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mardi 1 juin 2021

De Clovis à Macron

De Clovis à Macron : vie et fin d’une nation ?

Nos politiques actuels montrent d’évidentes ambitions personnelles. Elles sont cependant bien trop étriquées et mensongères pour qu’elles se développent en une ambition pour la France et soient ainsi utiles au pays, face aux dangers qui grondent. La réalisation d’une véritable ambition politique individuelle devrait s’appuyer sur la réussite de la collectivité qui a élu l’ambitieux. Si elle se trouve seulement satisfaite par un succès privé, elle n’est qu’égoïsme, forfanterie et malheureusement tromperie de ceux qui, en tant qu’ensemble solidaire, pour tout ou partie, ont cru ou supposé ingénument que ce désir de réussite personnelle servirait la nation. Ces gens, bavards et sans échine, corrupteurs et faux, ne laisseront pas leur nom dans l’histoire. Au mieux, dans une quelconque note de bas de page, un historien futur, évoquant la période que nous vivons, les citera comme les insignifiants personnages d’un marécage politique, prélude boueux à la grande résilience française. C’est en tout cas la perspective espérée et motivante qui doit animer les citoyens si nous ne voulons pas qu’un autre historien, dans une autre dimension, écrive, en anglo-saxon, un ouvrage de 350 pages, faisant référence à un ancien pays, au titre probable suivant : « De Clovis à Macron : vie et fin d’une nation. »

Pour diriger une puissance aussi ancienne et sensuelle que la France, il faut entretenir une relation charnelle avec elle. Son histoire est un héritage global avec ses bons et mauvais épisodes. Les uns sont indissociables des autres tant les aspects sombres, par contraste, donnent de la lumière aux pages glorieuses. Nous ne pouvons faire le tri car nul ne peut se revêtir du contexte de telle ou telle époque. Ils participent tous à la France d’aujourd’hui et à sa grandeur. Ils dirigent son avenir et génération après génération ils nous obligent.

D’aucuns me diront que seul le peuple est souverain et que ses dirigeants sont ceux qu’il a souhaités. En sommes-nous sûrs ? Je crois, hélas, que toutes sortes de manipulations, rendues possibles de nos jours par une technologie soumise aux financiers méprisants, à une organisation internationale hostile aux nations, et à une caste qui leur est intimement liée, ont permis l’établissement d’une démocratie virtuelle, à moins que ce ne soit une dictature masquée. De plus le politique est un professionnel au long parcours ce qui le contraint à acquérir une mentalité conforme à des règles lentement établies, une sorte d’endoctrinement ou de structuration de l’esprit. Quelle que soit son adhésion idéologique, il s’impose, injustement, comme un indispensable spécialiste. Nous confions donc notre État à des gens dont la politique est devenue le métier. Je ne nie pas qu’une certaine expérience puisse être utile et que quelques-uns soient à leur place, mais l’intelligence, la vision des rapports humains, la réflexion, le sens des autres, la vertu, l’amour de la France, la culture, se trouvent plus aisément, ailleurs, que dans ce milieu. Il y a, au demeurant, un détournement, de l’expression populaire d’autant plus évidente que les partis de militants n’existent plus. Ils recueillaient, à leur façon, la pensée des citoyens et, de ce fait, offraient à leurs responsables un mandat légitime pour parler au nom d’une partie du peuple. Cette organisation militante s’est effondrée. Nous sommes confrontés à un hiatus entre les positions des politiciens et l’opinion véritable d’un peuple privé de cette possibilité de faire émerger ses sentiments et de s’enthousiasmer pour une cause véritable. La politique devrait redevenir l’affaire de tous. Elle ne peut être la propriété d’un groupe fixant à ses membres des comportements au travers de longues dérives. Ce clan finit par ne proposer au peuple que des souhaits sous influence, habillés, selon le bord affiché, de fausses différences. Ou encore il ne fait que relayer les exigences aberrantes des minorités agissantes et menaçantes, qu’il fait siennes, car elles lui paraissent utiles pour faire croire à la prise en compte de volontés citoyennes. L’absurde et l’ubuesque sont ainsi, exposés en lieu et place de la vertu et de la raison.

