Après la chute de l'Empire soviétique si l'Arménie était restée rattachée à la Russie en 1991 pensez-vous que sa situation (économique, militaire et démographique) serait aujourd'hui :
— Europe et Orient (@EuropeEtOrient) December 16, 2020
vendredi 18 décembre 2020
Sondage #1 sur Arménie
lundi 23 novembre 2020
Pour une pensée stratégique arménienne (I)
Pour une
Pensée Stratégique Arménienne (I)
Nous sommes en train de panser nos plaies après cette
défaite dans la guerre d’Artsakh, entérinée par un cessez-le-feu trilatéral entre
l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Russie. Pour autant, nous n’avons pas cessé de
réfléchir à l’avenir, ce qui fait partie de notre travail à l’Institut
Tchobanian.
Notre projet de publier un livre collectif sur la « Pensée
stratégique arménienne » que nous avions lancé il y a quelques mois est une
piste sur laquelle nous travaillons.
Nous avons perdu 29 ans après l’indépendance. Il
est grand temps de sortir de notre posture victimaire et d’ébaucher une
stratégie à court et moyen terme au lieu de chercher des boucs émissaires.
Dans cet esprit, il faut aussi, pensons-nous,
réorienter la mission du Fonds Arménien (FA). Bien sûr nous avons donné et nous
continuerons à donner ces jours-ci, puisque, encore une fois, on est dans l’urgence,
la situation n’ayant pas été anticipée et ses conséquences, sans doute très
lourdes, ne pouvant avant longtemps être mesurées.
Sauf erreur de notre part, l’argent récolté par le FA
est investi in fine selon les décisions prises par Himnatram d’Arménie
(sauf peut-être pour certains projets dédiés). La confusion politique créée au
lendemain du cessez-le feu ne facilitera pas la conception d’une stratégie pour
le pays à moyen terme. C’est à nous, les responsables de la Diaspora,
d’apporter toute notre aide vigilante et notre capacité de propositions.
Il y a une dizaine d’années, nous avions posé la
question de la sécurité (et donc de la pérennité) des projets en Artsakh (notamment
en dehors de l’oblast). Or aujourd’hui, nous constatons que beaucoup d’investissements
n’auront servi à rien, tombant dans les mains des Azerbaïdjanais. Sans garantir
la sécurité et la pérennité d’un territoire, y construire revient à bâtir sur
du sable.
Sans une Arménie et Artsakh (ou ce qu’il en reste)
sanctuarisés, les aides financières apportées par le FA vont tomber dans le
tonneau des Danaïdes.
La Diaspora a une puissance économique et le FA est un
vecteur pour utiliser cette puissance comme un levier pour imposer le respect
de certaines règles. Nous pensons, par exemple, aux statuts de l’UFAR (Université
française en Arménie) élaborés sous l’égide de l’ambassadeur Henry Cuny dans
les années 2000. Il avait instauré des bases solides qui, depuis 20 ans,
garantissent son bon fonctionnement, empêchant, notamment, la corruption et
toute entorse à la déontologie universitaire, permettant ainsi d’attribuer des
diplômes crédibles et valorisants et de fournir à l’Arménie jusqu’à ce jour
plus de 2000 cadres de très haut niveau qui sont le meilleur atout de son
avenir.
De la même manière le FA a déjà une base
statutaire solide, inspirant confiance et efficacité notamment en matière de
lutte anti-corruption. Nous pensons
néanmoins qu’il manque un volet géopolitique au FA pour l’accompagner dans ses
projets économiques ou humanitaires. Comme nous le redisons souvent, que l’on
veuille ou non, la politique et la diplomatie priment sur tout. On ne pourra
donc faire l’impasse sur l’évolution de la situation politique du pays et sur
la continuation de l’approfondissement démocratique qui se dessinait avant
l’agression militaire.
Sans s’immiscer dans la politique intérieure, il convient de prendre conscience que celle-ci ne saurait instaurer un plafond de verre au-dessus de toute action associative, au risque de la rendre inopérante.
Le FA a un atout non négligeable à cet égard :
étant indépendant des partis politiques, il peut rassembler une plateforme
géopolitique (scientifique, non polluée par des idéologies du passé) pour participer
à une réflexion sur une ligne directrice pour l’avenir de l’Arménie pour le
moyen et le long terme. Nous faisons cette offre au ministère des Affaires
étrangères d’Arménie depuis la création de l’Institut Tchobanian il y a 16 ans.
