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samedi 14 octobre 2017

Soutien à Ara Toranian


La revue Europe & Orient soutient ARA TORANIAN



Le 17 octobre 2017 à 13h va comparaître pour diffamation devant la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris Ara TORANIAN, directeur des " Nouvelles d'Arménie Magazine".

La rédaction de " Europe & Orient " se joint aux nombreux soutiens d'Ara TORANIAN et appelle ses lecteurs et leurs amis à être présents nombreux lors du procès, pour que, enfin, la négation du génocide des Arméniens soit reconnue par la justice française, mettant fin à ces infâmes attaques à la mémoire de 1,5 millions victimes ainsi qu'aux descendants des rescapés du Medz Yeghern.



A Alfortville, le 14 Octobre 2017
La rédaction de l'Europe & Orient

lundi 21 décembre 2015

La tactique de l'horreur de Daesh

La tactique de l'horreur de Daesh


par Nikos Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras
21.12.2015
En stratégie, à partir des observations précises de Clausewitz sur la guerre, et surtout pour son caractère caméléonien, nous pensons que le plus naturel est la guerre et quand elle fait des pauses que nous appelons cela la paix tandis que la société nous impose arbitrairement le contraire. 
Cela ne surprend pas celui qui traite de questions stratégiques, car il reconnaît continuellement dans le cadre de la réalité historique des schémas mentaux stratégiques qui n’existent pas pour la société. Mais actuellement, même la société la plus libre ou la plus apathique, est forcée d'accepter que nous nous trouvons dans une phase de guerre avec la question du terrorisme qui provient de l'organisation Daesh et elle commence à accepter qu'il y ait une approche différente et qu'il ne s’agit pas seulement d’un autre phénomène semblable aux précédents. 
Cette organisation a pour but un crime contre l'humanité, et si nous ne l'arrêtons pas, elle commettra un génocide sous nos yeux sans que les sociétés de l’indifférence ne s’en rendent compte. Pour créer un état, cette organisation est prête à n’importe quel sacrifice et catastrophe et ce, à différents niveaux de cruauté contre des bébés qui souffrent de maladies, pour la manipulation des enfants, pour des atrocités commises contre les hommes, pour la poursuite des ennemis, la destruction de villages, par appauvrissement économique par empiètement territorial, par des tentatives violentes et des suicides, de manière à causer des dommages, en particulier, dans des populations qui ont des religions différentes, développer une rivalité et que celle-ci permette un engagement des éléments les plus extrémistes dans sa région et modifier les données démographiques. 
Donc, tout retard de notre part, aggrave la situation pour des peuples innocents qui n’ont pas de protection.

mercredi 8 juillet 2015

Une danse macabre à Bruxelles



Une danse macabre pour ne pas irriter les négationnistes d'Ankara



La commission parlementaire belge refuse la reconnaissance du génocide de 1915

La commission des Affaires étrangères de la Chambre a adopté mardi une proposition de résolution relative au génocide arménien. Diverses propositions de loi avaient abouti en commission ces dernières semaines.

Après des débats menés tambour battant par les membres de la majorité, le texte déposé par ces derniers a été voté vers 13h30. Le texte n'a cependant pas recueilli pas l'unanimité: PS, cdH et Ecolo se sont abstenus. Le Sp.a a voté pour.

La majorité avait en effet accéléré le tempo: elle avait obtenu, après une suspension de séance, que le texte qu'elle a déposé soit d'utilisé comme base de travail.

Un des amendements déposés visait à faire reconnaître le génocide arménien par le Parlement. Les parlementaires des partis de la majorité gouvernementale ont cependant rejeté cette proposition, comme d’autres qui avaient été introduites par l'opposition.

Le cœur même du texte se focalise sur la nécessité d'encourager la réconciliation entre la Turquie et l'Arménie mais n'appelle pas les autorités belges à poser un acte de reconnaissance, une occasion manquée supplémentaire, selon l'opposition, après l'absence du chef d'État, du chef du gouvernement ou de la diplomatie belge aux cérémonies officielles à Erevan.

Un texte critiqué par l'opposition

C'est "une grande satisfaction", s'est réjoui le chef de groupe MR Denis Ducarme alors que la résolution doit encore être votée en séance plénière.

