mercredi 20 août 2014

Turkish blood money!

Former House Majority Leader
Sells His Soul for Fistful of Dollars
 
By Harut Sassounian
20.08.2014
 
 
Washington has long-suffered from unethical politicians, but the prize for the top hypocrite on an Armenian issue goes to former Cong. Richard Gephardt who served as House Majority Leader from 1989 to 1995 and Minority Leader from 1995 to 2003.
 
After championing the recognition of the Armenian Genocide for over two decades, Gephardt retired from the House of Representatives in 2005, and began enriching himself by lobbying against the very issue that he had staunchly defended in Congress!
 
Taking advantage of Turkish paranoia on the eve of the Centennial of the Armenian Genocide, the Gephardt Group Government Affairs expanded earlier this year its long-standing lobbying relationship with the Republic of Turkey. The new contract, worth $1.4 million per year, includes subcontractors Dickstein Shapiro ($531,000 per year), Greenberg Traurig ($314,000 per year), Lydia Borland ($180,000 per year), and Brian Forni ($78,000 per year). The Gephardt Group and its subcontractors agreed to provide the following services to Turkey:
 
“(a) Proposing and pursuing passage of legislation and other U.S. government action that promotes Turkey's interests and provides a positive image of Turks, Turkey and the United States-Turkey relationship,
 
(b) Preserving and enlarging the Congressional Caucus on Turkey and Turkish Americans,
 
(c) Educating members of Congress and the Administration on issues of importance to Turkey,
 
(d) Promptly notifying Turkey of any action in Congress or the Executive Branch on issues of importance to Turkey,
 
(e) Preparing brief analyses of developments in Congress and the Executive Branch on particular issues of concern to Turkey,
 
(f) Identifying official gatherings and social events to which [Turkish] Embassy personnel ought, in the Gephardt Group's opinion, attend, including to the extent possible, obtaining the necessary invitations,
 
(g) Identifying and/or arranging speaking engagements locally and nationally for [Turkish] Embassy personnel or their appointed or suggested proxies in fora that will improve Turkey’s image and advance its causes on Capitol Hill. Such would be, if so directed by Turkey, coordinated with Turkey's existing public relations service provider(s), and
 
(h) Maintaining and forging alliances with other interest groups whose goals are similar to or shared by Turkey.”
 
Significantly, subcontractor Greenberg Traurig’s responsibilities include: “develop and utilize contacts at the State and Defense Departments, and the National Security Council to convey the seriousness of the genocide issue and the potential threat it poses to the U.S./Turkey relationship.”
 
While there are plenty of sleazy lobbyists in Washington, none can match Gephardt’s shocking transformation from a leading supporter of Armenian Genocide recognition to a genocide denialist! The early years of Gephardt’s shameful flip-flop on this critical moral issue was revealed by The New Republic in its July 23, 2007 article titled, “K Street Cashes in on the 1915 Armenian Genocide.” Throughout his 26 years in Congress, Cong. Gephardt co-sponsored several genocide Resolutions and repeatedly spoke on the importance of recognizing the Armenian Genocide. In 2000, Gephardt and two other House Democrats co-signed a letter to then-Speaker Dennis Hastert urging him to schedule an immediate vote on the Armenian Genocide Resolution.
 
In January 2005, barely days after leaving his House seat, Gephardt opened his consulting and lobbying firm in Washington, D.C. From 2005 to 2009, he became a strategic adviser on government affairs for the international law firm of DLA Piper, which was paid $100,000 per month to represent the interests of Turkey, including lobbying against the pending House Resolution on the Armenian Genocide! The New Republic reported that Gephardt arranged meetings between members of the Turkish parliament and House Democratic leaders, helped Turkey’s U.S. Ambassador to gain an audience with "a skeptical Nancy Pelosi," and circulated a booklet titled “An Appeal to Reason,” that denied the Armenian Genocide.
 
Armenian-Americans and all people of good will should not remain silent while Gephardt enriches himself with Turkish blood money! They should warn his lobbying firm’s clients -- Anheuser-Busch, Boeing, Chevron, Enterprise Rent-A-Car, General Electric, Goldman Sachs, Google, Los Angeles Airport, National Football League, Port of Oakland, and United Airlines -- that they will boycott their products and services unless these firms cancelled their contracts with the Gephardt Group. Letters of complaint should also be sent to Ford Motor Company and The Scripps Research Institute for giving Gephardt a seat on their Board of Directors.
 
Finally, readers should write directly to Dick Gephardt, Gephardt Government Affairs, 1101 K Street, N.W., Suite 310, Washington, D.C. 2005 or send an e-mail to dickgephardt@gephardtdc.com, admonishing him for his highly unethical behavior!
 
 

Le retour au foyer



Arméniens : le retour au foyer

Jean V. Guréghian
18 août 2014     

L’appel récent de Charles Aznavour pour les réfugiés de Syrie et d’Irak, en souhaitant les installés dans les villages abandonnés en France, est intéressant et louable. Il dit entre autres : « … Pourquoi ne pas confier ces « villages fantômes » à ces chré­tiens, ces Kurdes, ces Yezi­dis, ces Armé­niens ? Ils auraient pour obli­ga­tion de les recons­truire, de les faire revivre, de labou­rer à nouveau des terres dont la ferti­lité ne fait aucun doute. Ils pour­raient ainsi vivre en paix, quasi­ment en autar­cie. Je réponds, en parti­cu­lier, de mes compa­triotes. Je sais qu’ils sont très travailleurs. »

Mais n’y a-t-il pas une autre solution pour les réfugiés arméniens de Syrie et d’Irak (notamment pour ceux de Syrie), qui serait peut-être moins réalisable, néanmoins plus logique : celle qui consisterait à demander leur retour… dans leurs propres villages, en Cilicie, d’où ils furent chassés en 1922, et dont la France a une grande part de responsabilité ! En effet, la plupart des Arméniens diasporiques du Moyen-Orient sont originaires de Cilicie.  

