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samedi 14 août 2021

Formation des diplomates français et arméniens

Formation des diplomates français et arméniens

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En France il y avait à mon arrivée au M.A.E en 1970 deux filières de recrutement sur concours pour l’entrée dans la carrière diplomatique : l’ENA et les concours d’accès direct, général ou orient, ce dernier supposant la connaissance de langues orientales (russe + une langue d’Europe de l’Est ; chinois ou japonais ; arabe). 

Ces modes de recrutement tout en assurant un très bon niveau (concours ultra-sélectifs) n’étaient pas exempts de critiques. À la sortie de l’ENA l’affectation au MAE reposait d’abord sur le rang de sortie (dans les 25 premiers sur une promotion de 150) avant d’être dictée par une vraie vocation. On a vu certains énarques frais émoulus de l’École choisir le Quai d’Orsay avec la ferme intention de ne pas quitter Paris et sans appétence aucune pour l’apprentissage des langues étrangères. Quant au concours Orient, il recrutait de bons connaisseurs de langues orientales ou rares dont ils perdaient rapidement la maîtrise faute d’affectation durable dans les zones géographiques correspondantes, préférant Londres ou Washington à un exotisme qu’ils jugeaient sans doute réducteur de leurs talents. De son côté la direction du personnel ne veillait pas toujours à cette adéquation entre connaissances linguistiques et affectation.

Avec la disparition de l’ENA, le recrutement des diplomates français se concentrera nécessairement sur des concours spécialisés dont les formations sciences politiques et droit demeureront la colonne vertébrale, mais avec davantage d’ouverture sur l’économie, le commerce, l’écologie, les nouvelles technologies et la diversité de la société civile.

Pour un pays comme l’Arménie, les enjeux de la diplomatie ne se présentent pas différemment mais avec une acuité plus grande dans ces différents domaines.
L’outil diplomatique arménien a besoin de juristes internationaux de premier plan pour aborder des domaines aussi complexes et vitaux que celui des frontières extérieures du pays, des droits de l’homme, des menées génocidaires qui perdurent encore.

Il lui faut aussi des économistes et des commerciaux de premier plan car la démographie, la vitalité, la richesse et donc la sûreté du pays exigent qu’il redevienne le carrefour aussi bien nord-sud que est-ouest dont dépend sa prospérité et sa pérennité. Le sens du commerce a toujours été la caractéristique du talent arménien.

Il faut enfin d’excellents connaisseurs de la sphère régionale (au-delà du seul sud-Caucase) qui est l’environnement premier de l’Arménie où la connaissance d’une langue véhiculaire comme le russe dans l’immense espace ex-soviétique est un atout incontestable.

Dans la perspective d’un réseau diplomatique nécessairement limité pour des raisons budgétaires, l’Arménie devra faire porter son effort sur cet environnement régional, sur quelques grandes capitales notamment dans les pays de diaspora et sur les organisations internationales, sans oublier la connaissance et la pratique des institutions européennes, où de par son histoire, sa culture et ses valeurs, l’Arménie rencontrera toujours une écoute attentionnée.

Du point de vue de ces impératifs, l’université française en Arménie, conçue dès l’origine pour former les cadres dont ce vieux pays et ce jeune État a besoin, coche toutes les cases : elle forme des juristes de haut niveau (la première promotion a remporté en 2006 le prix René Cassin devant les plus anciennes et réputées universités européennes), des spécialistes de l’économie, du commerce, de la gestion et maintenant des nouvelles technologies. Tous ses diplômés sont en outre au moins quadrilingues (arménien, russe, anglais, français) avec, pour nombre d’entre eux, l’option d’une cinquième langue (allemand ou espagnol). La sévérité du concours d’entrée et des examens, un contrôle impartial des résultats, les possibilités de stage, les connaissances régionales et la déontologie rigoureuse – sans laquelle il n’est point de service public ni de Serviteur de l’État dignes de ce nom – sont des atouts incontournables. Ce souci de servir est au cœur de toute carrière diplomatique qui se respecte.

