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vendredi 24 juillet 2020

LA DEUXIEME CONQUETE

LA DEUXIEME CONQUETE D’ISTANBUL PAR L’ISLAMISTE ERDOGAN


La cérémonie de conversion de la basilique Sainte-Sophie en mosquée aujourd’hui à Istanbul a démontré d’une façon indéniable l'avancement du pouvoir de Recep Tayip Erdogan vers l’établissement d’un régime islamo-fasciste en Turquie.

Plusieurs milliers de musulmans ont participé vendredi à la cérémonie lors de laquelle le président de la République "laïque" Recep Tayyip Erdogan, qui portait pour l'occasion une calotte islamique, a récité un passage du Coran. Puis les quatre minarets de Sainte-Sophie ont émis l'appel à la prière signalant le début du rite.


Un autre événement alarmant de la journée était le show guerrier du chef de l'Autorité religieuse (Diyanet) Ali Erbas qui, pendant son prêche, tenait un cimeterre symbolisant la conquête de Constantinople par les Ottomans en 1453.

Il s'agit de la première prière collective organisée depuis 86 ans à Sainte-Sophie, œuvre architecturale majeure construite au VIe siècle qui a successivement été une basilique byzantine, une mosquée ottomane et un musée.

Malgré l'épidémie de nouveau coronavirus, des foules compactes se sont formées dans la matinée autour de Sainte-Sophie, plusieurs fidèles ont même passé la nuit sur place.

Le 10 juillet, Erdogan avait décidé de rendre l'édifice au culte musulman après une décision de justice révoquant son statut de musée obtenu en 1934.

Le sort des mosaïques byzantines qui se trouvent à l'intérieur de Sainte-Sophie préoccupe particulièrement les historiens.

L'Autorité des affaires religieuse (Diyanet) a affirmé qu'elles seraient dissimulées par des rideaux uniquement pendant les prières, l'islam interdisant les représentations figuratives, et resteraient visibles le reste du temps.

Pour nombre d'observateurs, la reconversion de Sainte-Sophie en mosquée vise à galvaniser la base électorale conservatrice et nationaliste d'Erdogan, dans un contexte de difficultés économiques aggravées par la pandémie.

En prenant cette décision, le chef de l'État, souvent accusé de dérive islamiste, s'attaque aussi à l'héritage du fondateur de la République, Mustafa Kemal, qui avait transformé Sainte-Sophie en musée pour en faire l'emblème d'une Turquie laïque.

Comme un symbole, Erdogan a choisi pour la première prière le jour du 97e anniversaire du traité de Lausanne qui fixe les frontières de la Turquie moderne et que le président, nostalgique de l'Empire ottoman, appelle souvent à réviser.

La conversion de Sainte-Sophie en mosquée a suscité la colère de plusieurs pays, notamment la Grèce qui suit de près le devenir du patrimoine byzantin en Turquie. Le pape François s'est aussi dit "très affligé" par cette reconversion.

La prière de vendredi intervient par ailleurs dans un contexte de fortes tensions entre Ankara et Athènes, liées notamment aux explorations turques d'hydrocarbures en Méditerranée orientale.

La Grèce a vivement dénoncé la reconversion de Sainte-Sophie en mosquée, y voyant une "provocation envers le monde civilisé".

"Pour nous, Grecs orthodoxes, Sainte-Sophie est aujourd'hui plus que jamais dans nos esprits. Là-bas bat notre cœur", a déclaré vendredi devant la presse le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis.

Les églises orthodoxes à travers la Grèce étaient "en deuil" vendredi au moment où des milliers de musulmans participaient à la première prière en l'ex-basilique Sainte-Sophie. À travers toute la Grèce, les cloches des églises devaient sonner en début d'après-midi, leurs drapeaux en berne pour protester contre ce que l'archevêque Iéronymos, chef de l'Eglise de Grèce, a qualifié d'"acte impie souillant" l'ancienne basilique de l'empire byzantin.

source :
https://www.info-turk.be

samedi 11 juillet 2020

L’ISLAM CONQUERANT D'ERDOGAN

L’ISLAM CONQUERANT D'ERDOGAN

Il agit comme un rouleau compresseur. Ses ambitions sont sans fin. En Turquie, il vise à créer un État religieux sur les cendres de l’héritage d’Atatürk...


Christophe Lamfalussy, La Libre Belgique, 11 juillet 2020


Il fut un temps où Istanbul, ce pont entre l’Europe et l’Asie, symbolisait la cohabitation des cultures et des civilisations. Ses vieux quartiers illustraient son histoire, témoignages des communautés arménienne, grecque et juive qui y vivaient, de façon significative, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, en entente avec une majorité musulmane dont la foi était une affaire personnelle.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, cet équilibre fragile a été pas à pas rompu. Flattant son électorat religieux, le leader turc a fait ériger des mosquées, telles des baïonnettes dans le ciel, jusque sur la place Taksim, haut lieu de la contestation laïque de son pouvoir. " ", avait déclaré M. Erdogan en 1997, ce qui lui avait valu une peine de dix mois de prison pour incitation à la haine. Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes, les croyants nos soldats… L’heure de la revanche est arrivée.

Après avoir mis au pas l’armée, emprisonné des milliers d’intellectuels et de fonctionnaires accusés d’avoir adhéré au mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, le président turc a annoncé, vendredi, la transformation en mosquée de l’ancienne basilique de Sainte-Sophie. Celle-ci restera ouverte aux touristes.