Il est très probable que le gouvernement turc répondrait négativement à une telle démarche, n’empêche qu’il serait peut-être opportun de profiter de l’occasion pour revendiquer.
Carte extraite de « La Cilicie au carrefour des empires » de Claude Mutafian, 
Les Belles Lettres Histoire, 1988
    

Extrait du livre de Jean V. Guréghian « Histoire d’Arménie », Y. Embanner, 2011 :

… Après la victoire, la Cilicie obtient une autonomie, sous mandat français, en mai 1919. Près de 160.000 survivants du Génocide retournent dans leur foyer. L’économie du pays se redresse peu à peu, on construit des écoles, les ports sont restaurés. Mais les autorités françaises vont dissoudre la Légion arménienne, en privant la population de ses défenseurs.
De son côté, Mustafa Kemal, qui refuse toute création d’autonomie arménienne, va profiter de la faible présence de l’armée française et de l’indécision des autorités de Paris pour attaquer en force. À Marach, en janvier 1920, les forces de Kemal vont massacrer 11.000 Arméniens, environ 8000 réussiront à prendre la fuite. Au mois d’avril, le général Andréa résistera héroïquement à Aïntab, devant l’ennemi supérieur en nombre, et sauvera les 18.000 Arméniens de la ville de l’encerclement et du massacre programmé. À Yenidjé, le général Gracy repoussera les forces ennemies. Les renforts demandés par les généraux français de Cilicie resteront malheureusement sans réponse du gouvernement. Ces batailles coûteront quand même la vie à plus de 6.000 jeunes soldats français, qui accompliront souvent des actes héroïques et se battront à un contre dix, pour sauver des populations civiles. 

Dans les régions éloignées, comme à Zeïtoun et à Hadjin, les Arméniens seront seuls devant les forces kémalistes et les Français refuseront de venir en aide. Zeïtoun tombera rapidement, la totalité des 1050 rescapés du Génocide revenus dans leur foyer sera massacrée. Hadjin tombe en octobre 1920, après huit mois de résistance. Les 6000 habitants survivants retournés dans leur foyer (sur les 35.000 avant le Génocide) seront massacrés par les Turcs. Seuls 305 combattants perceront les lignes turques et échapperont au massacre.

… Mais alors que les choses vont s’améliorer sur le terrain, Franklin-Bouillon va signer pour le gouvernement français, le 20 octobre 1921, à Ankara, un accord avec les forces Kémalistes, selon lequel La France cède la Cilicie aux Turcs et retire ses forces. Les Arméniens et autres chrétiens pris de panique vont s’enfuir, pour la plupart, vers la Syrie et le Liban, d’autres vont émigrer à Chypre, en Égypte, en Grèce, etc. Le rêve d’une Arménie cilicienne s’évanouit pour longtemps. 

Paul du Véou, témoin de l’époque, a écrit un livre remarquable sur cette tragique épopée, « La Passion de la Cilicie 1919-1922 » (450 p. éd. P. Geuthner, Paris, 1954). Voici les toutes dernières lignes émouvantes de son livre : « …il n’est pas au pouvoir des hommes d’empêcher Pâques de succéder à Ténèbres. Ainsi l’Arménie cilicienne, un jour ressuscitera par la France : ‘l’Arménie expire, disait Anatole France, mais elle renaîtra.’ Alors les drapeaux tricolores flotteront sur elle à nouveau, car les siècles de gloire et d’amour créent des unions qui ne peuvent dissoudre si aisément. Et elle groupera ses familles, bien diminuées, hélas ! Autour de ses évêques, sur son sol plus riche que le delta du Nil, son ‘Égypte avec des Alpes’. Sa légion et nos régiments veilleront encore sur son repos, la France lui donnera des charrues; nul ne la troublera dans sa foi, et elle vénérera dans son panthéon Tchalian, héros de Hadjin, et sur ses autels le Père Philippe et l’abbé Niorthe, martyrs français. Mais quand ? Mais quand ? »…

Rappelons que (jusqu’en 1915) le peuple arménien vivait sur ses terres ancestrales depuis près de 3000 ans et que l’Arménie fut le premier État au monde à adopter le christianisme, en 301 (ou en 314).

Une utopie ?
 
Bien que le souhait du retour des Arméniens rescapés du Génocide (en Cilicie comme en Arménie historique) soit considéré comme une utopie, ce souhait a été néanmoins formulé par des intellectuels turcs. Pour sa part, le maire de Diyarbakir (ville importante au sud-est de la Turquie), Osman Baydemir, avait fait en 2012 appel aux Arméniens en les invitant à revenir dans leurs foyers. D’ailleurs la cathédrale arménienne Saint-Kirakos a été récemment restaurée dans cette ville (comme l’église d’Aghtamar) et des messes y ont été célébrées. Autre phénomène (impensable il y a encore quelques années), on voit apparaître dans l’Est de la Turquie (Arménie historique) des panneaux rédigés… en arménien ! Ils indiquent la direction de monuments historiques pour les touristes arméniens qui viennent de plus en plus nombreux.

Alors serait-il absurde de revendiquer le retour des Arméniens de Syrie et d’Irak, dont la vie est en danger, dans leur propre foyer (dans le cas bien sûr où ces derniers le désireraient) ?

Nous sommes conscients que la réponse n’est pas simple et que la Turquie n’est pas encore prête à tendre la main aux Arméniens.

                                                




lundi 18 août 2014

CHP'nin misyonu kesin bir biçimde sona erdi

CHP'nin misyonu kesin bir biçimde sona erdi


Erol ÖZKORAY
18.08.2014


CHP üzerine son 20 yıldır o kadar çok ciddi siyasi yazı yazıldı ki artık söylenecek söz pek kalmadı. Bu yazıların da çoğu özetle “CHP nasıl dönüşmeli ve sol bir parti olmalı?” üzerineydi. Yazıların sayısı ve sol talebin dozu arttıkça, CHP'nin darbeciliği ortaya çıktı, militarist olduğu deşifre edildi, sonunda da milliyetçi (faşizan sos ağırlıklı) ve muhafazakâr (islamcı soslu) adaylarla özdeşleşmeye gidecek kadar seviye düştü. Tablo bu olunca artık “CHP sol parti olsun!” diye hala yırtınmanın bir anlamı da kalmadı. Ama insanlar hala bunun için debeleniyor. Durum patolojik vaka görünümünde olduğu için, artık biz siyaset bilimcilerin değil, psikologların ve psikiyatrların işi.