"Le MR tente de nous faire croire qu'il prend ses responsabilités, une des plus belles façons de les prendre eût été d'envoyer le Premier ministre MR ou le ministre des Affaires étrangères MR à Erevan, cela aurait été bien plus fort qu'une déclaration à la Chambre", a réagi Stéphane Crusnière (PS), disant ne pas comprendre que la majorité ne laisse pas à la Chambre l'opportunité de prononcer un "acte solennel fort" quinze ans après le Sénat.

La majorité n'a pas non plus souhaité à ce stade étendre la reconnaissance du génocide aux autres minorités touchées comme les Araméens, les Syriaques, les Chaldéens, les Assyriens ou les Grecs Pontiques, même si le texte de la résolution évoque également le drame des massacres qui ont visé ces populations. Pour Vanessa Matz (cdH), cela revient à considérer qu'il existe des "sous-génocides" et il s'agit d'un mauvais signal alors que les chrétiens d'Orient font l'objet de nouvelles persécutions de masse. Tendu, le débat s'est figé un peu plus quand Jean-Jacques Flahaux (MR) a jugé qu'il fallait veiller, sur la forme, à ne pas "ajouter d'autres wagons" ou à "noyer le poisson", autant d'expressions qui ont choqué l'opposition.

"Je n'en reviens pas encore des leçons qu'on a pu prendre de partis qui ont été aux responsabilités et qui auraient pu demander à leur Premier ministre la reconnaissance, mais qui ne l'ont pas fait, par choix politique", a tonné Denis Ducarme.

Enfin, l'appel à élargir la loi pénalisant le négationnisme lancé par Olivier Maingain (FDF) n'a pas non plus été retenu.

Benoît Hellings (Ecolo) avait souligné l'importance d'une résolution qui permette de contribuer, loin des "raisons communautaires" et des "jeux politiciens" animant certains partis, à "l'effet domino" qui doit permettre la reconnaissance du génocide par la Turquie. Au final, il a regretté le "brouillard" et l' "ambigüité" du texte adopté.

Un long chemin vers la reconnaissance

En 1998, le Sénat avait déjà adopté une résolution reconnaissant le génocide et invitant le gouvernement à faire de même. En cette année 2015, 100 ans après les massacres, la commission des Relations extérieures devait discuter sur pas moins de quatre propositions de résolution, visant à la reconnaissance officielle par la Belgique (Parlement et gouvernement) du génocide arménien. Propositions émanant de la majorité, mais aussi du cdH, du PS et du Vlaams Belang. Quatre textes car chacun dans ce dossier redevenu soudain sensible comptait bien faire entendre ses propres accents.

C'est le Premier ministre lui-même qui aura beaucoup contribué à remettre le débat à l'agenda. Le 18 juin, interrogé par un député de sa majorité, Charles Michel, à la tribune de la Chambre, donne l'ultime coup d'accélérateur. "Je veux être très clair, ma position est connue et sans équivoque : j’estime que les événements tragiques survenus entre 1915 et 1917, et dont le dernier gouvernement de l’Empire ottoman est responsable, doivent être qualifiés de génocide. Telle est la position du gouvernement belge". Des propos retentissants qui lui attirent les applaudissements de tous, y compris côté opposition.

C'est vrai que le débat pour une reconnaissance semblait s'enliser. Le 26 mars 1998, une résolution adoptée par le Sénat (par 49 voix pour et 9 abstentions) reconnaissait le génocide des Arméniens. Mais cette résolution ne demandait pas formellement au gouvernement belge de le reconnaître officiellement au nom de la Belgique. 2015, 100 ans du génocide oblige, la majorité avait promis un texte rapidement mais de texte, jusqu'à la déclaration solennelle du Premier ministre, il n'y avait pas encore. Alors que dans le même temps, le 22 avril 2015, le Parlement flamand avait pour sa part adopté déjà sa résolution reconnaissant le génocide des Arméniens. Le ministre des Affaires étrangères MR Didier Reynders semblait vouloir d'ailleurs rester bien plus prudent et l'on évoquait une volonté de ne pas crisper Ankara à l'approche d'un Europalia Turquie...

Retour à la Chambre

La balle est donc revenue côté Parlement. Avec pas moins de quatre propositions de résolutions donc. La majorité (N-VA, MR, CD&V, Open VLD) avait donc fini par accoucher de son texte tant annoncé, optant pour une inscription et une discussion en urgence - la volonté étant de le faire adopter en plénière de la Chambre d'ici la trêve estivale, 21 ou 23 juillet.

