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vendredi 19 septembre 2014

Dogan Özgüden sur la diaspora kurde en Belgique

L'intervention de Dogan Özgüden sur la diaspora kurde en Belgique


La première conférence dans le cadre de la semaine culturelle kurde s'est tenue le jeudi 18 septembre 2014 au Sénat belge à Bruxelles sur le thème  “Les Kurdes, Kurdistan et la diaspora”.  Lors de la conférence, le rédacteur en chef 
d'Info-Türk Dogan Özgüden a fait l'intervention suivante sur la présence de la diaspora kurde à en Belgique:

 
Chers amis,

Aujourd'hui je suis très heureux de vous adresser sur le thème la diaspora kurde avec qui je partage le même combat et le même destin depuis plus de quarante ans dans la capitale européenne. J'ai un plaisir particulier de faire partie de cette tribune avec mon ami Derwich Ferho qui, déjà à l'âge de 17 ans, a lancé avec ses camarades kurdes la première initiative de faire connaître les revendications du peuple kurde. Tekoser, qui est actuellement l'Institut kurde de Bruxelles.

Je n'oublie jamais comment ces enfants du peuple kurde se sont engagés dans une lutte acharnée pour conscientiser et organiser les travailleurs immigrés d'origine kurde et pour sensibiliser l'opinion belge sur l'oppression non seulement des Kurdes mais également de tous les opprimés de Turquie.

Ironie de sort, la semaine culturelle kurde coïncide avec la célébration officielle du 50e anniversaire de l’immigration turque en Belgique. Les médias et les dirigeants belges, à cette occasion, ne parlent que de l'immigration turque, mais ne prononce aucun mot sur les immigrés d'origine kurde, arménienne, assyro-chaldéenne, grecque et ézidie.

En plus, on passe toujours sous silence le fait que l'immigration en provenance d'Anatolie n'a pas commencé en 1964, mais déjà en 1915, presque 100 ans avant avec le génocide et la déportation des Arméniens et Assyro-chaldéens, ensuite avec les vagues d'exils politiques des milliers d'opposants des régimes répressifs d'Ankara, notamment après les coup d'état militaires de 1971 et 1980.

Quant à l'immigration économique dont le 50e anniversaire est célébré en Belgique, il s'agissait d'une opération honteuse de la part des dirigeant de Turquie. Oui, c’était un bon débarras dans un pays qui souffrait d’un chômage grave. En plus, ces travailleurs immigrés étaient considérés comme une poule aux œufs d’or pour l’économie turque souffrant de manque de devise.

Avant mon exil, en tant que journaliste et syndicaliste, j’étais souvent au bureau de recrutement des travailleurs immigrés par le patronat allemand dans un local dans le quartier Tophane d’Istanbul. Je me souviens, comment ces enfants anatoliens, turcs ou kurdes, étaient soumis nus à un contrôle médical jusqu'à leur sexe afin de vérifier s’ils étaient aptes à travailler dans les mines ou dans l’industrie lourde.

Depuis lors, tant dans les médias turcs que dans les médias européens on ne parle que de « l’immigration turque » sans tenir compte du fait qu’une partie importante de ces travailleurs était d’origine kurde.

Ce qui est malheureux, ces travailleurs kurdes, eux-mêmes, cachaient soigneusement leur origine ethnique ou linguistique, en raison de la répression nationale en Turquie qui visait également ses ressortissants dans leur pays d’accueil.

Comme je disais au début de mon intervention, après 1978, grâce au travail exemplaire de l'organisation kurde Tekoser, se sont déclenchées la conscientisation et l'organisation des immigrés d'origine kurde en Belgique.

A cette époque-là, toutes les associations progressistes luttaient d'une part contre le régime répressif en Turquie, et d'autre part, pour inciter les travailleurs immigrés à s’intégrer dans la vie politico-sociale belge sans tomber dans les manœuvres nationalistes ou fondamentalistes de l’Etat turc et des associations faisant partie du lobby du régime d’Ankara.

Toutefois, je me souviens toujours avec une grande amertume comment certaines associations et institutions qui se réclament progressistes et internationalistes prenaient une position nationaliste, même raciste, quand il s'agit de reconnaître l'identité nationale du peuple kurde.

Lors des travaux préparatifs en vue de réunir toutes les associations immigrées dans la Communauté flamande, la participation de l'association kurde Tekoser à cette initiative était fort contestée par les représentants du parti communiste de Turquie sous prétext que leur parti serait le seul représentants de tous les travailleurs, turcs ou kurdes...

