vendredi 18 décembre 2020

Sondage #1 sur Arménie

lundi 23 novembre 2020

Pour une pensée stratégique arménienne (I)

Pour une 

Pensée Stratégique Arménienne (I)

Nous sommes en train de panser nos plaies après cette défaite dans la guerre d’Artsakh, entérinée par un cessez-le-feu trilatéral entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Russie. Pour autant, nous n’avons pas cessé de réfléchir à l’avenir, ce qui fait partie de notre travail à l’Institut Tchobanian.

Notre projet de publier un livre collectif sur la « Pensée stratégique arménienne » que nous avions lancé il y a quelques mois est une piste sur laquelle nous travaillons.

Nous avons perdu 29 ans après l’indépendance. Il est grand temps de sortir de notre posture victimaire et d’ébaucher une stratégie à court et moyen terme au lieu de chercher des boucs émissaires.

Dans cet esprit, il faut aussi, pensons-nous, réorienter la mission du Fonds Arménien (FA). Bien sûr nous avons donné et nous continuerons à donner ces jours-ci, puisque, encore une fois, on est dans l’urgence, la situation n’ayant pas été anticipée et ses conséquences, sans doute très lourdes, ne pouvant avant longtemps être mesurées.

Sauf erreur de notre part, l’argent récolté par le FA est investi in fine selon les décisions prises par Himnatram d’Arménie (sauf peut-être pour certains projets dédiés). La confusion politique créée au lendemain du cessez-le feu ne facilitera pas la conception d’une stratégie pour le pays à moyen terme. C’est à nous, les responsables de la Diaspora, d’apporter toute notre aide vigilante et notre capacité de propositions.

Il y a une dizaine d’années, nous avions posé la question de la sécurité (et donc de la pérennité) des projets en Artsakh (notamment en dehors de l’oblast). Or aujourd’hui, nous constatons que beaucoup d’investissements n’auront servi à rien, tombant dans les mains des Azerbaïdjanais. Sans garantir la sécurité et la pérennité d’un territoire, y construire revient à bâtir sur du sable.

Sans une Arménie et Artsakh (ou ce qu’il en reste) sanctuarisés, les aides financières apportées par le FA vont tomber dans le tonneau des Danaïdes.

La Diaspora a une puissance économique et le FA est un vecteur pour utiliser cette puissance comme un levier pour imposer le respect de certaines règles. Nous pensons, par exemple, aux statuts de l’UFAR (Université française en Arménie) élaborés sous l’égide de l’ambassadeur Henry Cuny dans les années 2000. Il avait instauré des bases solides qui, depuis 20 ans, garantissent son bon fonctionnement, empêchant, notamment, la corruption et toute entorse à la déontologie universitaire, permettant ainsi d’attribuer des diplômes crédibles et valorisants et de fournir à l’Arménie jusqu’à ce jour plus de 2000 cadres de très haut niveau qui sont le meilleur atout de son avenir.

De la même manière le FA a déjà une base statutaire solide, inspirant confiance et efficacité notamment en matière de lutte anti-corruption. Nous pensons néanmoins qu’il manque un volet géopolitique au FA pour l’accompagner dans ses projets économiques ou humanitaires. Comme nous le redisons souvent, que l’on veuille ou non, la politique et la diplomatie priment sur tout. On ne pourra donc faire l’impasse sur l’évolution de la situation politique du pays et sur la continuation de l’approfondissement démocratique qui se dessinait avant l’agression militaire.

Sans s’immiscer dans la politique intérieure, il convient de prendre conscience que celle-ci ne saurait instaurer un plafond de verre au-dessus de toute action associative, au risque de la rendre inopérante.

Le FA a un atout non négligeable à cet égard : étant indépendant des partis politiques, il peut rassembler une plateforme géopolitique (scientifique, non polluée par des idéologies du passé) pour participer à une réflexion sur une ligne directrice pour l’avenir de l’Arménie pour le moyen et le long terme. Nous faisons cette offre au ministère des Affaires étrangères d’Arménie depuis la création de l’Institut Tchobanian il y a 16 ans. Elle semble plus que jamais d’actualité.