Peki niye böyle oldu? Çünkü artık CHP'nin misyonu kesin bir biçimde sona erdi. Yeşilçam filmleri gibi sado-mazo bir SON! Zaten otoriter rejimi kuran ve bunu savunan bir parti için anormal uzun yaşadı. Tam 91 yıl. Bu hayatı uzun kılmak için çok mizansen yaptılar, Nazi hayranı İsmet Inönü bile “solcu” yapıldı. Yani halkı aldatmak için numaralar bitmedi, dezenformasyon ve yalan zirve yaptı. Siyasette yalan bir tek islamcıların tekelinde değil ve onlarla da başlamadı. Siyasette yalan insanlık tarihi kadar eski. İslamcılar daha 12 yıllık, biz ise burada 91 yıldır süren yalandan bahsediyoruz. Zavallı kendi seçmeni de, bu kadar yalan dolan ve mizansenden sonra bu partiyi sol bir parti sandı. Halâ da sanmaya devam ediyor. Aynen Cumhuriyet'i hala sol bir gazete sanmak gibi! Laik bir sosyal demokratın, islamcı bir adaya oy atmasının ne kadar büyük bir şizofreni ve travmatik bir durum olduğunun farkında bile değiller. Bunu bile yaptırdılar. E, o zaman artık anahtarı paspasın altına koyup dükkanı kapama zamanı gelmis demektir. Yani siyasi iflas hali.

CHP Faşizm Üzerine Kuruldu

CHP ile ilgili söz bitti ancak yazılacak bir tek bu yazı kaldı: Parti kendini feshetmeli! Burada partiler tarihi yazmıyoruz, ayrıca teoriye (demokratik sosyalizm) de fazla girmeyeceğiz çünkü solla ilgisi olmayan bir vaka ve siyasi dejenerasyon karşısındayız. Ama milletin bir anda kendine gelmesi için şuradan başlayabiliriz: CHP faşizm üzerine kurulmuş bir partidir. Buyurun.

CHP'nin kurulduğu dönemde Avrupa'da çok moda olan iki devrimci hareket vardı: Faşizm ve Komünizm. Faşizm, patenti Benito Mussolini'ye ait olan bir ideoloji ve doktrindi. Devrimciydi; çünkü parlamenter rejime karşıydı, aynı zamanda iki ideolojiye düşman (liberalizm ve sosyalizm) olan tek siyasi hareketti, tek adam üzerine (Duce) kuruluydu ve bu rejimde Duce, parti ile, o da devletle özdeşleştiği için totaliterdi. Mustafa Kemal, CHP'yi kurarken faşizm modaydı ve kitleleri peşinden sürüklüyordu. O da parti genel sekreteri Recep Peker'i “git bakalım bir incele!” diye Roma'ya yolladı. İşte Mussolini faşizminden 6 okun çalınması da böyle başladı. İtalyancada “fascio” ok demektir. Yani Faşizm kelimesinin temelinde ok vardır. Geçmise öykündüğü için Romalı liktörlerin okları... Mussolini'nin ideolojisi, yazarı olduğu Faşizmin Doktrini adlı yaklaşık 100 sayfalık kitapta, tam 12 ok olarak yer alır. CHP bu oklardan altısını seçmiştir: Devletçilik, milliyetçilik, cumhuriyetçilik, devrimcilik, halkçılık ve laiklik. Bu kitabı 1975 yılında Paris'te siyasal bilgiler okulunda öğrenciyken okudum, inceledim ve şok geçirdim. Yani, CHP adlı partinin prensipleri faşist prensiplerdi ve logosu da faşist bir logoydu. Faşizm konusunda çok okumamın ve bu konuya hakim olmamın nedenlerinden biri de budur. Peki 40 yılda bu partide ne değişti? Hiçbir şey! Değişemez çünkü ideolojisi ve kuruluşu faşizme dayanan bir partiden bahsediyoruz. Artık anakronik olmuş bir ideolojiden. Onun için CHP kendini yenileyemez, çünkü faşizm yenilenmez, ancak çöpe gönderilir. Demek ki, CHP'yi sola çekmek için didinmek abesle iştigaldir. Çünkü faşizmden ne yapılırsa yapılsın sol çıkmaz. Ama faşizmin bir biçiminden (örnegin Nazizm'den) ırkçılık çıkar, ayrımcılık çıkar, darbecilik çıkar, militarizm çıkar, halkçılık ta çıkar. Nitekim bu hastalıkların hepsi CHP'nin Kemalizm'den gelen eklektik ideolojisinin (artık ona da ideoloji denirse!) içinde vardır. Kısaca kuruluşunda faşizmden beslenen, hala aynı prensipleri savunan bir partinin de tek sıfatı olur: Anakronik; yani cağdışı. Böyle bir parti de yok olmaya mahkumdur.