Henry Cuny
2 juin 2021

lundi 6 mai 2019

Rencontres d’un ancien ambassadeur 
à Erevan

À l’invitation de l’UFAR, l’université française mise sur pied durant ses années de fonctions à Erevan (2002-2006), l’ancien ambassadeur de France en Arménie, Henry Cuny, président d’honneur de l’Institut Tchobanian, est revenu dans ce pays où il a passé cinq ans riches en événements et en réalisations, pour une série de rencontres francophones autour de ses récents livres, du 18 au 26 avril dernier.
Il a été accueilli à l’aéroport de Zvartnots par Varoujan Sirapian, président fondateur de l’Institut Tchobanian très engagé en faveur du développement de la francophonie en Arménie.
La première rencontre a eu lieu le 19 avril à 18h à l’Alliance Française où une quarantaine de personnes ont pu écouter l’auteur exposer les thèmes de ses livres et notamment celui qui touche à l’identité et à la langue française : « Les ciels de Raphaël : lettres à mon petit-fils pour lui faire aimer la France et sa langue » (Sigest)




Samedi 20 avril, M. Cuny s’est rendu au Musée/Institut Komitas afin de glaner quelques informations sur la vie de ce prêtre chanteur dont on célèbre cette année le cent cinquantième anniversaire de la naissance. Il a eu l’heureuse surprise de voir ce dernier livre et son essai « Arménie : l’âme d’un peuple » en bonne place dans la librairie du musée.

Lundi 22 avril, M. Cuny était l’invité sur le plateau de la TV Civilnet pour une interview sur « Les ciels de Raphaël » et les valeurs qu’il souhaite transmettre à ses petits-enfants et aussi sur le rôle qu’il a pu jouer en tant que co-fondateur pour la partie française de l’UFAR. 

Dans la soirée une rencontre a eu lieu à l’UFAR entre les deux ambassadeurs, l’ancien, Henry Cuny et l’actuel, Jonathan Lacôte, dans l’espoir de susciter quelques vocations diplomatiques parmi les étudiants. L’un et l’autre ont mis en évidence la richesse et la diversité de ce métier comme sa charge d’humanisme. Le débat a été conduit par la journaliste Hasmik Arakelian.

Mardi 23 avril, Henry Cuny a été l’invité de l’Université Brussov. Là encore, étudiants et professeurs ont écouté attentivement le récit d’Henry Cuny dont la trame singulière autant qu’inédite de son dernier roman « Les heures de sable » (éditions Pierre Guillaume de Roux), salué lors de sa parution par un article élogieux du journal Le Monde, a visiblement intrigué l’audience. Quant aux « ciels de Raphaël » composés des lettres adressées à son petit-fils, plusieurs passages, et particulièrement celui concernant l’Arménie, ont suscité une vive émotion. La chaire de Français envisage même d’en tirer quelques sujets de thèse.

Dans la soirée une invitation surprise a emmené Henry Cuny et Varoujan Sirapian à Massis à 20 km d’Erevan où une association locale avait organisé une rencontre autour des relations entre l’Arménie et la France de 1915 à nos jours. L’ancien ambassadeur, dans une courte mais dense allocution introductive, a résumé en quelques traits ce qu’il avait ressenti en Arménie à travers la mémoire millénaire d’un peuple, la beauté d’une langue, la richesse d’une culture et la spiritualité de Grégoire de Narek dont il a cité quelques vers extraits de son livre des lamentations qu’il s’était plu à retraduire en français à partir de l’arménien oriental.

Mercredi 24 avril, Henry Cuny et Varoujan Sirapian se sont joints au groupe des étudiants de l’UFAR guidé par le recteur Jean Marc Lavest au pied du Musée du génocide, pour se rendre ensuite au mémorial afin d’y déposer des fleurs à la mémoire des victimes du « grand crime » perpétré par le gouvernement jeunes turcs en 1915-1917.


Jeudi 25 avril, la dernière rencontre francophone a eu lieu à 13 h à l’Université d’État d’Erevan devant une assemblée de professeurs et étudiants, visiblement touchés par la philosophie bienveillante qui se dégage des « lettres à mon petit-fils » et sa portée universelle.

Le soir, un dîner très amical, avec plusieurs acteurs majeurs de la francophonie en Arménie, a été organisé à l’ambassade de France par l’ambassadeur Jonathan Lacôte en l’honneur d’Henry Cuny à la veille de son retour à Paris. 
Comme en 2016, l’accueil de la part des Arméniens, qu’il s’agisse de simples citoyens, de professeurs ou d’étudiants, fut chaleureux, révélateur d’une réelle affection envers cet ancien ambassadeur qui a visiblement marqué son passage à Erevan, quitté il y a treize ans.