Elle semble plus que jamais d’actualité.
Nous devons cesser de rejeter la faute sur les autres
et comprendre pourquoi parmi les deux peuples ayant subi un génocide au 20e siècle
il y en a un qui a gagné un territoire (aujourd’hui sanctuarisé) et l’autre qui
a perdu des territoires et si cela continue risque même (une énième fois) d’être
rayé de la carte. Poser un diagnostic, trouver les remèdes et les appliquer.
Voici, nous le pensons, la piste à explorer. Sinon, comme Sisyphe, nous serons
obligés sans cesse de construire ce qui sera détruit par nos ennemis
héréditaires. Cela peut affecter aussi dans l’avenir les sommes récoltées par le
FA, une attitude résignée « à quoi sert tout ça » semant le doute dans l’esprit
des donneurs.
Agissons maintenant, pour ne pas être obligés de
réagir à l’avenir dans l’urgence.
Varoujan Sirapian
Président fondateur
Institut Tchobanian
15.11.2020
Article paru dans Nor Haratch
jeudi 19 novembre 2020
Revue Europe & Orient n°31
Entre Civilisation et Barbarie
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| E&O n°31 - EAN 9782376040446, Éditions Sigest, 12 € Les abonnés la recevront dès le 7 décembre 2020 Disponible dans les librairies en ligne à partir du 15 décembre 2020 https://www.lalibrairie.com/ Fnac.com, Decitre.fr, Amazon.fr SommaireVirus et anticorps de la démocratie et du totalitarisme Henry Cuny Les leçons d’une guerre Varoujan Sirapian Artsakh : la défaite des valeurs démocratiques Laurent Leylekian Le dernier rempart de la civilisation Charalambos Petinos Le conflit Arménie/Azerbaïdjan Éric Denécé La victoire ou l’exode Gérard Guerguerian Israël-Azerbaïdjan : l’axe du mal ! Étienne Pellot Le Haut-Karabakh et la gouvernance internationale Guillaume Berlat La Grèce face au coronavirus Christophe Chiclet L’Affaire Navalny Héléna Perroud L’expérience arménienne : une
leçon pour l’Europe ? Laurent Leylekian Où va la Turquie d’Erdogan ? Charalambos Petinos Poutine « achève » le Sultan ! Pars Today Sale temps pour le « sultan » José-Manuel Lamarque Turquie : un discours de génocide Hamit Bozarslan Il y a 100 ans, la
Turquie viole le traité de Sèvres Henri Temple Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh Henry Cuny In memoriam… Jean Dorian L’Arménie, haut lieu sacré de la Bible Tony S. Kahve La reconnaissance de la République d’Artsakh Hovhannès Guevorkian La fin de l’hégémonie américaine Alain Corvez Les raisons inavouées de l’élan français vers le Liban Walid Charara Les institutions au
service des peuples Valérie Bugault La répression en Médicocratie Juan Corresco L’église catholique et le culte musulman Annie Laurent Prenons de l’altitude ! Stéphanie Bignon |
jeudi 5 novembre 2020
Lettre des alumni de l'UFAR au président E. Macron
Lettre des alumni de l'UFAR au président E. Macron
Association UFAR Alumni
10 rue David Anhaght
0037 Erevan - Arménie
Erevan, le 4 novembre 2020
Monsieur le Président,
Nous, les alumni de l’Université française en Arménie (UFAR), avons été formés par la France, qui, par le biais de l’UFAR, investit dans la jeunesse arménienne. Cette même jeunesse qui, aujourd’hui, se fait tuer par l'Azerbaïdjan.
Depuis le 27 septembre 2020, les Arméniens font face à une agression sans précédent, lancée par les dirigeants politico-militaires de l’Azerbaïdjan avec le soutien direct de la Turquie. Cette agression a lieu en pleine pandémie de Covid-19, alors que l’Organisation des Nations Unies avait appelé à un cessez-le-feu mondial. Cette guerre s’accompagne de violations flagrantes du droit international : les forces azerbaïdjanaises prennent délibérément pour cible des établissements civils, notamment des écoles et des hôpitaux, tout en utilisant des armes proscrites par le droit international, à savoir des armes à sous munition et des munitions au phosphore. Cette guerre porte les germes d’une crise démographique, économique, sanitaire, ainsi que d'une émigration massive.