Otoriter Cumhuriyetin Misyonu Bitti

CHP'nin Türkiye Cumhuriyeti ile özdeşleşen tarihi de artık bu misyonun bittiğini gösteriyor. Yani otoriter cumhuriyet misyonunun. CHP bu cumhuriyetin otoriter kalabilmesi için elinden geleni ardına koymadı, bugüne kadar statükoyu korudu, devletle özdeşleşti ve sonunda cumhuriyet kavramı değil ama otoritarizm çöktü. Üstelik bu otoritarizm bugün yerini islamcı otoriterliğe bıraktı. Cumhuriyeti demokratikleştirmediği için de CHP'nin siyasi bir özelliği kalmadı. Laikliği de devlet kontrolünde (Diyanet) otoriter bir biçimde uyguladığı için, o alanı da tamamen islamcılara kaptırdı. Halbuki laiklikte devlet bütün dini inançlara eşit mesafede durur ve hiçbirini desteklemez. Üstelik bugün artık laiklik demokrasi demek. Demokrasi laikliği garanti ediyor, ama tam tersi mümkün değil. İşte CHP türü dejenere laikliğin bizi getirdiği durum. Ama CHP'nin derdi hiçbir zaman demokrasi olmadığı için ne cumhuriyeti demokratikleşti, ne de laiklik demokrasiyi kurmak için kullanıldı. CHP 21. yüzyılda iki kavramı da muazzam biçimde ıskaladı: Cumhuriyet ve laiklik. Yani CHP'nin savunduğu cumhuriyet ve laiklik türü (her ikisi de anakronik kaldı) siyasi anlamda iflas etti. Bu fay hattını iyi kullanan islamcılar da iktidar oldu, özellikle de 2011 seçimlerinden sonra. CHP’nin askerle beraber demokratik olmayan bir rejimin bekçiliğini yapması ve laikliği dejenere etmesi İslamcıların karşı-devrimine zemin hazırladı ve onların iktidarı ele geçirmesine yardımcı oldu. Ülkenin çağdaş olabilmesi için gerekli olan demokratik cumhuriyetin kurulması ve gerçek laikliğin uygulanmasında CHP artık tamamen devre dışı. Sonuç olarak, CHP ile birlikte, kurduğu biçimiyle otoriter cumhuriyetin kullanım tarihi kesin bir biçimde sona erdi.

CHP Soykırımcı Bir Partidir

Faşizmin yanı sıra, CHP ayrıca soykırımı uygulamış olan bir partidir. Bilen bilir de, resmi tarihin patenti de CHP de olduğu için bu gerçek saklanır. Türkiye Cumhuriyeti'nde yalanı icat eden parti olmak kolay mı? Hatta daha da ilginci, CHP kanunla soykırım yapan dünyadaki ilk partidir. Soykırımlar gizli yapılır, iz bırakılmaz, resmi belge ortalıkta dolaşmaz; sonradan inkâr edebilmek için. Ama CHP öyle yapmadı: Mustafa Kemal ile birlikte 1937 ve 1938'de iki kanunla alevi kürtlere karsı Dersim Soykırımı'nı uyguladı. Gerçekten ne cesaret, ne yüzsüzlük ve ne barbarlık! Dünya tarihinde kanunla soykırımın yapıldığı sadece bir örnek daha var: Fransız devrimcilerin gerçekleştirdiği 1792 Vandée Soykırımı. Fransız parlamentosunda halâ iki kanun teklifi bu soykırımın tanınması için sırasını bekliyor. Dersim Soykırımı, kavramın mucidi Lemkin'in kriterlerine tamamen uyan tipik bir soykırımdır ama örneğin bu partinin hem Alevi, hem de Kürt olan genel başkanından bu konuda tık yoktur. Yani siyasi şizofreni bu değilse nedir? Yani sen kurban olarak, celladının partisinde, sahte cellat rolüne soyunuyorsun. Hem de kurban ve patron cellat, aynı kişide. Söz bitti.

Şimdi su sıfatlara bir bakalım: Faşist, soykırımcı, ırkçı. En ağırlarını aldım. Militarist, milliyetçi, devletçi, darbeci, ayrımcı olanları (üstelik sanki çok hafiflermis gibi) bir kenara bıraktım. Sıralanan sekiz sıfat solun düşmanıdır ve sol ideoloji ile (demokratik sosyalizm, sosyal demokrasi, sosyalizm) hiçbir ilgisi yoktur. İlk üç sıfat günümüz dünyasında ne durumda? Peki, aynı üç sıfat 1950'li yıllarda ne durumdaydı? O günden, bugüne dek her üç sıfatın uğradıgı muamele hep aynı oldu: Kanunla mahkum edildiler. Bu nitelikteki insanlar daha çok neo-nazi hareketlere yamandılar. Bizde ise bu üç sıfatla, söz konusu partinin sola çark etmesi bekleniyor! Geçiniz. Çok ilginçtir bu partinin kadroları, seçilmişleri ile ona oy atanları kendilerine “ama bu yaptığınız faşizm ve ırkçılık” dendiğinde hayrete düşerler ve sinirli bir biçimde reddederler. Yani CHP'liler faşist ve ırkçı olduklarından bihaberdirler. Örneğin Kürtlere karşı hala önyargılı davranmaları hem ırkçı olduklarının kanıtını oluşturur, hem de Dersim Soykrımı için özür dilemediklerinden, soykırımcı eğilimin hala sürdüğünü gösterir.

Aleviler eğer Stokholm sendromunu aşar ve cellatına oy atmayı bırakırlarsa CHP önümüzdeki ilk genel seçimde biter. Kürdistan'da nasıl silindiyse aynısı olur. Eğer Alevilerin bir bölümü yine mazoşizm içinde yüzerse, o zaman CHP iki seçim sonra tamamen yok olur. TSK'nın sivil uzantısı olan CHP'ye de atsa atsa bir tek pırpırlılar oy atar. CHP'nin yok olması da gerçek demokrasiye giden yolda, sahici sol partinin önünü sonuna kadar açar.

Otoriter Türkiye Cumhuriyeti artık yerini resmi olmayan bir Sünni İslam Cumhuriyeti’ne bıraktı. Bunun resmiyete dönüşmemesi amacıyla İslamcılardan kurtulmak için, gerçek sol dışında bir ikinci yol da zaten yoktur.

Son bir tespit ile noktayı koyalım. Evrensel anlamda ifade özgürlüğünü kısıtlayan bir parti demokrasiden bahsedemez ve demokrasi sözünü ağzına alamaz. Yeni TCK’da 159. Maddenin yerini alan ve AKP’nin icadı olan 301. Maddeye CHP de destek vermiştir. Böyle bir partinin otoriterlik konusunda rakibi AKP’den bir farkı kalmaz, kuracakları (zaten kurmuş oldukları) sistem 40 katır mı, 40 satır mı ikilemine düşer ki buradan ancak otoriter bir rejim çıkar. Bunu savunan bir parti de zaten sol olamaz, hiçbir zaman da olmadı.

lundi 11 août 2014

Sanctions russes : l’autopunition européenne

Sanctions russes : l’autopunition européenne

Jusqu'où faudra-t-il démolir nos économies pour complaire à l’hybris expansionniste de "l’hyperclasse euraméricaine" ?