Mais il concrétise ainsi un vieux rêve de révoquer la décision, prise en 1934 par Atatürk, de faire de Sainte-Sophie un musée et, par là même, d’honorer la décision du sultan ottoman Mehmet II Fatih venu prier à Sainte-Sophie à la prise de Constantinople, en 1453.

L’islam d’Erdogan est un islam des conquêtes. Il agit comme un rouleau compresseur. Ses ambitions sont sans fin. En Turquie, il vise à créer un État religieux sur les cendres de l’héritage d’Atatürk.

Dans les pays voisins, il envoie son armée, en Irak, en Syrie, en Libye.

Et ce 15 juillet, date anniversaire du putsch manqué, il organise de grandes cérémonies, dont un son et lumière avec 200 drones sur le pont des Martyrs, et près de 750 événements à l’étranger. De quoi faire oublier aux Turcs les misères de la pandémie et de l’économie…


Source : 
https://www.info-turk.be




NDLR de E&O : Un petit bémol à cette affirmation de l'auteur : "...communautés arménienne, grecque et juive qui y vivaient, de façon significative, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, en entente avec une majorité musulmane..."

Ces communautés ont été, de tout temps, considérées comme des "dhimmis" sous les ottomans, citoyen de seconde zone et harcelées moralement, physiquement et économiquement. Sans rentrer dans les détails les massacres hamidiens de 1894-96, le pogroms d'Adana de 1909, le génocide de 1915, pogroms de Thrace en 1934, l'impôt inique de 1942, la nuit barbare de 6-7 septembre 1955... sont autant de pages noires. C'est la preuve aussi de la continuité des actes criminels entre la période ottoman, jeunes turcs, kemalisme et islamisme d'aujourd'hui.  (cf. Le recyclage des criminels Jeunes-Turcs, Marc de Garine, Sigest, 2019) 

mercredi 24 juin 2020

Le jeu dangereux d’Erdogan

Le jeu dangereux d’Erdogan 


Le jeu dangereux d’Erdogan a été déjà joué par Süleyman Demirel il y a 52 ans





Doğan Özgüden
Traduction du turc par E&O
24.06.2020

Tout comme les actes de Recep Tayyip Erdogan qui piétinent aujourd’hui les droits fondamentaux de l’homme et les règles des droits internationaux les plus élémentaires, Suleyman Demirel, le Premier ministre de l’époque, il y a 52 ans, avait dépassé la ligne rouge dans la répression, les complots et les conspirations jetant ainsi les bases du coup d’État fasciste de 1971. Vedat Demircioğlu, étudiant à l’Université technique d’Istanbul, a été assassiné par la police le 30 juillet 1968.

Dans l’article que je publiais dans le journal « Ant », intitulé Les bruits de bottes du fascisme, j’écrivais : 
« Le gouvernement d’AP (Adalet Partisi, [Parti de la Justice] ndlr) a finalement laissé tomber le masque et son vrai visage a émergé avec toute sa répugnance. Il s’agit d’un pouvoir anarchique et tyrannique qui est assez déterminé pour assassiner les enfants de la patrie qui se battent pour l’indépendance de la Turquie et les droits humains de ses citoyens. Il cherche à mettant les masses dans les rues, pour les monter les uns contre les autres avec mille et une provocations pour installer ensuite une terreur sanglante afin de ramener la paix dans le pays. La décision est basée sur deux forces pour mettre en œuvre le plan de destruction sanglante : l’Armée et la Police… Cependant, il n’est pas improbable que cette démarche vers la répression et la terreur dépasse le contrôle du gouvernement d’AP et jette les bases d’un coup d’État fasciste. »[1] 

Tout comme aujourd’hui, les procureurs qu’étaient sous l’ordre et le contrôle du gouvernement, suite à cet article m’ont immédiatement poursuivi m’accusant « de déshonorer la police et les forces de protection de l’État, selon l’article 159 du Code pénal turc ».

Le tribunal pénal n°5 d’Istanbul m’a condamné à un an de prison et 6 mois d’exil à Balikesir lors d’une audience le 20 juin 1969. À l’époque, il y avait 23 affaires déposées contre moi devant les tribunaux civils pour divers articles, et on a demandé une condamnation à une peine allant jusqu’à 46 ans de prison. Depuis lors, le nombre de dossiers déposés contre moi et les amis qui se sont battus avec moi à « Ant », en particulier Inci, accroitra rapidement et les sanctions prescrites arriveront à des centaines d’années.

En outre, en 1967, un autre article dans lequel je dénonçais le projet des États-Unis d’implanter de mines atomiques en Anatolie orientale, a donné lieu, sur ordre du chef d’état-major fasciste de l’époque, le général Cemal Tural, pour une prétendue « trahison à la nation », à un procès instruit par le Tribunal militaire de la Première Armée à Istanbul, demandant 7 ans de prison. Il s’agissait de la première affaire déposée devant un tribunal militaire contre un journaliste avant la déclaration de la loi martiale et le coup d’État du 12 mars.

Dans ce climat de répression préparé par Demirel, d’abord après la résistance des travailleurs du 15 au 16 juin 1970 et ensuite après le putsch du 12 mars 1971 des centaines de journalistes, de scientifiques, d’artistes, de travailleurs et de leaders de la jeunesse seront condamnés à de lourdes peines de prison devant la Cour martiale. Dans les villes comme Istanbul, Ankara et Diyarbakir, Deniz Gezmiş, Yusuf Arslan et Huseyin Inan seraient condamnés à la peine capitale et exécutés.