A ce jour, mille cent soixante-dix-sept de nos compatriotes dont quatre jeunes représentants de la communauté ufarienne sont tombés héroïquement au combat. Parmi les populations civiles, cette guerre a déjà fait quarante-six victimes et cent quarante et un blessés. A ce décompte funeste s’ajoute celui des vingt-quatre mille enfants actuellement privés de leur droit à l'éducation suite aux bombardements de plus de soixante-dix établissements scolaires au Karabakh.
Monsieur le Président, vous avez été le premier dirigeant étranger à dénoncer l’implication de combattants terroristes étrangers dans ce conflit et à pointer l’absence de justification aux premières frappes parties d’Azerbaïdjan le 27 septembre. Nous saisissons cette occasion pour vous remercier d’avoir fait entendre ces vérités basées sur les faits. De fait, la population pacifique de l'Arménie et du Karabakh n'avait aucune intention de faire la guerre et ne souhaite aucunement la poursuivre. Nous ne souhaitons qu’une chose : vivre et créer pacifiquement sur nos terres ancestrales. Malheureusement l’agresseur, qui a rompu à trois reprises le cessez-le-feu conclu grâce aux efforts des coprésidents du groupe de Minsk, rejette tout règlement pacifique et conjugue ses attaques avec un discours de haine envers les Arméniens.
En 1915 quand un crime terrible fut commis contre notre peuple, la France a accueilli les rescapés du génocide. Nous n’oublions pas le sauvetage par la Marine française de quatre mille quatre-vingts douze Arméniens retranchés depuis cinquante-trois jours sur le Musa Dagh. Nous n’oublions pas non plus qu’en 1988, suite au tremblement de terre dévastateur qui frappa l’Arménie, la France aux côtés de Charles Aznavour s’est mobilisée pour venir en aide aux populations des zones sinistrées. Tous ces épisodes ont marqué l’histoire des relations entre nos deux peuples et nous croyons qu’une nouvelle page de l’amitié franco-arménienne est en train de s’écrire. Les collectivités locales françaises et les Arméniens de France fournissent déjà une aide humanitaire aux populations touchées par le conflit et une aide gouvernementale a été annoncée dans la presse. Nous remercions toutes les personnes mobilisées pour ce travail important.
Nous croyons fermement aux valeurs de la démocratie et aux droits de l'homme que la France défend et qui nous ont été enseignés à l’UFAR. Nous attendons à présent de la communauté internationale et de la France plus particulièrement que tout soit mis en œuvre pour empêcher que ces valeurs soient de nouveau bafouées.
Aussi, la communauté des alumni de l’UFAR vous prie,
- d’user de l’ensemble des moyens à la disposition de votre gouvernement pour mettre fin aux opérations militaires et à l’ingérence agressive de la Turquie ;
- de veiller à l’application des mesures prévues par le droit international contre les États qui utilisent des groupes terroristes et qui violent le droit humanitaire international, y compris, mais sans s'y limiter, par l’emploi de la torture et le meurtre de prisonniers de guerre, les décapitations de soldats tombés au combat (par analogie avec les pratiques de Daesh), les bombardements massifs de cibles civiles, notamment d'écoles et d'hôpitaux et l'utilisation de munitions interdites ;
- de considérer le droit à l'autodétermination du peuple du Haut-Karabakh, sur la base d'une sécession réparatrice, comme la seule garantie possible pour assurer son droit fondamental à la vie.
Enfin, Monsieur le Président, nous souhaitons vous présenter nos plus sincères condoléances à la suite des attentats qui ont frappé la France. Nos pensées sont avec les proches des victimes et avec ce peuple de France que nous aimons.
Confiants dans votre implication, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre très haute considération.