Mais le cdH, le PS et même le Vlaams Belang avaient sorti leur propre mouture. Le texte le plus court étant celui du Belang, datant de septembre 2014, sans dérapage extrême, appelant "le gouvernement à reconnaître le génocide" et à "inciter la Turquie à faire de même", pour la justice et la réconciliation entre les peuples turc et arménien. Ce que mentionne aussi la proposition de résolution de la majorité consacrée "à la commémoration du centenaire du génocide", reprenant les propos très clairs du Premier ministre Charles Michel à la Chambre

Sauf que l'on s'interrogeait sur ce premièrement disant que la "Turquie actuelle ne saurait être tenue pour responsable du drame vécu par les Arméniens de l'Empire ottoman". "Trop prudent, trop léger, étrange de mentionner cela en premier point", estimait le cdH Georges Dallemagne qui y va aussi de sa résolution, plus ferme, moins ambiguë selon lui, et demandait "une indispensable clarté des autorités belges" et un engagement très ferme du gouvernement à faire pression sur la Turquie.

Les séquelles des "affaires" Ozdemir et Kir

Le cdH avait choisi la ligne dure après l'exclusion très médiatique pour non-reconnaisance du génocide de sa députée bruxelloise Mahinur Ozdemir.

Quatrième et dernier texte, celui du PS, cosigné notamment par la députée carolo Ozlem Ozen, le PS qui devait clarifier sa propre ligne après les hésitations autour des minutes de silence d'hommage aux victimes aux Parlements bruxellois et fédéral, et l'absence de certains élus tels Emir Kir, depuis mollement rappelé à l'ordre.

Le PS qui parlait bien de "génocide" arménien mais estime que "le Parlement n'a pas vocation à se substituer au pouvoir judiciaire" et appelait les instances internationales à se prononcer juridiquement sur le sujet.
(Voir: http://www.info-turk.be/443.htm#PS)

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-chambre-debat-de-la-reconnaissance-du-genocide-armenien?id=9025777



dimanche 23 février 2014

Combattre le négationnisme



Combattre le négationnisme,
jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme



Dans toutes les sociétés confrontées à l’héritage d’un génocide ou d’un crime contre l’humanité, la persistance de formes plus ou moins sournoises de négationnisme constitue un défi et une responsabilité fondamentaux. Un génocide ne consiste pas seulement dans l’extermination programmée et consciencieusement exécutée d’un grand nombre de personnes ; ces deux aspects, l’intention et l’exécution, sont complétés par un troisième, la négation. Dans le moment même où le crime est commis, ses traces sont effacées et sa réalité niée. Il ne faut pas voir là un réflexe de défense d’un criminel qui aurait honte de son acte et chercherait à le cacher pour échapper à la condamnation. La négation remplit une fonction au contraire essentielle dans l’entreprise génocidaire : elle adresse aux victimes et aux rescapés le message que, non seulement, ils n’ont pas droit à la vie, mais qu’en réalité, ils n’existaient même pas avant, du moins pas en tant qu’humains. C’est seulement de cette manière que le génocide devient le crime parfait : non seulement il vise à éliminer une population sans rémission pour le futur, mais également en amont, dans le passé. Pour que l’entreprise d’extermination soit entière et complète, il est nécessaire que ses exécuteurs puissent affirmer que ceux qu’ils ont exterminés n’existaient en réalité pas même avant. Voilà la logique folle de la catastrophe, voilà pourquoi tant de survivants ont une souffrance psychique qui dépasse de loin le « choc post-traumatique ». Par conséquent, il est essentiel, pour protéger la dignité des victimes et des rescapés, autant que de répondre au devoir de prévention des génocides, de prendre leur négation – cœur invisible du processus génocidaire –  au sérieux.