Suleyman Demirel, qui a préparé ce terrain de répression, soutiendra au Parlement (TBMM) toutes les lois et pratiques imposées par les militaires et aussi votera pour les condamnations à mort des militants.

Après (et malgré) tout cela Suleyman Demirel sera plusieurs fois Premier ministre et même président de la République de Turquie.


[1] Voir l’article original sur https://www.info-turk.be/Yorum83.jpg

vendredi 28 février 2020

Frappe syrienne du 27 février sur l'envahisseur turc


Frappe syrienne du 27 février sur l'envahisseur turc : bilan et conséquences




         En début de nuit dernière une frappe aérienne syrienne a frappé un convoi militaire turc qui venait soutenir les djihadistes en lutte contre le gouvernement légal de Damas dans la région d'Idlib. Le bilan est lourd pour la partie turque : 33 morts et 32 blessés reconnus par les autorités d'Ankara, ce qui veut dire, en clair, plus de 100 morts et de 300 blessés, lorsqu'on connaît la tendance à la forte sous-estimation des bilans de leurs propres pertes par les autorités militaires et politiques d'un pays, quel qu'il soit, dans ce genre d'affaire.

       Cette frappe sera abondamment traitée par les politiques et les médias occidentaux avec les habituels commentaires anti-Bachar el Assad, anti-russe et anti-iranien, ce qui nous changera du coronavirus.

       Cette frappe appelle de ma part les observations suivantes :

 1 – Rappel du contexte :

         Les accords de Sotchi prévoyaient de faire de la région d'Idlib, territoire syrien, une zone de désescalade. La Turquie avait pris trois engagements : dissocier les rebelles « modérés » des terroristes d'Al Qaeda et de Daesh, retirer les armes lourdes de la zone, et rouvrir à la circulation les autoroutes internationales M4 et M5 de manière à permettre un retour à une vie plus normale de la population civile syrienne.

         Aucun de ces trois engagements n'a été tenu par les turcs. Après un an de patience, et après avoir subi des agressions quasi-quotidiennes par les terroristes soutenus et armés par Ankara, les syriens et les russes ont perdu patience et ont décidé de rétablir eux-mêmes un environnement plus pacifique et plus « normal » pour les populations civiles. Ils ont donc entamé des opérations militaires visant à remplir les trois engagements que la partie turque n'avait pas tenu.

       Devant les succès de l'armée syrienne, les turcs sont venus au secours des terroristes en péril. Ils ont fourni des armes lourdes, un appui « feu » et ont fini par envahir la zone d'Idlib avec leurs forces armées et à participer au combat, au mépris de la législation internationale et des accords de Sotchi.



2 - La frappe syrienne est donc, dans les logiques onusienne et otanienne, une frappe en légitime défense. Les forces turques ont envahi un pays souverain, membre de l'ONU, sans bien sûr, y avoir été invité par le gouvernement légal, seul représenté à l'ONU. La Syrie n'encoure donc aucune condamnation à l'ONU et l'article 5 de l'OTAN ne peut, en aucun, cas s'appliquer. La Turquie ne peut espérer aucun soutien, autre que moral, de l'OTAN, d'autant que la Russie est présente en Syrie (sur invitation) et y contrôle l'espace aérien.

        Erdogan ne doit se faire aucune illusion. La frappe aérienne a été réalisée avec un feu vert russe. Peut-être même, la force aérospatiale russe y a-t-elle participé.  Cette frappe représente un message très clair de Poutine à Erdogan : « le soutien turc au terrorisme est inacceptable et notre patience a des limites ».

        Erdogan risque de se retrouver bien seul à gérer cette affaire, d'autant qu'il s'est également empêtré en Libye. Poursuivre son appui aux djihadistes d'Idlib sans avoir la maîtrise du ciel peut s'avérer très risqué pour ses troupes au sol, ainsi qu'on vient de le voir. S'engager dans une escalade reviendrait à défier la Russie, l'Iran et l'Irak. Et puis, les occidentaux et l'opposition politique turque, plus puissante que jamais, ne verraient peut-être pas d'un mauvais œil un changement de régime en Turquie. L'OTAN, quant à elle, gesticulera peut-être un peu, bombera le torse, appellera à la retenue, mais ne déclenchera sûrement pas une troisième guerre mondiale pour les beaux yeux d'Erdogan.


Général (2S) Dominique Delawarde
28/02/2020

mercredi 14 février 2018

Le régime répressif d'Ankara

Réagissons contre cette méthode honteuse 
du régime répressif d'Ankara visant ses opposants


Le despote islamo-fasciste turc Recep Tayyip Erdogan fait recours à une méthode des plus honteuses de son régime répressif installé en Turquie, étape par étape, depuis sa montée au pouvoir.

Le ministère turc de l'Intérieur appelle tout le monde en Turquie et dans les pays étrangers à dénoncer en échange d'un montant important tout ceux qui se trouvent dans une liste des "terroristes recherchés". 

Au total, il y a 880 noms sur cinq listes - rouge, bleu, vert, orange et gris. 

Les dénonciateurs sont récompensés avec montants différents selon la liste dans laquelle se trouve la personne recherchée:

Liste rouge: 851.063 Euros
Liste bleue: 319.149 Euros
Liste verte: 212.766 Euros
Liste orange: 127.660 Euros
Liste grise: 63.830 Euros 

Le ministère turc de l'Intérieur annonce dans sa page Internet que même les "terroristes" ne figurant pas dans ces listes différentes peuvent être dénoncés en échange d'une récompense.

