lundi 28 juillet 2014

REFLEXIONS SUR LES CRIMES COMMIS EN PALESTINE

REFLEXIONS  

SUR LE SILENCE ASSOURDISSANT DU CCAF SUR LES CRIMES COMMIS EN PALESTINE





Raffi KALFAYAN
Juriste, Ex-président de la FIDH
  27.07.2014

   


J’ai exprimé ces derniers jours aux organisations membres du CCAF (Conseil de Coordination des Associations Arméniennes de France) mon profond sentiment de colère pour leur manque de courage politique et d’humanité car après 17 jours de crimes en direct dans la Bande de Gaza, je n’ai pas lu une seule ligne de dénonciation des crimes commis par l’armée israélienne sur les populations civiles de Gaza. Cette remarque vaut aussi pour les organisations arméniennes qui se déclarent protectrices des droits de l’homme et qui ont des revues de presse lacunaires sur la question.

La lecture du communiqué diffusé par le bureau national du CCAF le 23 juillet 1 est le déclencheur de cette colère et de ces réflexions. Si la dénonciation et la condamnation des discours ou actes haineux, racistes, ou antisémites relèvent d’une obligation impérieuse, qu’ils s’agissent d’ailleurs de destinataires juifs ou arabo-musulmans en l’espèce 2, celles-ci répondent à des normes respectueuses du droit et de l’équité. La tonalité de ce communiqué est extrême, et l’objet est traité en faisant totale abstraction du contexte géopolitique qui suscite un sentiment d’injustice face à l’impunité dont jouit l’Etat d’Israël, ou du contexte intérieur – interdiction administrative des manifestations – qui suscite des réactions de révolte. Il convient enfin de souligner que les débordements et dérives qui ont eu lieu dans Paris ou Sarcelles font l’objet d’enquêtes et qu’à ce titre le CCAF aurait dû être plus réservé dans ses formulations et ne pas se poser en procureur.

La piètre et lâche posture de François Hollande, dès sa prise de position au début du conflit, comme dans bien d’autres domaines, mais, de plus, en rupture avec la politique étrangère plus équilibrée de tous ses prédécesseurs dans ce conflit, d’une part, et le parti pris sans nuances de Manuel Valls, d’autre part, n’ont fait que renforcer ces sentiments de révolte populaire. Mais reconnaissons, pour éviter d’en faire une critique à sens unique, qu’à droite de l’échiquier politique nous n’avons entendu aucun leader politique s’élever face à ces injustices. L’islamophobie ambiante et croissante dans ce pays brouille les esprits. Faut-il pour autant que le CCAF s’inscrive dans cette lâcheté collective et complice et adopte un discours sans nuance et extrême ?

Le conflit israélo-palestinien a toujours cristallisé les passions car il est un conflit emblématique, car un Etat, Israël, défie de manière arrogante le droit international, mais aussi très complexe sur un plan géopolitique et juridique. Les pays arabes sont autant, sinon plus, à blâmer dans cette situation de souffrance et d’injustice dans laquelle est plongée la population palestinienne depuis trop longtemps car ils n’ont jamais fait front commun pour défendre les droits légitimes du peuple palestinien, maintes fois reconnu par les Nations Unies ; le nouveau pouvoir égyptien – la dictature Al Sissi – délaisse la population palestinienne et se réjouit de la tentative de destruction du Hamas; les monarchies pétrolières ou gazières, avec la bienveillance occidentale, sont plus investies dans la lutte fratricide sunnite-chiite qui ne débouche que sur plus de radicalisation.

Cela n’efface pourtant en rien la responsabilité de l’Etat d’Israël dans la commission de crimes internationaux. La nouvelle commission d’enquête internationale décidée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU le mercredi 23 juillet 2014 établira la nature de ces crimes, qui sont passibles de poursuites devant la Cour pénale internationale. Comme toujours, les Etats Unis, qui sont le véritable point de blocage à une solution équilibrée et durable de ce conflit, ont voté contre ; Les Européens ont voté, comme d’habitude, en ordre dispersé : ceux qui continuent à culpabiliser pour les crimes de la seconde guerre mondiale à l’encontre des Juifs s’abstiennent. Il suffit d’observer de manière comparative les mesures prises par l’Union européenne contre la Russie à propos des combats en Ukraine, alors que la Russie n’est pas officiellement en guerre contre l’Ukraine, d’une part, et l’absence de sanctions prises contre Israël, alors que cet Etat continue ses opérations militaires malgré toutes les répétitions des crimes, d’autre part, pour comprendre le sentiment d’incompréhension et de révolte face à cette politique étrangère discriminatoire de l’Union européenne.

Le rapport Goldstone sur les crimes commis pendant la guerre contre Gaza fin 2008-début 2009 avait été approuvé par l'Assemblée générale des Nations Unies le 5 novembre 2009. Ce rapport pourtant équilibré, qui estimait que des crimes de guerre avaient été commis à la fois par Israël et les Palestiniens lors dudit conflit, n’a pas été suivi d’effets. La résolution des Nations Unies avait indiqué : « Ce vote est une déclaration importante contre l'impunité. C'est un appel en faveur de la justice […] Sans justice, il ne peut y avoir de progrès vers la paix. Un être humain devrait être traité comme un être humain sans tenir compte de sa religion, de sa race ou de sa nationalité. Toutes les parties concernées devraient maintenant consacrer leurs efforts pour mettre en œuvre cette résolution ».

L’histoire de ce conflit est difficile à appréhender, car déformée pour ceux qui ne le connaissent qu’à travers des média français, qui sur ce thème comme sur d’autres, sont pour la plupart, à l’exception notable du Nouvel Observateur, de Mediapart ou Le Monde, incompétents ou volontairement partiaux. Je donnais quelques éléments d’éclairage dans les Nouvelles d’Arménie Magazine en janvier 2009 (« Gaza, un révélateur des myopies politiques arméniennes », NAM, Janvier 2009), qui, cinq ans après, se confirment de manière encore plus criante. Je recommande au CCAF de lire la presse israélienne, entre autres Haaretz, pour se faire une idée plus précise des réalités de ce conflit et des opinions contradictoires au sein de ce pays. Je leur recommande de lire les voix courageuses des intellectuels, militants des droits de l’homme, juifs de France ou d’Israël, mais pourquoi pas aussi cette vibrante tribune de l’artiste israélienne populaire Noa dans le Nouvel Obs 4. Les idées extrêmes, de quelque bord, mènent au chaos humanitaire et à l’impasse politique. Ceux qui les relaient de manière aveugle tombent aussi dans cet extrémisme.


C’est bien au nom des principes de justice et d’humanité, qui sont au cœur de mes engagements que je m’élève contre l’absence de réaction des institutions représentatives de la communauté arménienne de France face à la folie meurtrière d’Israël, dont l’issue ne peut être que plus de haine entre les deux peuples et l’impossibilité de créer les conditions à l’établissement d’une paix durable. Comme je l’avais relevé en janvier 2009, les alliances et les allégeances qui justifient le silence des instances représentatives arméniennes sont des myopies politiques car relevant d’une vision illusoire et étriquée des enjeux de la question arménienne. L’explication que j’ai reçue en retour est la suivante :  

(i) nous sommes divisés au sein du bureau national sur la question ;  
(ii) le CCAF n’a pas vocation à s’exprimer sur les questions de politique étrangère ; 
(iii) nos relations avec les institutions communautaires juives sont sensibles dans certains dossiers du moment.