Nous devons cesser de rejeter la faute sur les autres et comprendre pourquoi parmi les deux peuples ayant subi un génocide au 20e siècle il y en a un qui a gagné un territoire (aujourd’hui sanctuarisé) et l’autre qui a perdu des territoires et si cela continue risque même (une énième fois) d’être rayé de la carte. Poser un diagnostic, trouver les remèdes et les appliquer. Voici, nous le pensons, la piste à explorer. Sinon, comme Sisyphe, nous serons obligés sans cesse de construire ce qui sera détruit par nos ennemis héréditaires. Cela peut affecter aussi dans l’avenir les sommes récoltées par le FA, une attitude résignée « à quoi sert tout ça » semant le doute dans l’esprit des donneurs.

Agissons maintenant, pour ne pas être obligés de réagir à l’avenir dans l’urgence.

 

Varoujan Sirapian

Président fondateur

Institut Tchobanian

15.11.2020

Article paru dans Nor Haratch

jeudi 19 novembre 2020

Revue Europe & Orient n°31

Entre Civilisation et Barbarie

E&O n°31 - EAN 9782376040446, Éditions Sigest, 12 €

Les abonnés la recevront dès le 7 décembre 2020
Disponible dans les librairies en ligne à partir du 15 décembre 2020

https://www.lalibrairie.com/
Fnac.com, Decitre.fr, Amazon.fr


Sommaire

Virus et anticorps de la démocratie et du totalitarisme                                                     

Henry Cuny

Les leçons d’une guerre                                                                                                   

Varoujan Sirapian

Artsakh : la défaite des valeurs démocratiques                                                              

Laurent Leylekian

Le dernier rempart de la civilisation                                                                             

Charalambos Petinos

Le conflit Arménie/Azerbaïdjan                                                                              

Éric Denécé

La victoire ou l’exode                                                                                                        

Gérard Guerguerian

Israël-Azerbaïdjan : l’axe du mal !                                                                                         

Étienne Pellot

Le Haut-Karabakh et la gouvernance internationale                                                      

Guillaume Berlat

La Grèce face au coronavirus                                                                                          

Christophe Chiclet

L’Affaire Navalny                                                                                                           

Héléna Perroud

L’expérience arménienne: une leçon pour l’Europe?                                                                   

Laurent Leylekian

Où va la Turquie d’Erdogan?  

Charalambos Petinos

Poutine « achève » le Sultan !                                                                                            

Pars Today

Sale temps pour le «sultan »                                                                                              

José-Manuel Lamarque

Turquie : un discours de génocide                                                                         

Hamit Bozarslan

Il y a 100 ans, la Turquie viole le traité de Sèvres                                                                 

Henri Temple

Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh                                                                                           

Henry Cuny

In memoriam…                                                                                                                  

Jean Dorian

L’Arménie, haut lieu sacré de la Bible                                                                              

Tony S. Kahve

La reconnaissance de la République d’Artsakh                                                            

Hovhannès Guevorkian

La fin de l’hégémonie américaine                                                              

Alain Corvez

Les raisons inavouées de l’élan français vers le Liban                                           

Walid Charara

Les institutions au service des peuples                                                                           

Valérie Bugault

La répression en Médicocratie                                                                                       

Juan Corresco

L’église catholique et le culte musulman                                                                   

Annie Laurent

Prenons de l’altitude !                                                                                                

Stéphanie Bignon

 



jeudi 5 novembre 2020

Lettre des alumni de l'UFAR au président E. Macron

Lettre des alumni de l'UFAR au président E. Macron


Association UFAR Alumni

10 rue David Anhaght

0037 Erevan - Arménie

Erevan, le 4 novembre 2020

Monsieur le Président,

Nous, les alumni de l’Université française en Arménie (UFAR), avons été formés par la France, qui, par le biais de l’UFAR, investit dans la jeunesse arménienne. Cette même jeunesse qui, aujourd’hui, se fait tuer par l'Azerbaïdjan.

Depuis le 27 septembre 2020, les Arméniens font face à une agression sans précédent, lancée par les dirigeants politico-militaires de l’Azerbaïdjan avec le soutien direct de la Turquie. Cette agression a lieu en pleine pandémie de Covid-19, alors que l’Organisation des Nations Unies avait appelé à un cessez-le-feu mondial. Cette guerre s’accompagne de violations flagrantes du droit international : les forces azerbaïdjanaises prennent délibérément pour cible des établissements civils, notamment des écoles et des hôpitaux, tout en utilisant des armes proscrites par le droit international, à savoir des armes à sous munition et des munitions au phosphore. Cette guerre porte les germes d’une crise démographique, économique, sanitaire, ainsi que d'une émigration massive.