Récemment, Salih Muslim, ancien dirigeant du Parti de l'union démocratique kurde (PYD) syrienne et Mihraç Ural, leader du THKP-C ont été ajoutés à la liste rouge.

Salih Muslim se trouve actuellement à Bruxelles pour dénoncer l'opération militaire de l'Armée turque dans la région Afrin du Kurdistan syrien.


Quant à Mihraç Unal, il été parmi les personnalités représentant des organisations syriennes invitées par la Russie à la conférence de Sotchi.

Dans la liste rouge, se trouvent déjà plusieurs personnalités kurdes vivant en Belgique comme les anciens membres de lu Parlement turc Zübeyir Aydar et Remzi Kartal.

Parmi ceux qui ont été ajoutés par le ministère de l'Intérieur à la liste verte, se trouve également le citoyen belge Bahar Kimyongür.

Il avait été arrêté à trois reprises, aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne en raison de l’existence d’une « notice rouge » délivrée par Interpol à la demande de la Turquie. La Belgique avait prêté son concours à l’exécution de son arrestation aux Pays-Bas. 

Cette « notice rouge » de la police turque avait à chaque fois été déclarée illégale par les juridictions des différents pays concernés. Le 22 août 2014, Interpol avait officiellement retiré la « notice rouge » visant le ressortissant belge. 
Il faut que l'opinion publique belge réagisse contre cette nouvelle opération honteuse du régime d'Ankara visant centaines d'opposants qui sont soit citoyens belges soit réfugiés politiques en Belgique.

Dogan Özgüden
Rédacteur en chef





jeudi 15 mai 2014

Turquie : manifestations et appel à la grève



282 morts, manifestations et appel à la grève


De nouveaux cadavres ont été retirés dans la nuit d'une mine de l'ouest de la Turquie où un accident est survenu mardi, portant à 282 le nombre de morts, a annoncé ce matin le ministre de l'Énergie.

"À 08H00 (locales) nous avons 282 morts", a déclaré Taner Yildiz à la presse.

Le précédent bilan de cette catastrophe dans la mine de charbon de Soma, située dans la province de Manisa, était de 274 morts.

De l'avis des autorités, il y aurait encore près de 90 mineurs coincés sous la terre, mais leurs chances de survie sont presque nulles.

"Nous n'avons pas retiré de mineurs vivants (du puits) ces 12 dernières heures", a d'ailleurs souligné le ministre, ajoutant que deux galeries étaient encore inaccessibles aux équipes de secours.

La confédération des syndicats de la fonction publique (KESK) en Turquie a annoncé mercredi soir qu'elle déclencherait un mouvement de "grève" jeudi pour protester contre la catastrophe minière de Soma qui a fait 274 morts selon un dernier bilan officiel, mais provisoire.

"Ceux qui dans le cadre de la politique de privatisation mettent en danger la vie des travailleurs au nom de la réduction des coûts sont coupables du massacre de Soma et doivent en répondre", déclare dans un communiqué mis en ligne sur son site la confédération syndicale.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a été vivement pris à partie mercredi par des manifestants qui lui reprochent de négliger la sécurité dans le secteur minier.

En dépit des efforts de secouristes, les espoirs s'amenuisaient pour retrouver vivants une centaine de mineurs encore bloqués sous terre dans la mine de charbon située à Soma (province de Manisa), dans l'ouest du pays.

Mercredi à Istanbul, des milliers de manifestants se sont heurtés à la police anti-émeute turque après l'accident, a constaté un photographe de l'AFP.

Les manifestants, pour la plupart membres de syndicats de gauche, ont scandé des slogans antigouvernementaux, la police répondant par des tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc.

Dans la soirée, la confédération des syndicats de la fonction publique (KESK) a annoncé sur son site qu'elle déclencherait un mouvement de "grève" dès jeudi pour protester contre ce qu'elle a appelé le "massacre de Soma".

M. Erdogan, qui s'est rendu sur place à la mi-journée, a fait état d'une "enquête approfondie" sur les causes de l'accident.

Il a promis de faire toute la lumière sur cette tragédie en rejetant toute responsabilité de son gouvernement, accusé de négligence dans ce drame, affirmant "que les accidents au travail arrivent partout dans le monde".

Sur place les secouristes s'activaient désespérément à ressortir un mineur vivant du puits, mais les brancards ne transportaient que des cadavres.

Un mineur d'une autre entreprise, Mustafa Yildiz, venu aider ses collègues n'a néanmoins pas perdu espoir.

"Là on va retourner au fond (...) pour essayer de sauver des gens, nos amis sont là, notre âme est avec eux, à l'intérieur, ce sont nos frères, ce sont nos pères, ce sont les nôtres (...), ce qui leur est arrivé aurait pu nous arriver à nous"

Un peu plus loin, un autre mineur qui vient juste de sortir de la mine, Murat Kurkoglu, affiche, lui, son pessimisme: "on va essayer de sortir ceux qui sont encore bloqués, un par un (...) Mais vous savez très bien qu'il n'y a plus d'espoir, c'est fini pour eux".

Le médecin responsable des secours pour l'association SAR (Search and Rescue), Erdem Bakin, a souligné les risques encourus par les sauveteurs.

"On ne va pas au-delà de 100 m au fond de la mine, personne ne peut aller jusqu'au bout, c'est impossible, car il y a de très grands risques d'asphyxie à cause du gaz", dit le spécialiste, tout en voulant garder un peu d'espoir.