Le constat est d’évidence : il n’y a plus guère cette indispensable porosité entre le peuple et ses représentants, soumis obligatoirement au carcan des appareils partisans pervertis. À moins d’un homme charismatique créateur de sa part d’histoire, les politiques d’aujourd’hui les plus en vue n’ont pas la dimension leur permettant de répondre aux périls qui menacent la France. Ils proviennent tous de la routine d’une situation de paix, menés par des gestionnaires prétentieux aux principes flexibles. Ils ne sauraient imaginer affronter une guerre de religion, une crise existentielle, qui pourtant pointe à l’horizon de nos jours. Chez ces professionnels il y a une large part d’amateurisme !

Ils sont inadaptés au dangereux futur immédiat. Alors que faire ? Des élections présidentielles approchent qui seront beaucoup plus déterminantes pour l’avenir du pays que les précédentes. Cependant aucun des candidats potentiels ne semble répondre aux puissantes obligations qui seront celles du futur chef de l’État. Si rien n’est fait pour modifier cette absurde conséquence d’un système dévoyé, la France courra à la catastrophe. Il faudrait donc inverser le processus actuel faisant que les partis choisissent de soutenir un des leurs sans que ce candidat désigné ait eu la moindre onction populaire préalable. Les citoyens sont totalement étrangers à ces choix. Il leur est simplement demandé d’adhérer à une personnalité choisie dans ce microcosme de l’entre-soi. Or nous constatons que les Français sont, dans une immense majorité, d’accord sur les aspects fondamentaux d’une politique nationale reposant principalement sur la sécurité et la souveraineté qu’aucune des personnalités sélectionnées aujourd’hui n’affirme vouloir véritablement défendre, bec et ongles ou contre vents et marées, selon la formule qui vous plaira.

J’écrivais, dans un ouvrage paru en mars 2017[1], Il est nécessaire d’inverser les règles de fonctionnement de la vie politique pour une plus grande démocratie et une meilleure adhésion du peuple. Il faut aller du peuple vers une structure souple et associative, à la suite d’un homme ou de quelques-uns, porteurs d’une philosophie politique et non plus laisser ces entreprises politiques existantes, établir une dictature sur la pensée et le choix des responsables… Des mouvements sont nés récemment autour d’une idée ou d’une éthique. La « manif pour tous », « les veilleurs »… et quelques autres. Ils témoignent de cette volonté populaire de s’exprimer en s’affranchissant des partis traditionnels. Ce système a fonctionné, dans le lointain passé, avec la rédaction des cahiers de doléances. Aujourd’hui, j’ajouterais le mouvement des « Gilets jaunes », mais aussi la « lettre – dite – des généraux ». Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées, sans organisation préexistante, dans un but déterminé. Il est certain que les réseaux sociaux, remplaçant les cafés du commerce, ont seuls permis de tels rassemblements. La démocratie revivifiée pourrait partir de ce nouveau média.

Quelques-uns pourraient ainsi lancer sur ces réseaux la base d’une ligne directrice pour la France, susciter le rassemblement de personnes dans plusieurs lieux du territoire qui éliraient des délégués acceptant de rencontrer d’autres délégués et ainsi de suite jusqu’à une réunion ultime désignant leur candidat. Ce procédé valable pour une élection présidentielle pourrait se décliner pour quelques autres élections selon un mode adapté. En développant cette idée, je me suis rendu compte que les soviets, en Russie, avaient procédé d’un principe voisin. Je ne suis pourtant pas communiste (à moins que face au totalitarisme financier et ultra capitaliste, le patriote, plutôt bonapartiste, admirateur de Foch de Lyautey et de Clemenceau, et parfois gaulliste, que je suis, ne le devienne…) Le principe n’est donc pas utopique, quand bien même nos esprits, structurés à la fois par des décennies d’un système électoral banal laissant quelques ambitieux proposer leur candidature, et par une prétention à ne voir la démocratie ne fonctionner que par cette unique méthode. Je rappelle le dernier alinéa de l’article 2 de la constitution sur lequel je vais revenir : « Le principe (de la République) est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Je constate que ce beau principe est biaisé. L’article 1 n’est pas mieux appliqué spécifiant, dans un second et récent alinéa que : « La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »

Je ne me fais cependant aucune illusion. Une telle modification si elle venait à être envisagée se heurterait à de multiples obstacles dont le principal serait une opposition d’un système ancien se sentant menacé.