D'ailleurs, les autorités belges, sous la pression du régime d'Ankara ont gardé une grande distance vis-à-vis des revendications de nos amis kurdes.

L’appel commun des associations progressistes immigrées, toutes nationalités confondues, Objectif 82 était le point culminant de notre lutte démocratique. Cette initiative revendiquait également que les partis politiques fassent leur maximum pour éduquer et responsabiliser ces nouveaux citoyens d’origine étrangère.

Malheureusement, les partis politiques belges n’ont pas répondu correctement à cet appel.

Deux coups mortels, l’un après l’autre, à l’intégration socio-politique des travailleurs immigrés venus de Turquie…

Tout d’abord, la junte militaire de 1980 a ordonné la perte de nationalité pour les opposants de son régime à l’étranger avec la confiscation de leurs biens en Turquie.

Plusieurs travailleurs immigrés avaient acheté une maison ou un  terrain en Turque avec leurs économies après avoir travaillé péniblement dans les charbonnages belges… Sous la menace de la perte de nationalité et la confiscation de leurs biens en Turquie, ils se sont éloignés des milieux progressistes et soumis au diktat de l’Ambassade de Turquie pour assurer leur avenir.

En plus, la même junte militaire a pris une série de mesures pour mettre les associations immigrées sous contrôle de l’Etat turc par le biais de la Fondation des affaires religieuses à Bruxelles.

Malheureusement les partis politiques belges, au lieu de former les citoyens d’origine étrangère pour une intégration saine dans la vie politique belge, ont recouru à toutes sortes de marchandage avec les associations au service du lobby turc, ultra-nationalistes et fondamentalistes compris, pour obtenir quelques votes de plus dans les communes à forte densité de ressortissants turcs.

La conséquence inévitable de cette politique de l'autruche: Soumission totale au négationnisme du régime turc.

Je reviens au début.

En plus de la présence kurde dans le contexte de l'immigration économique des années 60, la population belge comprend également des masses d'exilés politiques arméniens, kurdes, assyro-chaldéens depuis le génocide de 1915 et après les coups d'état militaires de 1971 et 1980.

A cause de la soumission des autorités belges au régime d'Ankara, s'est déclenchée une série d'agressions contre les communautés non-turques.

Déjà il y a 20 ans, en 1994, une agression des Loups gris à Saint-Josse contre cent cinquante Kurdes participant à une marche pacifique.

Cinq ans plus tard, le 17 novembre 1998, l'Institut Kurde de Bruxelles, le Centre Culturel Kurde et un local assyrien ont été attaqués et incendiés par les Loups Gris devant la police.

Le 10 décembre 2005, un engin incendiaire a été lancé dans les locaux du bureau du parti pro-kurde DEP, détruisant la porte d’entrée.

Dans la nuit du dimanche 1er avril 2007, les locaux d'une association kurde à Saint-Josse ont été ravagés par un incendie criminel.

La communauté arménienne était toujours un des cibles privilégiées de l'agression des fascistes turcs.

Déjà lors des élections de 1999, les candidats d'origine turque sur les listes électorales des partis politiques belges ont commencé leur campagne avec les déclarations négationnistes promettant même la démolition du monument de génocide arménien à Ixelles.

Depuis lors, la reconnaissance du génocide arménien a été exclue de l'ordre du jour Parlement belge par l'ensemble des partis principaux, francophones ou flamands.

En plus, les 21 et 24 octobre 2007, un commerce arménien à Saint- Josse a été saccagé deux fois par les Loups gris.

Le crime encore plus grave contre les communautés non-turques de Turquie a été le harcèlement continuel contre les institutions kurdes installées en Belgique.

La mise sur pied d'abord du Parlement kurde en exil, ensuite le Congrès national du Kurdistan par les députés kurdes exilés en Belgique était un tournant historique dans la lutte de la reconnaissance de l'identité kurde dans le monde. Cette initiative a été suivie par la fondation de la première télévision kurde en Belgique.

Je me souviens toujours avec amertume comment les dirigeants et les travailleurs de ces deux institutions légitimes et exemplaires du peuple ont été harcelés depuis une vingtaine d'années par les autorités européennes sous la pression d'Ankara et de Washington.

Aujourd’hui alors qu'on célèbre la semaine culturelle kurde dans la capitale européenne, nos regards tournent vers l'année 2015.