Ce dernier élément est révélateur du pari fait, et j’espèrerais que mon propos puisse être démenti par des faits concrets dans le futur, par le CCAF, qui compte sur le CRIF et d’autres alliés de circonstance pour à la fois soutenir l’hypothétique projet de loi visant à réprimer le négationnisme du génocide arménien et également les interventions auprès de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Perinçek contre Suisse, qui a été renvoyée devant la Grande Chambre de la Cour européenne. L’absence de soutien, c’est un euphémisme, du CRIF à la loi Boyer début 2012, et l’unicité sanctuarisée de la Shoah et de la répression de sa négation sont pourtant des éléments de politique récurrents des institutions juives de France, mais aussi d’ailleurs : prenons par exemple la politique controversée de l’ADL (L'Anti-Defamation League « Ligue anti-diffamation » est une ONG aux États-Unis dont le but premier est de soutenir les Juifs contre toute forme d'antisémitisme et de discrimination. C’est en quelque sorte l’équivalent de la LICRA française) aux États Unis, qui souffle le chaud et le froid sur la reconnaissance du génocide arménien au travers de ses dirigeants. La prise de fonction présidentielle en Israël de Reuben Rivlin, qui a fait des déclarations en faveur de la reconnaissance du génocide arménien, quand il était président de la Knesset ouvre des perspectives intéressantes. Tout ceci n’est toutefois que pure spéculation et mettre à la une quotidienne des média arméniens les déclarations d’Erdogan sur les crimes commis à Gaza est une entreprise futile, car l’alliance d’Israël et de la Turquie est beaucoup plus solide qu’il n’y paraît, et des retournements après l’élection présidentielle en Turquie sont prévisibles. Le chantage à la reconnaissance du génocide arménien par Israël a laissé place à un levier de pression israélien autrement plus puissant : la déclaration affichée de certains experts israéliens à la création d’un « Kurdistan » 6. Il est avéré qu’Israël a formé les combattants kurdes en Irak. Mais il faut regarder plus loin encore. A l’international, il convient de considérer que les opinions des pays arabo-musulmans seront également nécessaires parmi la communauté des nations dans la future bataille internationale que les descendants des victimes du génocide arménien vont devoir livrer pour obtenir des réparations de la Turquie. A l’intérieur, il convient de considérer que la population française a une minorité arabo- ou turco-musulmane importante et que son poids ne fera que croître, et la communauté arménienne n’a aucun intérêt à s’aliéner ces minorités par des prises de position partiales.

La seule différence notable, par rapport à 2009, est que, si Recep T. Erdogan pouvait être loué pour son courage politique, celui-ci était soutenu alors par une stature respectable sur le plan intérieur et extérieur, en 2014 sa légitimité est réduite à néant : la situation des droits de l’homme et des libertés s’est sensiblement dégradée en Turquie, la montée du racisme et de l’antisémitisme est menaçante 7, son soutien aux islamistes sunnites extrémistes en Syrie est marqué, autant d’éléments qui rendent son discours dénonciateur inaudible.

Le deuxième élément de la réaction du CCAF est lui plus déroutant. Ainsi, le CCAF serait en mesure de s’exprimer sur les questions touchant les Arméniens de France sans s’ingérer dans la politique étrangère. Il suffit de consulter les titres des derniers communiqués du CCAF sur leur site pour constater le contraire : « Non à la venue d’Erdogan en France » ; « Appel à la Suisse contre l’arrêt scélérat de la Cour européenne des droits de l’homme » ; « Le CCAF condamne le signal positif de Fabius à la Turquie », etc... La Ligue des droits de l’homme, affiliée à la FIDH, est elle aussi tenue de traiter les questions relatives aux droits de l’homme en France, laissant les prises de position internationales à la FIDH. Ce n’est pas pour autant qu’elle élude les problèmes internationaux de ses analyses et communiqués. C’est une question de bon sens et de rigueur intellectuelle que d’analyser un événement ou un fait à la lumière du contexte. Dans le cas des manifestations de Paris ou de Sarcelles, il suffit de lire le communiqué de la LDH pour s’en convaincre 8.

La condamnation d’un crime international, qu’il s’agisse d’un crime de guerre, d’un crime contre l’humanité, ou un génocide, dépasse toutes les justifications que l’on essaye d’y apporter et les circonstances au nom desquelles il est commis, car il touche à l’essence même de l’humanité. Les Arméniens sont bien placés pour savoir de quoi il est question ici. Le négationnisme officiel de la Turquie nous confronte tous les jours à cette réalité. Mais regardons le présent et une situation plus actuelle encore, la voix des Arméniens serait-elle audible auprès de la communauté des Nations si, du fait d’un scénario de plus en plus vraisemblable, le Karabagh se retrouvait sous une pluie de bombes azéries ? La dénonciation des violations graves des droits de l’homme, et notamment celle des crimes internationaux est un impératif moral et politique. Les droits de l’homme sont uns et indivisibles ; ses normes et principes s’appliquent à tous et en toutes circonstances. Les Arméniens ne peuvent transiger sur ces principes au nom de d’alliances et d’intérêts prétendument tactiques et certainement éphémères. Il n’est pas question de prendre un positionnement pro ou anti-israélien ou un positionnement pro ou anti-Hamas, mais d’exprimer son refus des crimes internationaux, du règne de l’impunité et enfin être solidaire avec les populations civiles palestiniennes.

Le premier élément de réaction du CCAF serait-il alors la véritable cause de ce silence gêné ? Si c’était le cas, cela soulèverait de graves interrogations sous-jacentes sur le CCAF et son bureau national. Le manque de représentativité du CCAF dans la communauté arménienne de France est lié à l’absence de sa légitimité : il n’y a pas de scrutin démocratique communautaire pour désigner les dirigeants du CCAF. Je ne leur en tiens pas rigueur, car ils en sont conscients. Cependant, à défaut de l’existence d’un tel mécanisme, il est de leur responsabilité personnelle de veiller d’autant plus à ce que des liaisons particulières ou des intérêts privés et personnels ne viennent interférer sur l’objectivité politique et morale, et la probité intellectuelle que la communauté est en droit d’attendre d’eux en relation avec des questions aussi sensibles que celles liées aux crimes internationaux et aux droits de l’homme, mais aussi celles relatives à l’avenir des relations entre communautés en France.





jeudi 24 juillet 2014

CCAF : Manque de courage politique et d’humanité

Manque de courage politique et d’humanité du CCAF


Cela fait exactement 16 jours que j’attends un communiqué du CCAF (Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France) relatif aux massacres délibérés que l’État d’Israël commet contre les populations civiles palestiniennes dans l’enclave de Gaza, une « prison à ciel ouvert », sous embargo total depuis l’arrivée au pouvoir, par la voie des urnes, du Hamas dans ce territoire. (Et ne nous trompons pas de raisonnement : si le Hamas est prêt à faire payer le prix à sa population et tient à la levée totale du blocus c’est parce que la vie est devenue impossible après 8 ans de blocus à Gaza.)

Rien, absolument rien !

Je l’avais indiqué dans un article en 2009 dans les NAM, qui, à quelque détail près, pourrait être repris dans les mêmes termes aujourd’hui, cela est révélateur du mauvais calcul des instances représentatives de notre communauté, mais aussi de l’allégeance de notre presse à certaines organisations juives réactionnaires, qui ne sont pas mon modèle ni mon réseau - celui des véritables humanistes et des défenseurs des droits de l’homme. Mais plus, il s’agit d’une véritable myopie politique.

