehdi Nemmouche.
Fait curieux, après sa libération, il continue de pourfendre sans relâche le régime d'Assad et trouve des excuses aux gens de l'E.I. et aux radicalisés. 

Cet article de l'OJIM souligne bien les contradictions du personnage: https://www.ojim.fr/portraits/nicolas-henin-ou-le-syndrome-de-stockholm-persistant/
 
Extrait:

"Depuis, Nicolas Hénin poursuit sa carrière de journaliste, mais de façon nettement moins brillante. Sorte de consultant hybride, à mi-chemin entre le rescapé de service et l’expert régional, il distille de plateaux télévisés en colonnes de journaux ses avis qui se veulent pertinents et nuancés au sujet du conflit syrien et du monde arabe, mais qui sont en réalité des reprises absolument simplistes et peu subtiles du discours inflexible du quai d’Orsay, lui-même tout sauf éclairé. Fustigeant sans relâche le régime Assad, dont il n’a pourtant pas été captif, il se place dans la droite lignée du troupeau des « Charlie », toujours prêts à réagir au terrorisme par de vagues élans humanitaristes aux accents masochistes. Se refusant à tout discours de fermeté militaire, diplomatique ou simplement idéologique vis-à-vis du djihadisme islamiste, il prône plutôt un droit-de-l’hommisme victimaire visant à trouver des excuses culturelles et sociales aux radicalisés français, et à réaffirmer l’existence d’une opposition modérée au régime Assad, pourtant fantomatique sur le théâtre des opérations."



François Belliot
30.07.2017


*  Guerre en Syrie - Le mensonge organisé des médias et des politiques français, F. Belliot, 2015, Sigest.
Guerre en Syrie - Vol.1



mardi 3 janvier 2017

Réflexions sur le Moyen-Orient



 Réflexions sur le Moyen-Orient
et sur la Syrie en particulier

Général (2S) François Cann
le 15 décembre 2016


Deux séjours opérationnels au Liban m’ont amené à m’intéresser de près à « ce Moyen-Orient compliqué » que dépeint le commandant De Gaulle, lorsqu’il y est chargé de mission en 1933 «vers lequel il s’envole avec des idées simples». 1

