mercredi 8 juillet 2015

Une danse macabre à Bruxelles



Une danse macabre pour ne pas irriter les négationnistes d'Ankara



La commission parlementaire belge refuse la reconnaissance du génocide de 1915

La commission des Affaires étrangères de la Chambre a adopté mardi une proposition de résolution relative au génocide arménien. Diverses propositions de loi avaient abouti en commission ces dernières semaines.

Après des débats menés tambour battant par les membres de la majorité, le texte déposé par ces derniers a été voté vers 13h30. Le texte n'a cependant pas recueilli pas l'unanimité: PS, cdH et Ecolo se sont abstenus. Le Sp.a a voté pour.

La majorité avait en effet accéléré le tempo: elle avait obtenu, après une suspension de séance, que le texte qu'elle a déposé soit d'utilisé comme base de travail.

Un des amendements déposés visait à faire reconnaître le génocide arménien par le Parlement. Les parlementaires des partis de la majorité gouvernementale ont cependant rejeté cette proposition, comme d’autres qui avaient été introduites par l'opposition.

Le cœur même du texte se focalise sur la nécessité d'encourager la réconciliation entre la Turquie et l'Arménie mais n'appelle pas les autorités belges à poser un acte de reconnaissance, une occasion manquée supplémentaire, selon l'opposition, après l'absence du chef d'État, du chef du gouvernement ou de la diplomatie belge aux cérémonies officielles à Erevan.

Un texte critiqué par l'opposition

C'est "une grande satisfaction", s'est réjoui le chef de groupe MR Denis Ducarme alors que la résolution doit encore être votée en séance plénière.

"Le MR tente de nous faire croire qu'il prend ses responsabilités, une des plus belles façons de les prendre eût été d'envoyer le Premier ministre MR ou le ministre des Affaires étrangères MR à Erevan, cela aurait été bien plus fort qu'une déclaration à la Chambre", a réagi Stéphane Crusnière (PS), disant ne pas comprendre que la majorité ne laisse pas à la Chambre l'opportunité de prononcer un "acte solennel fort" quinze ans après le Sénat.

La majorité n'a pas non plus souhaité à ce stade étendre la reconnaissance du génocide aux autres minorités touchées comme les Araméens, les Syriaques, les Chaldéens, les Assyriens ou les Grecs Pontiques, même si le texte de la résolution évoque également le drame des massacres qui ont visé ces populations. Pour Vanessa Matz (cdH), cela revient à considérer qu'il existe des "sous-génocides" et il s'agit d'un mauvais signal alors que les chrétiens d'Orient font l'objet de nouvelles persécutions de masse. Tendu, le débat s'est figé un peu plus quand Jean-Jacques Flahaux (MR) a jugé qu'il fallait veiller, sur la forme, à ne pas "ajouter d'autres wagons" ou à "noyer le poisson", autant d'expressions qui ont choqué l'opposition.

"Je n'en reviens pas encore des leçons qu'on a pu prendre de partis qui ont été aux responsabilités et qui auraient pu demander à leur Premier ministre la reconnaissance, mais qui ne l'ont pas fait, par choix politique", a tonné Denis Ducarme.

Enfin, l'appel à élargir la loi pénalisant le négationnisme lancé par Olivier Maingain (FDF) n'a pas non plus été retenu.

Benoît Hellings (Ecolo) avait souligné l'importance d'une résolution qui permette de contribuer, loin des "raisons communautaires" et des "jeux politiciens" animant certains partis, à "l'effet domino" qui doit permettre la reconnaissance du génocide par la Turquie. Au final, il a regretté le "brouillard" et l' "ambigüité" du texte adopté.

Un long chemin vers la reconnaissance

En 1998, le Sénat avait déjà adopté une résolution reconnaissant le génocide et invitant le gouvernement à faire de même. En cette année 2015, 100 ans après les massacres, la commission des Relations extérieures devait discuter sur pas moins de quatre propositions de résolution, visant à la reconnaissance officielle par la Belgique (Parlement et gouvernement) du génocide arménien. Propositions émanant de la majorité, mais aussi du cdH, du PS et du Vlaams Belang. Quatre textes car chacun dans ce dossier redevenu soudain sensible comptait bien faire entendre ses propres accents.