Son Excellence Monsieur Emmanuel Macron
Président de la
République française
Paris - France
jeudi 29 octobre 2020
L'INSTITUT TCHOBANIAN ET SIGEST EN SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS DE L'UFAR
L'INSTITUT TCHOBANIAN ET LES ÉDITIONS SIGEST EN SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS DE L'UFAR
Dans une période difficile pour l'Arménie, où l'économie du pays est affectée par des causes sanitaires et militaires, le soutien aux familles arméniennes devient une prérogative encore plus importante pour l'UFAR. L’Institut Tchobanian avec son président d’honneur, ancien ambassadeur, M. Henry Cuny, est très engagé dans les actions de la francophonie en Arménie. L’Institut Tchobanian et les éditions Sigest ont également été les partenaires de l’UFAR pour l’organisation du Premier Prix des Espoirs francophones.
Ils souhaitent contribuer ainsi, dans la mesure de leurs moyens, à promouvoir les valeurs qui sont celles de l'UFAR : responsabilité, transparence, démocratie, excellence, esprit d'ouverture, pour un avenir meilleur.
![]() |
| Jean Sirapian et Bertrand Venard |
Lors d’une rencontre le 5 octobre 2020, M. Jean Sirapian, président-fondateur de l’Institut Tchobanian, directeur des éditions Sigest et le Professeur Bertrand Venard, Recteur de l’UFAR ont signé un contrat de partenariat qui permettra d’accorder des bourses sociales à des étudiants de l'Université Française en Arménie.
mercredi 28 octobre 2020
La fin de l’hégémonie américaine
Les
réalités géopolitiques
affirment la fin de l’hégémonie américaine
et le retour
des nations
Jean de La Fontaine dans sa fable « Le loup et
l’agneau » a défini la règle qui ordonne les relations internationales depuis
leur origine :
« La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un agneau se désaltérait dans le courant d’une onde
pure ;
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure, et que
la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
… »
C’est hélas la règle qui s’est imposée après la fin de
l’équilibre de la terreur : l’écroulement économique, politique et
militaire de la Russie soviétique, comme l’appelait de Gaulle, laissaient la
place libre au camp occidental vainqueur pour instaurer son hégémonie mondiale,
les États-Unis d’Amérique s’imposant alors comme la nation indispensable,
la nouvelle Jérusalem, porteuse des valeurs du libéralisme absolu ayant défait
le communisme étatique et devant guider le monde vers la liberté et la justice.
Le capitalisme ayant défait le communisme, il devait naturellement s’imposer
comme l’idéologie idéale universelle, quiconque s’y opposant étant considéré
comme un paria maléfique : George Bush junior qualifiant d’axe du mal les pays
réfractaires à cette conception tout aussi matérialiste que le communisme,
proposant toutefois de nouvelles religions au monde, comme la théorie du genre
qui devait, sous différentes formes, porter atteinte aux fondements de la
famille, cellule de base de l’humanité depuis ses origines.
Désormais le droit international devait être décidé par
cette nation atteinte d’une hubris impériale se dissimulant à peine derrière de
fausses apparences comme « la nécessité de protéger » ou « le respect des
droits de l’homme », frappant de sanctions économiques les nombreuses nations
du monde qui ne se soumettaient pas, et même ses alliés qui osaient ne pas
approuver ces mesures.
Nous sommes à la fin de cette ère qui a engendré tant de drames
dans le monde, particulièrement au Moyen-Orient, car le Président élu en 2016 a
compris que son pays n’était plus en mesure de continuer à assurer cette
domination mondiale et qu’il devait prendre en compte la montée en puissance
d’autres nations qui créait inéluctablement un monde multipolaire. Donald Trump
a dû lutter pendant son premier mandat contre les forces réactionnaires qui
refusent de reconnaître cette fin de la suprématie américaine – qu’on a pris
l’habitude d’appeler « l’état profond » parce qu’il dirige en fait la politique
de Washington – mais il semble qu’il a su l’emporter contre elles et que son
deuxième mandat, libéré de ces combats internes, apportera des bouleversements
énormes aux équilibres mondiaux : La Chine et la Russie
doivent être regardées comme puissances influentes incontournables et les
autres puissances dans leurs sillages s’affirment aussi comme souveraines et
maîtresses de leurs destins : ainsi de l’Inde et de nombreuses
autres qui entendent mener leur barque en louvoyant entre les blocs rivaux. À
la tribune de l’ONU, il a déclaré l’année dernière avec une grande lucidité que
l’avenir appartenait aux nations souveraines qui seules pouvaient défendre les
intérêts des peuples, ce qui ne les empêche pas de coopérer avec d’autres. Cette
déclaration est évidemment passée inaperçue en Occident où le « souverainisme »
est caricaturé comme un avatar désuet d’un passé révolu.