Jean-Michel Vernochet 

http://www.bvoltaire.fr/jeanmichelvernochet/sanctions-russes-lautopunition-europeenne,98140?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=51a10e81c1-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-51a10e81c1-30423713&mc_cid=51a10e81c1&mc_eid=07647d7ef9


L’Europe – enfin, ce qu’il convient de nommer ainsi –, cette hydre informe et sans tête pensante, a-t-elle décidé de se punir elle-même pour avoir tenté de suborner l’Ukraine, encouragé la crise du Maïdan, l’éviction de Ianoukovitch et l’actuelle guerre civile du Donbass ? La sagesse eût pourtant voulu que l’on s’efforçât de calmer le jeu. Au lieu de ça, après le retour de la Crimée à sa terre d’origine (de grâce, cessons de parler d’annexion), la surenchère verbale et militaire n’a cessé d’aller crescendo. Ainsi les sanctions de niveau trois qui nous font entrer de plain-pied dans la guerre économique. Au demeurant, une arme à terrible double tranchant.
Editions Sigest, 2014.

En visant désormais les secteurs vitaux de l’économie russe, Bruxelles prend à l’évidence des risques non exactement calculés. Car ce qui paraît habile sur le papier peut avoir de curieuses incidences. Ainsi, les économies russe et européenne étant étroitement liées, le COREPER (Comité des représentants permanents de l’Union européenne) évalue les dommages immédiats consécutifs aux sanctions à 23 milliards d’euros pour l’économie russe, et à près de 40 milliards d’euros pour les pays de la zone euro. Est-ce très judicieux en période de stagnation ? Il est vrai que la différence entre les deux ensembles économiques rend incomparables des pertes du simple au double. Il n’empêche !
Prenons quelques chiffes pour mieux comprendre les enjeux et les non-profits à venir. En 2013, 47 % des obligations émises par la Fédération de Russie l’ont été sur les marchés européens, soit 7,5 milliards d’euros. Le volume des ventes d’équipements militaires entre la Russie et l’Union européenne se monte, bon an mal an, à 3,2 milliards d’euros dont 300 millions d’euros d’importations par la Russie. En outre, l’Union européenne exporte pour 4 milliards d’euros de biens à double usage (militaire et civil), notamment électroniques, et aussi pour 150 millions de matériels sensibles à destination des pétroliers. Quant à la guerre agricole, cela peut prêter à rire, mais elle fera assurément des dégâts. Sont prohibés « lait, fromage, oignons d’Ukraine, pêches de Grèce, prunes de Serbie, pommes et choux de Pologne, viande d’Espagne, poulets nord-américains, tous produits qui contiennent des substances nocives ou sont infectés par des bactéries potentiellement dangereuses ou encore ne respectant pas les normes réglementaires », dixit l’Agence de sécurité alimentaire russe.
Autre exemple. Le 6 août, Moscou annonçait ses propres mesures de rétorsion dans le domaine aérien suite aux restrictions imposées à Dobrolet (Добролёт), filiale économique d’Aeroflot (Аэрофлот). Or, en deux jours seulement, les compagnies aériennes américaines et européennes supportent déjà un manque à gagner de quelque 4,5 milliards de dollars, soit les pertes liées à la baisse de leur cotation en Bourse. Si Aeroflot doit renoncer à 300 millions de dollars cette année, Lufthansa doit, elle, s’attendre à la perte d’un milliard de dollars… par trimestre. Les fins stratèges de la guerre économique n’ont, en effet, apparemment pas tenu compte de l’immensité géographique russe, 1/7 des terres émergées… et en conséquence de sa place dans les échanges mondiaux en tant qu’espace de transit. Prudents, les dirigeants russes n’entendent cependant pas interdire en totalité leur espace aérien, mais renouveler au compte-gouttes certaines autorisations temporaires de vol, en particulier pour les charters de passagers et de marchandises.
En dernier lieu, la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe indique que 1.200 sociétés françaises sont implantées en Russie et 6.000 autres y exportent… Qu’en sera-t-il dans quelques mois, sachant que les sanctions votées par l’Union européenne réduisent notablement l’accès des investisseurs étrangers aux banques d’État. Cela se chiffrera à n’en pas douter par un supplément de chômeurs, 150.000 dit-on. Alors jusqu’où faudra-t-il démolir nos économies pour complaire à l’hybris expansionniste de « l’hyperclasse euraméricaine » ?

samedi 9 août 2014

INTERSTATE RELATIONS AHEAD OF TALKS IN SOCHI



ON OBSERVANCE 
OF PRINCIPLES AND NORMS OF ETIQUETTE 
IN INTERSTATE RELATIONS AHEAD OF TALKS IN SOCHI

by Hayk KOTANJIAN
Yerevan, 08.08.2014

Chairman of the Political Science Association of Armenia, Elected Member of the Academy of Military Sciences (RF), Visiting Professor at the National Defense University (US), Doctor of Political Sciences (RF), Major General Hayk Kotanjian asked the editorial staff of IA REGNUM to publish the following statement.
*    *    *
Major General Hayk Kotanjian

This statement reflects a desire to help defuse tensions as a result of violations of the truce between the parties to the Karabakh conflict in terms of the recent hostilities on the borders of the Republic of Armenia, Azerbaijan and the Nagorno-Karabakh Republic ahead of the talks between the heads of state of the Republic of Armenia and Azerbaijan in Sochi at the invitation of the OSCE Minsk Group Co-Chair represented by the President of the Russian Federation.

As we know in the UN Charter and the preamble to the Vienna Convention on Diplomatic Relations common goals and principles of interstate relations are set forth concerning the sovereign equality of states, the maintenance of international peace and security and the promotion of friendly relations among nations.