C'est le Premier ministre lui-même qui aura beaucoup contribué à remettre le débat à l'agenda. Le 18 juin, interrogé par un député de sa majorité, Charles Michel, à la tribune de la Chambre, donne l'ultime coup d'accélérateur. "Je veux être très clair, ma position est connue et sans équivoque : j’estime que les événements tragiques survenus entre 1915 et 1917, et dont le dernier gouvernement de l’Empire ottoman est responsable, doivent être qualifiés de génocide. Telle est la position du gouvernement belge". Des propos retentissants qui lui attirent les applaudissements de tous, y compris côté opposition.

C'est vrai que le débat pour une reconnaissance semblait s'enliser. Le 26 mars 1998, une résolution adoptée par le Sénat (par 49 voix pour et 9 abstentions) reconnaissait le génocide des Arméniens. Mais cette résolution ne demandait pas formellement au gouvernement belge de le reconnaître officiellement au nom de la Belgique. 2015, 100 ans du génocide oblige, la majorité avait promis un texte rapidement mais de texte, jusqu'à la déclaration solennelle du Premier ministre, il n'y avait pas encore. Alors que dans le même temps, le 22 avril 2015, le Parlement flamand avait pour sa part adopté déjà sa résolution reconnaissant le génocide des Arméniens. Le ministre des Affaires étrangères MR Didier Reynders semblait vouloir d'ailleurs rester bien plus prudent et l'on évoquait une volonté de ne pas crisper Ankara à l'approche d'un Europalia Turquie...

Retour à la Chambre

La balle est donc revenue côté Parlement. Avec pas moins de quatre propositions de résolutions donc. La majorité (N-VA, MR, CD&V, Open VLD) avait donc fini par accoucher de son texte tant annoncé, optant pour une inscription et une discussion en urgence - la volonté étant de le faire adopter en plénière de la Chambre d'ici la trêve estivale, 21 ou 23 juillet.

Mais le cdH, le PS et même le Vlaams Belang avaient sorti leur propre mouture. Le texte le plus court étant celui du Belang, datant de septembre 2014, sans dérapage extrême, appelant "le gouvernement à reconnaître le génocide" et à "inciter la Turquie à faire de même", pour la justice et la réconciliation entre les peuples turc et arménien. Ce que mentionne aussi la proposition de résolution de la majorité consacrée "à la commémoration du centenaire du génocide", reprenant les propos très clairs du Premier ministre Charles Michel à la Chambre

Sauf que l'on s'interrogeait sur ce premièrement disant que la "Turquie actuelle ne saurait être tenue pour responsable du drame vécu par les Arméniens de l'Empire ottoman". "Trop prudent, trop léger, étrange de mentionner cela en premier point", estimait le cdH Georges Dallemagne qui y va aussi de sa résolution, plus ferme, moins ambiguë selon lui, et demandait "une indispensable clarté des autorités belges" et un engagement très ferme du gouvernement à faire pression sur la Turquie.

Les séquelles des "affaires" Ozdemir et Kir

Le cdH avait choisi la ligne dure après l'exclusion très médiatique pour non-reconnaisance du génocide de sa députée bruxelloise Mahinur Ozdemir.

Quatrième et dernier texte, celui du PS, cosigné notamment par la députée carolo Ozlem Ozen, le PS qui devait clarifier sa propre ligne après les hésitations autour des minutes de silence d'hommage aux victimes aux Parlements bruxellois et fédéral, et l'absence de certains élus tels Emir Kir, depuis mollement rappelé à l'ordre.

Le PS qui parlait bien de "génocide" arménien mais estime que "le Parlement n'a pas vocation à se substituer au pouvoir judiciaire" et appelait les instances internationales à se prononcer juridiquement sur le sujet.
(Voir: http://www.info-turk.be/443.htm#PS)

http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-chambre-debat-de-la-reconnaissance-du-genocide-armenien?id=9025777



dimanche 5 juillet 2015

Graham Fuller’s Five Middle East Predictions for 2015

Five Middle East Predictions for 2015
 
Graham Fuller*
 
Only a fool offers longer term predictions about the Middle East.
I offer the following longer terms predictions about the Middle East for 2015.