Le 16 septembre dernier, lors d’une conférence de
presse à la Maison-Blanche il a fait une nouvelle déclaration révélatrice de sa
vision pragmatique du Nouveau Monde, et de sa conviction d’être réélu pour
adapter son pays à cette nouvelle donne :
« Nous avons tué des centaines de milliers de personnes
au Moyen-Orient. C’est tout – c’est – c’est – je dis toujours, c’est – c’est le
sable le plus sanglant du monde, et il n’était pas nécessaire qu’il en soit
ainsi. La pire décision que notre pays ait jamais prise a été de se rendre au
Moyen-Orient. Pas seulement les millions de personnes tuées – et j’inclus des
gens des deux côtés. Vous savez, certaines personnes disent : « Oh, tu ne
devrais pas dire ça. » Je vais le dire : « des deux côtés ». Une chose si
horrible a été faite. Une erreur si horrible a été commise ».
À nouveau, peu d’échos dans la presse occidentale pour une
telle dénonciation terrible de la politique de son pays.
Son deuxième mandat devrait donc voir l’application des
promesses de sa première campagne, si toutefois il ne se trouvait pas confronté
à une guerre civile que les forces obscures, furieuses de sa réélection,
pourraient susciter dans un pays traversé par des haines raciales exacerbées.
En réalité le centre de gravité du monde a basculé à l’Est, et comme une guerre nucléaire est impossible entre puissances du fait de la dissuasion, le Président américain devra trouver des arrangements avec la première puissance économique mondiale pour garantir les intérêts des États-Unis.
Au Moyen-Orient dont parle le Président américain, d’autres
forces se sont organisées dans un « axe de la Résistance » qui s’est construit
en solidarité contre l’impérialisme. L’Iran et la Syrie ont
manifesté leur résilience, de même que l’Irak, le Yémen, l’Afghanistan,
soutenus ouvertement ou plus discrètement par la Chine et la Russie. Les
évènements tragiques du Liban vont nécessairement manifester cette
résilience face à l’impérialisme, et les menaces américaines ne feront que
renforcer l’attirance pour l’aide amicale venue de l’Est. Syrie et Liban sont
tellement liés sur les plans ethnique, économique et stratégique, que la Russie
désormais incontournable à Damas va le devenir à Beyrouth. Soutenue par la
Chine qui propose son aide économique, et plus discrètement sécuritaire. Dans
ce Moyen-Orient fragilisé par les interventions militaires américaines, la
politique erratique et aberrante de la Turquie d’Erdogan qui poursuit
l’utopie du retour de l’Empire ottoman jusqu’en Asie Centrale turcophone, ne
cessant, dans ce but, d’attiser les conflits en s’appuyant sur l’islamisme le
plus radical, est un facteur déstabilisant dont elle pense tirer avantage en
négociant avec les blocs rivaux. Cette politique va d’échecs en échecs et est
de plus en plus contestée à l’intérieur, mais le Turc croit pouvoir monnayer
son alliance tour à tour aux blocs antagonistes puisqu’ils existent encore. Une
telle politique n’aura évidemment plus sa place dans un monde aux relations
multipolaires apaisées : la Turquie devra nécessairement revenir aux
réalités géopolitiques, ce gouvernement… ou un autre plus raisonnable.
L’arrogance de l’État d’Israël qui dénie depuis sa
création les droits les plus élémentaires des Palestiniens dont il accapare les
terres, à commencer par celui d’avoir un état, devra nécessairement cesser. En
effet, cette arrogance et cette volonté permanente de s’agrandir aux dépens de
ses voisins arabes ne se pouvaient déployer que sous l’ombrelle et l’aide
financière et militaire américaine. Les nouveaux équilibres mondiaux ne le
permettront plus et les peuples des Emirats et de Bahreïn
pourraient demander des comptes à leurs souverains imprudents d’avoir normalisé
leurs relations avec un état qui ne respecte aucune des résolutions de l’ONU et
opprime leurs coreligionnaires palestiniens.