Trois jours de deuil national ont été décrétés.

787 employés se trouvaient dans les galeries souterraines au moment de l'explosion mardi après-midi. Selon les autorités 363 mineurs ont été sauvés et, selon la compagnie qui gère la mine, "près de 450" .

- Le gouvernement critiqué -

 La responsabilité du gouvernement est pointée du doigt.

Selon les médias locaux, trois semaines auparavant, le parlement a refusé de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie. Les trois partis d'opposition ont soumis des propositions qui ont toutes été refusées par l'AKP, le parti majoritaire de la justice et du développement.

Lors de son intervention à la mairie de Soma, M. Erdogan a balayé les critiques, donnant des exemples d'accidents survenus dans plusieurs pays occidentaux.

À sa sortie, plusieurs dizaines d'habitants en colère ont hué le Premier ministre, certains scandant "gouvernement démission" malgré un nombre important de policiers qui se sont immédiatement interposés.

Les manifestants ont donné des coups de pieds au véhicule dans lequel se trouvait le dirigeant turc.

Le ministère du Travail a, quant à lui, publié un communiqué dans lequel il affirme que la mine de Soma a été contrôlée en mars et qu'aucune atteinte aux réglementations en vigueur n'a été relevée

Le bureau du procureur régional a lancé mercredi une enquête judiciaire sur cet accident. (AFP, 14 mai 2014)

Manifestation contre Erdogan sur le site de l'explosion

Plusieurs dizaines d'habitants en colère de la ville de Soma (ouest de la Turquie), frappée par une catastrophe minière, ont manifesté contre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui s'est rendu sur les lieux, l'appelant à démissionner, a rapporté l'agence de presse Dogan.

Des manifestants s'en sont pris à son véhicule officiel malgré un dispositif policier, lui donnant des coups de pied, selon l'agence.

M. Erdogan qui est sorti de la voiture sous les huées des protestataires est rentré dans un commerce avant d'en ressortir quelques minutes après, selon les images diffusées par cette agence.

Peu avant, le chef du gouvernement turc s'était adressé à la presse dans cette ville, annonçant un nouveau bilan provisoire de 238 mineurs tués à la suite de cette catastrophe industrielle, l'une des pires qu'ait connue la Turquie.

Il a aussi rejeté les critiques concernant une éventuelle négligence de son gouvernement islamo-conservateur, affirmant que les accidents miniers "se produisent partout dans le monde", en citant par ailleurs des accidents survenus aux XIXe et XXe siècles en Grande-Bretagne et en France notamment.

Selon les médias locaux, il y a trois semaines le Parlement avait refusé de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie. Les trois partis d'opposition avaient soumis des propositions qui ont toutes été refusées par l'AKP, le parti majoritaire de la Justice et du développement dirigé par M. Erdogan.

Autres manifestations

L'accident a provoqué une nouvelle poussée de fièvre antigouvernementale dans le pays.

La police turque a tiré des gaz lacrymogènes mercredi à Ankara contre des centaines d'étudiants qui manifestaient contre le régime islamo-conservateur qu'ils tiennent pour responsable de l'accident qui a tué 205 mineurs dans l'ouest de la Turquie.

Les 700 à 800 manifestants voulaient marcher d'un campus d'Ankara au ministère de l'Énergie situé dans le même district, conspuant le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Les manifestants ont riposté à l'intervention de la police antiémeute, qui a aussi fait usage de canons à eau, par des jets de pierre.

Le drame, l'une des pires catastrophes industrielles de Turquie, a provoqué une forte réaction sur les réseaux sociaux notamment envers le gouvernement, accusé de négligence et d'indifférence contre le sort des travailleurs et des plus démunis en général, et des appels à manifester ont été lancés.

Des manifestations sporadiques ont eu lieu à Ankara et Istanbul, selon les médias.

Dans cette dernière ville, une quinzaine de personnes se sont couchées pendant dix minutes sur le sol du métro de Taksim, place emblématique de la mégapole, pour rendre symboliquement hommage aux victimes de la catastrophe.

Le régime turc a été la cible d'une fronde inédite l'été dernier, qui était précisément parti d'un projet d'urbanisation à Taksim, pendant laquelle des millions de personnes sont descendues dans les rues à travers le pays pour dénoncer son "autoritarisme" et sa "dérive islamiste". (AFP, 14 mai 2014)


INFO-TURK
 

mercredi 23 avril 2014

Erdogan et 1915 : un communiqué pour rien



Le message d'Erdogan sur les événements de 1915 : futile





Ceux qui attendaient beaucoup du communiqué d’Erdogan ont été déçus.

Certes l’exercice est inédit puisque c’est la première fois qu’un Premier ministre turc parle de ce qu’il appelle "les déplacements pendant la première Guerre, ayant entrainé des actes inhumains".

On aurait pu applaudir ce message s’il était sincère et juste. Or ce n’est ni l’un ni l’autre. Et contrairement à ce qui a été écrit dans la presse française, aucune excuse n’a été adressée au peuple arménien. Et pour cause : « présenter des excuses n’existe pas dans la culture turque » comme disait Rakel Dink, la veuve du journaliste Hrant Dink après son assassinat.

Ce message vient comme par hasard un 23 avril, le jour où les Arméniens du monde entier font une veillée à la mémoire de leurs parents et grands-parents, assassinés lors des massacres d’une cruauté inimaginable où le deux tiers de la population arménienne de l’Empire ottoman a été anéantie corps et bien entre 1915 et 1922.