Taking into account that the etiquette of interstate relations is not defined in some integrated code of international standards, it can be interpreted as a reflection of the goals and principles of the UN Charter and the Vienna Convention in the corporate rules of professional conduct in interstate relations, including the procedure rules and style of the visits, public speaking, business meetings and negotiations between actors in international relations. And in these terms, referring to the etiquette of interstate relations, we mean the commitment of the political culture of a state and actors to certain rules and traditions of maintaining relations with other states. At the same time, as the main actors of interstate relations and bearers of norms of this etiquette are the heads of states, and not just their diplomatic agents on behalf of their representatives. It is important to note that the UN Charter and the Vienna Convention are adopted both by the Republic of Armenia and Azerbaijan.

The use of this approach - in the absence of another - makes it possible to interpret the observance of the norms of etiquette of interstate relations by the Head of Azerbaijan with his partners in the forthcoming talks in Sochi, being organized under the auspices of the OSCE Minsk Group Co-Chair represented by the Head of the Russian Federation - one of the permanent members of the UN Security Council.

In this regard, the reference of my Statement not only to the UN Charter but also to the Vienna Convention - despite the absence of diplomatic relations between Armenia and Azerbaijan - disguises the deep dissatisfaction with this political and diplomatic fact under the conditions of the tripartite ceasefire agreement among the Republic of Armenia, Azerbaijan and the Nagorno-Karabakh Republic, signed in May 1994, and many years of negotiations between the parties to the Karabakh conflict, under the aegis of Co-Chairmanship of the three permanent members of the UN Security Council: the Russian Federation, the United States and the French Republic.

Meanwhile, two days before the talks between the heads of state of the Republic of Armenia and Azerbaijan, on August 6, 2014, the official website of the President of Azerbaijan Mr. Ilham Aliyev posted the text of his speech entitled “THE PRESIDENT OF AZERBAIJAN, SUPREME COMMANDER-IN-CHIEF OF THE ARMED FORCES ILHAM ALIYEV VISITED A MILITARY UNIT IN AGHDAM”. In this speech, the Head of the neighboring state used expressions against the Republic of Armenia, grossly violating the generally accepted norms of interstate relations. 

A fragment of the official text by the head of Azerbaijan is as follows: - “... If the Armenian fascist state will not give up its dirty deeds, the very existence of the Armenian state can be called into question. …". See the link of the official text on the site “PRESIDENT OF AZERBAIJAN. ILHAM ALIYEV”: http://ru.president.az/articles/12487  
As the Chairman of the Political Science Association of Armenia, I consider it my duty to mention the unacceptability of such expressions for heads of neighboring states having official interstate relations, especially on the eve of peace talks. 

By his in-no-way justified definitions the President of Azerbaijan Mr. Ilham Aliyev grossly violated the goals, principles and norms of interstate relations, established in the UN Charter and the preamble of the “Vienna Convention on Diplomatic Relations”. The definition of “fascist state”, read out through the mouth of the President of Azerbaijan to the Republic of Armenia, can only hinder the efforts to establish peace and stability in the South Caucasus, as well as the success of the forthcoming meeting of the Presidents of Armenia and Azerbaijan in Sochi at the invitation of the OSCE Minsk Group Co-Chair the President of the Russian Federation. 

Ahead of the meeting of the Heads of state of the Russian Federation, the Republic of Armenia and Azerbaijan in Sochi on August 8, 2014, I have the honor to express the hope that such expressions – inconsistent with international norms of interstate relations would not be repeated by the head of the neighboring state.

Dr. Hayk Kotanjian
Chairman of the Political Science Association of Armenia
Envoy Extraordinary and Minister Plenipotentiary




jeudi 7 août 2014

L'Ukraine, entre « révolution » et déstabilisation



L'Ukraine, entre « révolution » et déstabilisation : l'erreur occidentale

Jean Geronimo

Article publié dans l'Humanité le 06.08.2014



A la disparition de l'Union soviétique, en décembre 1991, l'Ukraine nouvellement indépendante – mais qui reste organiquement liée à la Russie – est devenue l'enjeu d'une âpre lutte d'influence entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide. Ainsi, sa transition post-communiste est marquée par les tentatives successives de l'Occident sous leadership américain d'y d'étendre son influence, avec des moyens frôlant parfois l'illégalité – comme la « révolution orange » de 2004, qui place un dirigeant pro-américain, Victor Youchenko à la tête de l’État ukrainien. De son coté, Moscou s'efforce de garder un droit de regard sur l'Ukraine, par le biais de la « diplomatie gazière » et de l’intégration de son ex-république à la Communauté des États indépendants (CEI), sous leadership russe.

Revenue en toute légalité dans le giron russe en 2012, avec l'élection du président Victor Ianoukovitch, on pensait alors l'Occident définitivement hors-jeu. Or, l'inconsistance et les revirements multiples du nouveau président pro-russe sur l'Accord d'association et de libre-échange – faussement interprétés comme un rejet de l'Europe – ont donné au bloc occidental sous verrou américain l'occasion inespérée de « revenir dans le jeu » en alimentant la contestation populaire contre un « pouvoir corrompu, aux soldes de Moscou ». Un air de « déjà vu », dans la logique des révolutions néo-libérales – dites, « de couleur » – ayant frappé l'espace post-soviétique dans la décennie 2000, sous l'impulsion d'ONG à financement anglo-saxon, d'opposants et de relais locaux, sponsorisés par la manne dollarisée des « droits de l'homme ». Un nouveau « soft power », dénoncé par Vladimir Poutine.

Un coup d'Etat attisé de l'étranger, aux sources de l'illégitimité kiévienne

Pourtant, dans la mesure où ce coup d’État touchait ses intérêts nationaux, affaiblissait son projet d'Union eurasiatique et mettait en cause sa sécurité, la réaction de l'Etat russe a été, cette fois, d'une toute autre ampleur. Dénonçant l'illégalité du processus politique, catalysé par l'ingérence de forces extérieures et centré sur l'élimination du président Ianoukovitch, Moscou ne pouvait reconnaître le nouveau pouvoir pro-occidental de transition. D'autant plus que ce dernier, sous la pression de groupes nationalistes et extrémistes d'inspiration néo-fasciste, a très vite imposé des mesures anti-russes, dont celles sur le droit des minorités et sur le statut de la langue russe.