Mauvais calcul de penser que la publication quotidienne des déclarations d’Erdogan dans les média arméniens, aussi maladroites et infondées qu’elles sont sur la qualification du crime commis à Gaza, changera la politique d’Israël et du CRIF vis-à-vis de la reconnaissance du génocide.   

Après les brimades et la famine, maintenant les bombes incessantes ! Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza, nous appelons cela en droit international pénal des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, et je n’ai aucun doute que la commission d’enquête de l’ONU conclura dans ce sens, comme elle l’a fait en 2010 avec le rapport Goldstone pour les mêmes massacres début 2009.

Rien, toujours rien à dire !

Que diriez-vous, si on remplaçait Gaza par Artsakh et Palestiniens par Arméniens dans un scénario, pas si fictif en ce moment, d’un déluge de bombes azéries sur le Karabagh ?

Quelle crédibilité auriez-vous à dénoncer les violations des droits de l’homme dans ces circonstances ? Aucune, car les droits de l’homme sont des principes, et ils sont applicables à tous et en toutes circonstances.


Soutiens suites aux manifestations
Le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) tient à exprimer sont entière solidarité et son soutien à ses frères de la communauté juive de France après les graves agressions à caractère antisémite dont elle a a été la victime dans le contexte des manifestations liées à la situation au Proche-Orient. Ces attaques inadmissibles contre des lieux de cultes ou des citoyens français au seul motif qu’ils sont juifs constituent des atteintes intolérables aux valeurs de la République et de la démocratie. Et elles ne sauraient servir la cause qu’elles prétendent défendre.

Toutes les communautés présentes sur le territoire national sont respectables et les libertés d’expression et de manifestation font partie des droits sacrés de notre pays. Mais elles ne peuvent tenir lieu de justification aux menées haineuses ou au racisme, que ce soit sous forme verbale, et encore moins, à travers des agressions physiques.

Ces attaques, qui se sont de surcroit produites dans le contexte de la commémoration du 72e anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv, viennent une nouvelle fois rappeler que « le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde » et que le vivre ensemble passe par le respect des valeurs de la démocratie et des lois de la République.

Bureau national du CCAF
23-07-2014  

Alors, le communiqué du CCAF ce jour est un véritable scandale non pas par son contenu, qui dénonce les sentiments racistes ou antisémites en France, bien qu’il aurait mérité quelques réserves sur les circonstances qui ont suscité ces réactions, car elles sont en cours d’enquête, mais parce que rien n’a été dit depuis 16 jours sur les massacres de populations civiles à Gaza.

Je ressens une profonde colère face à ce manque de courage politique et d’humanité.

Raffi Kalfayan
Paris, le 24 juillet 2014

mercredi 23 juillet 2014

GAZA, UN REVELATEUR DES MYOPIES POLITIQUES ARMENIENNES


GAZA, UN REVELATEUR DES MYOPIES POLITIQUES ARMENIENNES 

(article initialement publié dans Nouvelle d'Arménie Magazine de janvier 2009)


Le plan de destruction psychologique et économique des populations palestiniennes de Gaza a atteint un nouveau palier ces dernières semaines : une utilisation de moyens militaires disproportionnés contre un camp de réfugiés, véritable prison à ciel ouvert, affamés et ruinés économiquement après deux années de blocus total. Au-delà des prétextes avancés par Israël et subtilement relayés par les média occidentaux, qui mettent dos à dos bourreau et victime, Israël poursuit la mise en oeuvre d’une stratégie programmée de longue date.[1]

Le silence de la République d’Arménie et de la Diaspora arménienne sur les événements qui se sont produits à Gaza est assourdissant. Il est insupportable de la part d’une Nation qui a subi des massacres et humiliations tout au long de son Histoire et qui mène depuis plus de 40 ans une bataille politique et morale pour la reconnaissance du génocide arménien en mettant en avant la cause des droits de l’Homme. Ce silence est même dangereux au regard de la question pendante d’une solution pacifique et négociée au Haut Karabagh. Seule la voix de Monseigneur Aram Sarkissian [2], personnalité écoutée au Moyen Orient, s’est élevée. Il ne s’agit pas de prendre une posture pro ou anti-israélienne ou pro ou anti-palestinienne ou encore, à tort, pro ou anti-islamique : il s’agit de prendre des positions sur des principes et des droits. Il s’agit de dénoncer, comme l’ont fait des observateurs avertis, dont de nombreux

Juifs, que les crimes commis à Gaza peuvent pour le moins être qualifiés de crimes de guerre et plus probablement de crime contre l’Humanité. [3]

Nous observons au contraire une forme de résignation à la loi du plus fort et donc une neutralité négative. C’est notamment le cas en France ou les organisations représentatives communautaires sont silencieuses sur la violation du droit international, des crimes commis sur les populations civiles, du droit des Palestiniens à vivre en paix et libres sur leurs terres.

Aucun Etat ne peut et ne doit se mettre au dessus du droit international ou alors il quitte le concert des nations unies à ses risques et dépens.

Les dirigeants communautaires ont-ils quelque scrupule à froisser les alliances éphémères d’un projet de pénalisation de la négation du génocide arménien en France, ou bien craignent-
ils d’être taxés d’anti-sémitisme, ou encore ont-ils succombé à l’islamophobie ambiante ? La première circonstance ne se pose plus car le projet de loi semble enterré pour longtemps tant à droite qu’à gauche de l’échiquier politique français ; quant à la seconde c’est l’arme favorite de certains courants juifs, fort heureusement marginaux, qui essaient d’imposer dans l’inconscient populaire que toute critique de l’Etat d’Israël relève de l’anti-sémitisme. Les Arméniens doivent être solidaires des Juifs quand la Shoah est niée ou en cas d’attaques anti-
sémites, mais critiques d’Israël pour sa violation des droits des Palestiniens ou la négation du génocide arménien ; enfin, rappelons que l’expression religieuse de la résistance palestinienne qu’est le Hamas est le résultat du traitement israélien des Palestiniens, société historiquement laïque.

Ce silence et ces allégeances ne sont pas recevables et révèlent les faiblesses de l’Arménie et de la Diaspora tant sur la scène internationale que dans la satisfaction de leurs revendications propres. Ne pas s’exprimer sur des sujets de cette nature et qui ne font pas débat, à savoir l’usage disproportionné de la force militaire et des technologies meurtrières contre des populations civiles, l’obstruction faite à l’aide humanitaire d’arriver à Gaza, le refus d’Israël de se plier aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est affaiblir la force des principes mis en avant dans la résolution du problème du Haut Karabagh, mais aussi le niveau de considération par ses partenaires ou alliés. La force doit revenir au droit et non aux armes.


L’Arménie n’a pas les moyens de soutenir une autre stratégie. Les partenariats à sens unique et ces allégeances contreproductives accroissent la dépendance politique des Arméniens et les enferment dans leur statut de spectateurs. Les Arméniens perdent en effet le contrôle de leurs revendications de la pire manière : Israël, Etat officiellement négationniste du génocide arménien, pousse le cynisme à brader la mémoire de nos aïeux massacrés en menaçant la Turquie de reconnaître ce génocide en guise de rétorsion. C’est indigne et condamnable et nous n’avons point vu de réaction à ce chantage honteux.