A ce jour, mille cent soixante-dix-sept de nos compatriotes dont quatre jeunes représentants de la communauté ufarienne sont tombés héroïquement au combat. Parmi les populations civiles, cette guerre a déjà fait quarante-six victimes et cent quarante et un blessés. A ce décompte funeste s’ajoute celui des vingt-quatre mille enfants actuellement privés de leur droit à l'éducation suite aux bombardements de plus de soixante-dix établissements scolaires au Karabakh.

Monsieur le Président, vous avez été le premier dirigeant étranger à dénoncer l’implication de combattants terroristes étrangers dans ce conflit et à pointer l’absence de justification aux premières frappes parties d’Azerbaïdjan le 27 septembre. Nous saisissons cette occasion pour vous remercier d’avoir fait entendre ces vérités basées sur les faits. De fait, la population pacifique de l'Arménie et du Karabakh n'avait aucune intention de faire la guerre et ne souhaite aucunement la poursuivre. Nous ne souhaitons qu’une chose : vivre et créer pacifiquement sur nos terres ancestrales. Malheureusement l’agresseur, qui a rompu à trois reprises le cessez-le-feu conclu grâce aux efforts des coprésidents du groupe de Minsk, rejette tout règlement pacifique et conjugue ses attaques avec un discours de haine envers les Arméniens.

En 1915 quand un crime terrible fut commis contre notre peuple, la France a accueilli les rescapés du génocide. Nous n’oublions pas le sauvetage par la Marine française de quatre mille quatre-vingts douze Arméniens retranchés depuis cinquante-trois jours sur le Musa Dagh. Nous n’oublions pas non plus qu’en 1988, suite au tremblement de terre dévastateur qui frappa l’Arménie, la France aux côtés de Charles Aznavour s’est mobilisée pour venir en aide aux populations des zones sinistrées. Tous ces épisodes ont marqué l’histoire des relations entre nos deux peuples et nous croyons qu’une nouvelle page de l’amitié franco-arménienne est en train de s’écrire. Les collectivités locales françaises et les Arméniens de France fournissent déjà une aide humanitaire aux populations touchées par le conflit et une aide gouvernementale a été annoncée dans la presse. Nous remercions toutes les personnes mobilisées pour ce travail important.

Nous croyons fermement aux valeurs de la démocratie et aux droits de l'homme que la France défend et qui nous ont été enseignés à l’UFAR. Nous attendons à présent de la communauté internationale et de la France plus particulièrement que tout soit mis en œuvre pour empêcher que ces valeurs soient de nouveau bafouées.

Aussi, la communauté des alumni de l’UFAR vous prie,

  • d’user de l’ensemble des moyens à la disposition de votre gouvernement pour mettre fin aux opérations militaires et à l’ingérence agressive de la Turquie ;
  • de veiller à l’application des mesures prévues par le droit international contre les États qui utilisent des groupes terroristes et qui violent le droit humanitaire international, y compris, mais sans s'y limiter, par l’emploi de la torture et le meurtre de prisonniers de guerre, les décapitations de soldats tombés au combat (par analogie avec les pratiques de Daesh), les bombardements massifs de cibles civiles, notamment d'écoles et d'hôpitaux et l'utilisation de munitions interdites ;
  • de considérer le droit à l'autodétermination du peuple du Haut-Karabakh, sur la base d'une sécession réparatrice, comme la seule garantie possible pour assurer son droit fondamental à la vie.

Enfin, Monsieur le Président, nous souhaitons vous présenter nos plus sincères condoléances à la suite des attentats qui ont frappé la France. Nos pensées sont avec les proches des victimes et avec ce peuple de France que nous aimons.

Confiants dans votre implication, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre très haute considération.