1-     ISIS will decline in power and influence. I have stated earlier that I do not believe ISIS is viable as a state; it lacks any coherent and functional ideology, any serious political and social institutions, any serious leadership process, any ability to handle the complex and detailed logistics of governance, and any opportunity of establishing state-to-state relations in the region. Additionally it has alienated a majority of Sunni Muslims in the world, regardless of deep dissatisfactions among Sunnis in Iraq and Syria. Ideally ISIS should fail and fall on its own, that is, without massive external, and especially Western, intervention that in some ways only strengthens its ideological claims. To be convincingly and decisively defeated, the idea of ISIS, as articulated and practiced, needs to demonstrably fail on its own and in the eyes of Muslims of the region.

2-     The role of Iran as an actor in the region will grow. Despite all the hurdles, I feel optimistic about US negotiations with Iran. Both parties desperately need success in this regard. Normalization is ludicrously long overdue and necessary to the regional order. Furthermore, Iran and Turkey, are the only two “real” governments in the region today with genuine governance based on some kind of popular legitimacy—for all their faults. Turkey is democratic, Iran semi-democratic (presidential elections, while not fully representative, really matter.) These two states espouse many of the aspirations of the people of the region in ways no Arab leader does. The Gulf will be forced to accommodate itself to the reality of a normalized Iran; the two sides have never really been to war, despite all the occasional bellicose noises that have emerge from them periodically over the past century. Iran is post-revolutionary power with a vision of a truly sovereign Middle East free of western domination– none of the Arab states truly are. Iran’s influence in the region will also grow in supporting growing regional challenges to Israel’s efforts to keep the Palestinians under permanent domination.

3-     President Erdoğan in Turkey will find his influence beginning to crumble in 2015. After a brilliant prime-ministership for the first decade of AKP power, he has become mired in corruption charges and has lashed out in paranoid fashion against any and all who criticize or oppose his increasingly irrational, high-handed, and quixotic style of rule. He is in the process of damaging institutions and destroying his and his party’s legacy. I continue to have faith that Turkey’s broader institutions, however weakened by Erdoğan, will nonetheless suffice to keep the country on a basically democratic and non-violent track until such time as Erdoğan loses public confidence—which could be sooner rather than later.

4-     Russia will play a major role in diplomatic arrangements in the Middle East, an overall positive factor. Russia’s ability to play a key diplomatic (and technical) role in resolving the nuclear issue in Iran, and its important voice and leverage in Syria represent significant contributions to resolution of these two high-priority, high-risk conflicts that affect the entire region. It is essential that Russia’s role be accepted and integrated rather than seen as a mere projection of some neo-Cold War global struggle—a confrontation in which the West bears at least as much responsibility as Moscow. The West has insisted on provoking counter-productive confrontation with Moscow in trying to shoehorn NATO into Ukraine. Can you imagine an American reaction to a security treaty between Mexico and China, that included stationing of Chinese weapons and troops on Mexican soil?
 

5-     The Taliban will make further advances towards gaining power within the Afghan government. After 13 years of war in Afghanistan the US failed to bring stability to the country as a whole, or to eliminate the Taliban as a major factor in the national power equation. The Taliban is much more than an Islamist movement; it has in many ways been a surrogate for nationalist Pashtun power within Afghanistan (although not accepted as such by all Pashtun). The Pashtun lost out big when the Taliban government was overthrown by the US in 2001; inclusion of mainstream Taliban within the new government is essential to future Afghan stability. The Taliban will seek to strengthen their power on the ground this year in order to enhance their powers of political demand in any possible future negotiations over power sharing. They cannot be functionally excluded. Desperately needed stability in Pakistan also depends in part upon such a settlement.



* Graham Fuller is among the best analysts the CIA has ever produced.  He is now a well seasoned academic and scholar about Islam and the region.  I have read several of his books and articles.  Any US administration will be well served to follow his advice on the Middle East.  His predictions are worth considering.