On voit à quel point le jugement du 17 décembre 2013 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) dans l’affaire Doğu Perinçek concerne un enjeu fondamental et sensible. Les juges des droits de l’homme (cinq juges contre deux) viennent de condamner la Suisse, et désavouer l’appréciation des juridictions nationales, pour avoir violé la liberté d’expression du Président général du Parti des Travailleurs turc. Celui-ci, condamné en Turquie pour sa participation active au réseau « Ergenekon » (impliqué dans l’assassinat du journaliste Hrant Dink, et qui comprend les acteurs les plus virulents du racisme anti-arménien et du nationalisme turc) est en outre le fondateur du Comité Talaat Pacha, principal instigateur du génocide des Arméniens. L’argument apporté par la CEDH, par ailleurs d’une fermeté bienvenue s’agissant de la négation du génocide du peuple juif (affaire Garaudy, 2003), est pour le moins surprenant et problématique. En bref : contrairement au cas d’espèce dans l’affaire Garaudy, les propos de Doğu Perinçek qualifiant le génocide arménien de « mensonge impérialiste international », ne seraient constitutifs, selon la Cour, ni d’un « abus de droit » (non protégé par la Convention européenne selon son article 17), ni d’un « besoin social impérieux » justifiant une limitation de la liberté d’expression (article 10) ; ceci parce que Doğu Perinçek nierait la seule qualification juridique de génocide (et non les massacres et déportations des Arméniens), et qu’une telle négation ne serait pas de nature à inciter à la haine. Roger Garaudy lui-même avait également argué devant la CEDH, en vain, du fait qu’il ne niait pas l’existence des crimes nazis.

La distinction faite par les cinq juges européens relève d’un contresens. Nier la qualification juridique de génocide revient, précisément, à nier l’intention spécifique caractérisant ce crime (soit l’intention de détruire tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux). Or nier cette intention spécifique revient ici à nier, comme dans l’affaire Garaudy, la « réalité de faits historiques clairement établis » : ceux-ci font en effet, non seulement l’objet d’un consensus général et scientifique, souligné par les juridictions puis le Gouvernement suisses devant la Cour, ainsi que par les juges Vucinic et Pinto de Albuquerque en dissidence, mais également l’objet des procès de Constantinople (1919-1920). Les archives de ces procès rassemblent les preuves tant de l’intention d’exterminer la population arménienne dans son intégralité, que du plan concerté élaboré à cette fin par le Gouvernement Jeune-Turc. A cela s’ajoute le constat – opéré par les juges suisses, puis par notre Gouvernement devant la CEDH – de nombre d’éléments reconnus comme suffisants à démontrer le caractère raciste et nationaliste des mobiles de Doğu Perinçek : le fait, notamment, qu’il se réclame de Talaat Pacha (le Hitler turc) auquel il s’identifie, qu’il tente de réhabiliter les crimes commis, et qu’il accuse les Arméniens d’être les agresseurs et de falsifier l’Histoire. Il s’agit bien là d’une stratégie cynique de négation autant que de justification de ces crimes d’Etat – qu’ils soient par ailleurs qualifiés de « génocide » ou d’« autres crimes contre l’humanité » (261bis al. 4 CP).

Le problème central posé par le jugement de la CEDH est double. D’un point de vue juridique, les juges des droits de l’homme créent une inégalité de traitement des victimes de génocides et crimes contre l’humanité devant la loi, ce que le peuple suisse a précisément souhaité éviter en acceptant l’article 261bis al. 4 lors de la votation fédérale de 1994. D’un point de vue politique, un tel jugement rend service à tous les acteurs du négationnisme officiel et para-officiel de la Turquie, en cette veille de commémoration du centenaire d’un génocide qui est à l’origine de la création même des concepts juridiques de « crime contre l’humanité » et de « génocide ».

La balle est à présent dans le camp de la Suisse qui peut, en écho à ce que préconisent les deux juges dissidents, demander le renvoi de cette affaire devant la Grande Chambre de la CEDH. Il est à espérer que notre pays saura ainsi défendre l’indépendance et l’honneur de sa justice.


Sévane GARIBIAN, Docteure en droit,
enseignant-chercheur aux Universités de Genève et de Neuchâtel

Stefan KRISTENSEN, Docteur en philosophie,
enseignant-chercheur aux Universités de Genève et de Heidelberg


Sévane Garibian est notamment l'auteure de Le crime contre l'humanité au regard des principes fondateurs de l'Etat moderne. Naissance et consécration d'un concept, Schulthess, LGDJ, Bruylant, 2009.

Stefan Kristensen est notamment l'auteur de Parole et subjectivité. Merleau-Ponty et la phénoménologie de l'expression, Georg Olms Verlag, 2010.