Mais supposons pour la beauté du rêve que les Français réussissent à élire un président selon leurs vœux profonds et une assemblée nationale conforme, enfin, aux souhaits réels des citoyens. Le nouveau chef de l’État devrait dès son intronisation, agir par le symbole. Le symbole révèle les ressorts les plus cachés de l’action en anticipant le temps futur ; bien davantage que le langage, il exprime le fond d’une pensée et la volonté de mise en œuvre d’une action. Il s’adresse à l’inconscient et provoque des résonances en reliant l’individuel au collectif. Il engage, il ne ment pas…

Je verrais donc, dans le premier trimestre suivant l’élection du président de la grande résilience nationale, le nouveau chef de l’État prendre quelques mesures éclairantes sur l’avenir. Après le symbole initial du dépôt d’une gerbe sous l’Arc de Triomphe, au pied du soldat inconnu et sous le regard attentif des gloires militaires de la France, suivraient des décisions manifestant ses intentions.

Il ferait ainsi ôter la bannière européenne sur tous les bâtiments officiels où elle fait une ombre dérangeante au drapeau français, en contradiction avec l’article 2 de la constitution stipulant que «  L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. »

  Pour la même raison, et au nom du droit des Français à la compréhension, il interdirait l’utilisation de toute autre langue que la nôtre sur notre sol, dans nos productions écrites et matérielles et par nos représentants civils et militaires à l’étranger et imposerait aux produits importés d’être présentés exclusivement dans notre langue. Cet article 2, décidément, le prévoit aussi : « La langue de la République est le français. »

Il réaffirmerait notre indépendance et rappellerait les officiers en poste au sein de l’OTAN et reviendrait à la supériorité du droit français sur toute autre norme. Dans une même continuité, il mettrait fin à la participation française aux organismes judiciaires européens risquant de soumettre des Français, voire l’action de la France, à des juges étrangers. Il rappellerait l’intégrité de l’ensemble du territoire national et demanderait la mise en œuvre d’une étude pour l’intégration définitive des territoires d’outre-mer – Nouvelle-Calédonie et Polynésie – à l’ensemble français.

Il ferait son tout premier voyage officiel, en Russie, puis visiterait les pays africains francophones.

Il ferait revoir nettement à la hausse le budget de la Défense et exigerait des mesures pour rétablir la souveraineté totale de notre production d’armement.

Il déclarerait solennellement que la France est fière de son histoire et n’a pas à la fractionner ni à se repentir de ce qui déplait à certains Français marginaux et étrangers. Il ferait supprimer l’appellation « Loi mémorielle » et la remplacerait par l’expression « affirmation solennelle » sans vraie valeur juridique, car l’histoire, science des faits passés, ne se décrète pas. Il ajouterait que la France reconnait la supériorité du droit des nations sur celui des individus.

Il engagerait une réforme de l’Éducation nationale reposant sur la recherche d’une connaissance de base pour tous et sur la sélection des élèves, en donnant comme axe éducatif l’enseignement du Français, des sciences, de l’histoire et de la géographie. Il éloignerait les parents des établissements d’enseignement.

Il lancerait la création d’un organisme pour l’exploitation des richesses recelées par les 11 millions de km2 du domaine maritime national, à l’image du CEA en son temps, et engagerait un développement nouveau de la filière nucléaire.