Dans ces conditions, la bienveillance russe sur les revendications émancipatrices des régions de l'Est ukrainien et, notamment, de la Crimée « avant-garde révolutionnaire » contre l'illégalité kiévienne, semble justifiée. La légalité du référendum criméen s'appuie d'une part, sur son attachement historique à la Russie et d'autre part, sur la jurisprudence initiée par l'indépendance du Kosovo en 2008 sous pression américaine. En quelque sorte, la maladresse occidentale a offert à V. Poutine l'opportunité historique de « retrouver » la Crimée et, par ce biais, de garantir un accès stratégique aux mers chaudes – à l'instar de la base navale syrienne de Tartou.

La Crimée, prétexte au renforcement de l'OTAN et de la ligne anti-russe

Ce faisant, ce « coup gagnant » russe sur l'Echiquier eurasien a donné le prétexte à l'axe euro-atlantique de renforcer la ceinture sécuritaire otanienne en zones baltes et est-européenne au sud de la Russie, dont la volonté de « reconquête impériale » est perçue par le stratège américain Brzezinski, en 2014, comme une « menace majeure » – en quelque sorte, Vladimir Poutine serait une sorte d'« homo-soviéticus », instinctivement hostile envers l'Occident. A terme, cette légitimation politique post-guerre froide de l'OTAN fait craindre à Moscou le resserrement de « l'encerclement », via l'extension de cette dernière à des États post-soviétiques comme la Géorgie et l'Ukraine et, ensuite, l'implantation en leur sein d'unités du bouclier anti-missiles américain – qui neutraliserait, en partie, les forces nucléaires stratégiques de la Russie.




Dans la perception stratégique russe, c'est la poursuite sous une forme rénovée de la politique de « roll back » (reflux) de l'ancienne puissance communiste, conduite depuis la chute de Gorbatchev le 25 décembre 1991. Le 22 juillet 2014, le président Poutine a promis une « réaction adéquate » et l'adaptation rapide de sa stratégie de défense à cette progression injustifiée, à ses frontières, des infrastructures otaniennes. Comme une ultime provocation.

Entre manipulations et impasse politique : l'inconscience occidentale

A l'heure de l'extension puis du pourrissement, désormais incontrôlable, à l'Est ukrainien, de la révolte d'un peuple marginalisé et rejetant un pouvoir anti-russe nationaliste, infiltré par des néo-nazis et partisan d'un ultralibéralisme pro-européen, l'avenir reste très incertain. La crédibilité des dernières élections présidentielles en Ukraine, tenues le 25 mai 2014, semble d'autant plus faible que le processus politique sur lequel elles sont assises a été, en grande partie, manipulé. En outre, le fort taux d'abstention (40%) imputable au boycott d'une partie des électeurs de l'Est, affaiblit la légitimité et la représentativité du nouveau régime dirigé par l'oligarque Piotr Porochenko, sur la base de puissants lobbies.

Sous l'impulsion de ce dernier, la politique répressive contre les « rebelles » de l'Est – étrangement qualifiés de « terroristes » – se transforme désormais en une véritable tuerie punitive. L'ampleur de cette tuerie, passée sous silence par l'Occident, est expliquée par l'asymétrie du rapport de force militaire et l'utilisation par l'armée pro-gouvernementale de l'aviation et des armes lourdes, voire d'armes chimiques interdites. De ce point de vue, l'axe euro-atlantique sous verrou américain porte une lourde responsabilité dans cette impasse politique, occultant l'interdépendance structurelle russo-ukrainienne héritée du soviétisme et, en cela, potentiellement génératrice de chaos socio-économique suite à l'Accord d'association avec l'UE, signé par Porochenko le 27 juin 2014. Visant à détacher l'Ukraine de la domination russe et donc, à finalité géopolitique évidente, cet accord déconnecté des besoins de son peuple est un véritable défi à la rationalité économique. Sans la Russie, pas de salut possible.

Aprés Maïdan, l'émergence d'une fracture géopolitique au cœur de l'Eurasie

Structurellement instrumentalisée par les deux superpuissances, l'Ukraine apparaît au final comme une pièce maîtresse – un Etat « pivot », au sens de Z. Brzezinski – dans le cadre de la Guerre « tiède ». Cette dernière est définie dans mon livre (1) comme la forme actualisée et désidéologisée de la Guerre froide, recentrée sur le contrôle des Etats stratégiques – « pivots » – sur les plans politique et énergétique et opposant, in fine, l'axe euro-atlantique UE-USA (via l'OTAN) à l'axe eurasien sino-russe (via l'OSC (2)). Hérité de l'étrange « révolution » nationale-libérale du Maïdan, grevée par la montée d'une idéologie radicale resurgie d'un troublant passé, le chaos ukrainien apparaît donc comme un coût collatéral de cette Guerre « tiède ».

Cette configuration montre la poursuite, sous une forme certes rénovée, d'une conflictualité bipolaire fondée sur l'opposition d'alliances dominées par les anciens ennemis idéologiques. Une nouvelle fracture géopolitique porteuse de lourdes menaces, au cœur de l'Eurasie. Et maintenant, que faire ?
Grenoble, le 29.07.2014

Jean Geronimo
Docteur en économie,
Spécialiste des questions économiques et géostratégiques russes
Université Pierre Mendès France, Grenoble II

(1) Geronimo J. (2012) « La Pensée stratégique russe – Guerre tiède sur l’Échiquier eurasien : les révolutions arabes, et après ? », préface de J. Sapir, éd. Sigest.
(2) OSC : Organisation de coopération de Shangaï

mardi 5 août 2014

Turbulences en Artsakh

Le Sud Caucase : prochaine zone de guerre ?