La Turquie adopte une doctrine tournée vers le droit international et la moralité. Les déclarations officielles de ces dernières semaines lui donnent une stature morale, qui s’ajoute à sa puissante diplomatie. Le courage politique de Monsieur Erdogan, à opposer à la lâcheté européenne, servira les intérêts de la Turquie en Europe et au Moyen Orient mais aussi dans le différend turco arménien sur le génocide. Il donne une leçon à l’Union Européenne et sa politique du deux poids deux mesures en matière de respect des droits de l’Homme ; il renforce son prestige dans le monde arabe et musulman et ses relations avec l’Iran ; il établit un nouveau rapport de force avec Israël, dont il reste l’allié le plus sûr dans cette région et lui donne des assurances : il condamne les amalgames et dénonce toute dérive d’antisémitisme dans son pays; il appuie enfin, en dénonçant le crime contre l’Humanité commis à Gaza, la thèse que la Turquie n’a jamais commis de génocide dans son Histoire.

En parallèle, le gouvernement AKP déroule sa nouvelle stratégie sur la question arménienne : procès Ergenekon ; initiative au Sud Caucase et rapprochement avec l’Arménie ; pétition d’excuse suscitée ; publication autorisée des carnets secrets de Talaat Pacha.

On ne peut que saluer l’artiste et s’inquiéter a contrario des effets immédiats et durables sur les actions en reconnaissance du génocide arménien, à commencer par les Etats-Unis. La diplomatie n’est pas incompatible avec le courage politique. Il est urgent que l’Arménie et la Diaspora revoient leur copie : la Cause reste juste mais son traitement timoré et étriqué n’est plus à la hauteur de l’enjeu. 

Raffi Kalfayan [4]


1) Lire la tribune de Michel Tubiana, président d'honneur de la LDH, et de Patrick Baudouin, président d'honneur de la FIDH, intitulée "La violence n'est pas une fatalité" et publiée dans le Monde édition du 31/12/08
2) Catholicos de Cilicie et ancien Président du Conseil Mondial des Eglises.
3) Dont Stéphane Hessel, diplomate, ambassadeur, ancien résistant et déporté français, qui a notamment participé à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.
4) Ancien secrétaire général de la FIDH (2001-2007) et auteur d’un rapport de mission d’enquête de la FIDH sur les prisonniers palestiniens en Israël http://www.fidh.org/spip.php?article151


vendredi 18 juillet 2014

Kurdes assassinées à Paris

Kurdes assassinées à Paris : 
Demande de l'arrestation de responsables turcs
 
Les proches des militantes kurdes assassinées à Paris en 2013 ont demandé à la justice des mandats d'arrêt contre quatre responsables turcs qu'ils soupçonnent d'avoir commandité ce crime, a indiqué vendredi à l'AFP une source proche du dossier.

Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez avaient été tuées de plusieurs balles dans la tête, en plein jour le 9 janvier 2013, dans les locaux du Centre d'information du Kurdistan (CIK), dans le Xe arrondissement, un crime qui avait bouleversé la communauté kurde.

Arrêté quelques jours plus tard, le Turc Ömer Güney avait été mis en examen pour assassinat. Si diverses pistes avaient initialement été évoquées quant aux commanditaires, l'implication des services secrets turcs (MIT) -ou d'une de ses branches- ne fait aujourd'hui aucun doute pour les proches des victimes.

Ils ont donc demandé ces derniers jours à la juge d'instruction Jeanne Duyé, qui conduit l'enquête, de délivrer des mandats d'arrêt à diffusion internationale contre quatre Turcs susceptibles d'être mis en cause pour complicité d'assassinat, a précisé la source proche du dossier.

Ces quatre personnes -O. Yüret, U.K. Ayik, S. Asal et H. Özcan- apparaissaient comme les signataires d'un document confidentiel publié le 14 janvier 2014 par la presse turque. Elle le présentait comme une note du MIT de novembre 2012 rédigée comme un "ordre de mission" pour Ömer Güney.

En février, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel rapportait que ces quatre noms étaient bien ceux de membres des services turcs travaillant sur la question kurde et évoquait des sources au sein des services de sécurité allemands concluant à l'authenticité du document.

Sa publication était intervenue peu après la diffusion de l'enregistrement d'une conversation antérieure aux assassinats entre un homme, qui pourrait être Ömer Güney, et deux agents turcs.

Ömer Güney, qui nie les accusations dont il est l'objet, a réfuté devant la juge être un des hommes parlant sur cette bande. Selon une source proche de l'enquête, l'expertise scientifique n'a pas permis d'authentifier sa voix avec une certitude absolue. Mais des personnes le connaissant, interrogées par l'AFP, se sont dites convaincues qu'il s'agissait de sa voix.

 "Aller jusqu'au bout"

Sakine Cansiz était une figure du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considérée comme proche de son chef historique Abdullah Öcalan. Fidan Dogan, elle, était une militante kurde très connue au sein de la classe politique européenne.

"Dans les assassinats politiques, on sait toujours quel peut être l'Etat commanditaire, mais on n'a jamais de preuve précise. Or ici, on a la chance d'en avoir", a déclaré à l'AFP Antoine Comte, un avocat des proches des victimes.

"Il faut aller jusqu'au bout et mettre en cause les commanditaires dont les noms apparaissent dans +l'ordre de mission+", a-t-il ajouté.

Le MIT a déjà démenti toute implication dans ce crime. Dans un discours préélectoral en mars, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan l'avait attribué au mouvement de Fethullah Gülen -son ex-allié devenu son ennemi- qu'il soupçonne d'avoir infiltré les organes de sécurité turcs.

Dans leur demande d'acte, à laquelle la juge est tenue de répondre sous un mois, les familles lui enjoignent à nouveau d'interroger les renseignements français sur ce qu'ils pouvaient savoir d'Ömer Güney, selon la source proche du dossier. La magistrate avait rejeté en septembre 2013 une requête similaire.

Elles s'interrogent notamment sur un mail adressé à la préfecture de police de Paris le 20 janvier 2013, deux jours après le placement en garde à vue du suspect.

Ce courriel anonyme dénonçant Ömer Güney contenait des éléments extrêmement précis -tel le voyage en Turquie du suspect en décembre 2012- qui se sont plus tard avérés exacts selon cette source, qui indique que ce message a été adressé d'un ordinateur dont le fournisseur d'accès se trouve à Téhéran.

Le Parlement turc a voté début juillet un projet de loi destiné à relancer le processus de paix entamé fin 2012 avec les rebelles kurdes en Turquie et actuellement au point mort. Le conflit kurde en Turquie a fait plus de 45.000 morts depuis 1984. 
(AFP, Jacques CLEMENT
, 18 juillet 2014)



INFO-TURK

lundi 7 juillet 2014

Ce Soir Ou Jamais- Syrie- Michel Collon, Dominique de Villepin et Frédéric Encel



https://www.youtube.com/watch?v=igpsUnWQFq0


Émission du 7 septembre 2013.  

Intéressant à voir à la lumière de ce qui s'est passé depuis 9 mois.