                                                                                                                                                        Roger Akl

 


vendredi 26 juin 2015

Traitement de l’affaire syrienne par Le Monde Diplomatique



Lettre ouverte à Monsieur le Directeur de la Rédaction LE MONDE DIPLOMATIQUE

Objet : 

Traitement de l’affaire syrienne par Le Monde Diplomatique

 

Monsieur le Directeur,

J’ai reçu il y a quelques jours ma convocation à l’assemblée générale des Amis du Monde Diplomatique qui se tiendra le 27 juin 2015, et je souhaite expliquer à la rédaction du journal pourquoi je ne m’y rendrai pas.
Depuis mars 2011 en effet, j’attends vainement d’un journal dont c’est la raison d’être un dossier de fond, une analyse objective, historique, sociologique, géostratégique, d’une affaire internationale qui constitue sans doute le problème diplomatique le plus important de ces dernières années – puisqu’il a vu, entre autres, les flottes américaine et russe à deux doigts de s’affronter directement en Méditerranée, et la manifestation la plus démonstrative de la situation géostratégique internationale en ce début de XXIe siècle.
Le Monde Diplomatique a plusieurs fois, depuis 2011, expliqué comment les États-Unis d’Amérique agissent sur la scène internationale. Comment ce pays, corrompu par les intérêts militaropétroliers ou de l’agroalimentaire, fomente depuis des années une nouvelle forme de coups d’État « populaires ». Ce mois de juin, Le Monde Diplomatique révèle encore les agissements de « La main noire de Washington de Santiago à Caracas ». En août 2014, Maurice Lemoine expliquait comment est advenue « En Amérique latine, l’ère des coups d’État en douce » ; comment de faux policiers, de faux manifestants tirent dans une foule pour déclencher une émeute sanglante et déstabiliser un État indocile.
Mais pour l’indocile Syrie, en mars 2011, la dérive sanglante des manifestations aurait été « normale » ? La question n’a pas même été posée par Le Monde Diplomatique. Alors que Le Canard Enchaîné publie régulièrement depuis quatre ans des informations mettant en évidence le jeu des vassaux américains sous la scène syrienne, au premier rang desquels le Qatar, Le Monde Diplomatique est resté étrangement taisant. Il est vrai que, quelques mois à peine après le début de ce qui présente les caractéristiques d’un « coup d’État en douce » en Syrie (coup d’État qui aurait pu se dérouler en Bolivie, en Équateur ou au Venezuela), Le Monde Diplomatique accueillait, en septembre 2011, tout un supplément publirédactionnel sur « La diversification au Qatar ». Est-ce que cette manne publicitaire était bienvenue étant donné son origine et à ce moment-là ? Il ne me semble pas, en tout cas, avoir lu par la suite un développement sur la peine de prison à vie infligée le 29 novembre 2011 par le régime qatariote à un écrivain, Ibn al-Dhib, pour un simple poème. Pas un mot sur les sources de financement des extrémistes que combattent les soldats français au Mali…
Ni sur la tentative de manipulation relative à l’usage d’armes chimiques par l’armée nationale syrienne, démasquée par la procureure Carla Del Ponte, ni sur le prétendu bombardement du camp palestinien de Lattakié par des canonnières syriennes. Pas un mot sur les prétendues manifestations de masse anti Bachar et les chiffres fantaisistes qui ont été publiés à ce sujet - par Le Monde notamment, d’ailleurs.
On pouvait attendre du Monde Diplomatique qu’il resitue cette affaire syrienne dans le cadre de la géostratégie internationale, sur une cartographie des grandes voies de transit depuis les grands gisements pétroliers et gaziers de l’Asie centrale et du Proche-Orient, ou sur la feuille de route affichée par les États-Unis d’Amérique pour le Proche et le Moyen-Orient.