Toutes les diasporas anatoliennes doivent se mobiliser pour la réussite de trois objectifs en 2015:

1. La réussite du parti démocratique des peuples (HDP) aux prochaines législatives en Turquie.
2. La victoire des forces kurdes qui combattent au Moyen-Orient contre les réactionnaires islamistes.
3. La reconnaissance du génocide des Arméniens et assyro-chaldéens à son 100e anniversaire.
3. La lutte contre les manipulations du lobby turc visant à transformer le Festival Europalia-Turquie en une campagne de propagande du négationnisme d'Ankara.

Je vous salue de tout mon cœur dans l'espoir de célébrer ensemble dans les années qui viennent les victoires des diasporas anatoliennes contre toutes les forces obscurantistes et ténébreuses.


vendredi 18 juillet 2014

Kurdes assassinées à Paris

Kurdes assassinées à Paris : 
Demande de l'arrestation de responsables turcs
 
Les proches des militantes kurdes assassinées à Paris en 2013 ont demandé à la justice des mandats d'arrêt contre quatre responsables turcs qu'ils soupçonnent d'avoir commandité ce crime, a indiqué vendredi à l'AFP une source proche du dossier.

Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez avaient été tuées de plusieurs balles dans la tête, en plein jour le 9 janvier 2013, dans les locaux du Centre d'information du Kurdistan (CIK), dans le Xe arrondissement, un crime qui avait bouleversé la communauté kurde.

Arrêté quelques jours plus tard, le Turc Ömer Güney avait été mis en examen pour assassinat. Si diverses pistes avaient initialement été évoquées quant aux commanditaires, l'implication des services secrets turcs (MIT) -ou d'une de ses branches- ne fait aujourd'hui aucun doute pour les proches des victimes.

Ils ont donc demandé ces derniers jours à la juge d'instruction Jeanne Duyé, qui conduit l'enquête, de délivrer des mandats d'arrêt à diffusion internationale contre quatre Turcs susceptibles d'être mis en cause pour complicité d'assassinat, a précisé la source proche du dossier.

Ces quatre personnes -O. Yüret, U.K. Ayik, S. Asal et H. Özcan- apparaissaient comme les signataires d'un document confidentiel publié le 14 janvier 2014 par la presse turque. Elle le présentait comme une note du MIT de novembre 2012 rédigée comme un "ordre de mission" pour Ömer Güney.

En février, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel rapportait que ces quatre noms étaient bien ceux de membres des services turcs travaillant sur la question kurde et évoquait des sources au sein des services de sécurité allemands concluant à l'authenticité du document.

Sa publication était intervenue peu après la diffusion de l'enregistrement d'une conversation antérieure aux assassinats entre un homme, qui pourrait être Ömer Güney, et deux agents turcs.

Ömer Güney, qui nie les accusations dont il est l'objet, a réfuté devant la juge être un des hommes parlant sur cette bande. Selon une source proche de l'enquête, l'expertise scientifique n'a pas permis d'authentifier sa voix avec une certitude absolue. Mais des personnes le connaissant, interrogées par l'AFP, se sont dites convaincues qu'il s'agissait de sa voix.

 "Aller jusqu'au bout"

Sakine Cansiz était une figure du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considérée comme proche de son chef historique Abdullah Öcalan. Fidan Dogan, elle, était une militante kurde très connue au sein de la classe politique européenne.

"Dans les assassinats politiques, on sait toujours quel peut être l'Etat commanditaire, mais on n'a jamais de preuve précise. Or ici, on a la chance d'en avoir", a déclaré à l'AFP Antoine Comte, un avocat des proches des victimes.

"Il faut aller jusqu'au bout et mettre en cause les commanditaires dont les noms apparaissent dans +l'ordre de mission+", a-t-il ajouté.

Le MIT a déjà démenti toute implication dans ce crime. Dans un discours préélectoral en mars, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan l'avait attribué au mouvement de Fethullah Gülen -son ex-allié devenu son ennemi- qu'il soupçonne d'avoir infiltré les organes de sécurité turcs.

Dans leur demande d'acte, à laquelle la juge est tenue de répondre sous un mois, les familles lui enjoignent à nouveau d'interroger les renseignements français sur ce qu'ils pouvaient savoir d'Ömer Güney, selon la source proche du dossier. La magistrate avait rejeté en septembre 2013 une requête similaire.