Tribune parue dans le journal Le Temps du 14 février 2014, p. 13.

dimanche 10 février 2013

Le changement de phase arméno-juif

Le changement de phase arméno-juif


Nikos Lygeros



Le changement de position de la diaspora juive des Etats-Unis n’a pas manqué d’engendrer des répercussions sur le plan historique. En effet à la suite de cette déclaration positive au sujet de la reconnaissance du génocide des Arméniens, des spécialistes ont commencé à mettre en évidence des sources jusqu’à présent inexploitées qui témoignent des atrocités commises à l’égard de la population juive dans l’Empire Ottoman. 

Cette population qui était l’une des plus pauvres de celles qui étaient non musulmanes, n’avait pas réellement de revendication à faire en ce qui concerne la non jouissance de propriété. Ce fait a été utilisé par la Turquie pour développer sa propagande sur le caractère libéral de l’Empire Ottoman. Comme l’Etat d’Israël évitait soigneusement d’avoir un ennemi de plus dans sa région, la combinaison tactique de ces points de vue a conduit les chercheurs à une certaine forme de neutralité à l’égard de la Turquie. Le problème comme l’a si bien dit Elie Wiesel, c’est que la neutralité n’est jamais du côté de la victime. Aussi la Turquie a profité de ce champ libre non seulement pour mettre en place sa propagande mais aussi pour critiquer les causes arménienne et grecque, en mettant en exergue le contre-exemple juif quant à son intolérance. Pourtant l’examen historique de ses affirmations montre de manière limpide l’absence de substrat objectif. C’est exactement ce que viennent confirmer les nouvelles anciennes sources qui n’avaient pas été exploitées par les centres de recherches historiques, ou pour être plus précis qui n’avaient pas été diffusées auprès du grand public. 

Ce nouvel accès à des sources directes qui décrivent avec précision les faits et gestes de l’Empire Ottoman à l’encontre des Juifs, valorise enfin l’histoire de ces victimes oubliées dans le silence des archives. Cette nouvelle approche permet aussi d’aborder de manière plus stratégique le problème de la reconnaissance du génocide. En effet, même les plus réticents parmi les Arméniens à revendiquer le génocide et sa reconnaissance, ne peuvent plus utiliser le prétexte de ces juifs puisqu’il n’existe plus de facto. De plus, il est désormais possible de mettre en place un véritable mix stratégique qui met en cause les efforts des Arméniens, des Grecs et des Juifs à l’encontre de la barbarie turque et de sa tentative de compléter ses génocides par un génocide de la mémoire. Nous devons à présent recouper toutes nos informations avec celles des archives juives afin de mettre en évidence le caractère systématique de la barbarie turque. 

Dans le cadre du génocide des Arméniens, il y a eu aussi des victimes grecques et juives qui doivent être utilisées dans l’acte d’accusation à l’encontre de la Turquie. Cette fois, nous pouvons démontrer avec des preuves à l’appui que le génocide des Arméniens appartient à une extermination encore plus large qui concerne toute population non musulmane. Nos analyses des travaux d’Alexandre Carathéodory sur le droit musulman acquièrent désormais une autre valeur. En effet, l’intégration des atrocités commises à l’égard des Juifs correspond à l’application des fondements même du droit musulman qui est très permissif à l’égard de tout acte à l’encontre d’un non musulman. Nous n’avons plus simplement un affrontement entre chrétiens et musulmans qui correspond à une guerre de religion. L’opposition s’effectue sur la musulmanité en sa négation. Aussi nous sommes en présence d’une forme d’absolutisme religieux. C’est dire combien est paradoxale notre approche du Kémalisme puisque ce dernier sous prétexte de remettre de l’ordre dans l’Empire Ottoman après l’intervention des Jeunes Turcs, est allé bien au-delà de tous les efforts produits jusque-là afin de donner une cohérence à l’Etat turc. 

Cela signifie que toute la structure turque s’est construite sur des fondements génocidaires. Et la Turquie actuelle n’est que l’enfant de ce génocide. Ceci explique les difficultés de la reconnaissance du génocide mais aussi le contrecoup que va subir la Turquie à la suite du changement de phase arméno-juif.


http://www.lygeros.org/articles?n=3278&l=fr