On aurait pu trouver dans le Monde Diplomatique un dossier replaçant l’affaire syrienne actuelle dans l’histoire de cette région du monde depuis deux siècles. Les émeutes de Damas de 1860 auraient pu y être rappelées, et le rôle qu’y joua l’Emir Abd-el-Kader – qui lui valut la Légion d’Honneur et le nom d’une rue à Paris. Cette mise en perspective historique eût été une façon d’aborder dans Le Monde Diplomatique l’histoire de la Syrie au XXe siècle, les conditions que l’Occident a ménagées à ce pays pour que s’y épanouisse la démocratie… L’existence ancienne dans ce pays d’une société multiculturelle, laïque, et le statut de la femme syrienne jusqu’à ce jour. Le choc qu’a été pour cette société l’orientation du pays vers un système économique néolibéral, et les raisons premières des manifestations, pacifiques, de mars 2011. Et malgré la mise en oeuvre de ce qui apparaît comme un classique des opérations de déstabilisation d’un pays par l’extérieur – avec destructions systématiques des réserves alimentaires, sources d’approvisionnement en eau, énergie, médicaments, les gigantesques manifestations pro Bachar qui ont eu lieu en Syrie, le soutien du parti communiste syrien - dont le meneur a fait de la prison sous Hafez el Assad (le communisme était interdit en Syrie jusqu’il n’y a pas si longtemps), de l’opposition interne, du clergé tant musulman que chrétien, sans compter les innombrables manifestations, toujours pro Bachar, à travers le monde.
Pour que l’opinion soit éclairée autrement que par les communiqués de l’OTAN, l’on aurait dû trouver dans Le Monde Diplomatique une explication au fait que l’État syrien a pu résister quatre années à la conjugaison des forces attachées à le détruire, et en premier lieu celle d’une prétendue révolution populaire. L’on aurait pu esquisser dans ce journal l’idée que cet État a sauvegardé et encouragé le mode de vie syrien, pays où une multitude de confessions et de philosophies cohabitent depuis des millénaires dans des conditions enviables au regard de ce qui se passe dans la plupart des pays du Proche-Orient qui sont les alliés de l’Occident. Une approche par le genre de la société syrienne aurait pu suggérer que cet État laïque permet à une moitié de la population syrienne, les femmes, de vivre en tant que citoyennes à part entière, à égalité avec les hommes. Un bilan de quatre ans de résistance à la montée du chaos aurait pu conduire à constater que l’État syrien est, aujourd’hui, constitué par un Parlement, un chef de l’État, le Président Bachar el Assad, et des représentants régionaux, élus à la suite des réformes constitutionnelles réalisées depuis 2012, un gouvernement d’union nationale, ainsi qu’une armée et une administration qui, si elles n’étaient pas fortement soutenues par la population syrienne, auraient été volatilisées depuis longtemps.
Depuis déjà longtemps la rédaction du Monde Diplomatique disposant des exemples de l’Iraq, de l’Afghanistan, de la Libye, des pays de la Corne de l’Afrique, mais aussi du démantèlement de la Yougoslavie, aurait pu mettre en évidence, en débat sur la place publique, la catastrophe humanitaire qui se produirait inexorablement si l’État syrien venait à être détruit. Lancer l’alarme à propos des massacres de masse, des crimes contre l’Humanité qui se perpétueraient longtemps dans le chaos qui suivrait : les conditions propices à de tels crimes sont beaucoup plus manifestes aujourd’hui en Syrie que dans les mois qui ont précédé le massacre de Srebrenica en ex-Yougoslavie.
Au nom des valeurs universelles que Le Monde Diplomatique défend depuis ses origines, l’on aurait pu entendre sa voix exiger avec force argumentation et insistance :