Elles s'interrogent notamment sur un mail adressé à la préfecture de police de Paris le 20 janvier 2013, deux jours après le placement en garde à vue du suspect.

Ce courriel anonyme dénonçant Ömer Güney contenait des éléments extrêmement précis -tel le voyage en Turquie du suspect en décembre 2012- qui se sont plus tard avérés exacts selon cette source, qui indique que ce message a été adressé d'un ordinateur dont le fournisseur d'accès se trouve à Téhéran.

Le Parlement turc a voté début juillet un projet de loi destiné à relancer le processus de paix entamé fin 2012 avec les rebelles kurdes en Turquie et actuellement au point mort. Le conflit kurde en Turquie a fait plus de 45.000 morts depuis 1984. 
(AFP, Jacques CLEMENT
, 18 juillet 2014)



INFO-TURK

mardi 31 décembre 2013

L’assassinat de trois militantes kurdes : l'enquête avance.

Vérité-justice pour Rojbin, Sakine, Leyla : un tournant dans l’enquête ?

 
dimanche 29 décembre 2013
par  Amitiés kurdes de Bretagne

" Les derniers développements de l’enquête sur l’assassinat de trois militantes kurdes proches du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), le 9 janvier 2013 à Paris, renforcent les soupçons contre Ömer Güney, l’unique suspect des meurtres. Ils accréditent désormais l’hypothèse d’un assassinat politique sur fond d’espionnage. "
écrit Eric Pelletier dans « L’Express » daté du 23/12/2013.

Pour nous, ce n’est pas un scoop, mais ces derniers développements renforcent notre conviction, celle que nous n’avions pas craint d’exprimer dès le lendemain de ce triple assassinat, alors que le scepticisme était de bonne aloi :
le commanditaire de ce geste inqualifiable exécuté par des professionnels du crime ne fait aucun doute : il s’est désigné lui-même en se défaussant, dès les premières heures, sur un prétendu règlement de comptes entre Kurdes. L’Etat turc est coutumier du fait de mentir avec aplomb. Nous en apportons les preuves à longueur de colonnes. Nous ne sommes pas étonnés non plus qu’il commandite cet assassinat au moment où il ouvre, semble-t-il, des négociations avec Abdullah Öcalan, le Président du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) : ce ne serait pas la première fois que le dictateur en puissance, le Premier ministre turc R.T. Erdogan, jouerait double jeu.

La piste de l’extrême droite

L’enquête judiciaire aurait trouvé, d’après Eric Pelletier, des éléments de preuves de l’appartenance du présumé meurtrier avec les milieux de l’extrême droite turque, ce qui ne fait que corroborer nombre de témoignages. Pour autant l’erreur serait de croire que la responsabilité du gouvernement turc s’en trouve exonérée. Il serait stupide de penser qu’un Etat commettrait l’imprudence d’armer directement le bras de l’assassin. Il faut que l’enquête judiciaire aille jusqu’à son terme. Plus que jamais nous attendons du gouvernement français et de l’Elysée l’attitude qu’il convient quand il s’agit de dénoncer un crime politique qui a été commis sur notre sol, de réconforter les proches des victimes et de demander des comptes au pays mis en cause.

La colère et l’émotion sont toujours aussi vives

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A Rennes, comme dans d’autres villes européennes, les Kurdes ont défilé ce 27 décembre pour dénoncer les exactions de l’Etat turc dont ils sont victimes. Ils ont rappelé que, le 28 décembre 2011, l’aviation turque faisait de Roboski un village martyr, tuant trente-quatre civils, en majorité des enfants et que le 6 décembre dernier, à Yüksekova (région de Hakkari), la police a tiré à balles réelles sur des manifestants, sans oublier les trois militantes kurdes abattues sur notre sol. Trois méfaits parmi d’autres dont les commanditaires sont toujours impunis. Les Amitiés kurdes de Bretagne, qui avaient appelé soutenir cette manifestation, étaient présentes avec la banderole : « VERITE et JUSTICE pour Rojbîn – Sakine – Leyla, militantes kurdes assassinées le 9 janvier 2013 à Paris ».

André Métayer
http://www.amitieskurdesdebretagne.eu/spip.php?article757
 

jeudi 10 janvier 2013

Trois militantes kurdes abattues à Paris

Trois militantes kurdes abattues à Paris

Mis à jour | publié  
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/01/10/01016-20130110ARTFIG00423-trois-militantes-kurdes-abattues-a-paris.php


Leurs corps ont été découverts dans la nuit au Centre d'information du Kurdistan, dans le Xe arrondissement. Les meurtres qui suggèrent des exécutions seraient intervenus mercredi après-midi.