Et surtout, en matière de sécurité, il établirait un contrôle aux frontières. Il donnerait l’ordre de revoir les conditions d’ouverture du feu pour les forces de l’ordre en les rendant plus simples. Demanderait l’organisation d’un referendum sur le rétablissement de la peine de mort dans certains cas et ferait mettre en œuvre une politique de rapatriement des émigrés dans leur pays d’origine et ferait réétudier toutes les aides sociales qui leur sont destinées. Il engagerait une réforme en profondeur du système judiciaire. Il exigerait des binationaux un choix. Il affirmerait que l’islam n’est pas une religion compatible avec la laïcité ni avec la civilisation française et inviterait les musulmans à en tirer les conséquences. Il ferait aussi abolir, par le nouveau parlement, toute la législation portant atteinte à la dignité et à la normalité de la famille…

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Il est certain que toutes ces mesures essentiellement symboliques engageraient l’avenir et obligeraient à une politique fondamentalement nouvelle. Elles apparaitraient comme les prémices d’une renaissance de la France. Nul doute qu’un tel chef de l’État, entamant son mandat avec de telles indications symboliques, maintiendrait l’adhésion sans faille du peuple qui l’aurait élu car, avide d’espoir, il serait dès lors assuré d’un avenir pour la France conforme à la trajectoire de son histoire.

Henri ROURE



[1] Grandeur ou servitude ? Essai sur l’avenir de la France. Éditions ED2A, mars 2017, 157 pages.

jeudi 5 novembre 2020

Lettre des alumni de l'UFAR au président E. Macron

Lettre des alumni de l'UFAR au président E. Macron


Association UFAR Alumni

10 rue David Anhaght

0037 Erevan - Arménie

Erevan, le 4 novembre 2020

Monsieur le Président,

Nous, les alumni de l’Université française en Arménie (UFAR), avons été formés par la France, qui, par le biais de l’UFAR, investit dans la jeunesse arménienne. Cette même jeunesse qui, aujourd’hui, se fait tuer par l'Azerbaïdjan.

Depuis le 27 septembre 2020, les Arméniens font face à une agression sans précédent, lancée par les dirigeants politico-militaires de l’Azerbaïdjan avec le soutien direct de la Turquie. Cette agression a lieu en pleine pandémie de Covid-19, alors que l’Organisation des Nations Unies avait appelé à un cessez-le-feu mondial. Cette guerre s’accompagne de violations flagrantes du droit international : les forces azerbaïdjanaises prennent délibérément pour cible des établissements civils, notamment des écoles et des hôpitaux, tout en utilisant des armes proscrites par le droit international, à savoir des armes à sous munition et des munitions au phosphore. Cette guerre porte les germes d’une crise démographique, économique, sanitaire, ainsi que d'une émigration massive.

A ce jour, mille cent soixante-dix-sept de nos compatriotes dont quatre jeunes représentants de la communauté ufarienne sont tombés héroïquement au combat. Parmi les populations civiles, cette guerre a déjà fait quarante-six victimes et cent quarante et un blessés. A ce décompte funeste s’ajoute celui des vingt-quatre mille enfants actuellement privés de leur droit à l'éducation suite aux bombardements de plus de soixante-dix établissements scolaires au Karabakh.

Monsieur le Président, vous avez été le premier dirigeant étranger à dénoncer l’implication de combattants terroristes étrangers dans ce conflit et à pointer l’absence de justification aux premières frappes parties d’Azerbaïdjan le 27 septembre. Nous saisissons cette occasion pour vous remercier d’avoir fait entendre ces vérités basées sur les faits. De fait, la population pacifique de l'Arménie et du Karabakh n'avait aucune intention de faire la guerre et ne souhaite aucunement la poursuivre. Nous ne souhaitons qu’une chose : vivre et créer pacifiquement sur nos terres ancestrales. Malheureusement l’agresseur, qui a rompu à trois reprises le cessez-le-feu conclu grâce aux efforts des coprésidents du groupe de Minsk, rejette tout règlement pacifique et conjugue ses attaques avec un discours de haine envers les Arméniens.

En 1915 quand un crime terrible fut commis contre notre peuple, la France a accueilli les rescapés du génocide. Nous n’oublions pas le sauvetage par la Marine française de quatre mille quatre-vingts douze Arméniens retranchés depuis cinquante-trois jours sur le Musa Dagh. Nous n’oublions pas non plus qu’en 1988, suite au tremblement de terre dévastateur qui frappa l’Arménie, la France aux côtés de Charles Aznavour s’est mobilisée pour venir en aide aux populations des zones sinistrées. Tous ces épisodes ont marqué l’histoire des relations entre nos deux peuples et nous croyons qu’une nouvelle page de l’amitié franco-arménienne est en train de s’écrire. Les collectivités locales françaises et les Arméniens de France fournissent déjà une aide humanitaire aux populations touchées par le conflit et une aide gouvernementale a été annoncée dans la presse. Nous remercions toutes les personnes mobilisées pour ce travail important.