  •  Que cessent immédiatement les manœuvres visant la destruction de l’État syrien,

  •  Que soient levées les sanctions qui ne font qu’aggraver les souffrances du peuple syrien,

  •  Que soit respectée en Syrie la charte de l’Organisation des Nations Unies qui garantit à tous les peuples le droit de s’autodéterminer à l’abri de toute intervention étrangère.

J’espère encore que la rédaction saura pallier cette absence particulièrement décevante et inquiétante. Et que l’affaire syrienne sera enfin traitée avec l’attention dont est capable un journal qui a pour nom Le Monde Diplomatique.
Mais d’ici-là, en tant que « lecteur engagé » je ne peux plus être un ami de ce journal-là, car je n’accepte pas ce qu’apparemment il accepte.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le Directeur, l’expression de mes salutations distinguées.

Guy Martin

mercredi 24 juin 2015

Le Grand crime - Medz Yeghern

Le Grand Crime - Medz Yeghern

Le Grand Crime
Medz Yeghern

Europe et Orient n° 20, janvier-juin 2015
EAN : 9782917329788
Ed. Sigest
Parution 6 juillet 2015

mardi 9 juin 2015

Ukraine se prépare pour déclencher la guerre avec la Transnistrie

« Svobodnaïa Pressa » a appris les détails de la provocation qui est préparée par les services spéciaux de l’Ukraine pour déclencher la guerre avec la Transnistrie

5 juin 2015




Dans la région d’Odessa se prépare une provocation à grande échelle qui doit servir de prétexte à l’invasion par l’armée ukrainienne de la République moldave de Transnistrie (TMR). Le SBU a commencé à recruter des jeunes marginalisés pour mettre en scène la « capture » de la ville de Kotovsk, à 20 km de la frontière avec l’Etat non reconnu. Selon le scenario des services de sécurité ukrainiens, les jeunes embauchés pour de l’argent doivent se faire passer pour des « terroristes » de Transnistrie ou des citoyens d’Odessa qui sont mécontents de la nomination du gouverneur de la région, Mikhaïl Saakachvili. L’important dans cette opération spéciale est de créer une image plausible pour les médias du monde entier sur l’attentat à la souveraineté de l’Ukraine par les militants pro-russes. La campagne de propagande à grande échelle doit justifier aux yeux de l’opinion publique occidentale l’entrée des troupes ukrainiennes en TMR.
 
– Le SBU veut simuler une « révolte populaire », surtout depuis la nomination de Saakachvili qui suscite le mécontentement général – a expliqué le président de la commission de suivi de Novorossia Vladimir Rogov. – Les services spéciaux ont offert aux jeunes de cinq à six mille hryvnia par jour pour qu’ils se tiennent sur des barricades à Kotovsk, une ville avec une population de 50 mille personnes. Le SBU promet des garanties de sécurité complètes pour les participants. La seule condition pour ne pas être inquiétés par les autorités est de ne pas ôter les cagoules et de tirer avec les armes distribuées seulement en l’air. Les services de renseignement de l’Ukraine ont choisi de recruter principalement des sportifs au chômage. Il est clair que pour eux cinq mille hryvnia par jour est une somme énorme. Bien que presque personne ne verra la couleur de l’argent. Dans le cas du scénario les jeunes seront probablement éliminés. Et il est possible que l’on trouvera sur eux des documents des Forces aéroportées russes, ou du GRU. Peut-être que les provocateurs de Kotovsk proclameront l’établissement de la République populaire d’Odessa, ce qui donnera le signal d’une répression à grande échelle. Mais la principale chose sera l’occasion d’attaquer la Transnistrie et d’entraîner la Russie dans un conflit militaire.
 
Indirectement, ce scénario est confirmé par le fait que le 4 Juin, la Rada suprême de l’Ukraine a adopté une loi sur le taux d’admission des militaires étrangers dans le pays. Il est confirmé aussi par le fait que de Melitopol et Nikolayev les troupes sont transférées dès maintenant vers la région d’Odessa, directement sur la frontière avec la Transnistrie. Il est à noter que depuis le début de cette année a été observé un travail intense dans le port Ilyichevsk pour le mettre en état de recevoir des cargaisons. Tout au long de mai, le port a reçu un grand nombre de containers qui ne sont pas inspectés par les douanes …

http://svpressa.ru/war21/article/124212/histoireetsociete <https://histoireetsociete.wordpress.com/2015/06/05/lattaque-sur-tiraspol-commencera-a-kotovsk/>

mercredi 20 mai 2015

Tuer le chrétien d’Orient et marcher derrière son corbillard

Tuer le chrétien d’Orient 
et marcher derrière son corbillard



C’est ce à quoi me font penser les ”pleureuses” d’Occident et les manifestations pour les chrétiens d’Orient organisées par nos hommes politiques français.