Sur la propagande de la guerre à voir Michel Collon à partir de 3'36.

dimanche 6 juillet 2014

The Nagorno Karabakh Republic is a de facto legitimate democratic state



Institution-bulding in Karabakh: The NKR is a de facto legitimate democratic state


by Major General Hayk Kotanjian



Read more at: http://en.aravot.am/2014/07/02/165893/
© 1998 - 2014 Aravot – News from Armenia





On July 1-2, 2014, an International Strategic Policy Forum “The integration of national and regional peacekeeping capacities into the global system of peace operations based on the principles and standards of the UN” was held in Yerevan. The organizers of the Forum are: Institute for National Strategic Studies of the Ministry of Defence of the Republic of Armenia (INSS, MOD, RA), Secretariat of the Collective Security Treaty Organization (CSTO), Joint Staff of the CSTO, Academic-Expert Council of the CSTO, the Center for Euro-Atlantic Security of the Institute of International Studies MGIMO (University) – MFA, RF, Russian Political Science Association (RPSA), Political Science Association of Armenia (PSAA). The RA President Serzh Sargsyan sent a welcoming address to the participants. The RA Minister of Defense Seyran Ohanyan and Deputy General Secretary of the CSTO Valery Semerikov participated and made presentations in the Forum. The international experts on peacekeeping from the CSTO Secretariat and the CSTO Academic-Expert Council, the State Duma of the Russian Federation, the UN, the OCSE, the EU, the SCO, Pugwash Conferences on Science and World Affairs, Stockholm International Peace Research Institute also made presentations during the Forum. The specialists from Russia, Belarus, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan, Belgium, Israel, Italy, South Africa, the Netherlands, Sweden, and China attended the Forum. See below the presentation delivered during the Forum by Major General Hayk Kotanjian, Doctor of Political Sciences, (RF); Counterterrorism Fellow (National Defense University, US); Elected Full member of the Academy of Military Science, RF; Distinguished Visiting Professor, INSS, NDU, US; Member of the CSTO Academic-Expert Council; Envoy Extraordinary and Plenipotentiary Minister; Chairman of the Political Science Association of Armenia. 


In contemporary international relations the process of institution-building in conflict and post-conflict regions is an important factor in ensuring peace and security. In his recent welcoming address to the Moscow conference on international security, the UN Secretary General Ban Ki-moon among the security priorities emphasized the importance of strengthening state institutions, including the development of institution-building in the process of peaceful settlement of disputes and resolution of regional conflicts.[1] As the UN Secretary General pointed out, institutions can play an important role in maintaining peace and reducing the risk of recurrence of violence, therefore the institution-building must be central to peacekeeping efforts.[2] 

The main task of institution-building performed by international organizations is the capacity building of a state entity to provide it with the opportunity to exercise control over its own territory, as well as to meet the essential needs of the population, including the effective functioning of the judicial system and other governmental and social and public institutions. Ultimately, the consistency of state sovereignty is reflected in the effectiveness of these institutions, which gives opportunity to а subject of power to establish relationships with other actors operating in conflict or post-conflict regions and to share the responsibility for control over the situation, as well as the provision of stability, security and lasting peace. 

The establishment of effective and legitimate institutions is challenging even under the most favorable conditions. This problem becomes even more complicated in the process of peoples’ self-determination, accompanying the disintegration of multinational states, characterized by regime change. As you know, the right to self-determination was recognized following the World War II, first in Article 1 of the UN Charter, which entered into force in 1945, and then in the Declaration on the Granting of Independence to Colonial Countries and Peoples (adopted by the Resolution 1514 of the UN General Assembly’s 15th Session on December 14, 1960), and in subsequent UN documents. Similar principles are enshrined in the documents of the Conference on Security and Cooperation in Europe – the Helsinki Final Act of 1975,[3] the Concluding Document of the Vienna Meeting of 1986,[4] the Document of the Copenhagen Meeting of the Conference on the Human Dimension of 1990,[5] and other international legal instruments. International actors have played and continue to play an important role in the formation of unrecognized or partially recognized states. The process of self-determination of peoples in connection with the dissolution of the Soviet Union is of particular interest to conflict analysis. The interest of political science to the processes of self-determination on the whole post-Soviet space stems from the recent political and legal fact of Crimea’s self-determination. The study of the international organizations’ practice of implementation of the UN principles and norms relating to equal rights and free self-determination of peoples in settling and resolving regional conflicts in Abkhazia, Nagorno-Karabakh, Transnistria, and South Ossetia is of special interest.

Commending the efforts of the UN and the OSCE, made with varying success regarding institutional peace-building in Abkhazia, South Ossetia and Transnistria, we will focus on the issues of Nagorno-Karabakh’s self-determination from the standpoint of institution-building’s legality in the establishment of the Nagorno-Karabakh Republic, and democratic development of its institutional capacity as a factor of competent and sustainable control over the stable provision of political, economic and social life of society, democratically guaranteeing law-and-order within the NKR, the protection of individual and collective human rights. It should be assessed as a political and legal fact that all of the referenda on self-determination having taken place in the USSR territory and post-Soviet space, only the referenda in Nagorno-Karabakh and Transnistria were held in compliance with the then-in-force legislation.[6] 

The institution-building process in the NKR began in 1991. In accordance with the requirements of international law and the then-in-force Soviet legislation, the Nagorno-Karabakh Republic was proclaimed on September 2, 1991, which exercised its right to self-determination through a nation-wide referendum of December 10, 1991. Meanwhile, Azerbaijan – declaring its withdrawal from the Soviet state jurisdiction by the independence act of October 18, 1991, before the referendum in Nagorno-Karabakh according to the USSR Law on the Procedure for Resolving Issues related to the Secession of Union Republics from the USSR of April 3, 1990 – legislatively rejected the necessity to coordinate with it the further fate of Nagorno-Karabakh.[7] There was also no necessity to coordinate the results of the self-determination with the USSR central authorities due to the Alma-Ata Declaration of December 21, 1991, on the dissolution of the USSR.[8] 

At the same time, it is important to note that according to the documents of the Commission for the Referendum in Nagorno-Karabakh the Azerbaijani minority, in accordance with the letter of the UN Charter, was granted equal rights with the Armenian majority to freely express its will, however, on the orders of Baku authorities the Azerbaijanis of Nagorno-Karabakh were forced to abandon the right to participate in the referendum. Thus, the law-governed self-determination and the proclamation of the NKR’s independence occurred in the light of the collapse of the single union state and the establishment of new states in its place, including the very Republic of Azerbaijan. 

The process of democratic state-building of the NKR consistently developed in the legislative, executive, and judicial branches of power. The state-building in the NKR acquired systemic feature after the adoption in 2006 by direct democracy – a referendum – of the Fundamental Law. Thus, on the basis of targeted development of democratic institutions of all three branches of power, and adherence to checks and balances between them, since 1991 open democratically competitive presidential and parliamentary elections have been held in the NKR, and since 1998 – through elections local authorities have been formed. According to the assessments of international observers –elections in the NKR are conducted in line with the Electoral Code of the Republic and the universally recognized norms of international law.[9] A symptomatic example of consistent actions of the NKR authorities on the way to reinforce the institution of democratic elections and develop civil society were the fifth presidential elections of the Nagorno-Karabakh Republic, which took place in 2012, with the participation of three candidates, including the opposition ones.[10] 

A priority area of institution-building in Nagorno-Karabakh is the military security building. In response to the military aggression by the Azerbaijani side in 1992 against the lawfully self-determined Nagorno-Karabakh, in conformity with Article 51 of the UN Charter,[11] the NKR launched institution-building in the field of defense, forming an efficient Defense Army of the NKR, currently corresponding to the contemporary international standards.[12]As a modern regular military institution of an unrecognized state, the NKR Defense Army, however, in practice makes a feasible contribution to the efforts of the international community to maintain a balance of power, as well as peace, stability and security in the South Caucasus and the surrounding region. 