Les caméras occidentales nous envoient actuellement des images insoutenables de pauvres populations civiles prises entre deux feux, fuyant sous les bombardements qui frappent la ville d’Alep.
L’émotion est à son comble et, comme elle stérilise la réflexion, « les idées simples » deviennent « des idées simplistes » : il y a d’un côté « les gentils », les nations occidentales et les « rebelles modérés » (au fait : c’est quoi un rebelle modéré ?) et de l’autre côté, « les méchants », Poutine et Bachar el Assad.
On ne peut rien comprendre au Moyen-Orient, et encore moins au Proche-Orient, dès lors qu’on occulte cette guerre de religion et cette haine mortelle qui, depuis le septième siècle, opposent les Sunnites (les gardiens de la foi ; Sunna= fois) et les Chiites (en quelque sorte les protestants de l’Islam depuis l’assassinat d’Ali, le gendre du prophète en 661).
Le chiisme connaît plusieurs courants dont l’alaouisme qui, en Syrie est la confession de Bachar el Assad et de la plupart des dirigeants syriens.
La Syrie est à majorité sunnite (60 %), complétée par 15 % d’Alaouites, 10 % de Chrétiens et 15 % de Druzes. Si on ajoute à ces minorités, environ 10 % de Sunnites qui ont fait allégeance au pouvoir des Assad, soit par ambition politique, soit par intérêt économique et financier, alors il est inexact de dire que tout le peuple syrien est contre le pouvoir.
Et pourtant l’Occident reste accroché à cette image par ses caméras qui n’exercent que d’un côté.
***
Au XIIIe siècle, les Sunnites, considérant que les Alaouites sont des hérétiques, prononcent une fatwa leur imposant la conversion ou la mort. Les Alaouites se soulèvent mais, vaincus, ils se réfugient dans les Monts Ansarieh qui dominent la Méditerranée.
Miséreux, ils se livrent au banditisme et sont sévèrement combattus par les Ottomans qui occupent le pays et dont ils deviennent des esclaves. Les irrédentistes sont victimes d’exactions sauvages : les Turcs en massacrent 30 000 à Homs en 1317 et 10 000 à Alep (déjà) en 1516.
Il faudra attendre le XIXe siècle pour que l’Islam reconnaisse l’alaouisme.
Lors de la première guerre mondiale, l’empire ottoman, s’étant rangé aux côtés de la Prusse, les Syriens rallient les forces franco-britanniques. En 1920, la France se voit confier un mandat de la SDN dont le but est la création d’une république syrienne, d’un état druze et d’un territoire des Alaouites. Ces derniers intègrent en nombre les nouvelles forces armées et autres milices. C’est pour eux un tournant décisif : la fin de leur condition de citoyens de second rang et aussi un tremplin pour leurs ambitions politiques.
C’est cette revanche des persécutés, des opprimés et des sans-grades à laquelle on assiste aujourd’hui en Syrie.
En septembre 1936, près d’un demi-million d’Alaouites signent un manifeste adressé à la SDN : «… les Alaouites sont des êtres humains et pas des bêtes prêtes à l’abattage. Aucune puissance au monde ne peut les forcer à accepter le joug de leurs ennemis traditionnels et héréditaires en étant leurs esclaves pour toujours. Les Alaouites regretteront profondément la perte de leur amitié et de leur attachement fidèle et noble à la France qui jusqu’à présent a été tant aimée, admirée et adorée par eux ».
En 1939, cinq mille Alaouites, portant des armes françaises, montent une rébellion anti-sunnite. Mais en 1946 l’ONU prononce la fin du mandat français de la SDN de 1920. Alors les Alaouites se démènent pour que leur territoire officiel soit rattaché au Liban. En vain.
En 1970 un général d’aviation, Hafez el Assad (le père de l’actuel Bachar), de confession alaouite, porté par le parti Baas et par l’armée, accède au pouvoir. Pour la première fois, les Sunnites ne dirigent plus la Syrie. Mais aussitôt ressurgissent les vieux démons : en 1980 un commando de Frères musulmans s’infiltre dans l’Ecole des Cadets d’Alep ; ayant séparé les élèves sunnites des élèves chiites, les agresseurs égorgent ces derniers un à un. La vengeance sera terrible : la ville de Hama, d’où proviennent les agresseurs, est aussitôt encerclée. Le lendemain matin on y dénombre 25 000 cadavres !
L’ascension fulgurante de Hafez el Assad suscite une remarque d’ordre général : les princes sunnites du Moyen-Orient ont souvent ignoré, voire méprisé, les forces armées. Les généraux s’en sont souvenus :

  • ·         en Turquie, Kemal Atatürk émerge en 1923,
  • ·         en Égypte, Neguib en 1950 et Nasser en 1952,
  • ·         en Libye, Kadhafi en 1969,
  • ·         en Syrie, Hafez al-Assad en 1970,
  • ·         en Irak, Saddam Hussein en 1979,
  • ·         et plus récemment, en Égypte, Al Sissi.