Au lieu de pleurnicher sur nous et sur notre civilisation multi-millénaire, ils feraient bien d’arrêter d’appuyer tous ceux qui nous attaquent en les entraînant, les finançant, les armant, les appuyant et facilitant leurs passages aux frontières de leurs alliés turcs, jordaniens, israéliens, saoudiens et tous pétroliers, à qui on permet aussi de former des coalitions pour attaquer la Syrie, le Yémen, et même le Liban en catimini, car appuyer Al Nousra (n’est-ce pas monsieur Fabius ?) ou fournir des Rafale à l’Arabie saoudite, n’est-ce pas appuyer l’agresseur qui finance Al Nousra et l’Etat Islamique qui massacrent et détruisent tout sur leur passage, chrétiens, alaouites, Yezidites, Druzes, Chiites, et même sunnites vrais, non wahhabites, enfin tout ce qui ne satisfait pas l’islamo-fascisme et le sionisme conquérants et complices.

Oui, je vous en prie, arrêtez de pleurnicher derrière nos cercueils, arrêtez ces larmes de crocodiles, mais ”pleurez plutôt sur vous et vos enfants”, car, déjà, vous êtes en train de creuser vos tombes : les guerres que vous avez déclenchées, depuis 1947, en Palestine, 1975, au Liban, puis en Égypte, Afghanistan, Soudan, Iraq, Libye, Syrie, Yémen, se sont étendues à toute l’Afrique, tout le Moyen-Orient et envahissent l’Europe ; qui dit guerres dit pauvreté, destructions, morts, fuite, émigrations, changements démographiques, peurs de l’autre et haines. Tout cela arrive chez vous. Vous comprenez maintenant qu’en suivant aveuglément l’Amérique et Israël, vous êtes en train de participer à votre propre perte ?

D’Orient, nous vous avions apporté la civilisation, même nous vous avions appris à lire et à écrire, nous vous avons fait connaître Dieu, vous nous avez payés par vos guerres et vos appétits de colonisation. Maintenant nous pouvons répéter paraphrasant La Fontaine :

”Vous chantiez, nous en sommes for aise, eh bien, dansez maintenant”.

Roger Akl
20.05.2015

vendredi 8 mai 2015

Crimepenseur de la semaine



Crimepenseur de la semaine

Et le crimepenseur de la semaine est... Emmanuel Todd. 

Dans une tribune publiée par Le Monde, le premier Ministre pourfend l'auteur de "Qui est Charlie ?", livre que Libération avait  qualifié de blasphématoire.


La question n'est pas que Todd puisse faire scandale en critiquant le grand exorcisme fusionnel du 11 janvier (une provocation au résultat prévisible), ni que le premier ministre soit en désaccord avec les thèses du sociologue. Le lecteur a le droit de douter de concepts bizarres comme « catholicisme zombie » et de ne pas être totalement convaincu par les cartes qu'il présente pour démontrer un long déterminisme géographique et historique des comportements politiques (il y aurait des « terres » où pousserait l'athéisme et l'inégalitarisme). Nous-mêmes nous avons quelques doutes sur leur valeur heuristique et pareil débat est parfaitement légitime. Mais là n'est pas la question, ni l'intention rhétorique de Valls. Or celle-ci est de dénoncer Todd, sinon comme conspirant contre le pays, au moins comme objectivement complice de forces obscures, suivez mon regard.

Le malaise naît d'abord de l'effet de répétition. S'il y a une ministre qui avoue ne rien lire (excellente méthode pour ne pas se laisser influencer par autre chose que les chiffres), il en est qui nous déconseillent des livres dangereux comme ceux de Onfray (lui-même coupable de lire de Benoist), Zemmour, Houelbecq, Finkielkraut... Sans parler de Millet, Camus, Obertone, Élisabeth Lévy. Cela commence à faire beaucoup, même si les vertueux peuvent se consoler avec la pensée de Joey Starr ou BHL, apparemment les seuls intellectuels à répondre aux appels au secours gouvernementaux... 

La question d'un anti-intellectualisme de gauche se pose désormais, aboutissant à ce paradoxe d'un pouvoir soutenu par les classes ayant le plus d'études supérieures et les plus consommatrices de biens culturels porter le soupçon sur toute forme de critique intellectuelle des représentations dominantes, pour ne pas dire de l'ordre établi. 