La scène du crime suggère une exécution. Trois militantes kurdes d'origine turque ont été abattues dans la nuit de mercredi à jeudi au Centre d'information du Kurdistan, situé dans le dixième arrondissement de la capitale. Les corps ont été découverts peu avant 2 heures du matin au premier étage d'un immeuble du 147, rue La Fayette. Deux des femmes auraient été tuées d'une balle dans la nuque, la troisième aurait été touchée au ventre et au front. 

Aucune plaque ne signale la présence de ce centre, dont l'accès est protégé par un digicode. Les enquêteurs pensent que les militantes, qui étaient seules dans les locaux, ont ouvert elles-mêmes à leur(s) assaillant(s). L'alerte a été donnée par les proches des victimes qui n'arrivaient pas à les joindre depuis mercredi après-midi. Le petit ami de l'une d'elles a tenté de se rendre sur place mais n'avait pas les clés et n'a pu rentrer immédiatement.

Une détonation entendue à 18 heures

Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soylemez. Capture d'écran Firatnews.
Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soylemez. Capture d'écran Firatnews.
 
Les policiers ont été appelés à 1h45 pour intervenir. Ils ont dû forcer la porte, révèle Europe 1, et ont alors découvert une scène de crime ensanglantée. On ignore encore l'heure à laquelle ont été tuées ces femmes mais un voisin a confié à la radio avoir entendu une détonation vers 18 heures. 

L'identité des victimes a été confirmée par le responsable du centre Leon Edart, responsable de la fédération des associations kurdes. Il s'agit de Sakine Cansiz, l'une des fondatrices du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Fidan Dogan, 32 ans, représentante du Congrès national du Kurdistan (KNK), basé à Bruxelles, et Leyla Soylemez, une jeune activiste, responsable des associations de jeunesse kurdes.

Selon plusieurs manifestants rencontrés sur place, la cible principale de l'attentat était Sakine Cansiz, une figure du mouvement kurde, qui a été emprisonnée en Turquie. Ces membres de la communauté kurde à Paris voient la main des services secrets turcs derrière l'attentat. 

Sakine Cansiz, une femme d'une cinquantaine d'années, avait, selon ces témoignages, le statut de réfugié politique en France et voyageait beaucoup en Europe, notamment en Allemagne et en Belgique. 

«Responsable de l'organisation des femmes kurdes, elle participait à de nombreuses réunions. Il y a plus de deux cents associations kurdes en Europe, dont une vingtaine en France», raconte une journaliste kurde au milieu de la foule des manifestants. Selon cette journaliste qui a rencontré Sakine Cansiz au début de la semaine au Centre culturel kurde, celle-ci venait d'arriver à Paris, où elle était aussi suivie pour «des problèmes santé». La militante ne lui avait alors pas paru «particulièrement inquiète ou menacée». 

Toujours selon cette journaliste kurde, les bureaux du Centre d'information du Kurdistan se composent de deux pièces auxquelles s'ajoutent une cuisine et une salle de bains, au 1er étage du 147, rue La Fayette et ne sont pas spécialement sécurisés. 

Dénonçant des meurtres «insupportables», le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est déplacé sur place en début de matinée. «Soyez assurés de la détermination des autorités françaises» pour résoudre cette affaire, affirme-t-il. À la vue du ministre, les manifestants ont scandé des slogans tels que «Solution politique pour le Kurdistan» ou «Nous sommes tous du PKK». 

Peu de détails ont filtré sur les circonstances du drame. Mais les enquêteurs ont précisé au Figaro que les Kurdes de cet institut auraient eu des différends avec la communauté turque de la Seine-Saint-Denis, notamment les responsables d'un journal turc.

Dès l'annonce de ces assassinats, des centaines de Kurdes se sont rassemblés devant l'immeuble, scandant «Elles ne sont pas mortes», «Nous sommes tous PKK!», «Turquie assassin, Hollande complice!». La Fédération des associations kurdes de France appelle les Kurdes d'Europe «à se rassembler à Paris pour dénoncer cette attaque».
La section antiterroriste du parquet de Paris a été saisie. Elle a confié l'enquête à la sous-direction antiterroriste (Sdat) et à la section antiterroriste (SAT) de la brigade criminelle de la police judiciaire.