Nous croyons fermement aux valeurs de la démocratie et aux droits de l'homme que la France défend et qui nous ont été enseignés à l’UFAR. Nous attendons à présent de la communauté internationale et de la France plus particulièrement que tout soit mis en œuvre pour empêcher que ces valeurs soient de nouveau bafouées.

Aussi, la communauté des alumni de l’UFAR vous prie,

  • d’user de l’ensemble des moyens à la disposition de votre gouvernement pour mettre fin aux opérations militaires et à l’ingérence agressive de la Turquie ;
  • de veiller à l’application des mesures prévues par le droit international contre les États qui utilisent des groupes terroristes et qui violent le droit humanitaire international, y compris, mais sans s'y limiter, par l’emploi de la torture et le meurtre de prisonniers de guerre, les décapitations de soldats tombés au combat (par analogie avec les pratiques de Daesh), les bombardements massifs de cibles civiles, notamment d'écoles et d'hôpitaux et l'utilisation de munitions interdites ;
  • de considérer le droit à l'autodétermination du peuple du Haut-Karabakh, sur la base d'une sécession réparatrice, comme la seule garantie possible pour assurer son droit fondamental à la vie.

Enfin, Monsieur le Président, nous souhaitons vous présenter nos plus sincères condoléances à la suite des attentats qui ont frappé la France. Nos pensées sont avec les proches des victimes et avec ce peuple de France que nous aimons.

Confiants dans votre implication, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre très haute considération.


Les membres 
de l’association UFAR Alumni

 

 

Son Excellence Monsieur Emmanuel Macron

Président de la République française

Paris - France

mardi 1 août 2017

Macron-Libye : la Rothschild Connection

Macron-Libye : la Rothschild Connection

Manlio Dinucci

“Ce qui se passe aujourd’hui en Libye est en quelque sorte le noeud d’une déstabilisation à multiples visages” : a déclaré le président Macron en célébrant à l’Élysée l’accord qui “trace la feuille de route pour la paix et la réconciliation nationale”.
  
Macron attribue la situation chaotique du pays uniquement aux mouvements terroristes, lesquels “visent à profiter de la déstabilisation politique et de la manne économique et financière qui peut exister en Libye pour prospérer”. Pour cela -conclut-il- la France aide la Libye à bloquer les terroristes. Macron renverse, de cette façon, les faits. L’artisan de la déstabilisation de la Libye a précisément été la France, avec les États-Unis, l’Otan et les monarchies du Golfe.
 
En 2010, documente la Banque mondiale, la Libye enregistrait en Afrique les plus hauts indicateurs de développement humain, avec un revenu par habitant moyen-haut, l’accès universel à l’instruction primaire et secondaire et de 46 % à l’enseignement supérieur. Environ 2 millions d’immigrés africains y trouvaient du travail. La Libye favorisait par ses investissements la formation d’organismes économiques indépendants de l’Union africaine.
 
Usa et France - prouvent les emails d’Hillary Clinton - s’accordèrent pour bloquer le plan de Kadhafi de créer une monnaie africaine, en alternative au dollar et au franc Cfa (monnaie que la France impose à 14 de ses ex-colonies africaines). Ce fut Clinton - documente le New York Times - qui fit signer au président Obama “un document qui autorisait une opération secrète en Libye et la fourniture d’arabes (sic - d'armes?) aux rebelles”, y compris des groupes jusque là classifiés terroristes.
  
Peu après, en 2011, l’Otan sous commandement USA démolissait par la guerre (ouverte par la France) l’État libyen, en l’attaquant aussi de l’intérieur avec des forces spéciales. D’où le désastre social, qui fera plus de victimes que la guerre elle-même surtout chez les migrants.
 