Les membres 
de l’association UFAR Alumni

 

 

Son Excellence Monsieur Emmanuel Macron

Président de la République française

Paris - France

jeudi 29 octobre 2020

L'INSTITUT TCHOBANIAN ET SIGEST EN SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS DE L'UFAR

 

L'INSTITUT TCHOBANIAN ET LES ÉDITIONS SIGEST EN SOUTIEN AUX ÉTUDIANTS DE L'UFAR



Dans une période difficile pour l'Arménie, où l'économie du pays est affectée par des causes sanitaires et militaires, le soutien aux familles arméniennes devient une prérogative encore plus importante pour l'UFAR. L’Institut Tchobanian avec son président d’honneur, ancien ambassadeur, M. Henry Cuny, est très engagé dans les actions de la francophonie en Arménie. L’Institut Tchobanian et les éditions Sigest ont également été les partenaires de l’UFAR pour l’organisation du Premier Prix des Espoirs francophones.

Ils souhaitent contribuer ainsi, dans la mesure de leurs moyens, à promouvoir les valeurs qui sont celles de l'UFAR : responsabilité, transparence, démocratie, excellence, esprit d'ouverture, pour un avenir meilleur.

Jean Sirapian et Bertrand Venard

Lors d’une rencontre le 5 octobre 2020, M. Jean Sirapian, président-fondateur de l’Institut Tchobanian, directeur des éditions Sigest et le Professeur Bertrand Venard, Recteur de l’UFAR ont signé un contrat de partenariat qui permettra d’accorder des bourses sociales à des étudiants de l'Université Française en Arménie.







mercredi 28 octobre 2020

La fin de l’hégémonie américaine

Les réalités géopolitiques
affirment la fin de l’hégémonie américaine
et le retour des nations

 

Jean de La Fontaine dans sa fable « Le loup et l’agneau » a défini la règle qui ordonne les relations internationales depuis leur origine :

« La raison du plus fort est toujours la meilleure :

Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un agneau se désaltérait dans le courant d’une onde pure ;

Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure, et que la faim en ces lieux attirait.

Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité. 

… »

C’est hélas la règle qui s’est imposée après la fin de l’équilibre de la terreur : l’écroulement économique, politique et militaire de la Russie soviétique, comme l’appelait de Gaulle, laissaient la place libre au camp occidental vainqueur pour instaurer son hégémonie mondiale, les États-Unis d’Amérique s’imposant alors comme la nation indispensable, la nouvelle Jérusalem, porteuse des valeurs du libéralisme absolu ayant défait le communisme étatique et devant guider le monde vers la liberté et la justice. Le capitalisme ayant défait le communisme, il devait naturellement s’imposer comme l’idéologie idéale universelle, quiconque s’y opposant étant considéré comme un paria maléfique : George Bush junior qualifiant d’axe du mal les pays réfractaires à cette conception tout aussi matérialiste que le communisme, proposant toutefois de nouvelles religions au monde, comme la théorie du genre qui devait, sous différentes formes, porter atteinte aux fondements de la famille, cellule de base de l’humanité depuis ses origines.

Désormais le droit international devait être décidé par cette nation atteinte d’une hubris impériale se dissimulant à peine derrière de fausses apparences comme « la nécessité de protéger » ou « le respect des droits de l’homme », frappant de sanctions économiques les nombreuses nations du monde qui ne se soumettaient pas, et même ses alliés qui osaient ne pas approuver ces mesures.

Nous sommes à la fin de cette ère qui a engendré tant de drames dans le monde, particulièrement au Moyen-Orient, car le Président élu en 2016 a compris que son pays n’était plus en mesure de continuer à assurer cette domination mondiale et qu’il devait prendre en compte la montée en puissance d’autres nations qui créait inéluctablement un monde multipolaire. Donald Trump a dû lutter pendant son premier mandat contre les forces réactionnaires qui refusent de reconnaître cette fin de la suprématie américaine – qu’on a pris l’habitude d’appeler « l’état profond » parce qu’il dirige en fait la politique de Washington – mais il semble qu’il a su l’emporter contre elles et que son deuxième mandat, libéré de ces combats internes, apportera des bouleversements énormes aux équilibres mondiaux : La Chine et la Russie doivent être regardées comme puissances influentes incontournables et les autres puissances dans leurs sillages s’affirment aussi comme souveraines et maîtresses de leurs destins : ainsi de l’Inde et de nombreuses autres qui entendent mener leur barque en louvoyant entre les blocs rivaux. À la tribune de l’ONU, il a déclaré l’année dernière avec une grande lucidité que l’avenir appartenait aux nations souveraines qui seules pouvaient défendre les intérêts des peuples, ce qui ne les empêche pas de coopérer avec d’autres. Cette déclaration est évidemment passée inaperçue en Occident où le « souverainisme » est caricaturé comme un avatar désuet d’un passé révolu.