Déjà prompts à dénoncer les horreurs qui traînent sur les réseaux sociaux (fachosphère, gauchosphère, dieudosphère, complotosphère...), nos dirigeants semblent avoir des soucis avec la graphosphère : les piles sur les tables des libraires contiennent des choses bien inquiétantes. Heureusement, il reste les médias mainstream.

Plus sérieusement, le premier ministre attaque le sociologue sous quatre angles significatifs, qu'il nomme quatre « impostures » :

- trucage de la réalité pour ne pas dire désinformation. Todd tenterait de nier la sincérité profonde du « pas d'amalgame » prononcé par des millions de voix. Voire d'y déceler une agressivité à l'égard d'une communauté dominée. Quelqu'un qui suppose qu'il y a de l'inconscient sous le conscient et croit  que ce que l'on dit de plus noble et de plus haut peut cacher autre chose est vraiment répugnant. 

- atteinte au moral de la population, division entre les Français (les dominants qui manifestent, les pauvres et les immigrés qui résistent à l'appel du Bien, où allez-vous chercher ça ?), scepticisme, atteinte à l'unité nationale. Todd est cette fois coupable de ne pas comprendre que la caricature ne veut que du bien à celui dont elle humilie les croyances.  « En l’espèce, la caricature de Mahomet est du côté de ceux subissant le poids des fondamentalismes, la violence des fanatiques qui détruisent, terrorisent, assassinent. Il y a là une inversion des valeurs, une perversion des idées qui consistent à penser que ceux qui tuent sont les faibles. » Dans ces conditions on se demande pourquoi les musulmans se plaignent.

- délire interprétatif crypto-marxiste qui chercherait vicieusement à démasquer le jeu d'intérêts derrière la proclamation des valeurs. En osant suggérer qu'une France blanche, éduquée, plutôt à l'aise, vivant de préférence en centre-ville et profitant grosso modo de la globalisation se soit offert le spectacle de sa propre noblesse, Todd ajoute un élément de poids à son dossier déjà accablant : il accuse carrément les dominants de dominer. Ce qui frise le discours de haine.

- populisme,  par mise en opposition entre élites et masses. Là, c'est le crime absolu qui sent déjà son marinisme : accepter une définition iconoclaste de la gauche. "Une définition qui reflète la tentation populiste en vogue, qui voit dans les « élites » un groupe fondamentalement méprisant, « mondialiste », dont la seule motivation serait de trahir le peuple. La définition de la gauche que donne Emmanuel Todd traduit en fait les passions personnelles de l’auteur".

On voit donc que Todd, aux yeux du ministre,  pèche contre la vérité, contre l'unité nationale, contre les élites, et contre le caractère intrinsèquement moral de la gauche. Avec peut-être, derrière tout cela, le projet révisionniste : « un trait sur le 11 janvier, le remiser, minimiser la portée d’une mobilisation sans précédent, d’un gigantesque élan de fraternité. Il a fait marcher ensemble, dans nos rues, plus de quatre millions de personnes. Contrairement à ce que l’on voudrait faire croire, ce fut bien un mouvement spontané, populaire, venu des citoyens eux-mêmes. »

Les analyses de Todd peuvent être ou bien justes ou bien fausses (et nous pensons qu'elles le sont en partie), mais ici la critique porte sur leurs intentions supposées et sur une démarche qui serait apparue autrefois comme typiquement « de gauche » :
- ne pas croire les discours des acteurs, mais chercher leurs intérêts particuliers derrière les proclamations universalistes 
- penser en termes de classes, distinguer des dominants des dominés
- déconstruire et révéler les conflits, etc.

Dans ce discours qui serait apparu comme typiquement conservateur il y a dix ans, Valls nous offre en creux sa définition d'un « bon » intellectuel comme ceux qui devraient soutenir la juste lutte du gouvernement : croyant ses yeux et ses oreilles, mettant en valeur les facteurs positifs qui rassurent le peuple, indemne de toute mentalité soupçonneuse, ne dressant pas les Français les uns contre les autres (et surtout pas les dominés contre les dominants). Il me semble que l'on doit pouvoir trouver des intellectuels de ce genre. A Paris Match par exemple ou sur les plateaux de télévision.


François-Bernard HUYGHE
http://www.huyghe.fr/actu_1282.htm
7 mai 2015