Histoire que Macron connaît bien : de 2008 à 2012 il fait une fulgurante (autant que suspecte) carrière à la Banque Rothschild, l’empire financier qui contrôle les banques centrales de quasiment tous les pays du monde. En Libye, la Banque Rothschild débarque en 2011, tandis que la guerre est encore en cours. Les grandes banques étasuniennes et européennes effectuent en même temps la plus grande rapine du siècle, en confisquant 150 milliards de dollars de fonds souverains libyens. Dans ses quatre années de formation chez Rothschild, Macron est introduit dans le gotha de la finance mondiale, où se décident les grandes opérations comme celle de la démolition de l’État libyen. Il passe ensuite à la politique, faisant une fulgurante (autant que suspecte) carrière, d’abord comme vice-secrétaire général de l’Élysée, puis comme ministre de l’économie. En 2016 il crée en quelques mois son parti, En Marche !, un “instant party” soutenu et financé par de puissants groupes multinationaux, financiers et médiatiques, qui lui ouvrent la voie à la présidence. Derrière le protagoniste, Macron, ne se trouvent donc pas seulement les intérêts nationaux français. Le butin à partager en Libye est énorme : les plus grandes réserves pétrolifères africaines et de grosses réserves de gaz naturel ; l’immense réserve d’eau fossile de la nappe nubienne, l’or blanc en perspective plus précieux que l’or noir ; et le territoire libyen lui-même de première importance géostratégique à l’intersection entre Méditerranée, Afrique et Moyen-Orient.
  
Il y a “le risque que la France exerce une forte hégémonie sur notre ex-colonie”, prévient Analisi Difesa, en soulignant l’importance de l’imminente expédition navale italienne en Libye. Un appel à l’”orgueil national” d’une Italie qui réclame sa part dans la partition néo-coloniale de son ex-colonie.



Edition de mardi 1er août 2017 de il manifesto
https://ilmanifesto.it/macron-libia-la-rothschild-connection/


dimanche 21 mai 2017

Celui qui « joue du piano » à l’étage au-dessus



Celui qui « joue du piano » à l’étage au-dessus

par Varoujan Sirapian

Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron, inconnu encore il y a trois ans du grand public, est devenu le huitième président élu de la Ve République. Inconnu ? Pas pour tout le monde. 


Sous la Ve République, on ne pouvait pas envisager d’accéder à l’Élysée sans l’appareil d’un Parti derrière soi. Et encore, Mitterrand n’a réussi qu’à son troisième essai et Chirac a attendu 19 ans avant d’y parvenir. Macron ne possédait pas cet atout. Alors quelles sont les forces et les méthodes utilisées qui l’ont propulsé au poste suprême de l’État ?

Curtis B. Dall, dans son livre F.D. Roosevelt[1], écrit au sujet du CFR[2] :

« … mais ce que les membres du CFR ne savent pas ce sont les objectifs à long terme de la haute direction.
Avec tout ce tralala, quatre-vingt-dix pour cent de ses membres n’ont pas la moindre idée de celui qui “joue du piano” à l’étage au-dessus.
Et le piano continue à jouer et le pianiste du dessus ne perd pas une minute pour mener la danse des officiels légalement élus.
Bien loin de nous, le gouvernement par le peuple ! En fait, c’est une dictature subtile d’une oligarchie. C’est la dictature internationale en “cravate noire” qui s’appuie sur la masse bernée et ensorcelée de tous ceux qui recherchent un statut social, et derrière cette foule distinguée, le public n’y voit que du feu ! »

Tout est dit et nous pensons que ce schéma s’applique parfaitement dans le cas Macron. Vous l’avez compris, « le pianiste » est une image et représente non pas une personne mais un groupe.

Trois étapes ont été nécessaires pour que « le pianiste » puisse placer son poulain à l’Élysée.