Tous les historiens, à part quelques négationnistes, définissent ces massacres planifiés comme le premier génocide du XXe siècle. Mot inventé par Raphaël Lemkin, un juriste polonais d’origine juive, dont les travaux se sont basés justement sur ce crime contre l’humanité pour définir les critères d’un génocide.



Or le PM Erdogan non seulement n’utilise pas le mot génocide, mais il ne parle même pas de massacre ou de crime contre l’humanité. Il fait allusion à un « déplacement » ayant entraîné des actes inhumains. Or la marche forcée d’une population vers le désert de Deir-Zor, la destination finale désignée par Talaat et ses complices jeunes-turcs, ne peut être considérée un comme un « déplacement » mais une expédition vers le néant. Quant au caractère planifié de ce déplacement, il suffit de taper « carte du génocide arménien » sur Internet pour voir les multiples chemins qui ont dû prendre les Arméniens, de toute l’Anatolie, vers la mort.

Le Premier ministre devient sardonique quand il parle d’une Turquie où la liberté d’expression est respectée ! Il oublie de dire que la Turquie, première prison du monde pour les journalistes (sans parler des prisonniers politiques) avait interdit il y a encore quelques jours Twitter et Youtube. Il omet de dire que le journaliste d’origine arménienne Hrant Dink a été assassiné parce qu’il avait exprimé une opinion différente de celle de l’État profond. Il omet aussi de dire que le prix Nobel Orhan Pamuk et plus récemment le pianiste Fazil Say ont dû fuir le pays parce qu’ils avaient exprimé des opinions différentes de la ligne officielle.

Erdogan fait référence aussi à une commission d’historiens arméno-turque pour étudier les ‘événements’ qui se sont déroulés pendant cette ‘période trouble’. Dans quel but, puisque nous connaissons la réponse qui veut entendre ? Comme il l’a dit lors d’une conférence internationale, en présence de l’ancien ministre de l’Arménie, V. Oskanian : ‘La Turquie n’a pas pu commettre un génocide puisque ce n’est pas dans notre culture. Par conséquent nous n’accepterons jamais le mot génocide.’ (dixit R.T.E.). Voici ce qu’attend la Turquie comme conclusion de la part d’une commission « objective ».

Après 99 ans de négationnisme d’État du Génocide des Arméniens, après l’impôt inique sur la fortune de 1942 (visant les minorités non musulmanes), après le pogrom du 6-7 septembre 1955, après l’assassinat de Hrant Dink en 2007, etc. ces condoléances feintes arrivent un peu tard. Si Erdogan veut présenter ses excuses au nom de la nation turque il pourrait reproduire le geste symbolique du Chancellier Willy Brandt à Varsovie, en 1970, et aller se recueillir au monument du Génocide des Arméniens, à Dzidzernagapert-Yerevan.

Les héritiers des rescapés du Génocide des Arméniens ne sont pas à la recherche de condoléances de façade ou d’empathie, mais de Justice et de Réparation, résumée par les trois « R » : Reconnaissance, Repentir, Réparation.

Le reste c'est du vent.

J. V.
23 avril 2014 


voir aussi  l'Interview de Jean Sirapian sur I24News.


vendredi 4 avril 2014

Erdogan, le Sultan de la CIA

Erdogan, le Sultan de la CIA


Bahar Kimyongür 
2 avril 2014

 

 

Des millions de Turcs, Arabes et Musulmans ont vu en Erdogan un héros libérateur après son show devant Shimon Peres à Davos en 2009. En réalité, c’était du cinéma. Comme le montre sa nouvelle expédition militaire contre la Syrie et sa volonté de mettre en scène un faux attentat, tout cela au service de ses maîtres de Washington. Bahar Kimyongür décortique les médiamensonges de cette “Opération Butin”...