Jan VAROUJAN
Paris, le 05.08.2014

Publié sur Huffington Post le 06.08.2014
 


D’abord la guerre en Ukraine, puis celle de Gaza, et enfin les chutes successives d’avions, ont monopolisé l’attention des médias ces derniers temps. L’émotion et la colère ont souvent embrumé les esprits. Dans ce flot continu d’informations, certains événements, comme l’élection présidentielle en Turquie, pourtant importante pour la région, sont presque passés au deuxième ou troisième rang de la hiérarchie médiatique, les rédactions ayant dû faire un choix difficile quant aux sujets à traiter, ou pas.
À cela s’ajoute la pression exercée sur les médias traditionnels par les réseaux sociaux, où chacun fait « sa une » tandis que les « suiveurs » la diffusent instantanément, et vice versa.
Dans ce maelström d’informations, un conflit gelé a presque disparu des radars. Pourtant des étincelles de plus en plus visibles, fréquentes et accentuées s’approchent dangereusement du baril de poudre sur lequel sont assis deux pays du Sud Caucase : l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Adversaires autour du dossier de Haut-Karabagh, une république autodéterminée et non reconnue par la communauté internationale, les deux pays sont liés par un cessez-le-feu depuis la guerre gagnée par les forces arméniennes en 1994. 
Les négociations sont pilotées par le « groupe de Minsk » (Russie, États-Unis, France) et les parties doivent trouver une solution politique et pacifique, sans recourir à la force.
Or, les Azéris, depuis des années, violent le cessez-le-feu avec des tirs de snipers près des lignes de contacts. Le scénario est toujours le même : les snipers azéris ouvrent le feu et parfois font des victimes, militaires ou civiles. Dès qu’il y a des morts ou des blessés, les Arméniens ripostent, blessant ou éliminant à leur tour des militaires azéris. En outre, ont eu lieu plusieurs tentatives d’intrusion de la part des Azéris, chaque fois repoussée rapidement par la partie arménienne. Les déclarations de l’OSCE et des médias qui les reprennent ne nomment pas clairement l’agresseur qui est l’Azerbaïdjan, les actions de l’Arménie n’étant qu’une riposte à ces provocations.
Ilham Aliyev, qui dirige le pays sans partage avec sa clique, et dont la dernière élection a été contestée, doit faire face au mécontentement de sa population qui ne bénéficie pas des retombés de la richesse du pays engendrée par les gisements de pétrole et du gaz de la Mer Caspienne. Côté politique, l’opposition, la presse et les ONG sont muselées d’une façon brutale. Récemment Leyla Yunus, rare voix dissidente dans l’Azerbaïdjan du clan Aliev, a été encore une fois arrêtée et jetée en prison ainsi que Rasul Jafarov.
Un budget militaire démesuré
Afin de détourner l’attention de ces oppositions, Aliyev a besoin d’un ennemi extérieur, un bouc émissaire et dans ce cas le Haut-Karabakh est une valeur sûre. Le discours belliqueux d’Aliyev depuis des années ( « nous reprendrons le Karabagh par les armes », « l’Arménie aussi appartient aux Azéris », etc. ) étaient considéré par les autorités arméniennes, à notre avis à tort, comme un discours inconséquent, « à usage interne ». Cependant depuis quelques mois des signes de tension graves sont constatés par les observateurs de la région, avec une vingtaine de morts, le nombre de victimes le plus élevé depuis 1994, et qui font craindre une reprise du conflit armé. Parallèlement l’Azerbaïdjan augmente sa capacité militaire, tout aux moins sur le plan matériel, d’une façon exponentielle. Grâce aux revenus pétroliers, le budget de la défense azéri a progressé de 45 % entre 2010 et 2011, soit 2,2 milliards d'euros, un cinquième du budget global du pays. Les achats d’armes de plus en plus sophistiquées continuent auprès d’Israël, mais aussi de la Russie. Selon un rapport de The Stockholm International Peace Research Institute le budget de la défense de l’Azerbaïdjan aurait augmenté de 493 % entre 2004 et 2010 !
Un spécialiste et ancien héros de la guerre de 1992-94, que j’ai pu rencontrer à Chouchi, la deuxième ville du Haut-Karabagh, (Artsakh en arménien), en juin dernier reste néanmoins serein et confiant. « Si les Azéris avaient la moindre certitude de gagner la guerre, ils l’auraient déjà déclenchée », m’a-t-il assuré tout en savourant son thé vert à la menthe. « Ils ont sûrement plus de matériel que nous, mais nous avons une armée plus qualifiée et plus motivée. Nous les attendons de pied ferme ».
Sud Caucase, une région explosive
La région du Caucase est une des plus militarisées au monde. Sur la ligne de front, un affrontement mineur « accidentel » peut à tout moment dégénérer en une guerre. Si guerre il y avait, ses « conséquences régionales seraient dévastatrices », prédit l'International Crisis Group. Au sud, l'Iran, qui entretient de bonnes relations avec l’Arménie, et la Turquie, allié traditionnel de l'Azerbaïdjan, menacent d'être entraînés dans le conflit. Au nord, la Russie liée par un accord militaire bilatéral avec l’Arménie ne pourrait rester inerte. L’Europe et des investisseurs occidentaux, notamment la BP qui contrôle entre autres l’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), seraient indirectement affectés par un conflit armé puisque les raffineries de pétrole et les dépôts de gaz fournissant l’Europe pourraient être visés par des missiles de l’armée du Karabagh dès le début d’une guerre. Donc la faiblesse relative de l’armée arménienne sur le plan matériel serait compensée par la menace réelle sur des cibles stratégiques de l’Azerbaïdjan. Or, comme dans un jeu d’échecs, dans lequel excellent les Arméniens, la menace est souvent plus efficace que le coup à jouer.
Après les incidents qu’ont faits 20 morts la semaine dernière, le ministre de la Défense de la République d’Arménie, Seyran Ohanian a déclaré à la presse : « L’adversaire doit faire attention à ne pas mettre à l’épreuve notre patience ». Le 2 août, le ministre des Affaires étrangères Edward Nalbandian, répondant à « Armenpress » a déclaré : « Il est grand temps que la communauté internationale dégrise le gouvernement azéri qui a perdu le sens des réalités et qui va à l'encontre des règles et valeurs de la communauté internationale ».
Espérons pour la paix dans la région que Bakou changera rapidement son attitude irréfléchie et que le président Ilham Aliyev cessera de jouer au Dr Folamour du Caucase.