The recent successful completion of the monographic thesis Guidelines of National Security Strategy of the Republic of Nagorno-Karabakh – with the use of the latest methodological achievements of the US and the RF – evidences the NKR’s systemic steps in the institution-building of defense security sphere. The most important landmark achievement of the institutional viability of the Nagorno-Karabakh Republic will be the solution of an extremely difficult task, which is already under development – the interagency elaboration of the NKR National Security Strategy – in terms of its non-recognized status. 

Drawing parallels between Kosovo and Nagorno-Karabakh, it can be stated that the steps towards the institution-building in Kosovo by such authoritative international organizations as the UN, the OSCE and the EU are also taken in the NKR with no less efficiency, but with a very important difference – in the NKR the institutional promotion of democracy is implemented on its own, with the support of the Republic of Armenia. In particular, with the help of Armenia and the support of the Armenian Diaspora, the recovery of vitally important objects of infrastructure and economy of the NKR is implemented.[13] Thus, summing up the facts of institution-building in Nagorno-Karabakh, it can be concluded that the Nagorno-Karabakh Republic is the de facto legitimate and democratic state. 

In the context of ensuring international security, the assessment of the existence of unrecognized states in a certain sense is stereotyped and often presented as a security threat. However, the example of the unrecognized Nagorno-Karabakh Republic shows that the systemic institution-building based on the conformity to law – aimed at the democratic strengthening of the state sovereignty and its effective defense – can be considered by the international community as a contributing factor in both national and regional security. 

In concluding my presentation, as the President of the Political Science Association of Armenia, I consider it my duty to appeal to the Heads of the OSCE Minsk Group Co-Chair Countries – Presidents of Russia, the US, and France, in connection with the distortion of the truth by the head of the neighboring state in his speech at the session of the Parliamentary Assembly of the Council of Europe of June 24, 2014. President Aliyev used the PACE’s floor to once again, now from the international organization platform, declare territorial claims against the Republic of Armenia, arguing that the Armenian state was allegedly established on the historical Azerbaijani lands. Without dwelling on the indisputable evidences of the fact of falsification by the Azerbaijani side of the history and appropriation of historical and cultural heritage of the peoples of the South Caucasus and Iran, carried out under the political and financial sponsorship of the Azerbaijani authorities, we will focus only on the inadmissibility of territorial claims to the neighboring sovereign state.[14] 

Such an overt threat to the inviolability of borders and integrity of the Republic of Armenia contradicts not only the UN objectives and principles of set forth in Paragraph 2 of Article 1 of Chapter I of the UN Charter “To develop friendly relations among nations based on respect for the principle of equal rights and self-determination of peoples, and to take other appropriate measures to strengthen universal peace”, but also the status of the presiding official in the Committee of Ministers of the Council of Europe. The argumentation by the President of Azerbaijan that indigenous Armenians of Karabakh are newcomers – through affiliating the “geographic toponyms” to Azerbaijani people – is, in fact, false.[15] The Armenian side has archival documentary evidences that the Armenian toponyms of Karabakh were turkicized as a result of the resale by Mehdi Quli Khan of the lands of the Armenian Melik of Varanda during 1806-1822 to Muslim Beks of his tribe Jevanshir that moved to Karabakh in the 18th century from Khorasan province of Persia.[16] 

The reasoning of the head of the neighboring state, presiding at the Committee of Ministers of the Council of Europe – about the impossibility of the existence of the two Armenian states, in the case, when as a result of the collapse of the Ottoman Empire and the process of decolonization, the Arab people exercised its right to self-determination in more than 20 states – is beneath criticism. As a result of the collapse of the Soviet Union, besides Azerbaijan, 5 more kindred Turkic states were self-determined. Moreover, it is well known, that the slogan “one nation – two states” of the neighboring state’s incumbent President’s father regarding Turkey and Azerbaijan, according to the official documents of these countries, continues to be a doctrinal basis for the existence – as two Turkic states – of Azerbaijan and Turkey.[17] Thus, following the logic of his father, the head of the neighboring state could talk about the NKR and the Republic of Armenia as one nation, and two Armenian states, lawfully self-determined as a result of the collapse of the Soviet Union. 

At present, Nagorno-Karabakh by its pace and the results of the democratic institutional development exceeds Azerbaijan. The undeniable proof of this are the reports of such authoritative international organizations as Freedom House[18] and Reporters without Borders[19]. The reaction of some Azerbaijani politicians on the recent speech of their President at the PACE may serve a unique supplement to the comparative analysis of the real democratic features of institution-building in the NKR and Azerbaijan. The speech of Ilham Aliyev at the PACE session, presenting Azerbaijan as a democratic state, is assessed to be truth-distorting also by a number of Azerbaijani opposition members. As the Head of the Popular Front Party of Azerbaijan (PFPA) Ali Kerimli notes “The fact that in Azerbaijan the corruption is rampant, there are up to 130 political prisoners in the country, and elections are falsified, is known worldwide. The statements of Aliyev on ensuring freedom of speech and assembly in the country and the absence of political prisoners are completely false”.[20] 

Replacing the existing problems of protection of democratic freedoms and human rights in his own state by cultivating the image of the enemy represented by the Armenian people, the emphases made by the President Aliyev in his speech at the PACE confirm his rejection of democratization in Azerbaijan. The Political Science Association of Armenia considers the publicly proclaimed armenophobic and bellicose rhetoric of the head of the neighboring state as another attempt to refrain from a peaceful constructive dialogue, ignorance of the efforts of international partners, and reluctance to take political responsibility for the establishment of lasting peace between the Armenian and Azerbaijani peoples, and those of the region as a whole.


[1]SeeОРГАНИЗАЦИЯ ОБЪЕДИНЕННЫХ НАЦИЙ. ГЕНЕРАЛЬНЫЙ СЕКРЕТАРЬ. ПОСЛАНИЕ ТРЕТЬЕЙ МОСКОВСКОЙ КОНФЕРЕНЦИИ ПО МЕЖДУНАРОДНОЙ БЕЗОПАСНОСТИ, Москва, 22-24 мая, 2014 года: http://function.mil.ru/news_page/country/more.htm?id=11929376@egNews

[2]SeeВыступление Генерального секретаря ООН Пана Ги Муна на заседании Совета Безопасности «Постконфликтное миростроительство» 21 января 2011 года: http://www.un.org/ru/sg/messages/2011/pv6472.shtml

[3]СОВЕЩАНИЕ ПО БЕЗОПАСНОСТИ И СОТРУДНИЧЕСТВУ В ЕВРОПЕ. ЗАКЛЮЧИТЕЛЬНЫЙ АКТ, ХЕЛЬСИНКИ 1975. http://www.osce.org/ru/mc/39505?download=true

[4] ИТОГОВЫЙ ДОКУМЕНТ ВЕНСКОЙ ВСТРЕЧИ 1986 ГОДА ПРЕДСТАВИТЕЛЕЙ ГОСУДАРСТВ – УЧАСТНИКОВ СОВЕЩАНИЯ ПО БЕЗОПАСНОСТИ И СОТРУДНИЧЕСТВУ В ЕВРОПЕ. СЕТЕВОЙ ЭТНОКУЛЬТУРНЫЙ ПРОЕКТ ”KRYASHEN.RU”, 2002: http://kryashen.ru/index5.php?link=10&prav=6