Mais revenons à la Syrie où l’on peut imaginer que le duel à mort millénaire ne parvienne pas à son terme et que la lassitude propre à toute guerre civile finisse par gagner les esprits et se traduise par une solution de partition géographique du genre « chacun chez soi ». Il suffirait alors, en quelque sorte, de donner vie au projet avorté de la Société des Nations (SDN) qui, en 1920 après la signature du traité de Sèvres, avait prévu la quadruple création d’une république syrienne, d’un état druze, d’un territoire Alaouites et d’un État kurde. Cette partition serait largement encouragée alentour par les Libanais, les Israéliens, et les Kurdes.
·         Par les Libanais parce qu’ils vivent déjà ce genre de partition : il y a aujourd’hui « quatre Liban », chiite, chrétien, sunnite et druze,
·         par les Israéliens dont l’État a été créé en 1948 en vertu d’un concept « une ethnie, une religion »,
·         par les Kurdes qui sont 25 millions d’apatrides répartis entre l’Iran, l’Irak, la Syrie, la Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie.
Supposons que cette partition se réalise : les Alaouites seraient regroupés vers la mer, les Chrétiens se replieraient au Liban et les Druzes dans le Golan où ils sont déjà largement majoritaires. Et alors, la Syrie restante, sunnite, trouverait à son est les Chiites d’Irak, à son ouest le Hezbollah libanais et à son sud les Druzes du Golan. Ne leur resterait alors qu’un allié religieux au nord : les Sunnites de Turquie, ses anciens ennemis ottomans dont le seul fait de prononcer le nom « Turquie » les terrorise. In fine, un avenir peu garant de stabilité pour l’ensemble de la région surtout si on se réfère à l’adage ancestral :
« On ne peut pas faire la guerre sans l’Égypte 
mais on ne peut pas faire la paix sans la Syrie.»
***
La Russie et la Syrie
Le monde occidental s’étonne de la persévérance de la Russie à opposer son veto à toute intervention en Syrie. On peut expliquer cette attitude par au moins huit motifs, un de forme et sept de fond.
La raison de forme tient à la vexation qu’ont subie les Russes lors de l’intervention franco-britannique en Libye qui, selon eux, a outrepassé les conditions du mandat fixé par le Conseil de sécurité de l’ONU.
Sept raisons de fond éclairent cette attitude de blocage :
1/à partir de 1960, les Soviétiques avaient constitué en Moyen-Orient quatre points d’appui stratégique pour contrer l’influence que les Américains exerçaient sur Israël, sur l’Arabie Saoudite, sur les pays du Golfe et sur le Pakistan. De ces quatre points d’appui, Syrie, Irak, Yémen, Égypte, il ne reste plus aux Russes que la Syrie de Bachar el Assad .
2/en 1919, à l’issue de la première guerre mondiale, le Moyen-Orient se trouve ré articulé. Par réflexe, les religions locales se rapprochent de leurs sources d’inspiration : les Sunnites vers la Mecque, les Chiites vers Téhéran, les Catholiques et les Maronites vers Rome et les Chrétiens orthodoxes vers Moscou. De sorte que la Russie, étant devenue l’Union soviétique en 1917, tout naturellement, les minorités orthodoxes de Syrie et du Liban qui sont resserrées sur la côte méditerranéenne, vont fournir l’essentiel des membres des partis communistes de Syrie et du Liban.
3/en 1960, lorsque la marine soviétique franchit en force le Bosphore pour prendre sa place en Méditerranée, elle trouve tout naturellement un accueil favorable chez les coreligionnaires orthodoxes syriens des ports de Tartous et de Lattaquié qui sont, depuis plus de cinquante ans, des bases navales indispensables aux navires russes.
4/un marin ayant par tradition une fille dans chaque port, depuis cette période, de nombreux mariages ont été célébré entre marins russes de passage et jeunes filles syriennes orthodoxes, ce qui porte aujourd’hui la communauté « pied-noir » russe à plus de 12 000 personnes le long de la côte syrienne. On ne peut pas imaginer un seul instant que Moscou les abandonne à une vengeance sunnite. Moscou respecte et protège ses « » pieds-noirs.
5/les Russes ont toujours eu le souci de nouer des liens avec l’Iran. Les frontières communes qu’ils avaient du temps de l’URSS ont disparu. Ils compensent ce manque par une relation Syrie – Irak – Iran.
6/les Russes ont maintenu les gros contrats d’armement que les Soviétiques avaient signés avec les Syriens du temps d’Hafez al-Assad.
7/et puis, en toile de fond, ce problème interne russe oppressant des attentats commis par les Tchétchènes qui sont d’obédience sunnite.