 Le choix et la préparation d’un candidat

À ce niveau du jeu politique, le pianiste (ou le « Système ») ne peut pas prendre de risque et a toujours deux, sinon trois fers au feu. Les futurs candidats sont repérés bien en amont et encadrés par des « clubs », « think tanks », « cercles » et éventuellement des loges maçonniques. Leurs appartenances politiques importent peu, Gauche et Droite n’étant que des miroirs aux alouettes pour le peuple d’en bas. Les deux candidats retenus par le Système étaient Macron, et son alter ego Juppé, mais tous deux compatibles mondialistes, atlantistes, européistes et pour une société multiculturelle.
Le champion, l’élu du « Système » ne doit pas être exposé à des critiques, analyses approfondies de son programme jusqu’au moment où il sera décidé « à l’étage au-dessus » de le mettre sous les projecteurs. En attendant, d’autres éventuels candidats sérieux seront, à leur insu, des figurants pour amuser la galerie : Valls, Montebourg, Sarkozy, Le Maire...
En même temps que la sélection du candidat, le « Système » doit aussi s’assurer d’une vitrine pour l’exposer dans les meilleures conditions en bordant les médias pour, le moment venu, « vendre » le champion à l’opinion publique. D’où, bien en amont, les achats massifs des médias (journaux, radios, télévisions, hebdomadaires, magazines people, etc.) qui demandent des investissements lourds. Quand on étudie à qui appartiennent les médias de masse, on n’est pas étonné de voir les plus grandes fortunes de France.
Le signal a été donné par « le pianiste » environ un avant les élections pour que Macron lance son mouvement « En Marche » (avec l’argent de qui ?) et de démissionner peu après de son poste de ministre de l’Économie pour avoir les coudées franches. La stratégie était de court-circuiter les primaires de la Gauche avec deux avantages : a) ne pas être obligé de respecter le calendrier imposé par le PS et donc prendre de l’avance et b) ne pas être obligé de dévoiler son programme, se contentant de faire des shows, répondant aux questions de journalistes bienveillants, affirmant le matin une chose sur une radio et le soir son contraire sur une chaîne de TV.

La création du « Mal »

Pour gagner, le Bien a besoin du Mal. Dans le rôle du Mal le FN, diabolisé, marginalisé, déclaré infréquentable est une valeur sûre depuis les années 1985-86. L’élection se jouant à deux tours il fallait tout faire pour laisser en face du « Mal » le champion élu, le chevalier blanc, programmé pour gagner. Celui qui serait donc au deuxième tour face au candidat du FN était sûr de gagner la partie, les électeurs conditionnés — notamment par les médias suscités — pour « faire barrage » à l’inacceptable, avec un « vote républicain ». Ici l’on voit bien que le match se jouerait non pas entre le candidat « élu » et le candidat du FN mais entre l’« élu » et le candidat de la Droite républicaine. Le petit grain de sable dans ce mécanisme bien huilé fut le résultat des primaires de la Droite en désignant contre toute attente et démentant les sondages, François Fillon comme candidat à la présidence. Si le gagnant était Juppé comme avait pensé le « Système » il y aurait moins de problèmes puisqu’au second tour Marine Le Pen aurait en face d’elle soit Juppé soit Macron, bonnet blanc, blanc bonnet.

L’élimination de l’adversaire — un assassinat politique

Mais ce fut Fillon. Le « Système » devait réagir vite pour l’empêcher d’atteindre le second tour. La machine infernale de la justice injuste s’est mise en marche avec une diligence inhabituelle. Un ancien dossier d’emploi fictif (à ce jour non encore prouvé), des fuites (illégales) vers les médias, un harcèlement inouï du candidat et de sa famille, des semi-vérités, des diffamations et des mensonges ont été utilisés pour faire plier le candidat Fillon. Aucun débat de fond n’a été possible pendant deux mois précédents le premier tour. La force de caractère de Fillon ainsi qu’un soutien populaire partout en France lui a permis de rester debout malgré la trahison de certains de ses amis politiques. Cela n’a pas été suffisant, un peu moins de 500 000 voix lui manquant pour atteindre le second tour.

Ainsi le pianiste qui joue à l’étage au-dessus a gagné son premier pari en plaçant son poulain mondialiste cosmopolite à l’Élysée. Il lui faut maintenant mettre en marche le programme que l’on découvrira au fur et à mesure.

Au moment où nous écrivons ces lignes, le troisième étage de la fusée Macron, le résultat des élections législatives n’est pas connu. Le plan voulu, conçu et mis en place par le pianiste ne pourra fonctionner que si le président arrive à consolider son pouvoir par une majorité confortable au Palais Bourbon.

 


[2] The Council on Foreign Relations (CFR), https://www.cfr.org