[5]ДОКУМЕНТ КОПЕНГАГЕНСКОГО СОВЕЩАНИЯ КОНФЕРЕНЦИИ ПО ЧЕЛОВЕЧЕСКОМУ ИЗМЕРЕНИЮ СБСЕ. ORGANIZATION FOR SECURITY AND CO-OPERATION IN EUROPE. 29 ИЮНЯ 1990: http://www.osce.org/ru/odihr/elections/14304

[6]See Волкова А. З. Референдумы в контексте истории становления и развития демократических институтов в Приднестровье (конец ХХ – начало ХХI вв.). Министерство Иностранных Дел Приднестровской Молдавской Республики. Дипломатический вестник Приднестровья. Референдумы в контексте истории становления и развития демократических институтов в Приднестровье (конец ХХ – начало ХХI вв.): http://vestnik.mfa-pmr.org/engine/print.php?newsid=106 Акт о результатах референдума о независимости Нагорно-Карабахской Республики. Министерство Иностранных Дел Нагорно – Карабахской Республики. 10 декабря 1991г. г. Степанакерт.http://www.nkr.am/ru/referendum/42/

[7]See Закон СССР “О порядке решения вопросов, связанных с выходом союзной республики из СССР” No 1410-1 от 3 апреля 1990 г.” Ведомости Съезда народных депутатов СССР, Верховного Совета СССР”, 1990, No 15; Закон АзР “об упразднении НКАО АзР”, 26 ноября 1991 года. Ведомости ВС АзР, 1991, No 24;. Акт о результатах референдума о независимости Нагорно-Карабахской Республики, 10 декабря 1991г. г. Степанакерт, Нагорно-Карабахская Республика, Министерство Иностранных Дел):http://www.nkr.am/rus/facts/referendum.html

[8] Алма-Атинская Декларация, Алма-Ата, 21 декабря 1991 г. Юридическая Россия. Федеральный правововй портал (v.3.2.). http://www.law.edu.ru/norm/norm.asp?normID=1168266&subID=100063823,100063824#text

[9]SeeОтчеты международных наблюдателей по выборам в НКР, 19 июля 2012 г.: http://cec.am/?p_ID=207

[10]SeeА. Цыганок, Мнение международных наблюдателей о выборах Президента Нагорно-Карабахской Республики – 19 июля 2012. 28 июля 2012 г.:http://www.tsiganok.ru/vpa/conf/doc/766/


[12] See Գ. Հովհաննիսյան, ՊետութենաշինությանևխաղաղաշինությանմիջազգայինփորձըԿոսովոյիօրինակով: «ՀայկականԲանակ», 2012, հմ. 3, էջ 72-73.

[13] ”ВСЕАРМЯНСКИЙ ФОНД “АЙАСТАН” ПОМОЖЕТ СТРОИТЕЛЬСТВУ НОВОЙ ДОРОГИ ИЗ АРМЕНИИ В КАРАБАХ”.ИА REGNUM, 30.05.2013: http://www.regnum.ru/news/tourism/1665348.html

[14] See the Speech by the President of Azerbaijan Ilham Aliyev at the summer session of the PACE, June 24, https://www.youtube.com/watch?v=ywWAgqq5i7g

[15] See Official website of the Azerbaijani President: Ильхам Алиев выступил на сессии Парламентской Ассамблеи Совета Европы: http://ru.president.az/articles/12149/

[16]SeeП. А. Чобанян. Проблемы легитимности Карабахских ханов в контексте политической истории Шуши. “Феномен Шуши. Историко-политологическое исследование (коллективная монография)”. “Рабочие тетради”, 2013, N 1-2.

[17] See Joint press statements of Presidents of Azerbaijan and Turkey. Official website of President of Azerbaijan Republic. 15 september 2010: http://en.president.az/articles/736/print

[18] See «Azerbaijan Sends Pro-Democracy Activists to Prison». May 4, 2014: http://freedomhouse.org/article/azerbaijan-sends-pro-democracy-activists-prison#.U4L8ovmSypA; «Freedom in the world 2013: Azerbaijan»: http://freedomhouse.org/report/freedom-world/2013/azerbaijan#.U4McI_mSypB

[19] «Do you know who Atlético Madrid’s real sponsor is?» May 22, 2014: http://en.rsf.org/azerbaidjan-do-you-know-who-atletico-madrid-s-22-05-2014,46334.html; «2014 World Press Freedom Index»: http://rsf.org/index2014/en-index2014.php

[20]See”Ильхам Алиев публично показал нетерпимость критике”.contact.az, 2014 Июнь 25: http://www.contact.az/docs/2014/Interview/062500082611ru.htm#.U699G_mSwho

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vendredi 4 juillet 2014

Pourquoi les Turcs ont-ils massacré les Arméniens ?

Mais pourquoi 
les Turcs ont-ils massacré 
les Arméniens ?
 
 
par Jean V. Guréghian
rédacteur de la revue Europe&Orient


Avant de répondre à cette question clé, notons qu’il s’est produit, ces dernières décennies, un fait important. Pour citer le pays situé à l’ouest de la République d’Arménie actuelle et qui fut la patrie historique du peuple arménien pendant près de 3000 ans, la plupart ne disent plus « Arménie », mais : « Anatolie », « Anatolie orientale », « Asie mineure », « provinces orientales », « Est de la Turquie », etc.

L’article 16 du traité de San Stefano de 1878, concernant les réformes en Arménie turque, nommait bien l’« Arménie ». Encore en 1966, lors d’un important tremblement de terre dont l’épicentre se situait à Varto, entre Mouch et Erzeroum, au nord-ouest du lac de Van, un quotidien anglais avait titré cet événement : « Séisme en Arménie ». Cela ne serait sûrement plus le cas aujourd’hui.
Il est vrai que tout a été fait, depuis 1915, par les différentes autorités turques, pour effacer à jamais le mot « Arménie ». Après avoir vidé l’Arménie de ses habitants légitimes, on a effacé toute trace d’Arméniens. Depuis le traité de Lausanne (1923), les autorités turques ont refait l’histoire à leur manière. Les noms des villes, des villages, des fleuves, des montagnes (Taurus arménien est devenu Taurus oriental), etc. ont été changés. La liste serait extrêmement longue s’il fallait l’énumérer. On a même, ces derniers temps, changé des noms d’animaux. En effet, en 2005, le ministère turc de l’Environnement a débaptisé la race de mouton Ovis Armeniana en le renommant Ovis Orientalis Anatolicus, de même pour le chevreuil, de son nom scientifique Capreolus Capreolus Armenius, qui a été rebaptisé… Capreolus Caprelus Capreolus !
Ce qui est incroyable, c’est que même lors de soirées commémoratives concernant le Génocide arménien, les termes employés par les historiens et spécialistes du Génocide, pour citer le pays, lors des débats, sont encore une fois : « Anatolie », « Anatolie orientale », « Asie mineure », « provinces orientales », « Est de la Turquie », etc.

En conséquence, lorsque l’on pose la question légitime et fondamentale, « mais pourquoi les Turcs ont-ils massacré les Arméniens ? », les réponses sont souvent à côté de la réalité. Ce serait parait-il pour des raisons « religieuses, ethniques, raciales, financières, etc. », alors que la raison principale qui est territoriale est souvent oubliée.
Je me souviens, c’était lors d’un dîner officiel, une personne avait posé cette question clé, en s’adressant à un leader politique de la diaspora. Sa réponse fut très détaillée autour des raisons « religieuses, ethniques, etc… ». Je lui fis remarquer, après son intervention, qu’il avait dû oublier de parler des raisons territoriales.