Le 16 septembre dernier, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche il a fait une nouvelle déclaration révélatrice de sa vision pragmatique du Nouveau Monde, et de sa conviction d’être réélu pour adapter son pays à cette nouvelle donne :

« Nous avons tué des centaines de milliers de personnes au Moyen-Orient. C’est tout – c’est – c’est – je dis toujours, c’est – c’est le sable le plus sanglant du monde, et il n’était pas nécessaire qu’il en soit ainsi. La pire décision que notre pays ait jamais prise a été de se rendre au Moyen-Orient. Pas seulement les millions de personnes tuées – et j’inclus des gens des deux côtés. Vous savez, certaines personnes disent : « Oh, tu ne devrais pas dire ça. » Je vais le dire : « des deux côtés ». Une chose si horrible a été faite. Une erreur si horrible a été commise ».

À nouveau, peu d’échos dans la presse occidentale pour une telle dénonciation terrible de la politique de son pays.

Son deuxième mandat devrait donc voir l’application des promesses de sa première campagne, si toutefois il ne se trouvait pas confronté à une guerre civile que les forces obscures, furieuses de sa réélection, pourraient susciter dans un pays traversé par des haines raciales exacerbées.

En réalité le centre de gravité du monde a basculé à l’Est, et comme une guerre nucléaire est impossible entre puissances du fait de la dissuasion, le Président américain devra trouver des arrangements avec la première puissance économique mondiale pour garantir les intérêts des États-Unis.

Au Moyen-Orient dont parle le Président américain, d’autres forces se sont organisées dans un « axe de la Résistance » qui s’est construit en solidarité contre l’impérialisme. L’Iran et la Syrie ont manifesté leur résilience, de même que l’Irak, le Yémen, l’Afghanistan, soutenus ouvertement ou plus discrètement par la Chine et la Russie. Les évènements tragiques du Liban vont nécessairement manifester cette résilience face à l’impérialisme, et les menaces américaines ne feront que renforcer l’attirance pour l’aide amicale venue de l’Est. Syrie et Liban sont tellement liés sur les plans ethnique, économique et stratégique, que la Russie désormais incontournable à Damas va le devenir à Beyrouth. Soutenue par la Chine qui propose son aide économique, et plus discrètement sécuritaire. Dans ce Moyen-Orient fragilisé par les interventions militaires américaines, la politique erratique et aberrante de la Turquie d’Erdogan qui poursuit l’utopie du retour de l’Empire ottoman jusqu’en Asie Centrale turcophone, ne cessant, dans ce but, d’attiser les conflits en s’appuyant sur l’islamisme le plus radical, est un facteur déstabilisant dont elle pense tirer avantage en négociant avec les blocs rivaux. Cette politique va d’échecs en échecs et est de plus en plus contestée à l’intérieur, mais le Turc croit pouvoir monnayer son alliance tour à tour aux blocs antagonistes puisqu’ils existent encore. Une telle politique n’aura évidemment plus sa place dans un monde aux relations multipolaires apaisées : la Turquie devra nécessairement revenir aux réalités géopolitiques, ce gouvernement… ou un autre plus raisonnable. 

L’arrogance de l’État d’Israël qui dénie depuis sa création les droits les plus élémentaires des Palestiniens dont il accapare les terres, à commencer par celui d’avoir un état, devra nécessairement cesser. En effet, cette arrogance et cette volonté permanente de s’agrandir aux dépens de ses voisins arabes ne se pouvaient déployer que sous l’ombrelle et l’aide financière et militaire américaine. Les nouveaux équilibres mondiaux ne le permettront plus et les peuples des Emirats et de Bahreïn pourraient demander des comptes à leurs souverains imprudents d’avoir normalisé leurs relations avec un état qui ne respecte aucune des résolutions de l’ONU et opprime leurs coreligionnaires palestiniens.

À cet égard, en étant le soutien principal de la Résistance palestinienne, l’Iran chiite a étendu son influence dans cette région stratégique en prenant la défense des déshérités du monde arabe, qu’ils soient majoritairement chiites ou sunnites. Bien qu’objet perpétuel de l’hostilité des États-Unis, il n’a jamais été attaqué militairement par eux, malgré les pressions israéliennes, car ses possibilités de ripostes sont trop grandes pour que Washington en prenne le risque. Là aussi, il est vraisemblable que le Président américain cherchera un accommodement pragmatique pour mettre un terme à des tensions dangereuses qui ne correspondront plus au nouvel ordre mondial.