La Chine et la Syrie
Les Chinois se trouvent un peu dans la même situation que les Russes :
ils affrontent des problèmes de sécurité interne dans leur province la plus occidentale, le Xin-Jang peuplée de Ouigours qui sont également musulmans sunnites.
Par ailleurs, les Chinois, souffrant de carence en sources d’énergie, sont dépendants de l’Iran et de l’Irak pour le pétrole. Loin d’eux, l’idée de déplaire aux Chiites.

Un relent de guerre froide…
La Russie détient en Europe la quasi- exclusivité du marché du gaz, hormis quelques importations d’Algérie. En 2012, les États-Unis, avec l’accord du Qatar et de l’Arabie Saoudite, ont décidé de combattre ce monopole russe en misant sur un marché du gaz extrait au Qatar.
Ce gaz serait acheminé par un gazoduc vers la Méditerranée à destination de la Turquie (Adana), la Syrie (Lattaquié), le Liban (Tripoli) et Israël (Haïfa).
L’arrangement serait en bonne voie avec ces pays sauf, évidemment la Syrie, qui dans ce projet tient une place stratégique capitale : le parcours du gazoduc, partant du Qatar via l’Arabie Saoudite, éviterait l’Iran et l’Irak, pour atteindre la ville de Homs en plein milieu de la Syrie qui deviendrait une sorte de « gare de triage » en direction des quatre villes sus nommées de Turquie, du Liban et d’Israël.
Il faut donc, pour réaliser cette gare de triage faire tomber le régime syrien de Bachar afin de laisser place nette aux Sunnites du Qatar, d’Arabie Saoudite, de Syrie et de Turquie.
À cause du pétrole, Bush junior et son ministre de la défense, totalement investis dans l’industrie pétrolière du Texas, avaient riposté à l’attaque du 11 septembre 2001 en attaquant l’Irak alors que l’évidence commandait de mettre immédiatement « le paquet » sur l’Afghanistan. Une erreur qui devait leur coûter 4000 G.I. pour rien.
«Bis repetita placent », les Américains prennent des risques insensés, non plus pour le pétrole irakien, mais pour le gaz qatari. La guerre froide ressurgit mais cette fois sous une forme économique. Les Américains ne sont plus à un paradoxe près : en faisant affaire avec le Qatar, ils encouragent les salafistes qui tuaient leurs soldats en Afghanistan et en Irak.

La guerre des berceaux
Lorsqu’en 1979, je me trouvais au sud Liban où la population est presque exclusivement de confession chiite, j’avais observé, après l’avènement de Khomeiny en Iran, que le mot d’ordre donné aux femmes chiites était d’avoir au moins sept enfants. Ce mot d’ordre a été strictement respecté partout : en Irak, au Liban, au Yémen, à Bahreïn… où les chiites sont devenus majoritaires.
Ainsi une sorte d’axe stratégique partant de l’Afghanistan occidental, passant par l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban atteint la Méditerranée et coupe en deux le monde sunnite avec au Nord la Turquie et au sud l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe.
La situation est devenue conflictuelle partout au Moyen-Orient. On parle très peu du Yémen et encore moins de Bahreïn où les majorités chiites sont massacrées par les sbires de l’Arabie Saoudite. La situation est l’inverse de celle de Syrie mais comme les caméras en sont absentes, on n’en parle pas.
***
J’ai tenu à jeter ces quelques réflexions pour appeler l’attention de mes amis sur cette région explosive de la planète que constitue « ce Moyen-Orient d’autant plus compliqué » qu’il fait l’objet d’une mauvaise information, quand ce n’est pas de désinformation, par la plupart des médias occidentaux. 

1) Voir Vous avez dit : "Printemps arabe ?", Sigest, 2013 
EAN : 9782917329498