N’oublions pas qu’en 1914 l’Arménie était au seuil de l’indépendance. À la veille de la guerre, les réformes en Arménie avaient fait une grande avancée. Malgré les réticences de l’Allemagne et de l’Autriche, les puissances européennes, sous la pression des Russes et des Français, parvinrent à un règlement de compromis qui regroupait les sept provinces arméniennes sous la forme de deux grandes régions administratives autonomes (au nord : Sébaste, Trébizonde, Erzeroum; au sud : Van, Bitlis, Diyarbakir, Kharpout), le tout sous la surveillance d’inspecteurs généraux européens de pays neutres, le Hollandais Westenenk et le Norvégien Hoff (qui seront expulsés quelques jours avant la déclaration de la guerre par la Turquie). Ainsi, l’Arménie, après tant d’années de souffrance et de massacres (notamment entre 1894 à 1896) était parvenue au seuil de l’indépendance.
L’enjeu était crucial pour les Turcs nationalistes, car l’Arménie occidentale (sans la Cilicie), avec ses sept provinces, totalisait une superficie de 328.800 km2 (à peu près la superficie de la Pologne). À elle seule, la province de Sébaste (Arménie mineure), avec ses 83.700 km2 était trois fois plus grande que la Rép. d’Arménie actuelle (ou la Belgique). Face à la prévisible indépendance d’une vaste Arménie, qui aurait une fois de plus amputé le territoire de l’ex Empire ottoman, les dirigeants turcs ont voulu stopper ce processus « peau de chagrin ». De plus, les dirigeants turcs, probablement nostalgiques de la gloire passée de l’Empire ottoman (et prêchant le panturquisme), voulaient recréer un vaste empire, mais cette fois en se retournant vers l’Est, en faisant la jonction avec les « peuples frères » d’Azerbaïdjan et de l’immense Asie centrale, tous turcophones (d’où la guerre avec la Russie), en opposition au précédent empire multiracial. Là encore c’est l’espace arménien qui aurait empêché cette future jonction.
La logique des dirigeants jeunes turcs était simple, pour faire barrage à la prévisible indépendance de l’Arménie, il fallait liquider la Question arménienne en… liquidant tous les Arméniens de l’Empire (sauf Constantinople). La (Première) Guerre mondiale était pour eux une occasion unique.

Pour Talaat, le principal responsable du Génocide de 1915, il s’agissait de « question concernant les intérêts turcs et la patrie », comme il le confiait à son ami Vartkes.
Vartkès Serenkulian, héros et député avait échappé à la rafle du 24 avril 1915, jour du déclenchement du Génocide à Constantinople, où 650 intellectuels furent arrêtés. Il profita de ce répit pour aller s’informer auprès de son ami Talaat.
Extrait du livre de Hayk « Avenir de la Diaspora arménienne » (les majuscules sont dues à l’auteur) : « -  Donc vous [les Jeunes Turcs] allez continuer l’œuvre du Sultan Hamid ? - Oui ! Nous ferons ce qu’exige l’INTERET TURC ! – Pacha tant d’amitié nous lie, j’ai une famille, aie pitié d’elle, si je suis en danger dis-le moi pour que je m’éloigne. – Vartkès, il faut que tu comprennes, il s’agit d’une QUESTION CONCERNANT LA PATRIE, l’amitié et les relations personnelles n’ont pas de place ici. Ne reste pas, va-t-en ! - Et Vartkès lui baisa la main. »
Le grand écrivain et député Krikor Zohrap, avait lui aussi échappé à la première rafle du 24 avril. Il avait échappé à cette première vague d’arrestation car… il était au club ce soir là, et jouait aux cartes avec ses amis députés jeunes turcs ! Quelques jours avant, son ami Talaat l’avait embrassé en le quittant (en guise de dernier adieu ?!), ce qui avait d’ailleurs étonné l’écrivain. Avant l’arrivée au pouvoir (en 1908) des Jeunes Turcs, Talaat recherché par la police du sultan avait trouvé refuge chez son meilleur ami, Zohrap, où il se cachait.
Krikor Zohrap et Vartkès Serenkulian seront arrêtés et déportés peu de temps après. Après l’avoir torturé, les tueurs achèveront Zohrap en écrasant sa tête avec des roches, près d’Ourfa. Vartkès sera lui aussi torturé puis assassiné non loin d’Ourfa, à Garakeupri.

Les dirigeants Jeunes Turcs pensaient que même en perdant la guerre, ils réussiraient à se débarrasser définitivement de la Question arménienne. La preuve, Mustafa Kemal a transformé la défaite de 1918 en victoire, en chassant les survivants arméniens (sans compter les nouveaux massacres organisés par Topal Osman). Il s’appropria tous les biens nationaux et individuels des Arméniens et imposa les frontières actuelles de la République Turque sur les ruines de l’Arménie. D’ailleurs, au moment même où le président américain W. Wilson traçait, par un document officiel, la future frontière entre l’Arménie et la Turquie, selon la mission qui lui avait été confiée au Traité de Sèvres de 1920, Kemal écrasait la nouvelle République d’Arménie, dans un bain de sang, pour annuler toute contrainte de frontière imposée par ce traité et pour gratter encore quelque 20 000 km2 (aussi grand que l’Etat d’Israël) à l’ancienne Arménie russe. Ce qui lui fut acquis et entériné par Lénine aux traités de Kars et de Moscou. Quant au Nakhitchevan, les Turcs le rendirent aux Soviétiques à condition de ne pas le rendre aux Arméniens mais à l’Azerbaïdjan et en y gardant un droit de veto.
Une petite anecdote illustrant à quel point un minuscule territoire de quelques dizaines d’hectares avait une importance aux yeux des nationalistes turcs : au moment de signer le traité de Kars (octobre 1921), les Soviétiques (qui apparemment n’avaient pas bonne conscience) demandèrent aux Turcs de garder les ruines d’Ani, ancienne capitale historique de l’Arménie, côté arménien, puisqu’elle devait jouxter la future frontière. Ce qui fut catégoriquement refusé !

L’annihilation de l’Arménie et de son peuple, mais surtout la non condamnation de ce crime par la communauté internationale, serviront d’exemple à Hitler qui dira à ses généraux (afin de les encourager à la barbarie), le 22 août 1939, avant d’attaquer la Pologne : « … Qui se souvient encore de l’anéantissement des Arméniens ? ».
Hitler n’a pas réussi (heureusement) à faire disparaître la Pologne de la surface de la planète, comme l’a fait Talaat pour l’Arménie occidentale, néanmoins il y a tout de même exterminé six millions de Polonais, dont trois millions de juifs.

C’est bien pour s’accaparer définitivement l’Arménie (et la Cilicie) que… les Turcs ont massacré les Arméniens. 

 
L’Arménie occidentale en 1915 durant le Génocide (tiré du manuel d'histoire 1ère Bordas).
En foncé, les sept provinces arméniennes sous la forme de deux grandes régions administratives autonomes (au Nord : Sébaste, Trébizonde, Erzeroum; au Sud : Van, Bitlis, Diyarbakir, Kharpout).