Ce nouvel ordre mondial devrait se trouver confirmé dans une nouvelle Organisation des Nations Unies qui montrerait plus de détermination à défendre la justice et la souveraineté des nations de la planète, en dénonçant toutes les ingérences qu’elles soient le fait d’états ou d’organismes non gouvernementaux puissants, nombre d’ONG financées par des milliardaires participant aujourd’hui aux désordres provoqués par l’impérialisme, préparant et alimentant des « révolutions de couleur » contre les gouvernements indociles à l’ordre occidental. Le Conseil de Sécurité devrait entériner le basculement du barycentre mondial vers l’Est en incluant en son sein des nations qui pèsent en ce sens.

Car in fine, les ressorts de « l’état profond » s’appuient sur l’argent, sur l’appât du gain de cette finance internationale basée à la City de Londres et à Wall Street à New York. En faisant comme en mathématiques une sorte de calcul différentiel, que l’on dérive les fondements de l’impérialisme ou qu’on intègre les mini facteurs des crises, on tombe toujours sur les méfaits de ce pouvoir prédateur apatride qui n’accepte aucune barrière à son avidité et exige « une concurrence libre et non faussée » entre les États, comme mentionnée dans les traités fondateurs de l’Union européenne.

Je conclurai par une citation du Général de Gaulle s’exprimant sur l’avenir du monde devant les universitaires à Mexico en mars 1964 :

« En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, est, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie. »

 

Alain Corvez

mardi 27 octobre 2020

Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh

 Regard de juriste sur le conflit du Haut-Karabakh 



Depuis la fin de l’Union Soviétique, l’opposition de deux principes du droit international, celui de l’intégrité territoriale des États et celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, brandis ad nauseam l’un contre l’autre, ont coûté des dizaines de milliers de morts tant du côté arménien que du côté azerbaïdjanais. On sait hélas que l’un comme l’autre souffrent de nombreuses exceptions de par le monde, tant du fait de l’artificialité de certaines frontières (notamment celles issues du machiavélisme de Staline) que de l’oppression de nombreuses minorités dans les pays qui ignorent la démocratie.

Peut-être la problématique réduite à ces deux termes est-elle mal posée : elle est en tout cas aujourd’hui dépassée. Un dirigeant qui revendique comme sien un territoire endosse automatiquement comme sienne la population qui y vit. C’est donc, si l’on s’en tient à sa rhétorique, contre une partie de sa propre population qu’il utilise les armes les plus sophistiquées – pour certaines, telles les bombes à sous-munitions, interdites par le droit international – pour tuer et détruire vies, infrastructures, habitat. De ce point de vue, chaque frappe en terre karabakhtsie mine la position de son auteur, transformant la guerre en nettoyage ethnique. Quand, de surcroît, on confie à une puissance extérieure – dont à ce jour une trentaine de parlements nationaux dans le monde ont reconnu que l’histoire avait été entachée par un génocide – la direction des opérations et qui fait appel elle-même à des jihadistes professionnels du crime, on voit s’avancer le spectre d’une répétition de l’histoire : Archag Tchobanian avait déjà, en son temps, dénoncé le silence coupable des grandes puissances…

Les arguties juridiques ne sont plus de mise aujourd’hui. Depuis le début des années 90, les Nations Unies ont reconnu l’existence du devoir d’assistance humanitaire. Le Conseil de Sécurité, où siègent les trois pays coprésidents du Groupe de Minsk et auquel il revient de constater l’existence d’une menace contre la paix, d’une rupture de la paix ou d’un acte d’agression, doit décider, sans plus tarder, des mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales.

Les problèmes géopolitiques posés par ce conflit dépassent de loin l’étendue des terres montagneuses du Haut-Karabakh, pareille à celle d’un département français. Ils impactent, outre ses acteurs, nombre de pays environnants mais aussi, quoique de façon dérobée, le vivre ensemble pacifique entre chrétiens et musulmans qui tient tant à cœur à notre pays.

 

Henry Cuny
Président d’honneur de l’Institut Tchobanian