(Erdogan avec l'agent de la CIA Mahdi Harati*)
Un corps expéditionnaire djihadiste formé dans le Sud de la Turquie progresse vers la ville côtière de Lattaquié au Nord-ouest de la Syrie. Majoritairement composée de combattants européens, asiatiques, maghrébins, turcs, d'Arabes du Machrek et du Golfe et de quelques Syriens égarés dont des Turkmènes, cette légion étrangère représente l'ultime cheval de bataille du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan dans sa guerre par procuration contre la Syrie.
Après la révolte de millions de Turcs contre sa politique répressive et belliqueuse, après les révélations sur son implication dans un vaste réseau maffieux et surtout après trois ans d'échecs sur le front syrien, Erdogan semble vouloir miser le tout pour le tout. N'avait-il pas promis à ses fidèles de prier dans la mosquée des Omeyyades une fois le gouvernement syrien renversé ?
A défaut d'avoir pu réaliser son projet mégalomane, Erdogan ressent autant le besoin de conquérir les esprits que les terres des peuples insoumis. Pour cela, il puise volontiers son inspiration dans l’héritage impérial du pays, se rêvant en nouveau Sélim Ier, le Sultan ottoman surnommé « Le Terrible » ou le « Cruel », celui qui soumit la Syrie et l'Egypte au début du XVIe siècle.
Erdogan n’a pas baptisé par hasard le 3e pont sur Bosphore actuellement en chantier du nom de son mentor impérial. Comme le Sultan Selim, Erdogan veut régner sur la Syrie et l'Egypte. Et comme le Sultan Selim, Erdogan envoie ses troupes massacrer les alévis, les alaouites et autres communautés soupçonnées de mécréance, d'hérésie ou de proximité avec l'Iran.
Toutefois, à la différence du redoutable sultan-calife, Erdogan n’est que le larbin d'un Empire plus fort que lui, celui des Etats-Unis. Sa carrière politique à la tête de l’Etat est marquée par sa volonté de concilier ses ambitions personnelles avec les intérêts de ses maîtres. Il en est de même pour son soutien décomplexé au terrorisme et à la guerre en Syrie, soutien encouragé et encadré depuis le début de la crise syrienne par son partenaire stratégique américain.
False Flags anti-turcs, CIA, Menderes et Erdogan
Une conversation top-secret entre officiels turcs planifiée par Erdogan et diffusée la semaine dernière via les réseaux sociaux a révélé que le chef du renseignement Hakan Fidan était prêt à bombarder le mausolée du grand-père du fondateur de l'Empire ottoman Suleyman Shah situé dans une enclave turque en territoire syrien pour justifier l’entrée en guerre d'Ankara contre Damas.
Le Sultan néo-ottoman Erdogan était donc prêt à détruire un joyau du patrimoine national pour sa propre gloire et indirectement, pour le bien de l’Amérique. Ce n'est pas la première fois qu'un gouvernement turc organise en coordination avec Washington une fausse attaque contre un édifice turc à haute valeur symbolique pour s’en prendre à plus faible que lui.
En 1955, les services secrets turcs perpétrèrent un attentat sous faux drapeau (false flag) contre la maison de Mustafa Kemal Atatürk à Thessalonique en Grèce et accusèrent les communistes turcs d’en être les auteurs. A l’époque, la Turquie était dirigée par Adnan Menderes, un Premier ministre « islamo-conservateur » pro-US. Grâce à cette « stratégie de la tension », les barbouzes turcs et américains cherchaient à justifier leur guerre intérieure contre les communistes turcs.
Des suites de ce faux attentat, les 6 et 7 septembre 1955, des églises grecques et arméniennes, des synagogues, des écoles, des habitations et des commerces furent pillés, incendiés, des hommes furent lynchés en plein cœur d'Istanbul en raison de leur identité religieuse. L'opération fut orchestrée par le Gladio turc, l'armée secrète de l'OTAN alors en guerre contre le « péril communiste ». Justement, Adnan Menderes, l'homme de la CIA des années 50 qui couvrit le pogrome d’Istanbul, est lui aussi érigé en modèle par Recep Tayyip Erdogan.
Le régime d’Ankara en guerre contre les Arméniens de Syrie

Si le plan d'attaque du mausolée ottoman en territoire syrien n'a pas abouti, les Arméniens de Syrie et autres minorités taxées de « mécréance » sont aujourd'hui à nouveau la cible du régime d'Ankara. En effet, dès le premier jour du printemps, des hordes djihadistes venues de Turquie ont envahi Kassab, un village arménien et alaouite situé sur les pentes du Mont Casius au Nord-ouest de la province côtière de Lattaquié. Baptisée « Opération Butin » (Anfal) par les chefs djihadistes, cette nouvelle razzia barbare ne pouvait porter un nom plus explicite.
Pour faciliter l'avancée des envahisseurs djihadistes, l'aviation turque a abattu un MIG 23 syrien qui protégeait Kassab. Erdogan a invoqué une violation de l'espace territorial turc par l'avion syrien pour abattre l'appareil. Or, l'avion est tombé dans la zone de Kassab en Syrie. Le pilote, Thabet Ismail n'est ni Superman ni équipé d'une combinaison genre wingsuit. En sautant en parachute, il a logiquement atterri en Syrie à plusieurs kilomètres à l'intérieur de ses terres.
Le régime d'Ankara a ainsi non seulement agressé la Syrie mais a également offert une couverture aérienne à ses mercenaires. Par exemple, l’Observatoire 45 qui domine la zone montagneuse de Kassab près de Kastal Maaf a été brièvement conquis par la légion étrangère d'Erdogan grâce aux tirs d'artillerie de l'armée turque. Quant aux djihadistes blessés au combat, ils ont été transférés par des militaires turcs vers les hôpitaux de la province turque du Hatay.
Devant l’avancée des djihadistes, les habitants de Kassab et des villages environnants se sont résignés à fuir vers Lattaquié. Seuls quelques Arméniens âgés, sans doute las d'être hantés depuis un siècle par le spectre de l'exode, ont préféré rester.
Ils ont été la cible d'actes de violence et d'humiliation : leurs maisons ont été pillées, leurs crucifix, leurs bouteilles de vin et leurs stocks de viande de porc ont été détruits sous leurs yeux comme le reconnaît le chef de guerre saoudien Abdallah Mhesne (France 24, 26 mars 2014). Quant aux patriotes qui ont résisté à l’assaut djihadiste, ils ont été passés au fil de l'épée. C'est le cas de Nazem Shehadeh. En août dernier, sa mère, son épouse et ses deux garçons ont été enlevés par les terroristes au seul motif qu'ils étaient alaouites. Plusieurs centaines de civils, de militaires syriens ont été tués au cours de l’assaut turco-djihadiste sur le Nord de la province de Lattaquié.
La Syrie, nouveau Vietnam des USA
Il serait naïf de croire que les USA étaient neutres, désintéressés et inexistants dans ce nouvel assaut contre le territoire syrien. Depuis le début de la guerre de Syrie, les forces spéciales étasuniennes et la CIA sont discrètement déployées de part et d’autre de la frontière turco-syrienne.
Du général Paul E. Vallely au sénateur John Mc Cain, toute la vielle garde militaire US ayant combattu au Vietnam a procédé à l'inspection des troupes djihadistes du Nord syrien à partir de la Turquie d'Erdogan. Des dizaines de clichés montrent Vallely et McCain en compagnie de commandants djihadistes en Turquie et en Syrie. Cette présence américaine prouve à suffisance la coopération entre le gouvernement d’Erdogan et l’establishment US dans la guerre contre la Syrie.
Rappelons au passage qu’après l'invasion US de l'Irak, Erdogan s'était déclaré vice-président du Projet du Grand Moyen Orient (« Büyük Ortadogu Projesinin Esbaskaniyim » en turc), le plan de conquête version « soft power » des pays arabes élaboré durant le règne de George Bush.
La révolution colorée de mars 2011 sponsorisée par Washington (on se souviendra de la participation de l’ambassadeur américain en Syrie Robert Ford aux manifestations anti-gouvernementales) ayant été matée par l’Etat syrien, celui-ci est à présent confronté à une insurrection terroriste tout aussi sponsorisée par Washington.
Malgré ses quelques prises de bec médiatisées dues à son tempérament impétueux, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s’avère être un proconsul loyal et zélé prêt à recruter tous les psychopathes du globe dans sa campagne militaire contre la Syrie. Des millions de Turcs, d'Arabes et de Musulmans ont vu en Erdogan un héros et un libérateur après son « One Minute » show devant Shimon Peres lors du sommet de Davos en 2009.
En réalité, Erdogan n'a hérité des sultans conquérants que leur arrogance et leur cruauté. Tout le reste n'est que cinéma hollywoodien.