À cet égard, en étant le soutien principal de la Résistance
palestinienne, l’Iran chiite a étendu son influence dans cette région
stratégique en prenant la défense des déshérités du monde arabe, qu’ils soient
majoritairement chiites ou sunnites. Bien qu’objet perpétuel de l’hostilité des
États-Unis, il n’a jamais été attaqué militairement par eux, malgré les
pressions israéliennes, car ses possibilités de ripostes sont trop grandes pour
que Washington en prenne le risque. Là aussi, il est vraisemblable que le
Président américain cherchera un accommodement pragmatique pour mettre un terme
à des tensions dangereuses qui ne correspondront plus au nouvel ordre mondial.
Ce nouvel ordre mondial devrait se trouver confirmé dans une
nouvelle Organisation des Nations Unies qui montrerait plus de
détermination à défendre la justice et la souveraineté des nations de la
planète, en dénonçant toutes les ingérences qu’elles soient le fait d’états ou d’organismes
non gouvernementaux puissants, nombre d’ONG financées par des milliardaires
participant aujourd’hui aux désordres provoqués par l’impérialisme, préparant
et alimentant des « révolutions de couleur » contre les gouvernements indociles
à l’ordre occidental. Le Conseil de Sécurité devrait entériner le basculement
du barycentre mondial vers l’Est en incluant en son sein des nations qui pèsent
en ce sens.
Car in fine, les ressorts de « l’état profond » s’appuient
sur l’argent, sur l’appât du gain de cette finance internationale basée à la
City de Londres et à Wall Street à New York. En faisant comme en mathématiques
une sorte de calcul différentiel, que l’on dérive les fondements de
l’impérialisme ou qu’on intègre les mini facteurs des crises, on tombe toujours
sur les méfaits de ce pouvoir prédateur apatride qui n’accepte aucune barrière
à son avidité et exige « une concurrence libre et non faussée » entre les États,
comme mentionnée dans les traités fondateurs de l’Union européenne.
Je conclurai par une citation du Général de Gaulle
s’exprimant sur l’avenir du monde devant les universitaires à Mexico en mars
1964 :
« En
effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui
s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité
s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui
dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ;
une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous
les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la
paix, est, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie. »
Alain
Corvez
mardi 27 octobre 2020
Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh
Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh
Peut-être la
problématique réduite à ces deux termes est-elle mal posée : elle est en
tout cas aujourd’hui dépassée. Un dirigeant qui revendique comme sien un
territoire endosse automatiquement comme sienne la population qui y vit. C’est
donc, si l’on s’en tient à sa rhétorique, contre une partie de sa propre
population qu’il utilise les armes les plus sophistiquées – pour certaines,
telles les bombes à sous-munitions, interdites par le droit international –
pour tuer et détruire vies, infrastructures, habitat. De ce point de vue,
chaque frappe en terre karabakhtsie mine la position de son auteur,
transformant la guerre en nettoyage ethnique. Quand, de surcroît, on confie à
une puissance extérieure – dont à ce jour une trentaine de parlements
nationaux dans le monde ont reconnu que l’histoire avait été entachée par un
génocide – la direction des opérations et qui fait appel elle-même à des
jihadistes professionnels du crime, on voit s’avancer le spectre d’une
répétition de l’histoire : Archag Tchobanian avait déjà, en son temps,
dénoncé le silence coupable des grandes puissances…
Les arguties juridiques
ne sont plus de mise aujourd’hui. Depuis
le début des années 90, les Nations Unies ont reconnu l’existence du devoir d’assistance humanitaire.
Le Conseil de Sécurité, où siègent les trois pays coprésidents du Groupe de
Minsk et auquel il revient de constater
l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte
d’agression, doit décider, sans plus tarder, des mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité
internationales.
Les problèmes géopolitiques
posés par ce conflit dépassent de loin l’étendue des terres montagneuses du
Haut-Karabakh, pareille à celle d’un département français. Ils impactent, outre
ses acteurs, nombre de pays environnants mais aussi, quoique de façon dérobée, le
vivre ensemble pacifique entre chrétiens et musulmans qui tient tant à cœur à
notre pays.