Source : Investig'Action

* Mahdi al-Harati (né vers 1973 à Tripoli en Libye) est un djihadiste irlando-libyen, ayant vécu deux dizaines d'années à Dublin en Irlande où il a épousé une irlandaise et enseignait l'arabe. Il se rend en Libye en 2011 pour fonder et commander en tant que colonel la brigade de Tripoli, entrainé par le Qatar, de l'armée de libération nationale de Libye. voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mahdi_al-Harati
(ndlr) 

samedi 29 mars 2014

Kessab : silence on tue !



Qui parle des Arméniens de Kessab ?

Jan Varoujan
Paris, 27.03.2014


Le village de Kessab en Syrie, près de la frontière turque, est tombé aux mains des rebelles islamistes syriens dimanche 23 mars. Un évènement qui a provoqué la fuite de ses habitants majoritairement arméniens, dont beaucoup, ce sont des descendants des rescapés du Génocide Arménien, perpétré en Turquie de 1915 à 1922. Sur les 5 000 habitants des cinq villages du canton, environ 65 % sont Arméniens et le reste est alaouite.

Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire

Dans un article du « Monde », daté du 24 octobre 2012, un rebelle turkmène (Syrien d'origine turque) avait lancé un avertissement à la population arménienne du village. « Je préviens nos frères arméniens à Kessab : qu’ils partent avant l’offensive de l’Armée syrienne libre, sinon ils vont avoir des pertes civiles et encore se plaindre d’un génocide perpétré par des Turcs ».

Selon Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO), l’enjeu dissimulé derrière cette bataille « officiellement » menée pour s’emparer d’un poste frontière, « c’est une stratégie d’épuration ethnique à l’égard de la population arménienne de Kessab ».

Le rôle de la Turquie

La prise du village n’a pu être possible sans l’accord, voir le soutien militaire, des autorités turques. « Les rebelles se sont facilement emparés du village avec l’appui des autorités turques, ces dernières empêchant l’aviation syrienne d’épauler les combattants arméniens et l’armée régulière » juge Fabrice Balanche. Dimanche, la Turquie a abattu un avion militaire syrien qui bombardait des rebelles, près du poste frontière de Kessab. Ankara affirme que l'appareil avait violé l'espace aérien turc alors que la Syrie dénonce une « agression flagrante » et a déclaré que l'avion avait été touché en territoire syrien. Damas accuse l’armée turque d’avoir « fourni une couverture pour cette attaque terroriste » dans ce secteur, et permit aux insurgés de s'infiltrer depuis la Turquie.

Le silence des médias français

À part France 24 avez-vous entendu parler de ce drame sur les ondes de radios ou sur les écrans de TV en France ? Nos intellectuels, si empressés à se rendre sur les plateaux de TV ou devant les micros pour défendre des causes humanitaires, ont-ils eu un mot à ce sujet ? Les analystes « spécialistes » de la Turquie ont-ils parlé de ce drame ? Et nos politiques, notamment le Quai d’Orsay ? A-t-on envoyé, sinon un avertissement, au moins un message à Ankara pour condamner le soutien apporté aux terroristes dont les actes sauvages envers la population arménienne de Kessab et la profanation de plusieurs églises arméniennes, rappellent les pages noires de l’histoire contemporaine turque ?

On peut comprendre que ces jours-ci les élections municipales accaparent l’actualité dans les médias français, mais une épuration ethnique, qui se déroule près de chez nous, dans le bassin méditerranéen, est-elle moins importante que, par exemple, le Boeing disparu à des dizaines de milliers de kilomètres de chez nous, dont on parle à longueur de la journée ? On aimerait comprendre qui dans les rédactions décide de la hiérarchie des sujets à traiter et sur quels critères.